lirecapvert.org

"N'oubliez pas vos doutes... Méfiez-vous! L'esprit de celui qui croit est un esprit qui stagne.  Il ne se développe pas vers l'extérieur, dans un univers infini."

Frank Herbert, Les hérétiques de Dune

 AVERTISSEMENT
Vous pouvez retrouver l'ensemble de nos "post it" antérieurs en cliquant ICI ou sur la page dédiée au Cabo Verde de notre site personnelle: www.chazalonchristophe.com.
Bonne lecture à toutes et à tous!
Christophe Chazalon

CABO VERDE, un pion dans le Wargame de Poutine?  (2022)


L'homme est aux abois. Ses cartes s'abattent jour après jour, mais perdent du terrain et ne permettent pas même de sauver la face. Ultimes tentatives, avant l'acte de désespoir égoïste à souhait, l'arme nucléaire, Poutine tente, d'une part, d'envoyer sa population à la boucherie pour une cause personnelle (avec la mobilisation obligatoire (web)), et, d'autre part, une manoeuvre politique, tout comme le fait la Chine. L'idée est simple: il s'agit de s'attacher le vote ou le silence des pays pauvres à l'aide de quelques investissements chiffrés généreusement en millions de dollars. Dans ce wargame qu'est la guerre en Ukraine (dont la seconde étape sera l'amplification avec la guerre de Taïwan qui ne saurait tarder), tout à coup, le Cabo Verde, pays délaissé, car sans ressources génératrices de profits consistants, devient un pion potentiellement utile. Retour sur ces derniers jours éclairants!

En fin 2021, nous avions écrit un texte dans lequel nous annoncions l'invasion de l'Ukraine pour février 2022, simultanément à celle de Taïwan. Nous ne nous étions trompés qu'à moitié, la Chine n'ayant pas bougé le petit doigt, préférant, sagesse chinoise ancestrale, patienter et apprendre des malheurs d'autrui. Malheureusement pour l'autocrate russe (la Russie n'est plus une démocratie depuis plusieurs années et Poutine n'est soumis à aucun contrôle), la guerre éclair, à la victoire annoncée avant même le début de la bataille, n'a pas eu lieu et laisse place aujourd'hui à un conflit larvé, embarrassant et promis à une défaite de plus en plus certaine (les Russes eux-mêmes se rebiffent, ce qui ne présage rien de bon). Et  Poutine ne sait comment sortir la tête haute. À trop vouloir faire taire les sons discordants, on en finit aveugle. Poutine en fait l'amère expérience et ses lieutenants - oligarques plus encore. Leurs "suicides" hebdomadaires "aidés" nourrissent les quotidiens du monde entier (web). Il existe plusieurs théories sur la fortune de Poutine. L'une est qu'il n'a pas d'argent, l'autre qu'il possède plus de 200 milliards de dollars, donc qu'il est l'homme le plus riche du monde (web). Ce qui est plus sûr, pour bien comprendre la situation, c'est que Poutine a un lien particulier avec ses oligarques, une sorte de donnant - donnant, mais pas d'égal à égal. Aussi, ces derniers lui ont-ils offert pour Noël, le Shéhérazade, petit super-yacht valant plus de 600 millions d'euros, aujourd'hui séquestré en Italie (web).

