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"N'oubliez pas vos doutes... Méfiez-vous! L'esprit de celui qui croit est un esprit qui stagne.  Il ne se développe pas vers l'extérieur, dans un univers infini."

Frank Herbert, Les hérétiques de Dune

PRÉAMBULE EN GUISE D'ACCUEIL!

Depuis avril 2021, nous avons décidé de publier des "posts" ou autres réflexions, rapports, études, articles touchant le Cabo Verde en page d'accueil de lirecapvert.org. La raison est double. Tout d'abord, la fréquentation du site, bien qu'en français et non en portugais ou en créole, ne cesse de croître, montrant par là son utilité et son importance toujours plus grande. Et secondement, il est aujourd'hui fastidieux, mais plus encore très long de faire publier un article dans une revue scientifique internationale, car les articles doivent non seulement répondre à des critères très strictes d'édition (nombre de caractères, normes bibliographiques particulières à chaque revue...), mais plus encore, ils sont de plus en plus souvent sujets à une réécriture imposée par un comité de rédaction, avant d'être soumis à expertise auprès de "spécialistes" institutionnalisés. Or, la plupart du temps, il s'agit de réagir sur le vif, de proposer des solutions et de dénoncer des errements rapidement, sans oublier la sacro sainte règle suivant laquelle "ce sont les marginaux qui font évoluer la société, non les adhérents du mainstream"". Aussi, ce site étant voué en premier lieu à la Culture caboverdienne, nous avons décidé de renvoyer les posts  anciens sur la page "Cabo Verde" de notre site personnel www.chazalonchristophe.com, là où vous pourrez, dès à présent, les lire ou les relire tout à loisir.
Bonne lecture!

Christophe Chazalon
Genève, 14/06/2021
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ELECTRA augmente les tarifs de 30% pour réaliser une meilleure privatisation!

Eh oui! l'économie néo-liberale n'a pas de scrupules. Jamais! (web)

Le 22 juillet 2021, le Gouvernement annonçait vouloir avancer avec le processus de privatisation de la compagnie d'électricité nationale Electra (web) à hauteur de 75%. Suivant le décret-loi aprouvé en conseil des ministres et publié dans le Boletim oficial  (web), l'entreprise doit être divisée en deux entreprises distinctes: une première liée à la production et une seconde liée à la distribution d'énergie électrique. Pour cela, le Gouverment a mis en place un concours public pour attirer et sélectionner les potentiels investisseurs (web).
L'idée de privatiser Electra n'est pas nouvelle. En décembre 2019, la Banque mondiale a déjà prété une aide technique pour ce faire (web). Car, il faut le savoir, Electra est une entreprise au bord de la faillite, une des plus endettée (si ce n'est la plus endettée) du pays.

Dès lors n'y a-t-il pas un risque pour les habitantes et les habitants du pays de voir une dérive des prix vers le haut avec cette privatisation? Celle-ci ne fait aucun doute, car pour être rentable et plus encore pour faire du profit et verser des dividendes aux actionnaires, il faut faire des recettes ou du bénéfice net.
Cependant, la surprise est arrivée plus tôt que prévu, totalement inattendue. En effet, cette semaine, Electra a annoncé l'augmentation de ses tarifs pour le 1er octobre 2021, validée par l'autorité régulatrice (les génies de l'ARME, on rigole!) et justifiée par "o aumento do preço dos combustiveis no último ano (l'augmentation du prix des combustibles l'année denière)" (web). Or, selon les indicateurs mondiaux, le cours du Brut a chuté ces dernières années, même s'il a un peu remonté depuis quelques mois, le site www.capital.fr titrait le 18 août 2021, il y a donc deux semaines à peine: "La chute des prix du pétrole se poursuit". L'ARME n'en avait-elle pas connaissance?
Quoiqu'il en soit, suivant le marché du pétrole, l'augmentation prônée par Electra et validée par l'instance régulatrice caboverdienne (ce qui est pire!) n'est absolument pas justifieé sous ce prétexte. (web

Mais qu'est-ce que 30,53% sur le prix du kilowhatt heure (kwh)? Oh! pas grand chose. Au final, pas de problème pour la classe dirigeante, tout est normal, au pire l'État agira. Car il faut savoir qu'au Cabo Verde, la population est riche, tout comme le pays avec ses 150% du PIB de dettes et les entreprises ont une santé économique d'enfer, grâce à la pandémie de la Covid-19 et le tourisme si actif dans l'archipel. Tous sont prêts à supporter avec générosité et enthousiasme l'augmentation pré-privatisation d'Electra. L'argent coule à flot au Cabo Verde. Pas de soucis!

Trêve de plaisanterie! Personne n'est dupe!
L'augmentation de plus de 30% du prix de l'électricité par Electra avant sa privatisation a UN SEUL ET UNIQUE BUT: rassurer les potentiels investisseurs en leur garantissant un prix du kwh plus rentable avant achat, car il est bien évident que ce sera le tôlé si les nouveaux propriétaires-actionnaires augmentaient le prix du kwh après leur achat. Rien de plus simple. Rien de plus évident. Rien de plus dégoutant aussi.
À moins que ce ne soit pour légitimer une augmentation encore plus forte dans quelques mois. En effet, peut-être que pour éviter d'avoir une augmentation de 80% ou 100% une fois la vente d'Electra opérée, le Gouvernement, avec le soutien de l'ARME (mal informé, mais sur d'elle pour cette raison), a décidé de couper la poire en deux, histoire de diluer les effets négatifs auprès de la population qui ne saurait accepter une telle augmentation sans manifester son mécontentement?
Or, dans les faits, peu importe qu'en 2021, une personne sur trois au Cabo Verde n'ai pas un accès suffisant aux aliments sûrs et nutritifs (web) ou que, d'après le recensement de 2021, les premiers résultats soulignent un accroissement massif du nombre de barracas  (barraquements en français) dans l'archipel, soit des logements proches des bidonvilles, généralement aux limites de l'insalubrité, signifiant un accroissement évident de la pauvreté (web); ou encore que la moitié des entreprises au moins soient au bord de la faillite (si elles n'ont pas déjà mis les clés sous la porte) ou enfin que l'État soit au bord du gouffre économique, avec des possibilités d'emprunts toujours plus réduites et plus coûteuses.
Plus encore, depuis avril 2020, une majorité des travailleuses et travailleurs de l'archipel sont en lay-off, ce qui veut dire qu'ils sont payés seuleement 70% de leur salaire normal (web). Alors augmenter le prix du kwh en cette période, comment cela pourrait-il être une bonne idée?
En fait, seul compte la bonne vente de l'entreprise Electra qui doit rapporter un peu de liquidités dans la trésorie de l'État en ces temps difficiles!

Or, Electra c'est un quasi monopole national. Et en plus de l'électricité, si cela ne suffisait pas, elle gère aussi une bonne partie de l'eau dans l'archipel. 
Comment va s'en sortir la population? Un mystère! Ce qu'il y a de sûr, c'est que le Cabo Verde croissant et dynamique, avec la pandémie de la Covid-19, est entré dans une période de marasmes et de paupérisation de la société très forte. Une sorte de retour en arrière fort regretable.

La population a déjà du mal à se fournir en gaz, car l'oligopole Vivo Energy (Shell) - Enacol, depuis au moins trois ans, ne fournit plus efficacement cette énergie pourtant vitale et de première nécessité. Tous les deux ou trois mois une île est en pénurie totale ou partielle:

  • 26/08/2021: A nação, "Santo Antão. Enacol assegura normalidade no abastecimento do gás butano" (web)
  • 25/08/2021: A nação, "Santo Antão: insuficiência de garrafas para enchimento condiciona abastecimento de gás butano, diz Vivo Energy"  (web)
  • 24/08/2021: A semana, "Porto Novo: falta de gás butano no mercado local tem gerado filas à frente das empresas distribuidoras" (web)
  • 24/08/2021: Balai.cv, "Porto Novo: falta de gás butano no mercado local tem gerado filas à frente das empresas distribuidoras" (web)
  • 24/08/2021: Santoantaonews.cv, "Falta de gás butano no mercado local tem gerado filas à frente das empresas distribuidoras" (web)
  • 24/08/2021: A nação, "Santo Antão está sem gás butano" (web)
  • 18/07/2021: Noícias do Norte, "Cadeia de São Nicolau sem gás utiliza lenha para cozinhar" (web)
  • 16/02/2021: Inforpress, "São Vicente com ruptura de stock de gás butano da marca Shell" (web)
  • 14/02/2021: Mindelinsite, "Falta de gás nas ilhas: Enacol garante estar tudo resolvido e com o stock normalizado" (web)
  • 16/01/2021: Inforpress, "Fogo: Vivo Energy vai regularizar distribuição de gás butano a partir de terça-feira" (web)
  • 14/01/2021: Inforpress, "Fogo: ruptura de gás provoca fila junto da estação de Enacol em São Filipe"  (web)
  • 12/01/2021: Inforpress, "Ilha do Maio regista ruptura de stock de gás nos postos de revenda da Shell" (web)
  • 17/12/2020: A nação, "Brava: ruptura recorrente de gás preocupa moradores e instituções" (web)
  • 17/12/2020: Inforpress, "Brava: centenas de pessoas formam fila e esperam a sorte  para aquisição do gás da Shell" (web)
  • 15/12/2020: Brava.news, "Brava: população bravense revoltada  com frequente ruptura de stock  de gás butano" (web)
  • 14/12/2020: Inforpress, "Brava: população bravense revoltada com frequente ruptura de stock  de gás butano" (web)
  • 30/10/2020: Crioula FM, "Brava: ruptura pontual de gás butano deve-se à insuficiência de tarras - Vivo Energy" (web)
  • 03/10/2020: A semana, "Porto Novo: Alto Mira sem gás butano há mais de um mês" (web)
  • 03/10/2020: Inforpress, "Porto Novo: Alto Mira sem gás butano há mais de um mês, segundo a população" (web)
  • 22/003/2020: Mindelinsite, "Corrída às garrafas de gás: petrolíferas Enacol e Vivo Energy acalmam os ânimos" (web)
  • 22/03/2020:  Expresso das ilhas, "Vivo e Enacol garantem stock de gás" (web)
  • 21/03/2020: Sapo24, "Empresas garantem stock  de gás em Cabo Verde e pedem colaboração aos clientes" (web)
  • 30/12/2019: Expresso das ilhas, "Ruptura de gás butano em Santo Antão foi situação localizada - ARME" (web)
  • 30/12/2019: RTC, "Ruptura do stock do gás preocupa consumidores de Santo Antão"  (web)
  • 29/12/2019: A semana, "Santo Antão uma semana sem gás butano" (web)
  • 03/09/2018: Inforpress, "Boa Vista: Stock  de gás da Vivo Energy já foi reposto na ilha" (web)
  • 29/08/2018: Inforpress, "Boa Vista: falta de gás de cozinha da Vivo Energy afecta várias famílias na ilha" (web)

La faute, nous disent ces entreprises, a d'abord tenu aux bateaux qui ont coulé, mais tient aujourd'hui exclusivement à un manque de bouteilles vides disponibles, car (d'après Shell et Enacol), celles-ci sont conservées par la population qui ne veut pas les rendre, probablement pour en faire des barbecues. Plus encore, à chaque article de la population dénonçant la pénurie, le lendemain ou deux jours plus tard, les directions de Shell ou de Enacol font paraître un article selon lequel la situation est redevenue complètement normale. Peut-être cela est-il vrai sur leurs tableaux Excel, mais dans la vie quotidienne de Monsieur et Madame tout le monde, il n'en est rien et l'attente perdure encore plusieurs semaines, voire mois, comme c'est le cas actuellement sur Santo Antão. Comment cela est-il possible? Simplement les deux compagnies sont de très gros consommateurs d'espaces publicitaires dans les médias. Alors... les médias, aux finances très fragiles, jouent de diplomatie.

Quoiqu'il en soit, cette vision est fausse (en tout cas partiellement), car même lorsque les bouteilles s'empilent aux points de collecte, les deux entreprises ne les ramassent pas pour les remplir rapidement et faciliter la circulation, mais elles attendent un jour "propice" à la tournée, défini par on ne sait quelles "contraintes". Si bien que, au final, la population attend.
Or, une école sans gaz, ce sont des enfants qui ne mangent pas à midi, tout simplement. Eh bien souvent, ils ne mangent déjà pas le matin. Alors, on imagine facilement la suite...

Mais pire, Vivo Energy est filialle d'une des entreprises internationales les plus prospères et qui fait des milliards de bénéfices chaque année (en juillet 2021, Shell annonçait 3,4 milliards de dollars de bénéfices net pour le seul deuxième trimestre (web)). Comment ne peut-elle fournir quelques milliers de bouteilles de gaz vides, neuves ou pas, à sa filialle Vivo Energy? Le directeur de cette dernière vient d'annoncer que tout rentrerai dans l'ordre d'ici la fin de l'année 2021 et que des bouteilles ont été commandées (web). On attend avec impatience de voir cela!

Au final, dans les faits, c'est plutôt faute à une mauvaise gestion des deux entreprises, due peut-être à de mauvais placements financiers, qui ne permettent plus de faire face aux dépenses et aux investissements nécessaires, que ces pénuries de gaz à répétition se produisent et sont subies par la population. Preuve en est, les pénuries ont commencé en 2018 au moins et il aura fallu attendre l'été 2021 pour que la direction de Vivo Energy décide d'acquérir de nouvelles bouteilles de gaz vides pour les mettre en circulation.

Mais revenons à Electra et ses 30% d'augmentation du prix du kwh.
Que l'on soit rassuré, le Président de la République, Jorge Carlos Fonseca, a normalement dû entendre ses ministres  à l'occasion du conseil de ce jour, pour savoir de quoi il retourne et prendre les mesures adéquates web). Tout ira donc pour le mieux, quitte à ce que l'État mette la main à la poche! Du moins l'espère-t-on!

Pour nous, en bon citoyen de la Terre, on sait qu'au final, quoiqu'il arrive, les habitantes et les habitants vont subir l'augmentation et devoir payer encore plus chère une énergie déjà chère, et donc pour financer ce surcoût, ils vont devoir se serrer encore plus la ceinture, en particulier en ce qui concerne leur alimentation et celle, plus grave, de leurs enfants.
 
Alors, pour reprendre un bon vieux slogan caboverdien, il ne nous reste plus qu'à espérer et dire à tout un chacun:

FORCE ET COURAGE!

En octobre prochain se tiendront les élections présidentielles au Cabo Verde. Et si vous voulez que ça change, peut-être sera-t-il bon de voter, du moins, si vous le souhaitez!

Christophe Chazalon
Genève, 10/09/2021

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Código postal de cabo verde: ARME OU L'INCOMPÉTENCE ABSOLUE!


Le 21 mai 2021, nous écrivions un post  intitulé "ARME: une administration de patachons!" (web) dans lequel nous dénoncions les incohérences et les incongruités du nouveau Code postal du Cabo Verde déjà présenté deux ans auparavant par l'Agência reguladora multissectoriel da economia, bien qu'inachevé et non fonctionnel.

Or, ce 13 juillet 2021, A naçao  titre "Santa Cruz: município terá sistema de toponímia e endereço municipal" (web) concernant le nouveau Code postal du Cabo Verde. Aussi, nous sommes retournés sur le site de l'ARME dédié au dit Code postal, www.codigopostal.cv, et là, la surprise a été de taille: non seulement rien n'a été amélioré, mais pire, on atteint l'absurde digne de Brazil  ou du Château  de Kafka.

Chose amusante s'il en est, le site de l'ARME proposait déjà le 08 juillet 2019 un post  intitulé "Cabo Verde jà tem seu novo Código postal"  (web).

Pour faire simple, reprenons déjà le principe (ou la clé) permetant de générer le nouveau Code postal caboverdien.

On voit déjà que la solution choisie risque de créer des difficultés considérant sa structure détaillée, ce qui, bien entendu, ne manque pas d'arriver dans les faits après analyse.

Sur le site officiel www.codigopostal.cv, on peut accéder par différents niveaux au Code postal, en particulier par noms ou par cartes. Le site semble ergonomique, mais il ne l'est absolument pas. Sans oublier qu'il est parfois "en panne" ou alors excessivement long et rame.

Quoiqu'il en soit, prenons la recherche par nom et intéressons nous à la ville de Ponta do Sol, sur l'île de Santo Antão. Il y a encore peu, la ville avait le code postal 1120-xxx (similaire en cela au Código geográfico nacional proposé par l'INE). Or, dorénavant, il a le code postal 1101-xxx a 1122-xxx, sans que l'on ne sache trop pourquoi. Jusque là rien de grave.
Si on cherche Ponta do Sol, qui est quand même la capitale du concelho  de Ribeira Grande, on ne la trouve pas dans la liste par concelhos, ni non plus sous "Cidade de Ponta do Sol". On trouve seulement deux mentions: "Cha de Ponta do Sol" et "Ribeira de Ponta do Sol". La première mention est bairro / quartier inconnu (et même si elle reprend le nom de Tchâ, quartier situé entre le cimetière et le stade de foot, la zone ne correspond pas à celle de ce dernier) et la seconde mention concerne un lieu-dit à l'entrée de la ville, en arrivant de Povoação. 
Maintenant si on clique sur "Cha de Ponta do Sol", on obtient pas moins de... 66 zones postales, et pour "Ribeira de Ponta do Sol", on en a 3.
Un peu étonné du résultat, passons maintenant à la recherche géolocale grâce à la carte. Sur la page d'accueil, il suffit de cliquer en haut de la page sur la "Pesquisa por mapa", car la "Pesquisa por código" et la "Pesquisa por localidade" ne donne aucun résultat à ce jour si on entre le code ou le nom de Ponta do Sol (toujours apparaît ce message: "Lamentamos. De momento esta área não dispõe de código postal atribuido". Est-ce possible? Est-ce vrai? La réponse est non, simplement comme à son habitude, l'administration met en libre accès un projet inaboutit comme s'il était finalisé.

Une fois cliqué sur le bouton "Pesquisa por mapa", on obtient une carte type Google Map, fixée sur la ville de Praia, la capitale du pays. Il suffit donc d'aller chercher (plusieurs méthodes possibles) la ville de Ponta do Sol au Nord Ouest et là, surprises (au pluriel, car il y a en et pas qu'une)!
L'idée est que l'utilisatrice / l'utilisateur clique sur le lieu qui l'intéresse et après une dizaine de seconde (temps d'attente long pour le Web), le code postal dédié à ce lieu apparaît  sous forme d'un bandeau comprenant: le code postal dédié complet, le nom de l'île, le nom du concelho, le nom de la localité et le nom de la zone ou bairro / quartier. On pourrait dès lors penser que tout va pour le mieux. Eh bien non!
La saisie d'écran suivante donne une idée de l'ampleur de l'absurdité et de l'incompétence de l'ARME que nous allons détailler ci-après.

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La ville de Ponta do Sol n'apparaît pas avec un seul Code postal, comme c'est l'usage dans le monde pour les petites localités (et Ponta do Sol en est une), mais avec pas moins de 22 codes postaux réduits minimum. Il en existe peut-être encore plus. On n'a pas cliqué partout sur la carte.
On passe de 1101, la "zone de l'aéroport" à 1122, la "zone de Cabouco" en dehors de la ville.

Prenons, la ville de Paris (sans la banlieue), capitale de la France, peuplée d'environ 2'175'601 personnes (2018) sur une surface de 105,4 km2. Eh bien, la ville de Paris possède les numéros de codes postaux de 75001 à 75020 (et aussi 75116). Soit 20 + 1 au total. Le chiffre 75 correspond au département et les 001 - 020 correspondent aux arrondissements, soit les zones administratives. Il n'y a pas de "zonas postais".
Prenons, la ville de Genève, capitale du canton homonyme, peuplée de 201'818 habitants (2018) sur une surface de 15,93 km2. Elle possède les codes postaux 1200 - 1209, ainsi que 1211, 1215, 1289- Soit 9 + 3. Le principe structurel est le même que pour Paris.
Prenons de nouveau Ponta do Sol, capitale du concelho de Ribeira Grande, peuplé officiellement de 2'143 habitants (recensement INE 2010, confirmé en 2017 par Mme Noemi Rute Ramos, Directrice DEDS de l'INE), mais estimé par la Câmara municipal à près de 6'000 en 2017, sur la base de 1'500 inscrits sur les listes électorales, multipliée par quatre pour le nombre de membre par famille, et ceci sur une superficie d'environ 1,4 km2. Elle possèdera donc les codes postaux 1101 à 1122 (voir plus), soit 22 (ou plus).
Donc, au final la ville de Ponta do Sol qui a une population 100 fois inférieure à celle de Genève sera crétité de plus de 2 fois plus de codes postaux et quasiment autant que pour la ville de Paris, pour une population 1'000 fois inférieur. On se pose des questions sur le bien fondé de la procédure caboverdienne et pour cause. Cette simple mise en parallèle montre à quel point le nouveau Code postal du Cabo Verde est absurde.

Mais il y a plus encore. 1101 à 1122, correspondent à la première section du Code postal caboverdien, réduit. Il faut encore ajouter la seconde section concernant (voir dessin ci-dessus) les "Zonas postais" (zones postales) et là, bonheur, rien que la zone "Cha de Ponta do Sol" en comprend... 66.
Donc si ces nouveaux Codes postaux caboverdiens sont obligatoires dans leur intégralité, la ville de Ponta do Sol se retrouvera avec 600 ou 800 codes postaux pour elle seule! Qui dit mieux?

Est-ce là tout? Que neni
Reprenons le recensement officiel de 2010. L'INE considère 10 bairros / quartiers pour Ponta do Sol.

- Casinhas
- Cavouquinho das Tintas
- Châ de Cemitério
- Châ de Ponta de Sol
- Kilombo
- Lombinho
- Lombo da Cruz
- Lombo de Paço
- Ponta do Sol
- Ribeira de Ponta do Sol

Pour notre part, nous avions réalisé une carte historique de la ville, avec la mise en avant des principaux monuments et lieux d'intérêt. Afin d'avoir un juste aperçu de la ville (nous sommes d'Europe pour rappel, non du pays), nous avions fait un recensement des différentes zones ou bairros / quartiers, en se basant, non pas sur la liste de l'INE, mais sur les zones du Carnaval, autrement dit sur les zones définies par la population elle-même. Ces zones sont importantes car elles sont plus qu'un référent administratif. Elles sont la vie même des habitants qui sont de Chã (écrit Tchâ  par la population de ce quartier familiale) et non de Monte Sossego (quartier des riches) ou de Xexenia (prononcé Tchétchénia en référence à la Tchétchénie, car le quartier est des plus pauvres et très vivant) et non de Kilombo. On vit avec les siens dans son quartier et on n'aime pas trop en sortir. Les rivalités de clochers sont aussi valables dans les petites villes, mais en fonction des quartiers.

Or, nos cher(e)s technocrates de l'ARME, outre leur incompétence, n'ont même pas chercher à reprendre ces zones. Ils ont simplement découpé la ville suivant leur fantaisie et leurs envies. Le découpage en zones est lui même surdécoupé en zones administratives, parfois ridiculement petites. Et là, on entre direct dans l'absurdité la plus manifeste.

Non seulement, l'ARME définit de manière très laxiste et vague ses "Zones postales", intégrant parfois un terrain constructible ou ne l'intégrant pas suivant l'envie. Mais plus encore, elle définit la zone administrative en fonction des blocs de bâtiments de manière incompréhensible.

Par exemple, la zone 1113-005 ne considère qu'un seul bâtiment, à savoir l'actuel Residencial de Ponta do Sol. Pouquoi faire? Quel intérêt y a-t-il a n'avoir qu'un seul bâtiment pour une "zone postale"?
Autre exemple, plus probant de l'incompétence de l'ARME en ce domaine, la zone 1114-007 (cadre rouge en bas à droite de la photo) est mal découpé, car les technocrates de l'ARME ne connaissent pas la topographie de Ponta do Sol, ni la répartition cadastrale. En bleu, comment devrait être découpé cette "zona postal" qui comprend encore au moins 3, voire 4 terrains constructibles. Et pouquoi n'avoir pas fait une seule zone postale avec l'intégralité des bâtiments de la rue? Il s'agit de maisons de luxe et non d'immeubles, donc le nombre de propriétaires ou locataires est restreint? On ne comprend pas la logique (s'il y en a une) du découpage en zones postales utilisée par l'ARME. Il y a trop d'incohérences dans ce qui est mis en place pour Ponta do Sol.

De même, le code postal 1114-005, concernant la Casa Santos voit-elle une partie de son terrain tronqué et les terrains constructibles attenants ne sont même pas considérés, de même que les champs en terrasse contigus qui d'ici 10 ou 20 ans seront construits.

Cette méconnaissance topographique et cadastrale se retrouve aussi dans l'attribution de bairros / quartier. En effet, le code postale 1113-005 est défini par l'ARME comme étant "Monte Sossego", Or, ce bairro, est situé en fait en haut de la bute, à l'entrée de la ville.

Si on considère les codes postaux 1103-007 et 1103-008, on voit bien qu'il s'agit de deux blocs de bâtiments très clairement et simplement définis, contigus et séparés par une rue. Or, les technocrates de l'ARME ne savent pas ce qu'est un facteur (um carteiro  en portugais) et donc ignorent en quoi consiste son métier. Prenons le même exemple et imaginons notre facteur (ou aussi notre technicien d'Electra relevant les compteurs d'électricité ou encore une employé FedEx qui viendrait (d'ici une dizaine d'années) livrer des colis sur Santo Antão). Notre livreur a un paquet comportant le code postal 1103-007. De quel côté du bâtiment doit-il livrer? Comment fait-il pour savoir si c'est 1103-007 au Sud (coté 1103-009) ou 1103-007 au Nord (coté 1103-008)?

Imaginons ce même facteur employé pour distribuer le courrier par le Correios de Cabo Verde. Il trie les lettres, cartes postales, colis et les assemble suivant les codes postaux proposés nouvellement par l'ARME. Comment fait-il après pour les distribuer, sachant qu'il n'y a pas de noms de rue ni de numéros de rue, pas plus que de noms de propriétaires ou de locataires affichés sur les murs extérieurs des bâtiments? Devra-t-il demander aux voisins pour chaque lettres, cartes postales ou courrier? Il devra assurément tourné en rond autour des blocs de bâtiments pour distribuer l'intégralité du courrier du jour. Là est l'absurdité supplémentaire de ce nouveau Code postal de Cabo Verde imposé par l'ARME, soit l'Agência reguladora multissectorial da economia qui s'attache à l'essentielle des normes au Cabo Verde. Il n'est pas du tout fonctionnel et pratique dans l'usage courant. Il vaut juste pour les technocrates théoriciens qui n'ont pas pris la peine de réfléchir aux conséquences de leurs choix et de leurs décisions unilatérales hors réalité.

Ainsi, au comble de l'absurde, une même rue aura 2 codes postaux différents, suivant que l'ont soit à droite ou à gauche de la rue.

On pourrait continuer plus en détail sur ce nouveau Código Postal de Cabo Verde qui est juste une stupidité administrative très couteuse et parfaitement inutile. Pourquoi?

  1. L'ARME base sa proposition sur la facilité que ce nouveau Code postal offrira aux entreprises de distributions de courrier en particulier (Correios, Fedex, UPS, etc.). Or, ces entreprises sont inopérantes dans l'essentiel du pays, à l'exception de Praia et Mindelo. Autrement dit, il n'y a pas de distribution de courrier. Pour la poste publique (les Correios de Cabo Verde), il faut aller chercher son courrier au bureau postal. Ils sont au nombre de 31 pour 9 îles. Pour un colis distribué par FedEx, si on habite sur Santo Antão, on doit se déplacer au bureau situé à Mindelo, sur l'île voisine de São Vicente. Plus encore, comme on l'a déjà souvent écrit, il n'y a pas de facteur, pas de noms de rue et pas de numéros de rue au Cabo Verde, à quelques exception près. Donc ce choix de Code postal ultra détaillé est inutile et inefficace, voire nuisible au bon fonctionnement de la Poste et de l'administration puisqu'il ne se fixe que sur la théorie pure.
  2. L'INE a déjà défini des zones pour ses recensements et plus encore, un "Código geográfico nacional de Cabo Verde en 1998 - 2000. Très pertinent et efficace, il aurait pu (et dû) servir de base au nouveau Código postal, afin d'avoir une uniformité des codes de géolocatisation au sein des administrations publiques caboverdiennes. On peut encore parler du Code géographique instauré par l'Instituto do património cultural (IPC), en particulier pour son projet de recensement en cours des biens immobiliers, qui lui aussi est une version différente (web). Alors que toutes ces versions de codes de géolocalisation participent de la même idée, du même effort. Pourquoi, ne pas les uniformiser en un seul et unique Code? Ce serait plus pertinent, plus économique et plus fonctionnel sur le plan administratif et logistique.
  3. Un fonctionnaire de l'administration publique travaillant à l'ARME doit gagner entre 40'000$ et 90'000$ escudos caboverdiens (soit 1'500$ à 3'500$ escudos par jour) les chefs en 80'000$ et 150'000$ escudos (soit 3'000$ à 5'800$ escudos par jour), alors que le salaire de base est de 13'000$ (500$ escudos par jour) et que bien souvent les ouvriers travaillant à la construction des routes actuellement (et qui font un réel travail utile à la société et au développement du pays, dans des conditions limites tolérables) touchent à peine 400$ escudos par jour (soit environ 10'400$ escudos par semaine), souvent avec 2 ou 3 mois de retard et sans les prestations sociales (INPS) normalement légalement obligatoires (web). Autrement dit, les technocrates de l'ARME sont trop payés pour être au final totalement incompétents et inutiles. Dans un pays en développement, actuellement en crise et en très forte difficulté financière pour cause de pandémie de Covid-19 (le déficit public atteint désormais 150% du PIB), on se pose la question de savoir si l'argent public ne serait pas plus profitable et utile ailleurs qu'injecté dans des projets secondaires et théoriques. Le 6 juillet 2021, par exemple, un rapport était rendu public suivant lequel, de mars à octobre 2020, une personne sur trois, au Cabo Verde, n'avait pas un accès suffisant à des aliments sains et nutritifs (web). Et que dire du domaine de la Santé publique en crise et dépassée par la pandémie de Covid-19?

En conclusion, on dira que l'ARME non seulement propose un nouveau Code postal non opérationnel car non achevé, mais pire encore que ce Code postal est totalement absurde, car trop complexe, non basée sur la réalité du terrain ni en accord avec les municipalités et les institutions locales ou la population et ses habitudes de vie.
Il s'agit d'un projet technocratique purement théorique, réalisé par des techniciens incompétents et inaptes à ce travail, non seulement par manque de formation, mais aussi et surtout par manque de rigueur et de précision scientifiques qui sont des prérequis indispensables pour ce genre de travail.

Christophe Chazalon
Genève, 13/07/2021

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Vive la Presse ou comment la distribuer au Cabo Verde! (2021)

Nous l'avons écrit encore et encore, la meilleure solution pour amener la population caboverdienne à lire d'avantage, c'est de promouvoir une bonne diffusion de la presse locale et internationale.
Et plus encore, nous avons écrit que la solution est simple. Mais comme toujours, plus c'est simple, plus c'est compliqué à trouver. "Ô capitaine! Mon capitaine!"...

Pour une diffusion dans un archipel composé de 10 îles, dont 9 habitées, il faut d’abord se poser la question de savoir quels organismes on retrouve systématiquement sur chacune d’elle. Toutes ont un port, sept ont un aéroport, toutes ont une Câmara municipale, toutes ont plusieurs Centre de santé ou hôpitaux, toutes ont des services administratifs dépendants des Ministères, des Finances, de l’Agriculture, de la Mer etc. Plus encore, toutes ont de nombreux centres de Police nationale. On voit cependant mal les policiers vendre des magazines et des journaux. On est cependant proche du but. Toutes les îles ont au moins un centre postal, le Correio  (ou plus exactement les Correios de Cabo Verde), devenu société anonyme en 1995, mais toujours entreprise d'utilité publique. Comme écrit auparavant, au Cabo Verde pas de noms de rue, pas de numéros de rue, pas de facteurs, mais des bureaux de postes: soit 1 sur Brava, 1 sur Maio, 2 sur Sal, 2 sur São Nicolau, 2 sur Boa Vista, 3 sur São Vicente, 4 sur Fogo, 5 sur Santo Antão et 11 sur Santiago. Ceux-ci servent à payer les factures, recevoir les pensions, transférer de l’argent, acheter des recharges téléphoniques et des téléphones, et occasionnellement à recevoir du courrier ou des colis. En effet, ces derniers tendent à fortement diminuer. Ainsi entre 2007 et 2017, la part du courrier postal dans les recettes globales du Correio  est passée de 46% à 37% au profit du secteur "commandes et logistiques".

Aussi, la solution la plus efficace, la plus rapide et la moins onéreuse pour la diffusion de la presse caboverdienne est de passer par le Correio. Celui-ci a non seulement déjà les infrastructures propres à la vente, vu qu’il le fait avec les téléphones (CVMovel et Unitel – T+). C’est un lieu fréquenté où la population à l’habitude de se rendre et, plus encore, celle… d’attendre. Or que fait-on quand on attend? On cherche quelque chose à faire pour passer le temps. Et pourquoi pas feuilleter un magazine, un journal, quitte à l’acheter au final pour le rapporter à la maison? Mais ce n’est pas tout. Le Correio, c’est aussi un organisme de transport et de distribution inter-îles et international. Il est donc le plus indiqué pour gérer la distribution et la vente de la presse.

Comment procéder? Tout d'abord, il faut que les organes de presse papier (uniquement papier), tels que A nação, Expresso das ilhas, Terra nova, Artilettra  (actuellement en pause) ou encore Leitura, se réunissent et créent une association faîtière qui deviendra l'interlocuteur principal avec le Correio  et le Gouvernement. Les organes de presse numérique, tels A semana, Noticias Cabo Verde, Santiago Magazine, Lantuna, Link etc. envisageront peut-être une diffusion papier si le système mis en place est foncionnel et donc pourront intégrer progressivement l'association faîtière. Une fois cela fait, la dite association devra se réunir avec les réprésentant(e)s du Gouvernement et du Correio  pour définir les objectifs, fixer les tarifs, trouver un accord bénéfique pour tous. La meilleure solution, c’est que le Correio  reçoive une rétribution pour chaque exemplaire vendu. On voit deux possibilités, mais il en existe d’autres : soit le Correio  reçoit une somme forfaitaire de 20, 30 ou 50 escudos par exemplaire vendu, soit il touche automatiquement 20%, 25% ou 30% du prix de vente. Là, c’est aux économistes et aux spécialistes des algorithmes et autres formules mathématiques de travailler. Les chiffres proposés ici, le sont à titre indicatif. Une fois le tarif (ou les tarifs suivant les types de documents par exemple) connu, les organes de presse l’incluent dans leur prix de vente. Donc, ils doivent réévaluer le prix de vente de leurs produits en fonction, ceci en tenant bien en compte qu’une plus grande diffusion implique un taux de vente plus élevé et que d’autre part, plus le prix est bas, plus la population sera prête à acheter un exemplaire. À partir de là, les organes de presse livrent leurs exemplaires de journaux, hebdomadaires, magazines, revues etc. au Correio  qui se charge, lui, de les diffuser dans le pays, à travers ses bureaux de poste. Reste la question des invendus et des retours. Ce sera le fruit d’une concertation dans laquelle nous ne rentrerons pas, mais qui est effective dans tous les pays où l'on vend de manière néo-libérale la presse. On ne voit pas en quoi cela poserait des difficultés au Cabo Verde.

Quoiqu’il en soit, tout le monde y trouvera son intérêt et tout le monde sera gagnant!
  • La population aura accès à une presse diversifiée, avec régularité et à des prix accessibles, donc un accès à l’information salutaire pour une démocratie forte et aussi à un divertissement, car la presse, c’est aussi un plaisir. Au Cabo Verde, ils existent les alugers, tout particulièrement sur les "îles oubliés" loin des grands centres urbains, à savoir des minibus type Hyace de Toyota qui font office de transports publics pour un prix modique. Mais ils ont aussi pour vocation de se transformer en livreurs si besoin. Ainsi, si des habitants vivent trop loin du bureau de poste, cela n'est pas un problème. Ils font appellent aux alugers qui iront à l'occasion de leur va-et-vient quotidien leur acheter le périodique choisi au Correio. C'est là une pratique courante et parfaitement huilée pour le gaz, les oeufs et autres denrées alimentaires. L'important, c'est la régularité et la "ponctualité" de la diffusion en un lieu défini. Et au Cabo Verde, pour l'heure il n'existe pas de quotidiens, mais seulement des hebdomadaires, mensuels, bimensuels etc. Donc, pas de soucis de timing réduit d'un journal qui doit être livré tous les jours avant 9h.
  • Les organes de presse verront diffuser leur travail de manière optimale, non seulement par la vente direct dans les Correios, mais aussi par la dynamique nouvelle pour les abonnements distribués par les mêmes Correios. Ils augmenteront donc leur tirage progressivement, et d'autant leurs chiffres d’affaires, sans oublier les recettes publicitaires. Et enfin, le développement  stimulera le travail des journalistes, reporters, photographes et dynamisera la branche de communication sociale qui aujourd'hui, au Cabo Verde, connaît un moment difficile.
  • Le Correio  connaîtra un regain de fréquentation de ces bureaux postaux, ainsi qu'une nouvelle activité lucrative qui paliera à la baisse du secteur "courrier postal". Et il pourra améliorer le rendement de son système de distribution inter-îles qui, pour les "îles oubliées" en particulier, doit probablement être aujourd'hui déficitaire. Il obtiendra avec la distribution de la presse un meilleur rendement pratique et financier du matériel et des travailleurs.
  • Les entreprises, elles aussi, seront gagnantes. Pourquoi? Parce qu'une presse papier bien diffusée, c'est de la visibilité gagnée par l'entremise de la publicité. Plus les tirages augmenteront plus les entreprises pourront devenir visibles. Et cette publicité renforcera par la-même la solidité financière des organes de presse, du Correio  et du Gouvernement.
  • Le Gouvernement, lui, sourira face à la rentrée des recettes fiscales et pleurera, peut-être, de l’accessibilité si grande aux critiques contre sa politique. Mais surtout, il trouvera là un des meilleurs moyens pour amener la population au plaisir de la lecture qui fait tant défaut aux Caboverdiennes et Caboverdiens, et ce dès le plus jeune âge, avec des magazines pour enfants et des bandes dessinées. Car, si au début, on aura que les 3 ou 4 hebdomadaires d'information et 1 ou 2 revues spécialisées, petit à petit, de nouveaux périodiques vont apparaître. Une bonne diffusion stimulera le monde de la communication sociale et en particulier la presse papier. On pense à des magazines féminins totalement caboverdiens, des revues scientifiques ou "cartoon"  pour les enfants, des revues de mode, des magazines de foot axés sur le foot dans l'archipel, des revues touristiques, culinaires, de musique, de bricolage ou d'arts. Il y a tant de possibilités et avec les outils numériques de mise en page sur le web, très faciles d'emploi car pré-formatés, peu chers et accessibles à tous, les coûts de production sont fortement réduits. Ainsi, une bonne diffusion, pérenne, va dynamiser fortement l’emploi et la création auprès des diplômés en communication sociale ou des jeunes artistes, dessinateur ou écrivains.
Encore une fois, tout le monde est gagnant! Pas un seul n'y perd!
Et la solution… EST SIMPLE! Elle ne nécessite pas des années de discussion ou de préparation pour créer les infrastructures, acquérir le matériel, établir les rotations de livraisons. Tout est déjà existant. Il faut juste se mettre d'accord sur la rétribution accordée au Correio  pour son travail.

Encore deux points.

Tout d’abord, on parle ici, il faut le préciser, de la presse locale, caboverdienne. Pour la presse internationale, c’est plus compliqué puisque les coûts financiers sont nettement plus élevés. C’est donc au Gouvernement de faire le nécessaire pour trouver des accords avec les distributeurs portugais ou luxembourgeois (ce pays aidant fortement le Cabo Verde), les compagnies aériennes et le Correio. Mais ce n’est pas insurmontable. À court et moyen terme, le Correio  est le seul organe de diffusion. À moyen ou long terme, il pourra octroyer des concessions à d’autres distributeurs, des lojas  dans les milieux reculés par exemple ou alors le Gouvernement pourra envisager de lancer un appel d'offre pour la création ou l'établissement d'une société privée de distribution de la presse. Car les ventes de presse locales ne vont pas augmenter de suite de manière spectaculaire. Non! L'évolution va être progressive. en un cercle vertueux, plus il y aura de lectrices et lecteurs, plus il y aura d'offres de périodiques. Cela prendra du temps. Et autre élément, avec la presse internationale (essentiellement européenne, car 80% à 90% des touristes au Cabo Verde proviennent d’Europe), le Gouvernement améliorera son offre touristique et donc accroîtra le ressenti positif de ses visiteurs.

Le second point, on l’a vu dans nos écrits antérieurs, concerne la difficile relation, très tendue, entre les milieux de la presse et des médias et le Ministère de la Culture, en particulier à cause de son Ministre, M. Abraão Vicente. En août 2019, Gisela Coelho, de l’hebdomadaire A nação  écrivait l’article “Abraão Vicente desafia jornais a criarem rede de distribuição (n° 624, p.5)”, alors que André Amaral, de l’hebdomadaire Expresso das ilhas, publiait l’article “Acesso e consumo da comunicação social: só 1% dos Caboverdianos lê jornais (n° 924, p. 4)”. Avec un accord de diffusion entre les Correios de Cabo Verde  et la presse locale, on peut résoudre tous ces problèmes. Mais le Gouvernement peut faire plus que de chapoter les discussions et les négociations. L’une des difficultés majeures de la presse caboverdienne actuelle est l’imposition. Le coût dans les finances des organes de presse est trop élevé, car faute à un système de diffusion efficace, la distrubtion est faible et les recettes tout autant. Autrement dit, la presse actuelle, au Cabo Verde, à les reins fragiles. Elle n’est, pour ainsi dire, pas économiquement viable. Or, la presse (ou les médias) est le quatrième pouvoir, celui qui favorise la démocratie par la diffusion de l’information et la critique des politiques gouvernementales. Elle est indispensable. Aussi, un État démocratique, n’en déplaise à M. Vicente, se doit d’aider les médias privés, stimuler leur appétit critique et les soutenir financièrement, tout du moins quand la situation est difficile. Et actuellement elle l'est plus que jamais. En juillet 2017, l’hebdomadaire A nação  proposait un dossier spécial en rapport avec la conférence "O papel dos media em democracia (n° 621)”. On pouvait y lire un article sur le coût des impôts pour les médias, dès lors surendettés. Que peut faire l’État? Plein de choses. Il peut définir une taxation basse, spécifique aux médias (comme cela se fait par exemple en France avec la TVA spéciale pour la restauration et l'hôtelerie, ou les livres). Il peut faire un crédit d’impôt sur 4 ou 5 ans, du temps que la crise passe, et ce, simultanéement à la mise en place du projet de distribution ci-dessus décrit. Il peut aussi, afin de ne pas perdre sur le plan des finances publiques, accorder un échange équitable entre presse et Gouvernement. Comment procéder? Très simplement, une fois encore. À court terme, sur les 4 ou 5 ans proposés ci-dessus, le Gouvernement offre le 0% d’impôt aux organes de presses caboverdiens, mais en échange, les dits organes offrent à l’administration publique un abonnement gratuit (et tout particulièrement aux Câmaras  municipales et aux bibliothèques scolaires, municipales ou universitaires). Qu’est-ce à dire? Toute administration publique de l’archipel recevra pendant la durée impartie un exemplaire de l’hebdomadaire, de la revue, du magazine publié (ou une sélection si le nombre est trop important). Donnant-donnant. Ainsi non seulement les fonctionnaires de l’administration publique auront accès à l’information locale tout autant que la population qui se rendra dans les dites administrations, ou les élèves, étudiants et professeurs dans leurs établissements. Cabo Verde est un pays où l’on attend beaucoup. Or, l’attente favorise la lecture parce qu’elle provoque un vide d’activité. Mais une fois pris l’habitude de parcourir le journal ou la revue culturelle, on y prend goût, l’habitude se crée et donc, la lecture se développe au sein de la population. C’est bien plus efficace que de rééditer les 300 pages de Chiquinho de Baltasar Lopes! Une fois les 4 ou 5 ans écoulés, on regarde ce qui se passe, on fait l'état de la situation. Si les choses sont encore instables et délicates, on renouvelle l'opération. Si les choses se sont améliorées, on soumet de nouveau les organes de presse à une imposition annuelle et le Gouvernement renouvelle les abonnements de presse en les payant. Agir ainsi, permet aussi d'augmenter les volumes produits et donc de diminuer les coûts de production. La diffusion (si on suit ce que nous avons proposé) fera le reste.