Mais revenons à la rencontre Poutine - Xi Jinping de ce 15 septembre 2022. Comme le décrit très bien Salim Sijelmassi, de TV5 Monde, "la Chine n'est pas un allié, mais un partenaire de la Russie" (web). Même si l'accord signé lors de la rencontre précédente entre les deux chefs d'État, deux semaines avant l'invasion de l'Ukraine, est considérée comme "historique", les Chinois font le service minimum. Il ne faut pas oublier que dans les années 1980, les Russes étaient les ennemis jurés des Chinois, plus encore que les Américains aujourd'hui. Et les Chinois ont la mémoire longue. Ainsi, les investissements des compagnies chinoises en Russie sont devenus quasi inexistants depuis la mise en place des sanctions par l'Occident. Donc, au final, on peut dire que ce rapprochement au sommet est purement idéologique, pour l'image, non pour l'amitié entre pays, qui ici n'existe pas. Qu'est-ce à dire? En 1992, Francis Fukuyama publiait La fin de l'histoire et le dernier homme, un ouvrage fortement polémique s'il en est, qui prônait purement est simplement la victoire idéologique de la démocratie libérale sur les autres idéologies politiques. Grosso modo, pour schématiser, à la fin de la Guerre Froide, la démocratie libérale apparaissait comme le meilleur système politique pour gérer les peuples, les systèmes autoritaires et les dictatures étant voués à la disparition progressive et inéluctable. La situation en 2022 n'est pas fondamentalement contraire à cette vision. Aujourd'hui encore, la démocratie reste le meilleur système de gouvernance, le plus stable, le plus positif pour les populations, le plus ouvert sur l'Autre. Reste à définir qu'elle démocratie. La démocratie libérale doit peut être laisser place à une démocratie plus sociale. Mais peu importe ici! Le fait est qu'à la fin du XXe siècle, le monde gouverné par les États-Unis d'Amérique (USA), surnommé l'Empire, imposait cette démocratie libérale et la défendait sur la scène internationale. Les grandes puissances du monde, le G7 ou le G20, étaient des pays dits d'Occident qui, alliés des USA, visaient à une croissance économique qui a permis, il faut le dire, de sortir la majorité de la population mondiale de la précarité, pour ne pas dire la pauvreté. La Russie d'alors faisait parti de cette vision du monde. Et puis, la mégalomanie d'un homme au pouvoir qui en veut toujours plus a fait que... Le monde change! Et de fait, les pays émergents ont gagné en démocratie et en pouvoir,  aidés par leur croissance économique souvent à deux chiffres. La Russie, le Brésil, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, suivis de près par le Mexique, l'Indonésie, le Nigéria et la Turquie, ont alors décidé de faire entendre leurs voix sur le plan international. Et, de fait, ils ont créé un contre - G7, sous le noms de BRICS. Mais plus encore, en opposition à l'OTAN (coalition défensive de l'Empire),  les pays émergents du continent asiatique ont fondé en 2001, l'Organisation de coopération de Shanghai, une coalition purement "anti-Occident". On y retrouve la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, ainsi que l'Inde et le Pakistan en 2016, et l'Iran en 2021. Lors du dernier sommet qui vient de se tenir, deux pays ont été invités: la Turquie et l'Azerbadjan (web). Aucune démocratie libérale, à l'exception de l'Inde, mais un bloc géographiquement uni et massif, directement rattaché à l'Europe, terre d'Empire.

Or, les plus imposants de ces pays, que l'on croyait voués à suivre la piste de la démocratie libérale, se sont petit à petit tournés vers une autre "démocratie", qui n'a de démocratique que le nom, car en fait, ce ne sont rien de moins que des régimes autoritaires ou totalitaire, pour ne pas dire des dictatures. Le but: s'afficher unis contre l'influence occidental (web et web). Quelques définitions pour y voir plus clair:

  • Un régime politique autoritaire est un régime politique qui, par divers moyens (propagande, encadrement de la population, répression), cherche la soumission et l'obéissance de la société (c'est le cas de la Russie et de la Turquie)
  • Le totalitarisme est un type de système politique dans lequel existe un parti unique, n'admettant aucune opposition organisée, où l'État tend à confisquer la totalité des activités de la société. Un tel système restreint l'opposition individuelle à l'État. (c'est le cas de la Chine)
  • Dans le domaine de la politique, on appelle « dictature » un régime dans lequel une personne (dictateur), ou un groupe de personnes, disposant d'un pouvoir absolu, s'y maintient de manière autoritaire et l'exerce de façon arbitraire. (c'est le cas de la Corée du Nord, alliée actuelle de la Russie)

Considérons maintenant quelques uns des BRICS et alii:

  • La Russie: ou Fédération de Russie, naît vers 1991, après la chute du mur de Berlin. Elle tend alors vers une économie de marché et se veut un pays démocratique, avec des élections multipartites. Mais en 2000, Vladimir Poutine arrive au pouvoir, qu'il ne quitte pour ainsi dire plus. L'intermède Medvedev n'est qu'un leurre. Progressivement, la répression politique devient de plus en plus forte, aussi bien envers les militants que les médias qui sont toujours plus bridés. En 2014, avec la crise de la Crimée, la Russie est rejeté du G8 qui devient alors le G7. Poutine, ancien allié de l'Occident, touché dans son amour propre, devient dès lors volontairement un opposant et entraîne le pays dans un autoritarisme toujours plus marqué jusqu'à en venir à envahir un pays pacifique, l'Ukraine, en février 2022. Il y a bien toujours des élections en Russie, mais l'information ne pouvant plus du tout circuler librement (télévision, journaux, radios, web... sont contrôlés et réprimés ou simplement fermés en cas d'écart politique anti-Poutine), ces élections ne sont plus qu'une façade telle qu'on en trouve dans les dictatures. L'idée de Poutine est de recréer la Grande Russie de tsars et donc de conquérir les pays libérés du joug du communisme de l'URSS.
  • La Chine: ou plus exactement la République populaire de Chine est apparue en 1949, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Régime communiste totalitaire, elle entre progressivement dans un système d'économie de marché à partir des années 80-90, arrivant à concilier l'inconciliable: le communisme et l'économie néo-libérale. En 2001, elle adhère à l'OMC. On aurait pu penser qu'elle suivrait le même chemin que l'URSS et s'ouvrirait petit à petit à la démocratie libérale (suivant toutefois une approche plus asiatique). Or, en juin 1989, cette idée prend du plomb dans l'aile avec la répression de la place Tian'amen. La Chine n'est pas une démocratie et ne la jamais été. Elle est un régime encore et toujours totalitaire, avec un seul partie politique: le parti communiste. Toute forme de manifestation anti-gouvernementale est sévèrement réprimée. Les Ouighours en font amèrement l'expérience avec un nouveau génocide que les pays occidentaux n'ose pas nommer. Cette main forte s'est encore resserrée après la rétrocession de Hong-Kong en 1997. Le PC chinois devait alors appliquer le principe "un pays, deux systèmes", en maintenant plusieurs structures de Hong-Kong appartenant alors pleinement à la démocratie libérale occidentale. Or, malgré les promesses initiales, petit à petit le PC chinois de Xi Jinping a décidé de les supprimer, en particulier avec la nouvelle loi sur la sécurité nationale de juillet 2020. Résultat, la démocratie hong-kongaise, fleuron de la démocratie occidentale en Asie, est entrée dans le carcan du totalitarisme chinois. Les médias sont bridés, les libertés réduites, seul compte la politique gouvernementale de Pékin. Et dans l'idée de retrouver la Grande Chine d'entant, Xi Jinping souhaite maintenant annexé Taïwan, pays libre et indépendant depuis les années 1990 au moins. Plus encore, tout comme Poutine, Xi Jinping est touché dans son amour propre avec les sanctions de l'Empire à la suite de Tian'amen et plus encore, de la mise à mort des droits de l'homme à Hong-Kong.
  • La Turquie: ou République de Turquie est fondée en 1923 sur les restes de l'Empire ottoman. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle tente de se rapprocher de l'Occident, en particulier en essayant d'être intégrée à l'Union Européenne (UE, anciennement la CEE) depuis 1963, sans succès, même si les négociations sont en cours officiellement depuis 2005. En contrepoint, la Turquie maintient de forts liens avec les mondes musulmans, en particulier du Moyen-Orient. En 1994, la montée islamiste dans le pays propulse Recep Tayip Erdogan au pouvoir de la mairie d'Istambul. La situation politique est complexe, en particulier à cause du PKK (parti d'opposition kurde), mais plus encore à cause de la crise économique qui s'abat sur le pays en 2001. En 2002, l'AKP arrive au pouvoir et Erdogan est nommé Premier ministre. L'AKP propose un mélange de libéralisme constitutionnel et économique et maintient des valeurs traditionnelles de l'islam. En gros, il active les principes du populisme, ce en quoi les Turques ont cru. Aussi, on pourrait alors penser, tout comme pour la Chine, que le pays va se tourner vers la démocratie. En 2005, un nouveau code pénal est adopté en ce sens. Mais, c'est sans compter sur le goût du pouvoir de M. Erdogan. En effet, celui-ci rêve, lui aussi, de reformer l'Empire ottoman, comme le symbolise si bien son nouveau palais présidentiel à 500 millions de dollars, alors que le pays connaît toujours une crise financière douloureuse (web). Petit a petit, les libertés politiques sont limitées, les médias bridés ou condamnés, toute forme d'opposition à la politique d'Erdogan sévèrement punie. Le pays s'enferme progressivement dans une dérive autoritaire toujours plus marquée. Et de même que Poutine ou Xi Jinping, Erdogan est touché dans son amour propre avec la reconnaissance toujours plus marqué par les Occidentaux du génocide arménien, qu'il réfute véhément. 
  • Le Brésil: découvert en 1500 par les Portugais, le Brésil est une démocratie qui a connu des heurs et des malheurs, en particulier, avec la dictature militaire fasciste de 1964 à 1985. Depuis lors, tout comme le Chili, le pays est une démocratie au bipartisme exacerbé, entre l'extrême droite (blancs, riches et chrétiens), d'une part, et les socialistes, de l'autre. En 2019, Jair Bolsonaro devient Président de la République. Militaire de profession, sa vision du monde est à l'image de celle de Trump: égocentrique, étriquée, raciste, a-écologique... Moi d'abord, les autres jamais. En fait, Bolsarono est admiratif de la dictature militaire antérieure et du fascisme d'Europe de la première moitié du XXe siècle. Mais, il a été élu démocratiquement, car malgré la forte répression qui sévit au Brésil, le pays reste encore une démocratie libérale. La réélection de Bolsonaro à l'automne prochain entraînerait inéluctablement la fin de cette démocratie.