L’idée est sur le tapis, offerte à tous. Au Gouvernement et aux médias de prendre le relais.

L’idée était simple, nous avons fait de notre mieux, mais le reste ne nous appartient pas. Tout au plus nous pourrons conseiller ou guider, répondre aux éventuelles questions. Mais la politique n’est pas de notre ressort. Nous sommes là pour les idées qui permettront au Cabo Verde de se développer de la meilleure façon qui soit et qui offrent à la population que nous adorons un avenir toujours plus radieux.


Christophe Chazalon
​Genève, 05/06/2021

NOTES: Le 17 juin 2021, le site inforpress.cv titrait "Lourenço Lopes diz que a comunicação social é crucial para o funcionamento da democracia", idée réitérée le 24 juin (dans l'article "Lourenço Lopes pede espírito aberto para encontrar melhores soluções para a Comunicação social (web)). Ainsi, le ministre de la Culture, Abraão Vicente, a gentiment laissé la place au secrétaire d'État adjoint au Premier ministre pour traiter avec les médias privés. Voilà déjà une bonne nouvelle. Mais en plus ce dernier a ajouter "Nõ há democracia sem uma imprensa verdadeiramente livre e pujante". On attend donc la suite, car pour l'heure tout n'est qu'annonce, à savoir comment va faire le Gouvernement pour soutenir les médias privés, sachant que la représentante résidente de la Banque mondial vient de préconiser un "novo apertar o cinto a caminho" (il va falloir de nouveau se serrer la ceinture), en matière de dépenses publiques! (web)

O militante  (Praia), n° 15 (01/1980), p. 30 (ci-dessous)

Enseignement supérieur en Afrique: le cas du Cabo Verde  (2021)


AVANT-PROPOS: Ce rapport a été transmis au Président de la République et à certains membres du Gouvernement le 27 mai 2021. Le 13 juin suivant, on pouvait lire sur inforpress.cv l'article suivant: "Governo aposta na melhoria da educação e formação dos cabo-verdianos na décima legislatura" (web). Le contenu est surprenant et nous ravit. La route est la bonne. Comme quoi, il n'est pas inutile d'oser dire, il arrive parfois que certains sachent écouter! Après cela, un rapport fait un bilan, dénonce des problèmes et des erreurs, propose des solutions, mais au final le Cabo Verde appartient au peuple caboverdien et c'est à lui et à ses représentants de tracer la route à suivre.
Le 23 juin 2021, inforpress.cv titrait "Governo quer garantir o maior acesso à internet para pessoas sem capacidade para pagar" (web). Et le secrétaire d'État à l'économie digitale précisait: "“Há a necessidade de apostarmos cada vez mais no digital, temos de pensar que o digital começa a ter um papel central e isto é assumido pelo Governo de Cabo Verde no seu programa e nós enquanto participantes, damos o nosso contributo sobre a importância da internet". On attend la mise en place avec impatience!


Enseignement supérieur en Afrique : entre business du système-monde et open access des pays du Sud, quels chemins suivre pour atteindre l’excellence?
Le cas du Cabo Verde.


Higher education in Africa: between business in the "world-system" and open access in southern countries, what paths to follow to achieve excellence? The case of Cabo Verde.

Le Cabo Verde possède onze établissements d’enseignement supérieur (EES) sur son territoire, mais aucun ne figure dans les classements mondiaux. Ils ne sont pas les seuls dans cette situation en Afrique. La majeure partie des universités ou instituts d’enseignement supérieur africains sont simplement ignorés par le système-monde  anglo-saxon imposé dans les sphères scientifiques et l’enseignement supérieur au niveau mondial.
Quelles sont les raisons de ce rejet? Quel est le véritable niveau de l’enseignement supérieur au Cabo Verde? Quelle en est l’évolution? Quelles sont les failles et les difficultés? Quelles erreurs ont été commises par les anciens gouvernements caboverdiens? Quelles propositions sont faites par le Gouvernement caboverdien actuel pour améliorer la situation ? Quelles solutions ou améliorations peuvent être encore apportées? Autant de questions auxquelles cet article tente de répondre.
 
Contexte géopolitique
Le Cabo Verde est un état insulaire constitué de dix îles volcaniques situées dans l’Atlantique nord, sous le tropique du Cancer, en face du Sénégal. Le pays a acquis son indépendance en juillet 1975 à la suite d’une lutte armée contre le Portugal, mais n’est devenu véritablement démocratique qu’à partir de 1991, avec la mise en place des premières élections multipartites. En novembre 2013, le Gouvernement a officiellement demandé à l’ONU d’être appelé Cabo Verde quelle que soit la langue, ce qui a été validé. En février 2020, le Code de rédaction interinstitutionnel européen entérinait également ce choix dans le cadre de son harmonisation des règles et conventions d’écriture standardisée à utiliser par l’ensemble des institutions, organes et organismes de l’Union européenne[1]. Les pays de l’UE, progressivement s’adaptent.

La population du Cabo Verde est d’environ 520'000 habitants[2], dont la moitié vit sur l’île de Santiago, un quart dans la capitale Praia située sur la même île. Plus encore, la diaspora caboverdienne est composée d’autant d’individus, résidant de par le monde. Les principaux pays d’accueil de cette diaspora sont, dans l’ordre décroissant, les USA, le Portugal, l’Angola, le Sénégal, la France, les Pays-Bas, São Tomé e Príncipe, l’Espagne, l’Italie, l’Argentine, le Luxembourg, le Brésil, la Guinée-Bissau, la Suisse, le Mozambique, pour des populations allant de 265'000 à 1'000 individus[3]. Suivant le recensement décennal de 2010 (RGPH 2010), les moins de 25 ans représentaient plus de la moitié de la population résidant dans l’archipel, soit 54,4%, dont une faible majorité de filles pour les 5-17 ans[4].
En novembre 2007, le Cabo Verde a intégré la liste des pays aux revenus intermédiaires et est considéré aujourd’hui comme un modèle de développement économique et de stabilité politique, en particulier par rapport aux autres pays du continent africain. Cette reconnaissance lui vaut d’obtenir facilement des aides et des crédits, malgré le fait qu’il ne soit plus un pays classé parmis les plus pauvres de la planète. Notons cependant que depuis 2019, le Cabo Verde chute dans le classement du Economist Intelligence Unit qui s’intéresse au niveau démocratique des régimes politiques de 167 pays. Moins trois places en 2019, moins quatre en 2020[5] et moins deux en 2021, atteignant la 32e place du classement et faisant dès lors partie des pays considérés comme des « démocraties imparfaites »[6].

Classements internationaux et reconnaissance mondiale de l’enseignement supérieur africain
Les principaux classements mondiaux des EES sont issus du système-monde  anglo-saxon. En effet, un certain nombre d’experts de l’enseignement supérieur ont expliqué la situation en ces termes:
« la science, loin d’être universelle, a été historiquement mondialisée. Nous inspirant, comme Keim (2010)[7] et quelques autres (Polanco, 1990)[8], de la théorie de Wallerstein (1996)[9], nous considérons qu’elle constitue un système-monde  dont l’unité marchande est la publication scientifique. Produite principalement dans les pays du Nord, cette marchandise obéit à des normes et des pratiques qui sont définies par le "centre" du système, à savoir les principaux éditeurs scientifiques commerciaux (Larivière, Haustein, & Mongeon, 2015)[10] et leurs partenaires universitaires qui sont les universités états-uniennes et britanniques dominant les palmarès soi-disant mondiaux. La semi-périphérie est constituée par tous les autres pays du Nord ou émergents des Sud qui gravitent autour de ce centre, adoptant la langue anglaise en science et se conformant au modèle LMD (licence, master, doctorat) imposé depuis le processus de Bologne à toutes les universités du monde dans le but de « normaliser » et d’uniformiser le fonctionnement de ce système-monde. La périphérie désigne alors tous les pays qui sont exclus de ce système, qui ne produisent pas ou très peu de publications scientifiques ou dont les travaux de recherche sont invisibles, mais à qui le modèle LMD a aussi été imposé (Charlier, Croché, & Ndoye, 2009 ; Hountondji, 2001). »[11]
Quoiqu’il en soit, au regard du système-monde, le Cabo Verde n’existe pas. Que ce soit l’Academic Ranking of World Universities de l’Université Jio Tong de Shanghai (ARWU), le Times Higher Education (TS), le Center for World University Rankings (CWUR), le Quacquerelli Symonds World University Ranking (QS), le World Most Innovative University de Reuters ou le Leiden Ranking (CWTS), aucun de ces classements ne considèrent ne serait-ce qu’un seul EES caboverdien sur une liste allant jusqu’à 2'000 unités[12]. Qu’en est-il du reste de l’Afrique?
Le ARWU[7] considère les EES de seulement quatre pays africains pour 2020 :
Le TS[14] s’intéresse à plus de 1'500 universités dans 93 pays et classe donc plus d’EES africains, à savoir pour 2020-2021:
Les autres EES de ces pays sont classées 1001+, ainsi que celles référencées du Botswana (University of Boswana), du Ghana (University of Ghana) et de la Tunisie (University of Carthage, University of Manouba, University of Monastir, University of Sfax, University of Sousse, University of Tunis El Manar).
 
Le QS[15] ne considèrent que trois EES africains dans son top 1'000: University of Cape Town (220) et University of Witwatersrand (403) pour l’Afrique du Sud, et The American University in Cairo (411) pour l’Égypte.
 
Le classement Reuteurs ne considère que des EES de l’hémisphère Nord, à savoir dans l’ordre décroissant du nombre d’EES par pays classés : USA, Allemagne, France, Royaume-Uni, Corée du Sud, Japon, Chine, Suisse, Pays-Bas, Belgique, Canada, Singapour, Israël et Danemark.
 
Le CWTS[16] intègre les EES de six pays africains sur 1'176 établissements sélectionnés, pour 2020:
Enfin, le CWUR[17] consiste en un top 2'000. On y trouve les EES suivants pour 2020-2021:
  • (GB) Afrique du Sud – University of Cape Town (268), University of the Witwatesrand (275), Stellenbosch University (429), University of KwaZulu-Natal (477), University of Pretoria (578), North-West University (922), University of the Free State (1200), Rhodes University (1295), University of South Africa (1409), Nelson Mandela University (1655), Tshwane University of Technologie (1936);
  • (FR*) Algérie – University of Science and Technology Houari Boumediene (1749), University of Djilali Liabès, Sibi-Bel-Abbès (1880);
  • (FR) Cameroun – University of Yaoundé I (1315);
  • (GB*) Égypte – Cairo University (558), Ain Shams University (794), Mansoura University (961), Alexandria University (972), Assiut University (1197), Suez Canal University (1204), Fayoum University (1351), Zagazig University (1380), British University in Egypt (1397), Tanta University (1496), Helwan University (1539), Al-Azhar University (1575), Beni Suef University (1634), Menoufia University (1665), Mina University (1819), Sohag University (1870), Benha University (1899), American University in Cairo (1999);
  • (GB*) Éthiopie – Addis Ababa University (1135), University of Gondar (1716), Mekelle University (1863), Jimma University (1920);
  • (GB) Ghana – University of Ghana (1346), Kwame Nkrumah University of Science and Technology (1460);
  • (GB) Kenya – University of Nairobi (1357);
  • (FR*) Maroc – Cadi Ayyad University (1048), Mohammed V University (1051), Hassan II University of Casablanca (1096), Mohamed First University Oujda (1239);
  • (GB) Nigéria – University of Ibadan (1163), University of Nigeria (1882);
  • (GB) Ouganda – Makerere University (923);
  • (GB) Tanzanie – Muhimbili University of Health and Allied Sciences (1835);
  • (FR*) Tunisie – University of Monastir (1330), University of Sousse (1988);
  • (FR) Sénégal – Cheikh Anta Diop University of Dakar (1913);
  • (GB) Zambie – University of Zambia (1536);
  • (GB) Zimbabwe – University of Zimbabwe (1673).
Au regard de tous ces classements, il apparaît clairement que l’Afrique est sous représentée dans le concept du système-monde, centré essentiellement sur les pays occidentaux ou « riches ». Par ailleurs, si on regarde les pays retenus dans le CWUR, on note que ce classement donne l’avantage aux pays africains anglophones. Sur quinze pays, huit ont pour langue officielle l’anglais (GB) et deux autres l’ont comme langue courante (GB*), alors que seulement deux pays ont pour langue officielle le français (FR) et trois comme langue courante (FR*).
Le Cabo Verde a pour langue officielle le portugais, à quoi s’ajoute le « crioulo », dont chacune des neuf îles habitées à sa version, mais que les spécialistes et linguistes réduisent à deux créoles principaux: celui du Barlavento  (îles du Nord) et celui du Sotavento  (îles du Sud). Par ailleurs, le Cabo Verde est aussi membre de la francophonie, même si de plus en plus l’anglais tend à détrôner le français, poussé par le milieu du tourisme et le Gouvernement[18].

Si on regarde rapidement le classement des EES des pays lusophones, que constate-t-on? Tout d’abord que seuls le Portugal et le Brésil sont intégrés au système-monde. Aucun des pays africains de langue officielle portugaise (PALOP) n’en fait partie, à savoir l’Angola, le Cabo Verde, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Mozambique et São-Tomé-et-Principe, de même que le Timor oriental membre de la CPLP. Pour le Portugal, on obtient les classements suivants:
On constate à travers ce tableau non seulement que les EES portugais sont mal cotées, mais qu’en plus il y a d’importantes disparités entre les cinq principaux classements mondiaux.

Si on s’attache maintenant aux EES brésiliens, on obtient le classement suivant:
Toutes les autres universités mentionnées dans le TS sont classées 1001+.

Le constat est semblable à celui des EES portugais à une exception près: l’Université de São Paulo est classé au 7e rang par le CWTS, mais entre 100 et 250 pour les quatre autres classements.
Pourquoi un tel classement des EES des pays lusophones? Seraient-ils qualitativement inférieurs à ceux des autres pays occidentaux? Sur quelle(s) base(s)? La raison est en fait assez simple et ne concerne pas la qualité à proprement parler des EES lusophones. Comme on l’a vu, le système-monde  anglo-saxon se structure en bonne partie sur les publications scientifiques développées en un business très lucratif[19]. Or, les pays lusophones, regroupés sous l’appellation Communauté des pays de langue portugaise (CPLP) ont développé une politique diamétralement opposée, basée sur l’open access. Qu’est-ce à dire? Au lieu de rentabiliser au maximum la recherche scientifique suivant un buiseness plan ultra-performant, la CPLP a décidé de mettre les résultats de la recherche scientifique à la portée de tous, gratuitement, afin de favoriser une meilleure diffusion des savoirs et d’éviter des disparités trop grandes entre les différents groupes sociaux, ethniques ou économiques en matière d’accès à la connaissance et à l’éducation. Le Cabo Verde entre pleinement dans cette approche. Dissertations, mémoires et thèses universitaires, articles de revues spécialisées, actes des colloques, conférences ou tables rondes sont tous édités et en libre accès sur le web. Aucun profit n’est à faire. Aussi ces documents, généralement rédigés en portugais, ne sont-ils pas considérés ni intégrés aux bases de données des périodiques commerciaux scientifiques utilisées par le système-monde  pour établir ses classements, à l’exception du projet sud-américain SciELO (www.scielo.br)[20]. Prédomine dès lors très largement l’anglais, devenu la langue scientifique par excellence, suivi de près par le français. Les autres langues sont anecdotiques et volontairement oubliées. C’est là une des défaillances majeures, mais pleinement assumée, du système-monde[21].

De plus en plus de voix s’élèvent en Europe pour agir dans le même sens que la CPLP et les pays du Sud. En effet, pourquoi payer à prix d’or des revues qui non seulement ne rétribuent pas les auteurs, mais qui en plus ne financent en rien la recherche scientifique. L’idée développée est dès lors la suivante: toute publication financée, tout ou partie, par de l’argent public doit être proposée en open access. Cela n'a pas suffit, car le système-monde  a déjà trouvé la parade. « Récemment, ils ont développé une autre stratégie, calquée sur une idée chère à la communauté scientifique: l’accès libre, gratuit pour tous… sauf pour les auteurs. Depuis le milieu des années 2000, ils proposent aux chercheurs de payer des frais de publication (les Article Publishing Charges ou APC) afin que leur travail soit diffusé gratuitement. (…) Si les frais d’abonnement commencent tout juste à s’infléchir (…), les APC connaissent une croissance très importante. D’après le consortium Couperin, les charges demandées par article par les éditeurs ont augmenté de 12% en France entre 2015 et 2017, passant de 1'500 à 1'700 euros. Ces frais peuvent s’élever jusqu’à 7'000 dollars pour certains journaux »[22]. Autrement dit, les EES sont doublement impactés par cette nouvelle politique, car ils paient non seulement pour la publication d’un article d’un de leur membre dans une revue, mais également l’abonnement à cette dite revue. Cette nouvelle politique provoque une montée de boucliers et de protestations de la part de plus en plus de chercheur(se)s qui décident soit de ne plus publier dans les revues commerciales du système-monde, soit de ne plus réviser gratuitement les articles qui y sont édités.

Mais attention de bien prendre en considération l’ensemble du problème. Comme l’a très bien décrit la Direction de l’information scientifique et technique (DIST) du Centre national de la recherche scientifique français (CNRS) dans un rapport en 2015: « Quatre des cinq plus importants éditeurs scientifiques mondiaux (Elsevier, Springer, Wolters Kluwer, Macmillan / Nature Publishing Group, Taylor & Francis) sont anglo-néerlandais ou allemand. Le 5e, l’américain Wiley, n’a pris son rang (à la troisième place) dans ce classement mondial qu’en rachetant il y a quelques années l’éditeur britannique Blackwell ». Plus encore, « l’édition de recherche représente 110'000 emplois directs, dont 40% sont localisés en Europe (essentiellement dans les trois pays cités) alors que le marché européen ne représente que 28% du marché mondial (en valeur) de l’édition scientifique. En conséquence, dans ces trois pays européens, les positions des pouvoirs publics relatives aux problématiques d’open-access  ne sont pas dictées par les seules questions de partage des connaissances au sein de la communauté de la recherche, mais aussi par des considérations (légitimes) de soutien à leur édition scientifique nationale. »[23]

Pour en revenir à l’Afrique, en 2013, l’UNESCO a publié un ouvrage intitulé Ranking and accountability in  higher education: uses and misuses  sous la direction de P.T. Mmantsetsa Marope, Peters J. Wells et Ellen Hazelkorn, traduit en français en 2017 sous le titre Classements et responsabilisation dans l’enseignement supérieur. Bons et mauvais usages[24]. L’idée était d’offrir différents point de vue sur la question des classements mondiaux et de leur impact, qu’ils soient favorables ou défavorables. Peter A. Okebukola s’est attaché à l’Afrique à travers l’article « Un point de vue africain des classements dans l’enseignement supérieur »[25]. Il y décrit le cas du Nigéria et les solutions qui ont été proposées pour contrer l’absence de 90% des EES africains dans ces classements du système-monde. Or, dans les faits, entre les années 1990 et 2010, le nombre d’EES sur le continent africain serait passé de 700 à plus de 2'300. Mais comme le remarque l’auteur, abondance ne rime pas forcément avec qualité. D’où l’intérêt d’un classement qualitatif des EES. Ceux du système-monde ignorant l’Afrique, il est apparu nécessaire de proposer d’autres classements, nationaux ou régionaux. Auparavant, dans la plupart des pays africains, un EES était jugé de qualité en fonction de son ancienneté. Du moins, c’était un critère privilégié par les employeurs. Au début des années 2000, un processus plus objectif a commencé à être mise en place, sous la pression des parents et des étudiants, basé sur des données plus quantifiables et objectives.

Au Nigéria, cela a abouti à la création d’un système de classement en 2001 par la Commission nationale des universités (NUC). « Trois raisons majeures sous-tendaient cette initiative. Tout d’abord, la population désirait être mieux informée de la position (performance) relative des université et programmes, de façon à guider les futurs étudiants dans leur choix de carrière. Ensuite, le gouvernement souhaitait disposer d’un mécanisme transparent et objectif permettant d’identifier les centres d’excellences susceptibles de bénéficier de financements préférentiels. Enfin, la NUC, chargée notamment de la bonne marche des universités, avait besoin d’éléments de base pour conseiller le gouvernement sur les programmes et les universités à renforcer afin de répondre aux futurs besoins du pays en matière de ressources humaines. » Ce système a connu une modification de ses indicateurs en 2004, 2005 et 2009, dès lors au nombre de 12, et est appliqué chaque année.

Mais le plus intéressant est peut-être l’instauration du Mécanisme africain d’évaluation de la qualité (AQRM en anglais), créé en 2010 en vue de comparer les résultats des EES africains. Le AQRM est en fait un projet prototype, mais le fait que les pays africains se soient mis d’accord pour unifier leurs critères de comparaison, améliorer la qualité de l’enseignement supérieur, développer de nouvelles formes de collaborations, proposer des programmes communs est un point positif, ce d’autant plus que si les onze indicateurs sont inspirés de ceux des classements mondiaux, ils s’attachent également aux critères plus spécifiques à l’Afrique.

Car si jusqu’à présent nous n’avons parlé que de l’indicateur basé sur les publications du corps enseignants et de recherche des EES, il est bien évident que ce n’est pas le seul qui préside à l’établissement des différents classements de par le monde. Pour l’AQRM, les onze critères retenues sont les suivants:
La grande différence entre les classements du système-monde et l’AQRM réside dans le fait que ce dernier n’évalue pas les EES par rapport aux autres établissements pour stimuler la concurrence, mais par rapport à un ensemble de critères, dont certains d’auto-évaluation (excellent, satisfaisant ou insatisfaisant). L’idée est que les EES définissent par l’entremise de ces critères leurs forces et leurs faiblesses, et qu’au fur-et-à-mesure des années, elles améliorent leurs points faibles, ceci dans un délai imposé.

Cependant, les propositions de Peter Okebukola qui suivent entrent dans une conception purement « mondialisante ». Pour lui, l’idéal serait de faire des EES africains des rivaux de ceux du monde occidental et d’ainsi intégrer l’ordre du système-monde. « Si le processus d’amélioration de la qualité se poursuit au rythme actuel, conclut-il, il y a bon espoir que, d’ici à une vingtaine d’années, les EES africains figureront dans le peloton de tête des classements »[26]. Est-ce le bon choix? Faut-il impérativement que les EES africains s’alignent sur l’Occident? La concurrence avec les EES du système-monde  est-elle nécessaire pour le bon développement de l’Afrique? La réponse est NON, pour la simple et bonne raison que les EES africains n’ont pas les moyens financiers de le faire. Prenons deux exemples suggérés par Okebukola pour améliorer le rang des EES africains dans les classements mondiaux.

L’ARWU accorde une grande importance aux anciens élèves et personnels ayant obtenu un prix Nobel ou une médaille Fields, une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques, remise tous les quatre ans, à deux, puis à maximum quatre lauréats à partir de 1966. Pour cette dernière, seul l’anglo-américain, originaire d’Afrique du Sud, Richard Ewen Borcherds l’a reçu en 1988, sur total de soixante lauréats. Pour ce qui est des prix Nobel, le bilan n’est guère plus brillant. Sur 962 lauréats, 22 seulement sont africains (ou d’origines africaines)[27]. Par ailleurs, deux constats s’imposent: tout d’abord, l’Afrique du Sud, avec neuf prix Nobel, et l’Égypte, avec quatre prix Nobel, sont aussi deux des trois pays généralement présents dans les classements mondiaux des EES, ce qui en dit long sur la place de ces pays dans le système-monde, quand bien même aucun pays d’Afrique ne fait partie des « pays développés » selon l’ONU ou le Forum économique mondial. Par ailleurs, en regardant le tableau ci-dessous, on s’aperçoit que les Africain(e)s lauréat(e)s le sont en très grande majorité pour la Paix (13), donc pour la politique ou des actions sociales, et la littérature (4), et non pour une activité intellectuelle scientifique à proprement parler. Et ces autres lauréats "scientifiques" ont, par ailleurs, tous migrés aux USA ou en Angleterre pour travailler et poursuivre leurs recherches.

En toute logique, Peter Okebukola propose donc de développer des laboratoires de recherches performants (ce qui est faisable, mais a un coût élevé). Plus encore, il préconise de « former des diplômés d’EES africains sous l’égide de lauréats du prix Nobel afin de promouvoir les comportements, valeurs et méthodologies de recherche requises pour obtenir un prix. L’Association des universités africaines et les organismes nationaux d’assurance qualité doivent déterminer les établissements ou centres de recherche où travaillent les lauréats du prix Nobel et chercher à établir un partenariat avec ceux-ci. » Autrement dit il propose de copier au lieu de créer et imaginer, tel semble être le crédo de l’auteur, poussé par le vif désir des étudiants et de leurs parents, ainsi que celui des directeurs des EES africains, de voir leurs établissements figurer dans les palmarès mondiaux. Mais Peter Okebukola ne s’arrête pas là. Sans ambages, il énonce clairement deux propositions des plus dangereuses: premièrement, que « les partenariats actuels avec des universités peu connues devraient être progressivement abandonnés et les liens renforcés avec une ou deux universités et programmes prestigieux qui emploient des lauréats du prix Nobel »; et deuxièmement, qu’il « convient également d’encourager les chercheurs des universités africaines à s’intéresser en priorité à des problèmes mondiaux. De nombreux prix Nobel récompensent des recherches sur des problématiques qui concernent l’espèce humaine tout entière, et non pas seulement un sous-ensemble de l’humanité. Les recteurs devraient inciter leur personnel à définir des thèmes de recherche à l’échelle mondiale »[30]. Le bon sens fait place à l’envie d’être partie prenante du rêve anglo-saxon quitte à sacrifier tout ce qui fait l’essence même de chaque communauté, pays, culture. Car par « universités et programmes prestigieux », Peter Okebukola entend « les universités américaines », auxquelles les présidents d’universités doivent, d’après lui, donner la primeur lorsqu’ils recherchent des échanges académiques et culturels. Et ce qui est valable pour les grands prix internationaux, l'est donc bien évidemment pour les revues scientifiques. Peter Okebukola préconise donc de focaliser la publication du corps professoral et des scientifiques africains sur les revues prestigieuses commerciales, avec attributions de primes financières à la clé par les États, laissant les autres périodiques de côté[2].

On le voit bien, ces propositions sont du domaine du rêve, de l’idéologie néocoloniale de l’élite africaine et ne résolvent en rien les problèmes des EES africains, au contraire. Aussi, afin d’offrir une piste constructive et posée, prenons le cas des EES du Cabo Verde, en analysant, dans un premier temps les difficultés rencontrées, ce qui, dans un sens plus large, correspond finalement aux problèmes de la quasi-totalité des EES africains, puis, dans un second temps, en proposant des solutions et une voie politique viables pour l’enseignement supérieur caboverdien, transposables pour bonne part dans les autres pays du Sud, étant entendu que chaque pays à ses contraintes et attentes propres.
 
Les principaux écueils des EES africains : le cas du Cabo Verde
Pour pouvoir trouver ou proposer des solutions, il faut avant tout analyser les problèmes et définir les objectifs.
 
Des finances trop faibles
Le tout premier écueil n’est pas la reconnaissance internationale, mais bien les finances. Les pays du Sud sont pauvres et donc doivent parer au plus urgent avec leur peu de moyens. Ceci veut dire que les gouvernements doivent en premier lieu viabiliser la gestion des finances de l’État et soutenir la population face aux difficultés économiques, sanitaires et sociales. L’éducation est, dans la majeure partie des cas, une priorité pour ce qui concerne l’alphabétisation de la population et elle est renforcée par des législations qui imposent (en général) une scolarité minimale jusqu’à l’âge de 14-15 ans[32]. Ce sont là les priorités absolues dans le cadre desquelles l’enseignement supérieur n’entre à priori pas. Donc, automatiquement les budgets alloués aux EES et à la recherche sont limités, et la quête de prix Nobel, de laboratoires de recherche ultra-performants, de cours par d’éminents professeur(e)s internationaux, de collaborations avec le top dix ou cinquante des EES mondiaux sont plus que fortement compromises. Il faut regarder la réalité en face[4].

Et la réalité est dure. En 2014, soit à peine un an après l’édition originale anglaise de l’étude du Nigérian Peter Okebukola, l’UNESCO rapportait que 61 millions d’enfants dans le monde, soit 6%, n’étaient pas scolarisés, dont la moitié en Afrique subsaharienne, à savoir au Burkina Fasso, Congo*, Côte-d’Ivoire, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Ouganda, République Centrafricaine, Sénégal, Soudan, Tchad, auxquels on peut encore ajouter le Lesotho et le Swaziland. Selon l’UNESCO, quatre pays africains font partie des huit pays où l’on trouve le plus grand nombre d’enfants non scolarisés : le Nigéria (pays étudié par Peter Okebukola qui rêve de Nobel) avec 8.7 millions d’enfants, le Soudan avec 2.7 millions, l’Éthiopie avec 2,1 millions et le Congo, inclus dans ce groupe bien qu’il n’y ait pas de statistiques officielles[5]. Aussi, la priorité en matière d’éducation est d’abord de rendre obligatoire la scolarité de 3 ans à 14-15 ans dans les pays concernés et d’appliquer la loi stricto sensu, quelques soient les contingences (boom démographique, conflits armés, instabilité politique, crises financières, pandémies, etc.). Il est regrettable d’apprendre, toujours selon les rapports de l’UNESCO, que 15 millions de filles et 10 millions de garçons n’iront jamais à l’école.
 
Peut-être est-il ici nécessaire d’offrir des éléments statistiques sur quelques EES de par le monde afin d’offrir un meilleur point de comparaison et d’asseoir l’argumentation. Les informations sont cependant très éparpillées et parfois impossibles à compléter. Certains EES font preuve d’une totale transparence, comme les EES américains, japonais, suisses ou sud-africains, d’autres, au contraire, tiennent à maintenir une opacité discutable, tels les EES publics français dont il est impossible d’obtenir les budgets ou rapports annuels sur le web alors qu’il s’agit d’argent public.

Les valeurs ci-dessus doivent être considérées comme ordre de grandeur et non pour des valeurs absolues. Une recherche postérieure spécifique pourra établir ces dernières avec rigueur et précision par localisation et temporalité. Le but ici est de donner une idée de la situation.

Premier constat sans surprise: les EES les mieux classés ont un budget annuel supérieur au milliard de dollars. Havard classé en tête détient le plus élevé avec 5,2 milliards USD de dépenses. Comment, dans ce cadre une université telle que Uni-CV peut-elle espérer rivaliser avec un budget global de 7.5 millions de dollars? Harvard n’a que 5.5 fois plus d’étudiants qu’Uni-CV et près de 9 fois plus d’enseignants, mais un budget 700 fois plus importants. Et pour rappel, afin de bien comprendre la situation, loin des utopies des élites dirigeantes, en 2019 le budget de l'état caboverdien était de 663 millions d'euros et il prévoyait 703.6 millions d'euros pour 2020, alors que la dette du pays, elle, avoisinait les 150%, avec... 1,6 milliards d'euros (au 31/03/2020).

Deuxième constat: les premiers EES des classements ont un plus fort taux d’employabilité de leurs étudiants au sortir des études que les EES du milieu ou de la fin des classements, en général. Le cas de l’Université du Cap, en Afrique du Sud, montre que ce n’est cependant pas toujours le cas. C’est là un point important sur lequel nous reviendrons.

Autre point: un faible nombre d’étudiants par enseignant n’est pas forcément gage d’un haut niveau d’études, même si cela y contribue. Le ratio à l’Université de Genève (classée 50-100 en général) est d’environ 4 étudiants par enseignant, alors que l’Université de Tokyo (classée dans le top 30) a un ratio de 9,5.

Le cas de l’Égypte intrigue. Suivant les statistiques officielles pour 2009-2010 (il n'en existe pas après, du moins, de rendues publiques), l’Université du Caire dit avoir le chiffre colossal de 262'000 étudiants inscrits pour un total de 16'000 enseignants, et ceci avec un budget global de 624'797'000 USD. Pourtant elle est le premier EES du pays et se classe dans les 400-600 au niveau mondial.

Dans le cadre de notre étude du Cabo Verde, il nous a paru intéressant de calculer le rapport entre le nombre d’étudiants inscrits et la population global du pays dans lequel l’ESS se situe, toujours pour l’ordre de grandeur. En fait, le nombre d’étudiants inscrits comprend aussi des étudiants étrangers, tels les ERASMUS en Europe. Genève a d’ailleurs, actuellement, un taux élevé de 38% d’étudiants étranger[55], taux qui, pour rappel, entre en compte dans les critères des classements mondiaux. Pour les EES ci-dessus mentionnés, on voit bien que le vivier d’étudiants est plus faible que celui d’Harvard ou de Toyko, car la population est plus réduite. Cela a aussi un impact sur le niveau et le classement des EES. En effet, l’intelligence (sans vouloir entrer dans des considérations sur son évaluation par les QI et les autres types d’intelligence) répond à une courbe de Gauss, autrement dit une partie infime de la population a un niveau d’intelligence très faible et une autre très élevée, mais la grande majorité se situe plus ou moins dans la moyenne. Plus la population d’un pays est importante, plus le nombre d’éléments ayant une intelligence élevée est important et ce, quelques soit la situation géographique, politique, la " race " ou la religion. Ce constat est valable pour tous les pays, sans exception. Donc, en toute logique un pays très peuplé aura plus de chance d’avoir une élite étudiante (puis travaillant) importante qu’un petit pays. Ce fait se répercute sur les résultats, l’enseignement, la recherche et donc les classements du système-monde. On pourrait penser qu’un pays comme la Suisse (ou encore l’Autriche) démentirait ce propos. Une population d’à peine 8 millions d’habitants et des EES classés dans le top 100. Mais la population ne fait pas tout. C’est un élément parmi plusieurs pris en considération. La Suisse est un pays très riche, avec le plus haut PIB par habitant au monde, les villes les plus chères aussi. Et si la Confédération helvétique n’a aucune matière première, il n'est pas inutile de rappeler que durant l'entre deux guerres, il n'y avait pas de travail et que le pays était très pauvre. Mais, au fil du temps, les gouvernances successives qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale et plus encore celles actuelles ont misé sur l’éducation supérieure et la recherche, en créant par exemple le Fond national suisse de la recherche scientifique. Le résultat s’illustre par des EES et une recherche de pointes, mais aussi une économie des plus compétitives, régulièrement classée sur le podium du top 100 par le World Economic Forum, devant les USA. Ceci est certes possible car le pays est riche. Mais cela montre aux autres « petits » pays, riches ou pauvres, une marche qu’il est possible de suivre à plus ou moins long terme. On pourrait penser aussi à l'évolution numérique des pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) à la suite de la chute du Mur de Berlin,

De son côté, le Cabo Verde, grâce aux politiques menées depuis l’indépendance en 1975, fait figure de modèle en matière d’éducation primaire et secondaire. Mais pour ce qui est de l’enseignement supérieur, tout reste à faire. Les raisons sont multiples.
 
Le nombre d’ESS au Cabo Verde
Tout d’abord, il y a trop d’EES par rapport à la population (quasi tous privés, mais avec des finances fragiles), ce qui implique une dispersion des moyens financiers et matériels. Ainsi, en 2021, on compte deux EES publics et huit privés, pour une population totale de 520'000 habitants environ (diaspora non comprise). De son côté, la Suisse compte dix universités cantonales et deux écoles polytechniques (EPF) pour 8,5 millions d’habitants, auxquels s’ajoute un certain nombre de Hautes Écoles Supérieures (HES) et d’EES privés.

Si l’on regarde le tableau précédent, on s’aperçoit d’une grande disparité entre les différents EES. L’Uni-CV reste de loin le plus important EES du pays. Le fait pourrait tenir à ce qu’il s’agit d’une institution publique et donc que les frais d’écolage (propinas) sont moins élevés que les EES privés. Or, ce n’est pas le cas. L’INE constate que les frais d’écolage sont très similaires d’un EES à l’autre, public ou privé. Autre élément étonnant, le M_EIA ne comporte non seulement que 75 étudiants pour 25 enseignants, mais en plus c’est le seul qui emploi des enseignants d’un niveau post-doctoral.
 
Corps enseignant peu qualifié
C’est là, un des majeurs points faibles du Cabo Verde. Au contraire des pays occidentaux, où le corps enseignant est à très forte majorité au bénéfice d’un doctorat, voire d’une habilitation pour le corps professoral à proprement parler, au Cabo Verde, il en va tout autrement. Pourtant, en 2012, un nouveau décret-loi sur les qualifications minimales du corps enseignant tentait d’améliorer la situation. Le monde politique était cependant conscient de la réalité du terrain. C’est pourquoi, l’article 44 du décret-loi stipule que « (i) o corpo docente das instituições de ensino superior deve incluir, pelo menos, um doutor por cada 120 alunos e um doutor en cada curso oferecido; (ii) pelo menos metade do corpo docente dos cursos oferecidos pelas instituições de ensino superior deve ser composto por docentes com o grau mínimo de mestre; (iii) metade dos docentes referidos nos pontos anteriores deve fazer parte do quadro de docentes da instituição ». L’article 98, temporise encore plus la nouvelle législation en proposant un délai transitoire de trois ans durant lequel « as instituições devem ter, pelo menos, 1 doutor por cada 175 alunos e 1 doutor por cada curso oferecido ». Qu’en est-il trois ans plus tard? Sur 1'308 enseignants, seuls 186 ont un doctorat, contre 625 une maîtrise et plus problématique, 879 une licence. Or d’après la loi, pour les 12'622 étudiants de 2015-2016, il doit y avoir 72 enseignants docteurs (105 dans l’idéal de l’art. 44) et 654 au bénéfice d’une maîtrise. L’objectif fixé est atteint, mais il reste très faible, surtout en ce qui concerne le nombre d'enseignants licenciés. C’est là une des causes incontestables du faible niveau de l’éducation supérieure au Cabo Verde. Un manque important d’enseignants de haut niveau, non seulement propices à stimuler la formation des jeunes et à former des cadres compétents, mais aussi à développer des pôles de recherche scientifique de pointe.

Le manque d’argent chronique du pays, endetté en 2020 à près de 150% de son PIB, comme on l'a vu, ne fait qu’aggraver cette situation. Et pour la même raison, il est difficile d’employer des professeurs étrangers de haut niveau, faute de moyens financiers. Un cercle vicieux que le Gouvernement doit briser progressivement pour permettre aux EES de devenir plus performants et utiles à la société. Et corollaire, si l’on considère le taux de diplômés, le constat n’est guère plus positif. En 2014, 1'784 étudiants obtiennent un diplôme contre seulement 1'383 en 2015, soit une diminution de 22,5%. Il faut dire que contrairement aux années antérieures, on note une diminution progressive du nombre d’inscrits dans les EES caboverdiens depuis 2013-2014[1] et ceci, même si la croissance économique du pays est forte et que le Cabo Verde se développe activement. Plus encore, en 2015, aucun doctorat n’a été délivré et seulement 18 maîtrises ont été validées, contre 1'268 licences.

Sous-estimation des femmes caboverdiennes
Autre élément qui soulève des questions: la place des femmes dans l’éducation. Le Cabo Verde est un pays fondé sur la notion de famille, d’après la constitution[2], où l’homme domine. Dans les faits, ce sont surtout les femmes qui travaillent et assument la gestion du foyer et l’éducation des enfants. Plus encore, la paternité est rarement assumée, démultipliant d'autant les "familles monoparentales". Paradoxalement, le Cabo Verde est un pays fortement machiste comme le confirme les eleições autárquicas  de 2020. Le Gouvernement MpD au pouvoir a développé et soutenu, sur incitation de l’ONU et de l’UE, un projet de parité qui a été voté par l’Assemblée nationale fin 2019. Aussi, en novembre 2019, le Premier ministre, Ulisses Correia e Silva, chef de file du MpD, pouvait clamer haut et fort dans les médias, « Cabo Verde dá um passo histórico e posiciona-se como uma das democracias mais igualitárias do mundo » (Le Cabo Verde a fait un pas historique et se positionne comme une des démocraties les plus égalitaires du monde)[3]. Mais dans les faits, le discours était tout différent. À l’occasion des élections "municipales" des vingt-deux Câmaras municipais  tenues à l’automne 2020, plus de 20% des listes soumises ne respectaient pas la nouvelle loi sur la parité qui impose un minimum de 40% de chaque sexe sur chaque liste[4]. Mais plus grave encore, en juin 2020, sur les vingt-deux candidats présentés par le MpD pour le poste de Presidente da Câmara, aucune femme ne figurait[5]. Après de vives critiques, le MpD a finalement approuvé, un peu dans l’urgence, dix femmes candidates pour siéger en tant que Présidente du conseil municipal. Est-ce à dire qu’aucune femme caboverdienne n’est apte à diriger un exécutif ? La question est loin d’être anodine. Si les statistiques globales sur l’analphabétisme au Cabo Verde sont moins élevées qu’en Occident, c’est uniquement parce que les femmes n’avaient pas accès à l’éducation du temps de la colonisation portugaise, reléguées au rang de simple « femmes au foyer ». Comme on l’a vu, depuis l’Indépendance de 1975, grâce à une politique dynamique prônée par les gouvernements successifs, les choses ont totalement changé. Si bien qu’en 2015-2016, sur 12'622 étudiants de l’enseignement supérieur, 7'491 sont des femmes, soit 60%. Plus de femmes poursuivent des études secondaires, plus de femmes sont diplômées, mais aucune ne serait apte à diriger le pays ou une Câmara municipal ? Cet état de fait se retrouve dans l’enseignement des EES, car là encore les femmes sont sous représentées. Toujours en 2015-2016, sur 1'308 enseignants, seulement 512 étaient des femmes, soit 40%. Une contradiction donc qui n’est pas sans incidence sur la qualité de l’enseignement supérieur au Cabo Verde.
 
Un archipel aux transports inter-îles peu efficaces et cher
Autre difficulté : la structure géographique. Le Cabo Verde est un archipel composé de neuf îles habitées. Dès la création des premières écoles, puis lycées, le problème de la distance géographique s’est posé à la population. Seuls les étudiants mâles les plus méritants ou issus de l’élite pouvaient y accéder. Aujourd’hui, bien que les choses aient changées, le coût des transports et l’éloignement des EES restent un problème majeur, malgré l’important système de bourses et les campus qui ont été créés au fil du temps. La quasi-totalité des EES sont situés dans les 3 principales villes du Cabo Verde, à savoir Praia, Mindelo et Santa Maria (Sal). En 2021, l’île de Santo Antão devrait enfin avoir un EES ou plutôt une "annexe" de l’UTA, car le Gouvernement actuel souhaite que chaque île habitée possède au moins un EES. Mais cela ne résoudra pas le problème de mobilité et au contraire, entraînera des coûts supplémentaires d’infrastructures (bâtiments scolaires, bâtiments administratifs, campus…), de ressources scientifiques (bibliothèques, laboratoires, matériels de recherche…) qui prétériteront sur les EES existants. C’est là un jeu politique dangereux entre une dispersion favorable à la population qui voit d’un bon œil la possibilité d’étudier à proximité, sur l’île de résidence, et une coûteuse opération institutionnelle sur le plan national, nuisible financièrement à long terme.