L'Inde de Narendra Modi est pour l'heure encore du côté de l'Empire, mais pour combien de temps. Quant aux USA, la possible réélection en 2024 du président des États-Unis sortant, Donald Trump, au sein même de l'Empire, serait critique pour les démocraties mondiales. L'article " A crisis coming': the twin threats to American democracy" de Davie Leonhard, du New York Times, est éloquent à ce sujet (web). Et l'UE n'est pas en reste. Le parlement européen vient juste d'annoncer que "la Hongrie n'est plus une véritable démocratie" (web) et les fascismes nationalistes y gagnent du terrain (web). Quoi qu'il en soit, le point commun de ces pays, c'est l'avènement d'un nationalisme fascisant à tendance totalitaire. Leur force tient non pas tant à leur croissance économique, mais bien au fait que l'idéologie politique de leurs dirigeants convergent et s'opposent de facto à celle de la démocratie libérale prônée par l'Occident. Si le but de l'Empire est de sortir les peuples de la pauvreté (tout en faisant des bénéfices il est vrai), le but des BRICS, dans leur grande majorité, est d'imposé un nouveau système politique au monde, dans lequel les riches et les "puissants" décident de ce qui est bon pour le reste du monde. Autrement dit, remplissent leurs comptes en banque, s'achètent des yachts de luxe, se font construire des palais surdimensionnés... alors que le peuple a faim, souffre et travaille pour payer tout cela. Difficile d'appeler ce système politique, une démocratie! Pour l'heure OCS et BRICS n'ont pas encore trouvé une synchronie idéologique. Beaucoup de points de divergence persistent. Et comme la si bien dit Modi à Poutine, hier, "l'heure n'est pas à la guerre"! Ce qui veut dire que la guerre doit venir, mais plus tard! Faut-il en dire plus?