On constate en effet, que dans le système-monde, on applique la politique contraire. De plus en plus d’EES se regroupent en un pôle unique afin de dynamiser l’enseignement, la recherche et de diminuer les coûts. C’est en particulier ce qu’a fait tout récemment l’Université française Paris sciences lettres (PSL), fondée en 2010, mais qui regroupe depuis 2019 par moins de 11 institutions académiques et de recherche; et plus encore, l’Université Paris-Saclay, avec ses 9'000 enseignants-chercheurs et son milliard d’euros de budget global. Toutes deux sont à vrai dire des « universités dérogatoires expérimentales », qui durant 10 ans ont un système de gestion différent de celui des universités classiques, soit une diminution du monde politique en faveur des milieux économiques. Un premier résultat se fait jour: une remontée spectaculaire dans les classements mondiaux d’EES.

Le Gouvernement caboverdien actuel sent la tendance, car tout en cherchant à ouvrir un EES sur chaque île, il procède dans le même temps au regroupement d’instituts et de facultés existants dans le but de créer en un pôle scientifique cohérent et de qualité, comme c’est le cas pour Universidade técnica do Atlântico – Instituto do mar. Jorge Montezinho en donnait la description suivante: « En ce qui concerne les concepts derrière l’UTA, nous voulons une université basée sur la technologie, entièrement informatisée, ouverte et à distance. Ce sera aussi une institution de convergence scientifique et technologique, avec une forte tendance au développement, où les problèmes de développement du Cabo Verde auront une place particulière, à travers la transformation et la gestion de ses ressources endogènes: le sol, les pierres, le soleil, le vent, la mer, l'espace aérien, les montagnes, les volcans, les vallées, les plages et les gens. »[6] Les EES qui y sont intégrés sont: l’Instituto de engenharias e ciências do mar, issu de la Faculdade de engenharias e ciências do mar de l’Uni-CV; le M_EIA Instituto Universitário de Arte, Tecnologias e Cultura, provenant du M_EIA; et deux instituts créés de toutes pièces: l’Instituto superior de ciências e tecnologias agrárias (la fameuse "annexe" basée sur Santo Antão) et l’Instituto de turismo e aeronáutica.
 
Bourses d’étude à l’étranger
Autre point problématique: le Cabo Verde a conclu un certain nombre d’accord pour permettre à ses ressortissants d’aller suivre une formation dans un EES à l’étranger, avec bourses d’étude à la clé. C’est le cas du Portugal, du Brésil, mais aussi de la Chine, d’Israël ou de la Russie pour ne citer que les plus importants. Nous avons pu constater que les études au Portugal et au Cabo Verde ont un coût à peu près égal pour l’étudiant(e) caboverdien(ne), soit environ 300 euros par mois, non compris le(s) voyage(s) aller-retour entre les deux pays et inter-îles s’il y a lieu. Là où ces bourses peuvent poser problème, c’est sur le plan général. Comme toute bourse, elles sont accordées aux meilleurs éléments (et aux membres de l’élite). Ce qui veut dire que tout ou partie des étudiants les plus prometteurs suivent un cursus hors du pays, hors des EES caboverdiens. Ainsi, le vivier déjà fort réduit de l’archipel, se voit amputer encore plus par ces départs. Et donc le niveau de l’enseignement supérieur s’en ressent obligatoirement, car les meilleur(e)s étudiant(e)s sont ceux/celles qui le plus probablement auraient stimulé le mieux l’apprentissage, qui aurait réussi le mieux leur diplôme et donc qui seraient à même d’être les plus aptes à enseigner et effectuer un travail de recherche ou scientifique de qualité.

Même si ces boursiers sont tenus de revenir travailler au Cabo Verde après leurs études, ils n’en sont pas moins absents durant plusieurs années.
 
Déficiences numériques
Si de nombreux étudiants possèdent un téléphone portable de type smartphone et utilise quotidiennement et assidument Messenger de Facebook, rares sont ceux qui possèdent un ordinateur portable ou une tour PC. Aussi rien d’étonnant dans les chiffres proposés dans le rapport de l’annuaire statistiques de 2017, révélateur de la situation actuelle en matière de compétences en technologie de l’information et de la communication (TIC). Selon les statistiques de 2015:
  • 32,1% de la population sait copier ou déplacer un fichier ou un dossier
  • 28,4% sait transférer un fichier entre ordinateurs ou un autre dispositif (ex. appareil photo)
  • 17,4% sait utiliser les formules arithmétiques dans une feuille de calcul (type Excel)
  • 15,8% sait compresser un fichier
  • 14,8% sait installer ou brancher un hardware (ex : imprimante, modem, caméras)
  • 15,1% sait créer des présentations numériques incluant textes, images, sons, graphiques
  • 7,5% sait installer un système opératif (ex : Windows) ou substituer des systèmes
  • 4,1% sait créer un programme informatique en utilisant un langage de programmation
À quoi on peut ajouter assez facilement qu’aucun Caboverdien(ne) ne maîtrise un tant soit peu la dactylographie, soit le fait de taper à dix doigt à l’aveugle sur un clavier. Ceci est tout particulièrement vrai pour les funcionários  travaillant dans l’administration publique ou privée. Ce qui impacte grandement sur le rendement et le service offert à la population et aux client(e)s, d’autant plus que l’administration caboverdienne se développe à toute vitesse dans le numérique depuis 2018, suivant une volonté politique marquée d’améliorer la dite qualité du service public, de tous temps fortement critiqué (à juste raison) par les habitants caboverdiens tout autant que les étrangers  (web).

Par ailleurs, les études supérieures ont un coût élevé si l’on comprend les frais d’écolage, le logement, la nourriture, les transports, le matériel scolaire ou encore les livres et autres photocopies. Mais un des éléments les plus onéreux reste l’accès à l’internet. Depuis novembre 2018, le salaire minimum caboverdien est de 13'000 escudos par mois (moins de 120 euros), pour six jours de travail d’environ huit heures. Un abonnement internet illimité s’élève auprès des deux opérateurs nationaux CV Movel et Unitel-T+ à… 6'000 escudos mensuel (environ 54 euros). On comprend alors qu’à ce prix les étudiant(e)s n’ont pas les moyens d’accéder aux sites web, MOOC et autres vidéos conférences numériques de manière spontannée et facilitée. Les EES font un grand effort pour mettre à disposition l’internet à leurs étudiants et enseignants, mais non sans difficulté, car la bande passante étant soumise à forte pression, non seulement les coûts sont plus élevés, mais la qualité diminue. De même, certaines municipalités mettent des points wifi gratuits, accessibles à l’extérieur, mais le débit étant trop faible, la navigation est difficile et finalement incompatible avec un travail de recherche minimal.

Il faut dire que même le Gouvernement connaît des difficultés en la matière. La plupart de ses organes ne sont pas équipés de manière adéquate pour fournir un service de qualité. Très régulièrement, les habitants doivent prendre leur mal en patience lorsqu’ils entreprennent une démarche administrative car "l’internet ne fonctionne pas" ou "le système est en panne" (comprendre: le site a un problème de serveur ou ne répond pas). Pire encore, les serveurs institutionnels et privés au Cabo Verde ne sont pas suffisamment puissants, stables et sécurisés faute de moyens techniques, de compétences et surtout de financement.

Tout ceci est un ensemble problématique qui impacte directement sur l’enseignement supérieur au Cabo Verde et sa qualité.
 
La langue et la littérature
Enfin, dernier obstacle majeur: la langue. Le Cabo Verde, on l’a dit, est membre de la CPLP et des PALOP. Le portugais est la langue officielle, tel qu’inscrit dans la Constitution. Mais il s’agit de la langue administrative et de l’enseignement. Or, les Caboverdien(ne)s parlent le crioulo, ou plus exactement une de ses neufs variantes, qui devrait, à juste titre, être également une langue officielle inscrite dans la Constitution. Nombre de politiciens, surtout ceux des générations issues de la période d’Indépendance, poussent à la roue en faveur de cette inscription dans la constitution. Cependant, le problème est qu’ils veulent inscrire LE créole (de toute évidence celui de Praia), et donc réduire par la force des choses les autres créoles au silence. Ils sont soutenus par les spécialistes et linguistes théoriciens convaincus, qui eux ne souhaitent rien d’autre que de créer une langue idéale, purement théorique, alors que dans les faits, au mieux, il existe au moins deux variantes principales. Les habitant(e)s du Barlavento  (îles du Nord) ne comprennent pas les habitant(e)s du Sotavento  (îles du Sud), et donc ils communiquent en portugais. La pratique ne correspond absolument pas à la théorie de la perfection linguistique. Le Cabo Verde n'est pas le seul à connaître cette difficulté linguistique. Il suffit de prendre le cas du romanche, la quatrième langue officielle de la Suisse, parlée par 60'000 personnes (soit 0,8% de la population helvète). Tout comme le créole caboverdien, le romanche est en fait une multitude de dialectes parlés dans chacune des vallées du Tyrol suisse. Or, en 1982, le gouvernement fédéral décida d'uniformiser et de standardiser le romanche grison avec l'aide de la Ligue romanche, en particulier pour ce qui était de sa version écrite (tout comme le Gouvernement caboverdien a commencé à le faire avec l’ALUPEC). Quarante ans plus tard, le résultat est un échec clair et sonnant, qui, pire, risque de provoquer la disparition du romanche à moyen terme d'après un rapport officiel commandité par la Confédération elle-même et rendu public en juin 2019[7].

Aussi, sur le plan de l’enseignement supérieur, cela a au moins deux conséquences:
  1. Les étudiant(e)s caboverdien(ne)s ne maîtrisent pas le portugais, en particulier à l’écrit. Ce qui est vrai dans le primaire et le secondaire, l’est toujours dans le supérieur. Le portugais n’étant pas la langue d’usage courant, mais une langue apprise au cours de la scolarité à travers les manuels, sa compréhension reste bien souvent un obstacle qui se perpétue bien au-delà de la scolarité, car les habitant(e)s y sont confrontés essentiellement dans leur rapport à l’administration, puis pour certains dans leur travail, mais cela reste une minorité.
  2. Les étudiant(e)s caboverdien(ne)s, tout comme la grande majorité de la population, n’aiment pas lire. Or, comment étudier dans l’enseignement supérieur si on ne lit pas. La riason: la presse écrite est quasi inexistante et diffusée uniquement à Praia et Mindelo. Les îles « oubliées » se reportent sur la radio et la chaîne télévisée nationale, sans oublier le « téléphone arabe » de Facebook.
Cela nous amène à la Culture caboverdienne. Elle est essentiellement orale et musicale, donc en créole. À l’inverse, la littérature est très majoritairement en portugais, même si des auteurs influents ont écrit et écrivent en un des créoles (généralement de Praia-Santiago). Aussi ne touche-t-elle que faiblement l’ensemble de la population. Tou(te)s les Caboverdien(ne)s connaissent par cœur les mornas  d’Eugénio Tavares ou B-Leza, les balades de Cordas do Sol ou les sambas tropicales de Jotace et Anisio, mais très rares sont celles et ceux qui ont lu Chiquinho  de Baltazar Lopes, le roman caboverdien par excellence. Tout au plus, un exemplaire poussiéreux trône sur une étagère du salon, comme un trophée familiale transmis de génération en génération.

Or, cet état de fait est renforcé par la politique des gouvernements successifs qui tente de développer la lecture en rééditant des classiques de la littérature caboverdienne, romans et recueils de nouvelles ou poèmes. Outre le fait que le prix d’un ouvrage est élevé (entre 500 et 2'500 escudos, pour rappel le salaire de base est de 13'000 escudos par mois), le livre décourage les lecteurs potentiels. Il faut dire qu’en travaillant six jours sur sept, il reste peu de temps libre pour s’adonner à la lecture, d’autant plus pour les femmes qui ont en plus les tâches ménagères (cuisine, ménage, lessive (faite à la main généralement), éducation des enfants, etc.). Les hommes, eux, n’en pratiquent volontairement aucune. Plus encore, les fonctionnaires de l’administration publique et le secteur privé des banques, assurances, etc. ne travaillent que cinq jours sur sept et gagnent des salaires suffisants pour financer l’acquisition de livres, voire un abonnement à l’internet limité à quelques gigas par mois ou par semaines. Ce qui créé une disparité de classe évidente et critiquable.

Plus encore, le Gouvernement actuel, son ministre de la Culture en tête, focalise sur le "tout livre", finançant rééditions, festivals du livre, prix littéraires, concours d’écriture etc. Or, il est un autre biais qui permet une meilleure stimulation de la lecture auprès de la population: la presse. En favorisant la diffusion de la presse papier (soit les journaux, revues, magazines, etc.), la population serait plus efficacement amener à lire en portugais et en créole. Non seulement parce que les sujets sont ciblés (magazines féminins, journaux de foot genre A Bola (la majeure partie de la population est supportrice assidue du club portugais Benfica), bandes dessinées…), les textes sont brefs et d’un vocabulaire accessible, et les prix bas. Problème, le ministre Abraão Vicente n’aime pas les journalistes et affichent même clairement son mépris envers ce corps de métier. En décembre 2018, le journal hebdomadaire Expresso das ilhas  (pourtant proche des milieux économiques et du MpD) titrait « Abraão Vicente passou um atestado de incompetência aos jornalistas de órgãos privados ». L’Association sindical des journalistes du Cabo Verde (AJOC) répliqua que le dit ministre non seulement ignorait le travail effectué par ce milieu, mais en plus qu’il favorisait un monopole d’État de la communication social, à savoir des médias, en ne supportant que les médias publics, en particulier la Radio Télévision caboverdienne (RTC)[8]. Plus encore, à la requête des médias papier caboverdiens qui demandaient une aide de l’État pour mettre en place un système de distribution efficace, Abraão Vicente donna une fin de non recevoir, estimant que c’étaient aux compagnies privées des prendre les mesures nécessaires pour diffuser leur production. Faut-il rappeler que le Cabo Verde est un archipel et que les transports sont chers et peu pratiques? Outre le fait que le Gouvernement subventionne à 100% la RTC, il n’accorde quasiment aucune subvention aux médias privés qui pourtant font un grand travail de diffusion et de critique du Gouvernement, salutaire à la démocratie. Le montant alloué annuellement est d’environ 15'000 contos, soit à peine plus de 136'000 euros pour l’ensemble des médias privés (écrits et audio-visuels) de l’archipel. Pour exemple de ces difficultés, sur l’île de Santo Antão et tout particulièrement dans la ville de Ponta do Sol, centre administratif du concelho  de Ribeira Grande, aucun des trois principaux journaux hebdomadaires (il n’existe pas de quotidien) papier n’arrivent, que ce soit Expresso das ilhas, A nação ou Terra nova. A nação arrive à Ribeira Grande (autrement appelée Povoação, à 4km) avec une à deux semaines de retard. Quant à Expresso das ilhas, il faut aller le chercher à Porto Novo, de l’autre côté de l’île, à 40km, mais il ne comprend jamais les suppléments, comme les rééditions de Certeza  ou la collection de CD de mornas, qui ne sont distribués qu’à Praia et sur Santiago, ou du moins pas dans les îles du Barlavento. Le système d’abonnement qui pourrait améliorer les conditions de distribution est totalement inopérant. Seul Terra nova  (périodique catholique) semble user de ce mode de fonctionnement. Quant aux revues et magazines caboverdiens, aucun n’arrive sur l’île. De même pour les périodiques étrangers, qui sont seulement abandonnés de manière épisodique par les touristes de passage.

Depuis deux ou trois années, la poste caboverdienne (Correio) permet de recevoir des biens acquis sur le web quoiqu’avec des frais de transport (shipping) élevés et un temps de distribution aléatoire. En effet, les biens arrivent à Praia, puis sont redistribués à Mindelo pour le Barlavento, avant de parvenir sur l’île de Santo Antão ou São Nicolau. À quoi s’ajoutent des lenteurs administratives de la part du service des douanes (Alfanga) très peu performant et tracassier à outrance, ainsi que des aléas météorologiques avec la bruma seca  (un vent chargé de poussière venant du Sahara) qui empêche les avions d’atterrir et de décoller pendant plusieurs jours, voire semaines, ou les tempêtes hivernales qui rendent la mer impraticable.

Enfin, d’une manière générale, il n’existe que très peu de librairies au Cabo Verde, toutes établies dans les grands centres urbains de Praia, Mindelo ou Santa Maria. Ce qui rend l’accès aux livres difficiles que ce soit les nouveautés littéraires, les ouvrages scientifiques ou spécialisés ou les livres anciens qu’on trouve, en fait, plus facilement au Portugal ou au Brésil que dans l’archipel.

Reste les bibliothèques qui par chance sont fournies de manières correctes quoique sans excès. Le problème réside alors dans le fait que chaque bibliothèque d’EES conserve un ou deux exemplaires d’un ouvrage qui doit être consulté par un nombre important d’étudiants. Outre le délai de consultation que ce nombre restreint impose, l’état de conservation aussi devient un problème au fur et à mesure des années, après les consultations répétées. Les exemplaires sont rapidement détériorés. D’où l’usage massif et nocif à tout point de vue des photocopies au Cabo Verde.

Ceci amène au point soulevé par le professeur de littérature Manuel Brito Semedo, en 2018, sur son blog : « dans mon rôle de professeur d’Université, j’ai été confronté à la frustration concernant la mauvaise préparation des étudiants pour manque de lecture. J’en suis venu à établir que, dans mes disciplines, à l’occasion des deux évaluations semestrielles, l’une d’elles devait porter, obligatoirement, sur la lecture complète d’un ouvrage spécialisé et non pas seulement sur des articles ou des chapitres de livres photocopiés. Parfois je provoque les étudiants en leur disant qu’il n’y a pas beaucoup de différence entre une personne qui ne lit pas et une personne qui ne sait pas lire. Il est inquiétant de voir que souvent les étudiants ne lisent pas parce que leur professeurs, eux-mêmes, ne lisent pas. Après tout, comme on l’attribue en général à Mário Quintana, poète, traducteur et journaliste brésilien : "les livres ne changent pas le monde. Ce qui change le monde, ce sont les personnes. Les livres ne font que changer les personnes". »[9]
 
Qualité des mémoires et thèses
De l’essentiel de l’ensemble de ces points découle un fait incontestable et récurrent dans les travaux de recherches des étudiant(e)s caboverdien(ne)s, et de la CPLP en général: la faiblesse des mémoires et thèses universitaires. D’une manière générale, bien que la tendance progressivement s’inverse, les étudiants ne sont pas soumis à une lecture assidue et exhaustive. Les enseignants se contentent d’un travail de recherche a minima, focalisant sur la structure (la forme) des mémoires et thèses, et non sur le contenu (le fond). L’étudiant(e) de licence, maîtrise et de manière plus regrettable, de doctorat, doit surtout et avant tout savoir structurer, synthétiser et rédiger une idée. Prenons l’exemple des mémoires et thèses littéraires. Dans les EES occidentaux, l’étudiant(e) qui base sa recherche sur un(e) auteur(e) doit absolument en lire l’ensemble de l’œuvre ou du moins la quasi-totalité. Or, au Cabo Verde (et dans la CPLP), il est accepté que l’étudiant(e) ne lise qu’une ou deux œuvres, comme l’illustre les bibliographies en fin de mémoire. Plus encore, on s’aperçoit, en analysant les dites bibliographies, que la majeure partie des sources utilisées sont secondaires, voire tertiaires. La palme est donné à l’ouvrage d’Antonio Carreira, Formação e extinção de uma sociedade escravocrata  (1972), cité dans la quasi-totalité des travaux universitaires portant sur le Cabo Verde, même dans ceux des sciences de la Nature ou des sciences de la Terre, alors qu'il porte sur la société caboverdienne au temps de l’esclavagisme. Quid de savoir combien d’étudiant(e)s et de chercheurs l’ont réellement lu!

Lorsque nous avons entrepris la réalisation du site www.lirecapvert.org, il s’agissait avant tout de mettre en avant la littérature caboverdienne mal connue et mal diffusée, au Cabo Verde et dans le monde. En nous basant sur les bibliographies des mémoires et thèses universitaires, il apparaissait que le travail serait rapide, car la production faible. Il en est allé tout autrement. Au fur et à mesure des recherches sur le web, on a découvert que le Cabo Verde est un pays très largement étudié dans tous les champs scientifiques, que ce soit en littérature, en sciences sociales, en sciences de la Nature, en science de la Terre ou en en sciences économiques. Par contre, les études et ouvrages sont dispersés dans le monde entier et rarement signalé d’un travail à l’autre. Chaque groupe de recherche semble se focalisé sur un nombre limité d’études qu’il réemploie de recherche en recherche. Lirecapvert.org a permis et permet aux étudiant(e)s et chercheur(se)s caboverdien(ne)s d’accéder facilement et rapidement à la majeure partie des travaux existants dans le monde occidental, limité que nous sommes par la non maîtrise de l’arabe, des langues slaves ou asiatiques.

C’est là, un des exemples que chaque gouvernement des pays du Sud devrait favoriser et développer, comme nous allons le voir.
 

Solutions et propositions pour une évolution positive des EES et de l’enseignement supérieur au Cabo Verde
En point final à cette étude, il convient, après la critique, de proposer des solutions concrètes et simples à mettre en place, pas forcément onéreuses, pour favoriser l’enseignement supérieur au Cabo Verde, mais aussi dans les autres pays dits « pauvres ».
 
Redéfinir les priorités
La toute première chose à faire est de redéfinir les priorités de l’enseignement supérieur dans le pays. On pourrait, à l’image du Prof. Peter Okebukola visé les titres et les honneurs, rêver de Prix Nobel, chercher à atteindre le top des classements mondiaux, etc. etc. etc. Des rêves de gloire et de prestige comme sont si fortement tentées de faire les élites de nombre de pays africains ou du Sud, dans le but égoïste de pouvoir intégrer la caste d’élection du système-monde. C’est une erreur à éviter! Avant de structurer l'enseignement supérieur pour obtenir des prix Nobels, le Nigéria (idem pour ses consors) ferait mieux d'offrir à ses 8,7 millions d'enfants non scolarisés un accès honnêtes et utiles à la scolarisation de base, à savoir apprendre à lire et à compter!

Aussi, en premier lieu, les gouvernements doivent prendre conscience que l’idéal n’est pas que les EES intègrent le top des classements mondiaux, mais, sur le modèle proposer par Veiga Simão, Machado dos Santos et Almeida Costa, dans leur ouvrage Ensino superior : uma visão para a próxima década  (2002)[67], qu’ils répondent d’une manière général aux trois critères suivants:
  1. Promouvoir la création, la transmission et la diffusion de la culture, de la science et de la technologie, afin de contribuer à la formation humaine, culturelle, scientifique et technique;
  2. Promouvoir la recherche scientifique, fournir un environnement d’étude et de réflexion, et développer des applications qui favorisent le développement durable, en gardant toujours à l’esprit une jouissance scientifique et culturelle désintéressée;
  3. Promouvoir la fourniture de services à la communauté, dans une perspective d’appréciation mutuelle.
C’est la une vision idéale théorique qui doit cependant être modulée en fonction de la situation socio-économique du monde réel. Aussi, dans le cas du Cabo Verde et de la majorité des pays du Sud, à court terme et plus prosaïquement, les EES ont pour tâche première de former les cadres de la société de demain tout en devant permettre simultanément aux individus de se développer selon leur propre nature. Autrement dit, les EES doivent avant tout former des gens aptes à travailler comme cadre dans les entreprises publiques et privées du pays, à diriger les administrations, à construire les infrastructures, à former les générations futures, à imaginer de nouveaux possibles pour développer l'État et offrir une meilleure qualité de vie à la population. Là est le tout premier point. On peut, à l’image de Bartelomeu Lopes Varela, s’opposer à la vision "mercantile" des EES proposée ci-dessus et lui préférer une vision "naturaliste" qui prône avant tout le développement personnel des individus, mais c’est là un luxe que seuls peuvent se permettre les pays riches[68]. La faiblesse des moyens financiers des pays du Sud implique la nécessité, certes critiquable mais réaliste, d’optimiser au maximum les dits moyens afin d’augmenter la qualité de l’enseignement et donc le niveau des diplômes. Dans un second temps, à moyen ou long terme, le pays ayant une base suffisamment solide de dirigeants, de cadres et de chercheurs de haut niveau pourra revoir sa copie et concevoir une éducation supérieure non plus basée en priorité sur le "rendement", mais sur le développement de l’individu.

Qu’on se comprenne bien. Il ne s’agit pas de faire des EES des entités para-commerciales soumises au dictat du marché et des politiques, mais d’axer l’inscription d’une majorité d’étudiant(e)s vers les filières utiles au développement du pays. Ce qui, en plus, aurait l’immense avantage de pourvoir ces diplômé(e)s d’un travail à la sortie de leur cursus. Faut-il rappeler que depuis 2014, plus de 50% de la population au Cabo Verde à moins de 25 ans?

La minorité restante permettrait cependant de développer d’autres filières, non directement utiles sur le plan économique, mais non moins rentables sur le plan humain et de l’innovation, comme c’est particulièrement le cas des filières artistiques ou des sciences sociales qui ont plus vocation à penser le monde de demain qu’à le construire. Ainsi, l’étude de l’Histoire est utile à la stimulation de la démocratie, même si elle ne rapporte que peu d’argent, de même que les sciences pures dont les découvertes essentielles nécessitent du temps et de l’imagination.

On aimerait suivre l’idéologie de Kenneth Minogue, reprise par Varela, suivant laquelle ce qui identifie essentiellement les EES depuis leur invention, c’est « la liberté de créer et de diffuser des connaissances, l'autonomie de la réflexion critique et de la réflexion à long terme »[69]. C’est là un idéal à atteindre comme celui de la Déclaration universelle des droits de l’homme pour les démocraties, mais la réalité est plus brute et terre à terre. Jacques Derrida l’a bien compris. Ne précise-t-il pas dans les premières lignes introductives de son Université sans conditions  (2001)[70] : « Le long titre proposé signifie d’abord que l’université moderne devrait être sans conditions. Par "université moderne", entendons celle dont le modèle européen, après une histoire médiévale riche et complexe, est devenu prévalent, c’est-à-dire "classique", depuis deux siècles, dans des États de type démocratique. Cette université exige et devrait se voir reconnaître en principe, outre ce qu’on appelle la liberté académique, une liberté inconditionnelle de questionnement et de proposition, voire, plus encore, le droit de dire publiquement tout ce qu’exigent une recherche, un savoir et une pensée de la vérité. (…) L’université fait profession de la vérité. Elle déclare, elle promet un engagement sans limite envers la vérité ». Ainsi Derida montre, non seulement que les universités ont évoluées dans le temps et qu’elles peuvent s’adapter à des situations spécifiques, mais en plus qu’elles ont une obligation morale si ce n’est légale: la quête de la vérité. Développer fortement les filières utiles au marché du travail et à l’économie ne prétérite en rien à cet idéal. Il ne s’agit pas de former des cadres qui correspondent entièrement aux cahiers des charges des entreprises et des administrations, et d’imposer des quotas de rendements aux EES par rapport à leur gestion et au marché du travail, mais de former des cadres de haut niveau qui soient capables de répondre aux besoins divers et variés des entreprises et de l'État, grâce à des capacités techniques et d’innovation développées durant leur cursus à travers les enseignements dispensés par les EES. Un cadre doit être en mesure d’innover, il n’est pas un manœuvre qui travaille à la chaîne dans une usine de montage. Innover, cela veut dire savoir imaginer et s’adapter, donc expérimenter et créer, mais en ayant des bases et des connaissances solides et des techniques precises. C’est là ce que recherchent les entreprises lorsqu’elles embauchent un diplômé d’EES, en particulier détenteur d’une maîtrise ou d’un doctorat. Et les EES doivent fournir les outils et les connaissances pour favoriser ces processus d’imagination et d’adaptation en stimulant l’imaginaire suivant tout simplement la pensée d’Einstein: « Imagination is more important than knowledge. For knowledge is limited, whereas imagination embraces the entire world, stimulating progress, giving birth to evolution! » (1929).

Pour atteindre à ce but de qualité et d’efficacité, les EES doivent non pas proposer des formations tous azimuts, touchant tous les domaines en les survolant, mais au contraire focaliser les diplômes principaux sur les champs utiles en accord avec les besoins de la société contemporaine et à venir. Aujourd'hui, cela passe obligatoirement par le numérique. Il ne sert à rien de former à tout va 150 étudiants en communication sociale (comprenez par là, la version pédante du journalisme) tous les trois ans, alors que les périodiques disparaissent les uns après les autres et que le secteur est en crise. Il est préférable d’en former quelques dizaines, mais qui seront aptes à mener des enquêtes, rechercher la vérité, prendre des initiatives, offrir une autre vision que celle mainstream, tout en respectant dans le même temps des codes de déontologie rigoureux, et ce, quitte à agacer le Gouvernement en place (ce qui est largement le cas actuellement au Cabo Verde). Il est donc primordial pour un pays comme le Cabo Verde de former des techniciens et des ingénieurs compétents, car c’est là que se trouve le véritable besoin: agriculture, santé, informatique, industrie, énergies renouvelables, services etc., tous ces secteurs connaissent un manque crucial de cadre qualifiés et compétents. Aussi, les EES publics et privés, et le Gouvernement doivent planifier à l’avance les axes, en concertation avec le monde des entreprises, et définir, de manière quadriennale ou quinquennale, les grandes lignes des besoins en matière de cadres et de cadres supérieurs, et à partir de là développer les filières principales dans les EES. Se donner les moyens de sélectionner des enseignants compétents, voire de les soumettre à une formation continue, pour optimiser l’enseignement en fonction des nouvelles techniques, de concentrer les filières "voisines" dans un ou deux EES afin de favoriser l’émulation et la diversité des recherches, mais aussi de regrouper les moyens techniques et matériels afin d’optimiser les coûts. Optimiser les coûts non pas pour que le Gouvernement dépense moins, mais pour que les économies ainsi opérées puissent être réinvesties dans du matériel, des laboratoires, des infrastructures nouvelles, récentes ou innovantes, ou encore pour financer de nouveaux programmes de formation du corps enseignant ou inviter des professeurs étrangers compétents dans les filières développés par les EES caboverdiens. Comme on l’a dit précédemment, sur le modèle de la Suisse, la clé du succès à long terme, pour les pays sans ressources, c’est avant tout et surtout de financer l’éducation et la recherche. Le meilleur exemple suisse n'est autre que les deux Écoles polytechniques fédérales de Lausanne (EPFL) et de Zurich (EPFZ), non seulement en tête des classements mondiaux, mais surtout en tête des EES déposant des brevets et créant de nouvelles entreprises innovantes. Sur les plans des arts, l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), toujours en Suisse, rayonne tout autant sur le plan mondial[71] grâce à l’impulsion de son directeur Pierre Keller (1995-2011) et pourtant elle ne fait pas partie des EES que l’on pourrait classer dans le cadre d’EES para-commerciales. Comment cela est-il possible? Car la direction de l’ECAL a d’une part investit dans de nouvelles structures: un bâtiment de 17’000m2, comprenant des auditoires, des salles d’exposition, et même une imprimerie professionnelle (presse offset et reliure), mais plus encore elle a fait le choix d’être continuellement à la pointe de la technologie et de l’innovation. « Depuis septembre 2019, l’ECAL s’est pourvue d’un Centre des technologies, réunissant au sein d’un même espace des savoir-faire tels que l’Intelligence Artificielle (IA), la Réalité Augmentée (RA), la Réalité Virtuelle (RV), l’utilisation de capteurs médicaux, le Motion Tracking, la photogrammétrie, les accès aux plateformes des principaux fournisseurs d’applications smartphones et tablettes tactiles, la domotique, la robotique, le Video Mapping, etc. »[72] Elle entreprend aussi une collaboration avec l’EPFL. Ces synergies sont essentielles pour le développement des EES et pour la formation des étudiants qui ainsi sortent diplômés et parfaitement à jour par rapport au monde du travail et aux besoins de la société.

Mais cette vision ne met pas au ban les étudiant(e)s désireux de suivre un cursus dans l’optique de développer leurs connaissances ou leur goût d’un domaine culturel ou artistique. Les étudiant(e)s pourront toujours choisir une autre filière qui leur tient à cœur, dans laquelle ils pourront s’épanouir et se développer, mais ils sauront qu’au final, il leur faudra plus d’énergie et de compétences pour trouver un travail dans le pays (voire à l’étranger), car les places seront plus rares et la concurrence plus rude. En contrepoint, ils seront peut-être plus à même de créer leur propre travail en développant leur propre entreprise, autrement dit, innover!

Aussi, pour mettre en place cette approche, il sera peut être nécessaire d’appliquer un système très décrié de numerus clausus  temporaire, adaptable en fonction des années, tenant compte qu’un diplôme se concrétise au bout de 2 ou 3 ans d’études, et ce, dans les champs secondaires. Il peut-être direct (avec un nombre de places disponibles définis) ou indirect (avec des frais d'écolage supérieurs ou des compétences nécessaires plus importantes afin de vérifier la motivation de l’étudiant(e)). Ainsi, les EES seront toujours à même de proposer des diplômes dans des cursus jugés secondaires sur le plan directement pratique, mais qui dans les faits ne le sont en rien, au contraire.

Dans le même temps, les EES et les entreprises, aidés par le Gouvernement, doivent mettre en valeur les filières considérées comme prioritaires, simplement en signalant qu’à l’obtention du diplôme, une embauche est quasi garantie. Plus un EES stimulera les cursus en adéquation avec le marché du travail, plus il sera reconnu comme de qualité, car au final, si ce n’est pas l’idéal visé par les EES, la majorité des individus étudient en premier lieu pour obtenir un bon travail, sinon à quoi servirait les classements mondiaux? Varela pense que pour le Cabo Verde, c’est là une utopie. « Il arrive cependant, écrit-il, que peu importe à quel point les cours sont conçus pour s'adapter aux besoins du marché du travail, ce fait ne détermine pas en soi l'absorption des diplômés sur ce marché, en raison de facteurs conditionneurs d'ordre différent: critères de recrutement inadéquats, petite taille du marché, précarité financière des entreprises, volatilité des besoins cycliques propres au marché, initiatives insuffisantes et manque de soutien pour la création de travailleurs indépendants, etc. » Il base sa vision sur une inversion logique certes, mais en opposition avec les faits concrets. « En raison de ces circonstances, précise-t-il, et comme l'illustrent les statistiques nationales, il y a eu une augmentation considérable, en particulier au cours de la dernière décennie, des diplômés au chômage, un problème critique qui nécessite des mesures politiques affirmées, esquissées, de préférence, en dialogue avec les académies et les représentants du secteur entrepreneurial, d’autant plus qu’il est encore problématique de comprendre, à ces niveaux, ce qu’est un cours adapté aux besoins du marché. »[73] L’erreur de Varela tient au fait que les filières des EES actuels ne forment pas du tout des étudiants aptes à travailler sur le marché du travail. D’où le fort taux de chômage des nouveaux diplômés. Les étudiant(e)s, tout comme le reste de la population, nous l’avons vu, ne maîtrisent pas du tout les techniques de base informatiques que ce soit les suites bureautiques, les logiciels d’édition, les bases de données, ou plus simplement la dactylographie à l’aveugle, car ils n’ont pas accès au matériel, d’une part, et ne sont pas formés, d’autre part, au niveau des études secondaires tout autant qu’au niveau de l’enseignement supérieur. Or, c’est la première chose dont ont besoin les entreprises, dans tous les domaines d’activité ou presque. On pourrait encore prendre les capacités logiques (intellectuelle, empirique ou scientifique) et le sens de la rigueur intellectuelle. Là encore, il y a un manque évident de formation des étudiant(e)s très clairement visible dans les bibliographies des mémoires et des thèses universitaires, le catalogage des documents de bibliothèque en ligne[74] ou dans les projets web de l’administration publique, telle la Plateforme de participation publique sur le patrimoine culturel du Cabo Verde mise en ligne en 2020 par l’Institut du patrimoine culturel (IPC)[75]. Les EES doivent axés en tout premier lieu leur enseignement de base sur la méthodologie, la rigueur scientifique et la maîtrise des outils de recherche bibliographique qui permettront aux étudiant(e)s d’aller trouver l’information nécessaire là où elle se trouve et non pas se cantonner à ce qu’ils ont à disposition immédiate. L’autre axe est l'incontournable rédaction de rapports structurés ou de résumés précis et clairs, autrement dit, la maîtrise de la langue. Que l’on soit ingénieur, technicien, médecin, chercheur, sociologue, botaniste, zoologue, musicologue, journaliste, etc. ont doit toujours à un moment ou à un autre rédiger un rapport ou donner un bref résumé de son travail en cours ou à venir. Or, constat indéniable, une langue mal maîtrisée réduit les capacités de rédaction et de compréhension, tout autant que le goût pour la lecture. Or, comment développer ses connaissances, ses compétences, son imagination, sa créativité si on ne lit pas?

Quoiqu’il en soit, nous insistons sur le fait qu’il est important, pour ne pas dire primordial, de garantir et de garder des filières secondaires, non directement économiquement rentables, car tous les aspects d’une Culture sont utiles au développement de la société et de la démocratie, ce que Derrida appelle plus poétiquement les "nouvelles" Humanités. « Ce qui concerne la question et l’histoire de la vérité, écrit-il, dans son rapport à la question de l’homme, du propre de l’homme, du droit de l’homme, du crime contre l’humanité, etc., tout cela doit en principe trouver son lieu de discussion inconditionnelle  et sans présupposé, son espace légitime de travail et de réélaboration, dans l’université, et en elle, par excellence, dans les Humanités. Non par pour s’y enfermer, mais au contraire pour trouver le meilleur accès à un nouvel espace public transformé par de nouvelles techniques de communication, d’information, d’archivation et de production de savoir. (Et l’une des graves questions qui se posent, ici, mais que je dois laisser en chantier, écrit-il, entre l’université et le dehors politico-économique de son espace public, c’est celle du marché de l’édition et du rôle qu’il joue dans l’archivation, l’évaluation et la légitimation des travaux universitaires). »[76]
 
Création de pôles d’excellence
Dans un second temps, il peut apparaître utile de créer un pôle d’excellence pour la promotion du pays à l’international. Autrement dit, à l’image de l’Université de Tokyo, focaliser les moyens sur un des EES du pays en lui attribuant spécifiquement plus de moyens financiers pour qu’il engage des professeur(e)s étranger(e)s, développe un nombre défini de laboratoires de recherche de pointe, et qu’il puisse sélectionner les meilleurs étudiant(e)s du pays et attirer ceux de l’étranger. Pour le Cabo Verde, ce pourrait être dans le domaine de la Mer. La situation géographique et climatologique, l’abondance de vie animale dans les océans et dans les airs, la géo-volcanologie particulière, résurgence d’un point chaud au milieu de l’océan Atlantique, sont autant d’éléments forts étudiés dans le monde entier. En concentrant ses efforts sur ces filières, le Cabo Verde gagnera en reconnaissance et en qualité. Dans le domaine des sciences sociales, on pense à la diaspora si prégnante dans la Culture caboverdienne, qui a essaimé de par le monde et dont la population offre des champs d’investigations innombrables, mais aussi aux femmes caboverdiennes encore trop peu étudiées de nos jours sur tous les plans. Il y a beaucoup à faire, d’autant plus que la population féminine au Cabo Verde est majoritaire. Ce sont là des propositions, mais se concentrer sur un nombre restreints de champs scientifiques est la clé du succès dans une vision à court et moyen terme.
 
Développer le numérique
C’est la priorité absolue déjà préconisé dans le rapport de la Banque mondiale en 2012. Plus encore que des enseignants de haut niveau, le Gouvernement doit impérativement développer tout à la fois l’accès au numérique (que ce soit la connexion à l’internet ou l’acquisition de matériels informatiques) et les compétences numériques de la population. Cela passe immanquablement par des subventions et des aides telles que les crédits d’impôts en particulier pour l’accès à l’internet. À quoi, il faut ajouter une baisse du coût de l’électricité encore plus cher que l’internet et fruit d’un quasi monopole. Que se passerait-il si au Cabo Verde, l'internet illimté était à 1'000 escudos (9 euros) par mois (grâce à un financement étatique des opérateurs)? Ceci n'est pas un rêve, contrairement au Prix Nobel, mais un pur choix politique. Comme on l'écrivait en préambule, l'important est de définir les priorités. Qu'est-ce qui empêche de fixer le prix de l'internet illimité à 1'000 escudos par mois de telle sorte que le web soit concrètement et sans falbala accessible à 70%, voire 80% de la population? Au Gouvernement et aux fournisseurs d'accès de le définir et de se mettre d'accord sur la faisabilité d'un tel projet.

Les avantages sont nombreux. Tout d’abord géographique: les cours peuvent ainsi être donnés à distance à travers des MOOC ou le e-learning, les livres et périodiques être numérisés, les recherches bibliographiques et scientifiques s’étendre au reste du monde, la créativité se dynamiser sans pour autant que les individus se déplacent. Gain de temps, gain d’argent. Et qui plus est, l’accès est à tout heure, donc permet une plus grande liberté dans la gestion de ses études ou de ses recherches. Les coupures, contrairement à un accès soumis à quota (5 GB, 10 GB etc.) deviennent caduques. Reste les coûts de l’énergie (électricité), encore une fois, le seul véritable frein à ce processus, car l’énergie est très cher au Cabo Verde.

Autre développement primordiale: l’apprentissage du codage. Le codage permet de former les informaticiens, les programmateurs, les spécialistes en big datas, les créateurs et gestionnaires de sites web, les spécialistes en sécurité informatique, les créateurs de e-learning  ou de MOOC, les développeurs de IA, les ingénieurs télécom et réseaux etc. Autant de professions utiles et recherchées qui ne connaissent pas de problèmes de recrutement, mais qui, par contre, demande une spécialisation toujours plus poussée. Cela renforcerait également les connaissances de base des étudiants en matière informatique, en particulier savoir simplement comment fonctionne un ordinateur, comment est constitué un programme, qu’est-ce qu’une interface ou un algorithme, etc. Les étudiants ne seraient plus alors cantonnés aux seuls plug and play. On peut ainsi imaginer deux échelons de cours: le premier directement intégré à l’enseignement primaire et secondaire, pour acquérir les bases ou du moins avoir une expérience du codage; et le second, au niveau de l’enseignement supérieur, avec des filières en immersion totale et intensive qui permettrait en l’espace de 2 ou 3 ans de former des techniciens performants et autonomes, mais également des cours obligatoires en tronc commun pour toutes les filières, ceci comme prérequis pour l’obtention de la licence.

Il faut noter que les EES doivent peut-être s’associer ou s’inspirer de modèles étrangers aux méthodes d'enseignement universitaires traditionnelles, celle sacro-sainte des cours ex cathedra  (l’enseignant déclamant son cours face aux étudiants). On pense aux modèles des écoles de hacking éthique, telle la Akaoma, qui propose une formation Sécurité informatique CEH Ehtical Hacker v11[77], ou, plus encore, celui de programmation informatique, telle que la structure ultra innovante de l’École 42[78] voire de la Wild Code School[13]. Souvent gratuites et collaboratives, elles proposent de former des programmateurs-programmatrices suivant un concept basé sur l’expérience progressive par immersion, plus connu sous le nom de pear-to-pear learning. La stimulation inter étudiants confrontés à un problème donné à résoudre entraîne de facto la formation de ceux-là par émulation et entre-aide. Qui plus est la progression est évolutive et propre à chaque étudiant(e) en fonction de ses capacités, de son temps etc. En France, d’après le site Pôle emploi, pas moins de 750 formations ont été labélisées dans le cadre de "La grande école numérique" depuis 2015[80]. L’avantage de ce genre de cursus, c’est qu’il ne nécessite nullement de diplômés en doctorat, mais seulement de techniciens compétents et très souvent passionnés qui aiment transmettre leurs connaissances et les possibilités infinies du monde numérique, sur le modèle des gamers.

Le coût de telles structures, en particulier au niveau des EES, n’est guère plus élevé que pour une filière traditionnelle si l’on considère la masse salariale (les techniciens ont un salaire inférieur à un titulaire du doctorat) et surtout si l’EES élabore un partenariat avec un grand groupe informatique qui lui fournirait du matériel gratuitement comme le fait Dell ou HP, pour n’en citer que deux. Resterait alors le financement de la bande passante pour l’accès internet et la facture d’électricité. Ce qui nous ramène au problème d’aides et de subsides que doit absolument mettre en place le Gouvernement auprès des opérateurs télécoms (en quasi-monopole au Cabo Verde) et les fournisseurs d’électricité (également sous forme de monopole au Cabo Verde avec la société Electra, qui soit dit en passant est la plus endettée du pays).

Reste la question de savoir qu’elle Opertaing System (OS) privilégier? Windows est le plus utilisé dans le monde par les entreprises, les administrations et la population, mais il est payant et contraignant. Une fois Windows 10 installé, on est soumis au dictat de la société émettrice qui impose ou supprime ses logiciels selon son bon vouloir et son optique commerciale. Le Mac OS d’Apple est lui aussi payant et de plus en plus similaire à Windows. Mais les graphistes, designers, artistes, vidéastes et autres professionnels de l’image le préfère pour son ergonomie, son design, et aussi pour les programmes spécifiques qu’il propose. Par contre, Mac OS est encore plus contraignant que Windows, car sa plateforme iTunes qui permet de télécharger musique, films, livres audio, podcasts, vidéos etc. (généralement contre paiement) restent propriétaire des fichiers. L’utilisateur n’en a que l’usage privé. Bien qu’il ait payé le fichier, il ne peut le transmettre à autrui. Notons cependant qu’en juin 2019, Apple a annoncé la mort d’iTunes qui doit être remplacé à l’occasion de la mise à jour Mac Os 10.15 Catalina par des applications indépendantes[81]. Enfin Linux est un OS gratuit et qui permet l’utilisation de logiciels libres de droits. C’est là un excellent produit, en parfait accord avec une politique open access. Cependant, outre le fait que peu d’entreprises et d’administrations l’utilisent malgré sa gratuité, on lui reproche généralement un faible choix de logiciels (en particulier pour la retouche d’images numériques) et une ergonomie moins attractive que ses deux concurrents. Dans le cadre du Cabo Verde, les entreprises et administrations étant encore balbutiantes en matière de numérique, il peut être intéressant de privilégier l’OS de Linux, ce d’autant plus si les cours de codage sont développés dans l’enseignement. L’open source  de Linux et sa gratuité sont un plus certains pour un pays aux moyens financiers limités. Pour rappel, la Banque mondiale, dans son rapport de 2012, préconisait que le budget alloué à l’enseignement supérieur représente 15% au moins du budget de l’éducation nationale. Fait intéressant, si le marché du travail doit, dans un premier temps, influer sur les filières à développer dans les EES caboverdiens, le fait de développer un environnement Linux dans l’enseignement influera immanquablement à court ou moyen terme sur le matériel numérique utilisé sur le dit marché, en particulier en matière d’OS. Donc en favorisant l’open source et l’open access numérique, on favorisera son emploi au niveau des entreprises. Tout le monde sera gagnant à part l’oligopole des géants milliardaires que son Windows et Apple. Linux peut être installé sur n’importe quel PC ou Mac. Il permet l’accès à l’internet, offre un moteur de recherche puissant (Ubuntu) et nombre de possibilités similaires à ce qui est offert par Windows ou Mac OS, à l’exception essentiellement… des jeux.
 
Appliquer énergiquement l’ open access
Tout comme on l’a vu, dans la CPLP l’open access  est de rigueur en particulier pour la diffusion des travaux de recherches universitaires, qu’il s’agisse de mémoires, de thèses, d’articles, d’actes de colloque ou de conférence. Aussi, dans ce cadre, chaque faculté ou chaque institut doit développer sa propre revue sous format numérique en open access, afin de stimuler et de préparer les étudiants à écrire des textes techniques et scientifiques suivant les règles en vigueur au niveau mondial.

Le coût de telles revues numériques est relativement peu élevé pour ce qui concerne la mise en page et la mise en ligne[82]. Par contre, le Gouvernement doit revoir sa copie en matière de création de périodiques, en particulier scientifiques. À ce jour, expérience personnelle faite, la création d’une revue prend au minimum un an. Les procédures administratives sont complexes, onéreuses et surtout beaucoup trop longues. Il faut d’abord passer par l’inscription auprès de l’Instituto de gestão da qualidade e da propriedade intelectual (IGQPI)[83]. Le coût est de 19’000 escudos (170 euros) minimum juste pour les taxes du processus de validation. Celui-ci prend, à lui seul, plus de cinq mois, dont deux mois d’attente après diffusion au Boletim da propriedade industrial  (B.O. , I série – n° 30 sup., 0/08/2007: decreto-legislativo n° 4/2007, art. 10, al. 2.). Après quoi, sur remise d’une déclaration par l’IGQPI, il faut passer par l’Autoridade de reguladora para a comunicação social (ARC), qui valide ou non la création du périodique après un temps indéfini (quelques semaines à quelques mois suivant les aléas de l’administration publique locale), avec une taxe de 6'500 escudos[84]. Enfin, pour un numéro ISSN, il faut faire une demande auprès de l’ISSN International Centre après la parution du premier numéro pour autant que le périodique réponde à une série de critères précis, que son format soit papier ou numérique. Au montant des frais de 25'500 escudos (soit 230 euros), non compris ceux de l’ISSN, s'ajoute toute une série de frais complémentaires, en particulier pour la validation des documents officiels à joindre au dossier auprès du Cartorio  caboverdiano, sans oublier ceux pour la création de l’entreprise (s’il y a lieu) qui gèrera le périodique, ou encore ceux de l’INPS (couverture santé et prévoyance vieillesse) qui impose, par décret-loi, à partir du 1er juillet 2021, un salaire minimum de 45'000 escudos (400 euros) aux associés, dirigeants et propriétaires de l'entreprise.

Peut-être pourrait-on envisager une procédure simplifier et gratuite pour les périodiques scientifiques issus des EES, en particulier si ceux-ci sont édités en ligne, comme c’est le cas de la quasi-totalité des périodiques universitaires brésiliens?

À partir de là, on peut imaginer le développement de deux éléments:
  1. La mise en place au Cabo Verde, puis dans les pays du Sud, d’une base de donnée regroupant l’ensemble des articles de ces revues scientifiques et d’autres créées hors EES, à l’image du projet brésilien SciELO (Scientific Electronic Library Online)[85], afin de mettre en valeur non pas les seules publications du système-monde , mais l’ensemble des publications scientifiques, quelle que soit la langue utilisée. Le projet Portal do conhecimento de Cabo Verde[86] va dans ce sens, mais outre une ergonomie médiocre, il est très instable et pas entretenu, la majorité des liens étant obsolètes et inutilisables. Plus encore, l’accès au fichier PDF n’est pas assuré, ceux-ci étant régulièrement retirés. La raison est peut-être que ce portail numérique est constitué principalement par le dépôt bénévole par les auteurs des documents scientifiques. Il s’agit en l’état juste d’un catalogue, au contraire de SciELO, qui a lui pour but « the development of a common methodology for the preparation, storage, dissemination and evaluation of scientific literature in electronic format ». En mars 2021, le Portal comptait 3'297 documents.
  2. la création d’un classement des EES des pays du Sud, indifférent à la langue des publications, qui se baserait par exemple sur la structure brésilienne de la base de données SciELO.
Pour illustrer cette idée de périodiques scientifiques (numériques ou non), on peut prendre le cas emblématique d’une revue scientifique caboverdienne de qualité et pérenne: la revue numérique semestrielle Zoologia caboverdiana  publiée par la Sociedade caboverdiana de zoologia (SCZ)[87], basée à Mindelo et fondée par l’éminent ornithologue hollandais, le Dr Cornelis Hazevoet, en 2010. Cette revue en est à sa huitième année et publie des articles en portugais et en anglais. C’est probablement un exemple à suivre par les EES caboverdiens.
 
Former le corps enseignant aux rudiments de la bibliographie et la recherche bibliographique
C’est peut-être un des points les plus difficiles à mettre en place, car il dépasse les simples compétences, pour toucher à la culture caboverdienne dans son essence. La formation du corps enseignant est cruciale pour élever le niveau des EES caboverdiens, en particulier en ce qui concerne la compilation et l’utilisation des sources. Il est faux de dire que les documents sont inaccessibles. Au contraire, si l’on fait un peu d’effort et que l’on accepte d’investir dans la recherche sur le web ou dans les bibliothèques locales, voire dans des lieux aussi inattendus que les sièges des partis politiques locaux, on découvre nombre de documents utiles à la recherche. Il faut savoir qu’à l’exception des Archives nationales situées à Praia, les archives municipales ne sont pas ou peu classées, ce qui pose le problème est de leur consultation et de leur conservation. Par ailleurs, sur 22 concelhos,  seulement 10 ont une bibliothèque municipale. Celui de Ribeira Grande, sur Santo Antão, en a deux. Mais là encore, moult difficultés se présentent. À notre arrivée, nous avons décidé de reprendre, à titre bénévole, la bibliothèque municipale de Ponta do Sol. Celle-ci était fermée depuis plusieurs années, laissée à l’abandon. Elle servait de salle de répétitoire pour les enfants de la ville. Ayant obtenu les clés et le tampon officiel du président de la Câmara, heureux de voir la réouverture de la bibliothèque, nous avons tout reclassé par thématique, et la littérature par pays, et acquis un ordinateur en vue de créer un catalogue numérique accessible en ligne. Et puis, l’administration caboverdienne est entrée en jeu. Nous avions demandé à la Câmara  municipale uniquement deux choses: qu’elle fasse réparer les toilettes et que la femme de ménage attitrée fasse le ménage (ce qu’elle ne faisait jamais). Résultat: pas de réponse. Le vereador  ou conseiller municipal en charge de la culture et du sport était trop occupé à autre chose, annulant des rendez-vous le jour même pour d'autres rendez-vous qui n'avait de concret que son envie de ne pas travailler. À la suite d’une averse, nous nous sommes rendus sur les lieux pour voir s’il n’y avait aucun dégât. La pluie n’en avait fait aucun, mais, à notre grande surprise, nous avons trouvé une femme en train de constituer des piles de livres sur les tables. À notre requête, elle nous apprit qu’elle avait été mutée là pour s’occuper de la bibliothèque, car elle ne pouvait plus exercer son travail à l’école. Aussi, elle reclassait les ouvrages selon son goût, car notre classement par sujets et par pays ne lui convenait pas, lui préférant un classement purement alphabétique. Trois semaines de travail intensif anéanti, en plus du silence radio des chefs de l’administration locale, nous avons rendus les clés et le tampon officiel de la bibliothèque, et offert l’ordinateur à une des trois maternelles de la ville. Comble du désespoir, la femme en poste n’aime pas lire. Quoi de plus normal pour une bibliothécaire!

Cette aventure, qui pourrait paraître  anecdotique, mais ne l'est pas, illustre à la perfection la situation des bibliothèques caboverdiennes et n’est en rien exceptionnelle. Dans le même ordre d'idées, on peut encore citer le fait que les livres ne sont classés que dans les grandes lignes. À la très riche bibliothèque municipale de Mindelo, en particulier en ce qui concerne les œuvres d’auteur(e)s caboverdien(ne)s, les livres sont disposés sur les étagères suivant l’espace disponible et non classés en fonction de leur cote respective, ce qui faciliterait et la recherche et l’inventaire. Pourtant un(e) surveillant(e) est présent dans la salle, assis(e) en général sans rien faire, attendant patiemment au bureau de surveillance, parfois lisant un ouvrage ou consultant son téléphone portable pour passer le temps.

L’inventaire nous amène tout naturellement au prêt. C’est une autre difficulté des bibliothèques. Au Cabo Verde, comme nous l'avons déjà précisé, pas de noms de rue, pas de numéros de rue, pas de facteurs. Or, bien souvent, les habitants qui empruntent un ou plusieurs livres ne les rendent pas. Impossible, dès lors, de les récupérer faute de connaître leur adresse de résidence. Et lorsque l’on fait appel à la police nationale, celle-ci répond tout simplement: « Fallait pas les prêter! », sous entendu, "débrouillez-vous vous-mêmes, on peut rien pour vous".

C’est quelques exemples montre qu’il faut non pas légiférer plus, mais avant tout élaborer des politiques de formation du personnel des archives et des bibliothèques afin que celui-ci soit en mesure d’effectuer un minimum de travail fonctionnel, que ce soit du classement, de la promotion à travers des expositions, des conférences ou des lectures publiques, ou simplement des conseils. Plus qu’un diplôme, c’est la passion qui doit primer. Travaillent dans les bibliothèques des gens qui aiment lire, dans des archives, des gens qui aiment l’Histoire et les vieux papiers, pas juste des gens détenteurs d’une licence en sciences sociales qui attendent leur salaire de fin de mois et la venue du week-end! Les gens passionnés ont le grand avantage d’avoir le goût de la transmission et la non moins utile motivation pour faire plus avec peu. Quoiqu'il en soit, si l’on avait 22 bibliothèques municipales au Cabo Verde, il devrait être possible de trouver 22 amoureux/amoureuses du livre ayant suivi une formation supérieure et obtenu un diplôme dans une des Humanités, sur les 5 ou 10 dernières années.

Car pour reprendre l’exemple de la bibliothèque de Ponta do Sol, bien que créée au début du millénaire, elle est inconnue de la grande majorité de la population, essentiellement faute de promotion, à travers ne serait-ce que les écoles, et d’activités promotionnelles telles que des lectures publiques, des concours d’écriture, des expositions de photographies ou d’art, etc., autant de possibilités qui ne nécessitent pas spécialement de financement, mais qui ne peuvent être menées que par des gens passionnés et dynamiques. Cet état de fait est regrettable, car la bibliothèque de Ponta do Sol comporte un très important fonds de livres de littératures lusophones (de toute la CPLP), que ce soit romans, poésies, essais, ainsi qu’un autre fonds important d’ouvrages sur les colonies portugaises à travers les âges, dont des revues d’une qualité remarquable. Or, à ce jour, tout cela prend la poussière et l’humidité et finira par disparaître.

Dernier point: les bibliothèques municipales et scolaires sont souvent fournies par l’entremise d’envois en provenance de l’étranger, que ce soit des communes ou des associations. Or, on assiste à un gaspillage conséquent, car pour reprendre le cas des bibliothèques municipales du concelho  de Ribeira Grande, les cartons envoyés contenaient essentiellement… des livres scolaires (portugais, maths, anglais, français, etc.) du programme portugais, qui ne correspondent en rien au programme scolaire caboverdien[88], donc, tout bonement inutiles, et considérant le prix du fret maritime ou aérien, il aurait été préférable de n’envoyer que des livres de littératures ou des livres pour enfants, telles que bandes dessinées, contes et autres romans de jeunesse. Et c’est aux Câmaras  municipales de préciser clairement de ce dont elles ont besoin et de ne pas accepter tout sans exception.

Enfin, pour en revenir au sous-titre: en quoi le développement intensif de la recherche bibliographique peut-elle être un plus dans l’évolution qualitative de l’enseignement supérieur caboverdien et des pays du Sud? La réponse est simple et multiples.

Tout d’abord, la recherche bibliographique nécessite rigueur et méthodologie, deux points essentiels requis dans un cursus normal de l’enseignement supérieur et sur le marché du travail. La recherche bibliographique, ce n’est pas seulement consulter le catalogue de la ou des bibliothèques des EES locaux. C’est consulter, dans le cadre d'une recherche scientifique, un vaste réseau de catalogues, de sites webs, de bibliographies de mémoires ou de thèses, d’articles édités ou non. Cela nécessite du temps et de la patience, et plus encore, de la rigueur et de la méthodologie. Car une fois ce réseau consulté, il faut encore trier et classer les références utiles suivant le thème ou la problématique étudiés. Donc il faut, d’une part, établir des degrés de pertinence et, d’autre part, élaborer une « norme rédactionnelle » bibliographique. Il est très important de savoir qu'il n’existe pas UNE norme officielle pour rédiger une bibliographie, donc on ne peut l’apprendre simplement et l’appliquer. Par contre, ce qui est nécessaire, c’est d’élaborer une norme logique et l’appliquer avec méthode lors de la rédaction de sa propre bibliographie. On retrouve ici un peu le principe de l'écriture du créole à travers l'ALUPEC. Les plus connues de ces normes sont MLA, APA, Chicago Manual of Style, ISO 690 etc. La ponctuation est souvent le point délicat, mais ce qui est le plus souvent éludé, c’est la pagination. Il est de plus en plus de coutume de la part du monde scientifique d’éviter de signaler la pagination d’un article ou d’un ouvrage. Ainsi, sur les 2'000 PDF que nous avons recueillis à ce jour dans notre projet sur le Cabo Verde, la quasi-majorité, pour ne pas dire totalité ignorait la ponctuation dans les références bibliographiques. Est-ce pour éviter une perte de temps? Pour aller plus vite à l'essentiel? Pire, c’est en fait uniquement pour cacher une défaillance. Mais en quoi la pagination est-elle importante?

Assurément, l’absence de mention de la pagination est pour éviter de perdre du temps, mais pas pour les raisons que l’on croit. En fait, si on remonte à la soucre, pour pouvoir préciser le nombre de pages d’un document ou les pages d’un article, il faut avoir consulté le dit document ou article, l’avoir eu entre les mains ou devant les yeux. Et pour une bibliographie soumise en fin d’ouvrage ou d’article, cela représente beaucoup de manutention et de lecture. En supprimant la pagination, on peut donc citer beaucoup plus d’ouvrages qu’on en a lus ou consultés en réalité, en piochant des les bibliographies des études existantes, pour faire joli. C’est une des formes de « tricheries » régulièrement constatées dans les travaux universitaires. Car, normalement, une bibliographie doit impérativement recenser les ouvrages et les écrits que l'on a utilisés dans son travail et qui soutiennent par là-même l’argumentation développée. Ajouter des ouvrages non lus, mais dont le titre évoque le thème étudié ou les éléments de l’argumentation développée, c’est dire qu’on a effectué un travail de recherche qui, en fait, n’a pas été fait, c'est mentir!

Donc la mention de la pagination est utile à plus d’un titre. Tout d’abord, elle permet aux lecteurs/lectrices d’avoir une information précise sur le volume d’un ouvrage ou sur le nombre de pages d’un article. Est-ce un article de fonds? Est-ce un résumé? Etc. Ensuite, elle permet au corps enseignant de vérifier le réel travail de recherche de l’étudiant, ce qu’il a réellement lu et parcouru (on ne lit pas toujours les livres en entier, mais on le parcourt souvent rapidement en s’arrêtant aux passages ou chapitres importants pour le sujet étudié), et ainsi d’épurer les bibliographies des travaux de diplômes souvent très importantes, mais emplies de références inutiles, car, au final, non intégrées dans le corps du texte de l'étudiant. Et enfin, cela oblige encore une fois, l’étudiant(e)s à plus de rigueur et de méthodologie. En effet, il faut que lors de la lecture du document, l’étudiant(e) pense à bien prendre l’intégralité des références bibliographies et les classer afin de pouvoir s’en servir lorsqu’il rédigera sa bibliographie, ce qui arrive, en général, à la fin du travail de rédaction du mémoire, de la thèse ou de l’article.

Par ailleurs, ce que nous avait expliquer un de nos professeurs d’Histoire de l’Art, à l’Université de Genève, la différence entre un(e) professeur(e) et un(e) étudiant(e), ce n’est pas la différence de connaissances, mais le fait que le professeur sait où et comment trouver l’information dont il a besoin. Aussi l’élaboration d’une recherche bibliographique et la rédaction d’une bibliographie permettent à l’étudiant(e) de se familiariser avec les méthodes et les outils de recherches dont il aura besoin par la suite, dans sa carrière. Les méthodes et les outils évoluant constamment, il est dès lors nécessaire de se mettre régulièrement à jour, mais le principe directeur reste cependant le même.

Autre très grand avantage de la recherche bibliographique, c’est qu’elle permet à l’étudiant(e) de prendre connaissance de ce qui a déjà été écrit sur le sujet qu’il étudie, non seulement localement, mais dans le monde, et non pas d'écrire à l'aveugle l'idée qui lui passe par la tête comme étant une découverte, une vérité enfin révélée. Cela nécessite, il est vrai, une certaine maîtrise des langues étrangères et des outils informatiques, en particulier sur le web. Toujours par rapport à nos 2'000 PDF, nous avons décidé de réaliser notre bibliographie générale sur le Cabo Verde une fois que nous avons découvert la réalité de la situation au Cabo Verde et dans la CPLP. Au départ, notre projet portait uniquement sur la littérature et le site web devait être une réponse rapide et efficace. Mais au fur-et-à mesure que notre projet avançait, nous nous sommes aperçu que la bibliographie réelle sur le sujet était totalement ignorée par les travaux de recherches universitaires soutenues jusque-là. Encore une fois, la quasi-totalité des mémoires et thèses ne considèrent qu’une infime fraction de ce qui existe sur un sujet dans leur bibliographie, et donc dans leur recherches. Et ceci est valable pour l’ensemble des champs étudiés, que ce soit les sciences humaines, sociales, économiques, politiques, de la Nature, de la Terre etc. Au départ, le Cabo Verde semblait peu étudié, avec 2'000 à 3'000 références bibliographiques tout au plus. Aujourd’hui nous en sommes à 7'500 et estimons que le nombre atteint les 14'000 à 15'000 références. Notre projet qui devait être facile et rapide devient un work in progress  dont nous ne voyons pas la fin. Tout ceci car nous nous sommes basés, au départ, sur le contenu très réducteur des bibliographies des mémoires, thèses et articles à disposition, et qu’une recherche poussée et méthodique sur le web a totalement remis à leur juste valeur.

Qu’est-ce à dire des diplômes en particulier? Que le corps enseignant, plus que les étudiant(e)s, est à blâmer, car il n’a pas su donner les directives précises et offrir les méthodologies nécessaires dans le cadre de l’enseignement prodigué. Pire encore, il n’a pas non plus corrigé le tir avant et pendant la soumission du travail de recherche, par facilité, par flemme. Il faut donc impérativement former le corps enseignant à la recherche bibliographique et sa nécessité dans le cadre de l’enseignement supérieur, afin que celui-là puisse à son tour la transmettre aux étudiant(e)s. Ceci sera un gage de qualité et de stimulation pour et dans la recherche scientifique, ainsi que pour et dans les entreprises et administrations publiques ou privées.
 
Conclusion
L’enseignement supérieur caboverdien commence lentement son développement depuis le début du nouveau millénaire, soit à peine 20 ans. Sa croissance et sa qualité sont directement impactés par le manque de ressources financières et par là-même, de main-d’œuvre qualifiées.

Il serait cependant préjudiciable d’entreprendre des politiques de développement sur le modèle du système-monde , car les États des pays du Sud n’ont pas les moyens pour rivaliser avec les pays occidentaux. Qu’à cela ne tienne! Les classements mondiaux des EES ne sont pas et ne doivent pas être le but final, car ils ne sont qu’un artifice de propagande et d’images. Il ne s’agit pas cependant de décrier le système-monde  qui est un système fonctionnant à merveille et qui plus est, très rentable. Non! Il s’agit de redéfinir les priorités des EES du Sud, et donc africains, afin de développer des politiques adéquates, à savoir former les cadres et dirigeants de demain dans les meilleures conditions possibles afin qu’ils permettent aux pays de se développer sereinement.

Dans le cas du Cabo Verde, les politiques passées et la politique du Gouvernement actuel vont dans le bon sens, mais pêchent quand même par certains côtés. Plus que de moyens financiers, ce dont ont besoin les EES, c’est avant tout et surtout d’une volonté politique et administrative qui stimule l’enseignement, facilite la recherche et ouvre les opportunités de carrière dans l’archipel et à moyen terme à l’étranger.

Cela passe par une restructuration des EES en des pôles concentrés et dynamiques, un développement urgent du numérique sous tous ses aspects (de l’apprentissage du codage, à l’accessibilité du matériel ou de l’internet par le plus grand nombre), une formation efficace et rapide du corps enseignant en matière de recherches et d’établissement de bibliographies, et des personnels de bibliothèques et archives en matière de classement et de catalogage, une simplification des démarches administratives en matière de création de revues scientifiques et une diffusion massive des périodiques locaux soutenue par des crédits d’impôts et des aides de l’État, en particulier pour amoindrir les coûts des transports inter-îles. Les solutions existes, souvent simples et peu onéreuses, mais encore faut-il vouloir les mettre en place.

En suivant ces pistes, les EES caboverdiens pourront sans aucun doute trouver le chemin de l’excellence et n’auront plus rien à envier aux EES du monde entier, si ce n’est quelques Prix Nobel!

Christophe Chazalon
(rédaction 02-03/2021, révision et mise en ligne le 27/05/2021)
 
Remarque: afin de limiter le "copier-coller" peu louable qui ne cite pas ses sources de manière précise et formelle, nous avons volontairement laissé les marques en rouge du vérificateur d'orthographe dans les tableaux proposés avec ce texte. 

Notes
[1]     https://publications.europa.eu/code/fr/fr-5000500.htm. Note: tous les liens url ci-après ont été consultés entre les 19 et 06 avril 2021.
[2]     L’Institut national de statistiques caboverdien (INE), dans son rapport de 2017, avance les chiffres suivants: 2000 – 434'625 habitants; 2010 (année du recensement décennal) – 491'875 hb.; 2016 – 524'623 hb.; projections : 2020 – 556'857 hb. et 2030 – 621'141 hb. (web).
[3]     Jorgen Carling, "Emigration, return and development in Cape Verde: the impact of closing borders", Population, Space and Place, vol. 55, n° 10 (2014), p. 113-132 (web). Il avance une estimation de 520'600 Caboverdien(ne)s de la diaspora pour l’ensemble de ces pays, auxquels il faut encore ajouter l’Allemagne, la Belgique, la Suède, la Norvège, le Canada et le Gabon.  (web)
[4]     http://ine.cv/wp-content/uploads/2016/10/TrabalhoInfantil_CaboVerde.pdf: p. 8-9. Faute à la pandémie de Covid-19, le recensement décennal de 2020 a été repoussé à 2021.
[5]     https://expressodasilhas.cv/politica/2020/01/23/cabo-verde-cai-tres-lugares-no-indice-de-democracia/67632.
[6]     https://expressodasilhas.cv/politica/2021/02/03/cabo-verde-e-democracia-imperfeita-e-nenhum-pais-lusofono-classificado-como-democracia-plena-em-2020/73221 et https://www.asemana.publ.cv/?Primeiro-ministro-escusa-se-a-comentar-relatorio-do-Indice-da-Democracia-2020&ak=1 . Notons que dans ce dernier classement, le Portugal chute également dans la catégorie des « démocraties imparfaites ». Ainsi aucun des pays lusophones ne fait partie des « démocraties pleines ».
[7]     Wiebke Keim, "Pour un modèle centre-périphérie dans les sciences sociales: aspects problématiques des relations internationales en sciences sociales", Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 4, n° 3 (2010), p. 570-598.  (web)
[8]     Xavier Polanco, éd., Naissance et développement de la science-monde : production et reproduction des communautés scientifiques en Europe et en Amérique latine, Paris : Éditions La Découverte, 1990, 238 p.
[9]     Immanuel Wallerstein, "Restructuration capitaliste et le système-monde", Agone, n° 16 (1996), p. 207-233  (web)
[10]     Vincent Larivière / Stéfanie Haustein / Philippe Mongeon, "L’oligopole des grands éditeurs savants", Acfas Magazine, 2015, en ligne  (web).
[11]     Collectif, "Le libre accès vu d’Afrique francophone subsaharienne / Open Access seen from Francophone Sub-Saharian Africa", Revue française des sciences de l’information et de la communication, n° 11 (2017), en ligne  (web)
[12]     Notons que la majeure partie de ces classements a un partenariat avec l’éditeur scientifique Elsevier.
[13]     http://www.shanghairanking.com/ARWU2020.html​
[14]     https://www.timeshighereducation.com/world-university-rankings/2021/world-ranking#!/page/0/length/-1/sort_by/rank/sort_order/asc/cols/stats
[15]     https://www.topuniversities.com/university-rankings/world-university-rankings/2021
[16]     https://www.leidenranking.com/ranking/2020/list
[17]     https://cwur.org/2020-21.php.
[18]     Pour rappel, le tourisme représente environ 25% du PIB du Cabo Verde en 2019.
[19]     Elsevier (désormais RELX) possède un catalogue de revues scientifiques de plus de 2'500 titres, dont The Lancet  et Cell. Le groupe Springer, détenteur de la revue Nature, avoisine ce chiffre. Cécile Thibert, "Le business très juteux des revues scientifiques", Le figaro, 12/06/2020, p. 12 (web); dossier spécial "Le business des publications scientifiques", VRS (La vie de la recherche scientifique), n° 412 (printemps 2018), en ligne (web).
[20]     Le site de référence d’indexation des périodiques, Web of Science, fait un lien avec SciELO, en précisant "The SciELO Citation IndexTM helps researchers make connections to the broader research landscape, for a more complete global picture, by discovering new insights from research in regional journals in Latin America, Spain, Portugal, the Caribbean and South Africa", ce qui est assez éloquent en soi.  (web)
[21]     "Le chiffre d’affaires des revues scientifiques pour l’année 2017 était estimé à 9,9 milliards de USD par la société américaine Outsell. Cela représente près de 39% du marché mondial de l’information scientifique, technique et médicale. (…) Les États-Unis seraient à l’origine de 41% du chiffre d’affaires des revues scientifiques. (…) Les bibliothèques académiques représentaient en 2016 autour de 68 à 75% du chiffre d’affaires des revues scientifiques, soit 7 millards USD" (Marie-Claude DEBOIN, "Comprendre les modèles économiques des revues scientifiques", CIRAD, 5 p. : https://doi.org/10.18167/coopist/0063)
[22]     Thibert, 2020, p. 12. Voir aussi: anonyme, "Financer la publication scientifique. Le Lecteur et/ou l’Auteur?", CNRS – Direction de l’information scientifique et technique, 2015, en ligne  (web); Bastien Castagneyrol, "Comment les chercheurs choisissent les journaux auxquels ils soumettent leurs articles", The conversation, 19/02/2020, en ligne (web). Les EES portugais et brésiliens, mais plus encore les PALOP, n’ont en aucune façon les moyens de payer de tels abonnements ni les APC, ce qui de facto  les placent en périphérie du système-monde. Pour exemple, l’université d’Harvard, qui trône en tête de tous les classements, s’est également plainte du coût élevé des abonnements aux revues scientifiques commerciales, qui se montent, pour elle, à 3,75 millions USD par an (Ian Sample, "Harvard University says it can’t afford journal publishers" prices", The guardian, 24/04/2012 (web); anonyme, "Sci-Hub, le site qui pirate des articles de recherche scientifique, est de retour", Le monde, 15/02/2016  (web). L’Université de Californie l’avait déjà fait en 2010 (Jennifer Howard, "U. of California tries just saying no to rising journal costs", The chronicle of higher education, 08/06/2010 (web)) et l’Université de Constance, en Allemagne, a supprimé tous ses abonnements en 2014 (Gretchen Vogel, "German University tells Elsevier no deal", Science insider, 27/03/2014 (web)). Aussi, pour simple comparaison, les dépenses globales budgétées par l’État pour l’Université publique du Cabo Verde (Uni-CV) étaient de 7,5 millions USD en 2014, soit à peine le double du montant payé par les bibliothèques d’Harvard pour les abonnements aux revues scientifiques commerciales chaque année (web)!
[23]    "Financer la publication scientifique. Le Lecteur et/ou l’Auteur?", op. cit., p. 18.
[24]     Paris: UNESCO, 2013, 306 p. (https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000220789). L’édition française comprend 343 p. (https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000247576)
[25]     Okebukola, 2017, p. 161-193.
[26]     Ibid., p. 184.
[27]     Anonyme, "118 ans de prix Nobel et une vingtaine d’Africains distingués, dont quatre femmes", francetvinfo.fr, 11/10/2019, en ligne (web).
[28]     À savoir: Houcine Abbassi, secrétaire général de l’Union général tunisienne du travail, Wided Bouchamaoui, présidente du syndicat des employeurs tunisiens (UTICA), Abdessatar Ben Moussa, représentant de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), et Fadhel Mahfoudh, président de l’Ordre national des avocats tunisiens.
[29]     D’origine lituanienne, il vécut en Afrique du Sud dans sa jeunesse, avant de partir en Angleterre achever ses études supérieures à Cambridge.
[30]    Okebukola (2017), p. 176-177.
[31]     Okebukola (2017), p. 177-178.
[32]     L’instruction est obligatoire jusqu’à 16 ans en France, jusqu’à 18 ans en Belgique etc.
[33]     Notons cependant que de manière paradoxale, un manque d’argent pour atteindre l’élite de l’enseignement supérieur et de la recherche mondiale ne veut en aucun cas dire que l’on ne peut pas avoir un enseignement supérieur de qualité et performant. Nous y reviendrons dans la dernière partie de cette étude.
[34]     Pascale Fontaine, "Dans quels pays les enfants ne vont-ils pas à l’école? La réponse en carte", Radio-Canada, 26/08/2016, en ligne (web).
[35]     Budget 2019 (https://harvardmagazine.com/2020/01/harvard-finances-budget).
[36]     https://oir.harvard.edu/files/huoir/files/harvard_cds_2019-2020.pdf
[37]     https://www.harvard.edu/media-relations/quick-facts
[38]     Budget 2019 : 258'819 millions de yen (recettes = dépenses) (https://www.u-tokyo.ac.jp/en/about/finances.html).
[39]     2018 (https://www.u-tokyo.ac.jp/en/about/enrollment.html)
[40]     2018 : 2'525 professeurs et enseignants + 413 "fixed-term project professors and lecturers" (https://www.u-tokyo.ac.jp/en/about/staff_numbers.html).
[41]     Budget estimatif 2020: entre 1 et 1,5 millards d’euros (https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/a-saclay-la-naissance-dun-geant-universitaire-mondial-993687). Dans les faits, le budget 2020 tourne plutôt entre 750 millions et 1 milliards d’euros (https://www.universite-paris-saclay.fr/sites/default/files/media/2021-02/003_releve_de_deliberations_ca_8_janvier_2021.pdf). Notons également que les EES français s’opposent à dévoiler leur budget annuel.
[42]     https://ressources.campusfrance.org/pratique/etablissements/fr/pole_saclay_fr.pdf
[43]     Budget 2019: 724'435'667 CHF (recettes = dépenses) (https://www.unige.ch/files/3815/9248/9843/2020_03_17_EF_rapport-financier_Print_final.pdf).
[44]     2019 (https://www.unige.ch/stat/fr/statistiques/chiffresetudiants/). En 2020, le nombre d’étudiants passe à 19'078, avec 62% de filles et 38% d’étrangers.
[45]     2019 (https://www.unige.ch/universite/presentation/)
[46]     Budget 2020: R$ 5'977'782'633 (recettes = dépenses) (http://usp.br/codage/files/orc2020/diretrizes_2020_FINAL.pdf).
[47]     Seção 2, tabela 2.01 (https://uspdigital.usp.br/anuario/AnuarioControle#)
[48]     Seção 2, tabela 2.09 (https://uspdigital.usp.br/anuario/AnuarioControle#)
[49]     Budget 2018 : 343'209'043 € (recettes = dépenses) (https://www.unige.ch/files/3815/9248/9843/2020_03_17_EF_rapport-financier_Print_final.pdf).
[50]    2017 (https://www.ulisboa.pt/sites/ulisboa.pt/files/documents/files/ulisboa_numeros.pdf)
[51]     Budget 2017 : Recettes R 2'998 millions  – Dépenses R 3'073 millions (https://www.uct.ac.za/main/about/finance/annual-statements).
[52]     Pour 2009-2010 : les étudiants sont répartis comme suit: 246'825 BA + 8428 MA + 1'004 PhD. (https://cu.edu.eg/page.php?pg=contentFront/SubSectionData.php&SubSectionId=275). En 2020, on a 260'000 étudiants et 16'000 enseignants. Le montant du budget n’est pas communiqué.
[53]     https://www.unicv.edu.cv/universidade/organizacao/unidades/faculdades-e-escolas
[54]     Si l’on s’en tient aux statistiques officielles de 2009-2010.
[55]     https://www.unige.ch/stat/fr/actualite/chiffresetudiants/
[56]     Sur les bases de l’Instituto pedagógico de Cabo Verde créé en 1988 (Janice Raquel Sança Gomes / Manoel Nelito Matheus Nascimento, "O Instituto universitário de educação e os desafios da universitarização no contexto das reformas educacionais em Cabo Verde", HISTEDBR On-line  (Campinas), vol. 17, n° 3 (07-09/2017), p. 985 et 988).
[57]     L’Instituto de estudos superiores Isodorio da Graça (IESIG) a été fondé en 2002 et reconnu légalement en juin 2003. En 2005, il devient l’Universidade do Mindelo, mais la transition définitive n’est célébrée que le 10 décembre 2011 (Maria Nascimento Fortes Fonseca, O ensino superior em Cabo Verde – estudo do caso: o grau de satisfação dos alunos do curso de organização e gestão de empresas, na Universidade do Mindelo  (mémoire de licence), Mindelo: Universidade do Mindelo, 2012, p. 56-57 et n. 18). Notons que l’essentiel des dates de créations des EES caboverdiens ici proposées sont tirées de ce mémoire et vérifiées par recoupement avec l'information disponible sur le web. Par ailleurs, il y a souvent une différence entre la date de création et le décret-loi qui instaure la création officielle / légale ou qui reconnaît les statuts de l’EES. Par exemple, le M_EIA a été créé en 2004, mais le décret-loi est paru en 2009 de même que pour la Lúsofona, créée en 2006. L’US elle est créée en 2008, mais ses statuts ne sont publiés au Boletim oficial (BO) qu’en 2014!
[58]     13’068 étudiants en 2012-2013, 13’397 en 2013-2014, 12’538 en 2014-2015 et 12’622 en 2015-2016 (Anuário estatístico do ensino superior 2015-2016, p. 12).
[59]     La CRCV, art. 87, n° 1 précise que "la famille est l’élément fondamental et la base de la société".
[60]     https://www.governo.cv/aprovada-lei-da-paridade-cabo-verde-da-um-passo-historico-e-posiciona-se-como-uma-das-democracias-mais-igualitarias-do-mundo-ulisses-correia-e-silva/
[61]     https://expressodasilhas.cv/politica/2020/10/13/duas-em-cada-dez-das-listas-as-assembleias-e-camaras-municipais-naocumpriram-com-a-paridade/71710
[62]     https://www.asemana.publ.cv/?MpD-anuncia-22-candidatos-as-autarquicas-Tres&ak=1
[63]     https://expressodasilhas.cv/pais/2019/07/28/como-vai-ser-a-universidade-tecnica-do-atlantico/64933
[64]     https://www.rts.ch/info/suisse/10473978-une-etude-pointe-l-echec-du-romanche-grison-et-sa-possible-disparition.html et https://www.rts.ch/info/culture/10648609-en-fete-cette-annee-le-romanche-est-il-condamne-a-disparaitre-.html.
[65]     https://expressodasilhas.cv/pais/2018/12/19/abraao-vicente-passou-um-atestado-de-incompetencia-aos-jornalistas-de-orgaos-privados-ajoc/61491
[66]     https://brito-semedo.blogs.sapo.pt/semear-livros-a-mao-cheia-598271 (au 18/02/2018),
[67]     Lisboa: Gradiva Publicações Lda, 2002, p. 260
[68]     Bartolomeu Lopes Varela, "Relação universidade, sociedade e empresa: por uma crítica da visão mercadológica da Universidade", bartvarela, 12/2020, en ligne  (web). Il base son aproche en partie sur l’ouvrage de Olivier Reboul, Filosofia da educação  (Lisboa : Edições 70, 2000), traduction en portugais de La philiosophie de l’éducation, Paris : PUF, 1989, 127 p. (coll. Que sais-je?) 
[69]     Varela (2020), op. cit.; Keneth Minogue, The concept of a university, 1974. Encore une fois, la vision développée par le Néo-Zélandais Kenneth Minogue, professeur de science politique à la London School of Economics, concerne un EES idéal basé dans le système-monde  et non dans les pays du Sud. Qui plus est, il entendait répondre à la crise des EES dans les années 1970 qui, selon lui, reposait sur une erreur fondamentale consistant à essayer de les intégrer dans un certains schéma de fonctions sociales.
[70]     Jacques Derrida, L’université sans condition, Paris : Éditions Galilée, 2001, p. 11-12.
[71]     En 2014, l’ECAL a remporté le Milan Design Award du "Best Show" pour l’exposition Delirious Home dans le cadre du Salon international du meuble. En 2019, à l’occasion des Swiss Design Awards à la Art Basel, 28 des 48 finalistes étaient de diplômé de l’ECAL, et 9 furent lauréats sur un total de 17.
[72]     https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_cantonale_d%27art_de_Lausanne
[73]     Varela (2020), p. 11.
[74]     Les fiches d’une même institution sont régulièrement incomplètes ou erronées, montrant le peu de rigueur et de méthodologie lors de la saisie des données.
[75]     https://patrimonio.ipc.cv/. À cette occasion, nous avons rédigé un rapport d’une trentaine de pages pour décrire les incohérences et les erreurs et permettre de les corriger, la plateforme étant dite "participative". http://www.lirecapvert.org/_media/inpci-chazalon-ch-2020-05-08.pdf
[76]    Derrida (2001), p. 12-14.
[77]    https://www.akaoma.com/formation/ceh-certified-ethical-hacker
[78]    https://www.42.fr/
[79]    https://www.sudouest.fr/2016/08/31/numerique-une-ecole-atypique-pour-former-des-developpeurs-s-installe-a-bordeaux-2483329-705.php
[80]    https://www.pole-emploi.fr/candidat/votre-projet-professionnel/definir-votre-projet-professionn/apprendre-a-coder-sans-diplome-c.html
[81]    https://www.numerama.com/tech/522220-itunes-est-mort-voici-ce-qui-va-le-remplacer.html
[82]    Il existe plusieurs sites web qui proposent des logiciels de mise en page et des hébergements en ligne, tels flipsnack.com, madmagz.com, blurb.fr, etc. Voir en particulier Paul-Henri Giraud, "Comment commencer, poursuivre et pérenniser une revue en ligne?", THATCamp Paris 2012 (Éditions de la Maison des sciences de l’hommes – Open edition Books, https://books.openedition.org/editionsmsh/325?lang=fr).
[83]    http://igqpi.cv/registo-de-patentes/
[84]    https://www.arc.cv/arc/registro/empresas_publicacao_periodica
[85]    http://www.scielo.br/
[86]    http://www.portaldoconhecimento.gov.cv/
[87]    http://www.scvz.org/
[88]    https://www.ribeirabravafm.com/sao-nicolau-biblioteca-escolar-regista-pouca-afluencia-de-alunos-e-necessita-de-livros-de-literatura-cabo-verdiana-coordenador/

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