Alors, me direz-vous, et le Cabo Verde dans tout ça! Eh bien, pas grand chose. Petit pays perdu au milieu de l'océan, sa seule et plus grande richesse est son peuple, dont la moitié vit cependant hors du pays. Les grandes puissances pourraient l'oublier ou du moins ne pas s'en soucier. Or, fait étonnant, l'Empire et ses organes supra-nationaux soutient massivement l'archipel. ONU, BM, FMI, OMS, UNESCO, FAO, etc., sans oublier les gouvernements des USA, de l'UE, d'Israël, du Japon, du Canada etc., tous viennent en aide au petit Cabo Verde. Pourquoi? Parce que le pays est pauvre? Non. Le Mozambique est pauvre. Haïti est pauvre. Le Timor oriental est pauvre. Pourtant, ils ne sont pas autant aidés. Alors pourquoi le Cabo Verde? Parce qu'officiellement, le Cabo Verde est une des meilleures démocraties libérales d'Afrique, si ce n'est la première. Le pays est stable, se développe bien, malgré les adversités des temps. Mais également, parce que le Cabo Verde est géographiquement stratégiquement situé (il a servi d'arrière base à l'OTAN lors de la première guerre en Irak), et qu'en plus, même si c'est un pays ultra-tolérant, il est fortement chrétien (l'Empire n'aime pas trop les musulmans depuis l'avènement du terrorisme international). Tout ceci concourt au fait que le Cabo Verde est un pion utile et soutenu par l'Empire.

C'est en prenant conscience de tout ceci (une synthèse réductrice cependant à bien des égards) que l'on peut comprendre le wargame qui se joue dans l'archipel actuellement. Eh oui! la guerre à venir sera mondiale et ne fera que rejouer la seconde en plus violent et plus destructeur. En fait, personne n'ose le dire, mais elle a déjà commencé. Russie, Chine, Turquie, Brésil (si Lula ne gagne pas les élections prochaines) etc. seront des partenaires à l'image de l'Allemagne nazie, de l'Italie, de l'Espagne et du Japon fascistes. Et les premiers soutiennent actuellement la même idéologie que les seconds, contre la même Démocratie des hommes libres. Bis repetita? 

Nul n'ignore qu'avec ses routes de la Soie, la Chine place ses pions sur l'échiquier du monde politique international. En finançant outrancièrement des infrastructures dans les pays pauvres ou en accordant des crédits considérables, en particulier en Afrique, elle ne cherche pas la rentabilité (car elle sait déjà que nombre de ces investissements sont à perte), mais le soutien des États bénéficiaires. Chaque pays est une voix supplémentaire susceptible de faire pencher la balance à l'ONU ou dans le cadre d'une décision supra-nationale comme celle sur les droits de l'homme (web). Or, on l'a vu dernièrement, nombre de pays d'Afrique soutiennent ouvertement la Chine, mais également la Russie après l'invasion de l'Ukraine. Des voix s'expriment clairement aujourd'hui en opposition à l'Empire. Ainsi Julius Malema, leader de la gauche radicale en Afrique du Sud, dit "nous sommes là pour dire à l'OTAN et aux Américains que nous ne sommes pas avec eux. Nous sommes avec la Russie et aujourd'hui nous voulons remercier la Russie. Donnez leur une leçon, nous avons besoin d'un nouvel ordre mondial et nous sommes fatigués de recevoir des ordres des Américains" (web). Le sommet d'aujourd'hui entre Poutine et Xi Jinping n'a d'autre but que de renforcer l'image de l'entente entre les deux pays et de la force que le groupe anti-démocratie libérale (assimilé à anti-Américains, voire anti-Français en Afrique) est réelle. L'exemple de la situation au Mali est probant avec le départ de la force Barkhane et la venue des mercenaires russes de Wagner  (web). Peu importe, pour ses pays secondaires, l'idéologie autoritaire qui sous-tend les buts de Poutine ou Xi Jinping. L'important, c'est de donner une leçon à l'Occident, quitte à ce que la démocratie disparaisse. De quoi faire peur, n'est-il pas!

Plus encore, l'importance de l'Afrique dans cette lutte anti-démocratie libérale trouve son point d'orgue à travers la dernière revendication des pays africains à l'occasion de la dernière assemblée générale de l'ONU. En effet, l'Afrique réclame de nouveau une réforme du Conseil de sécurité qu'elle juge obsolète. L'Union africaine, par la bouche du président sénégalais Macky Sall, revendiquait le 20 septembre 2022, au moins deux sièges permanents avec droit de veto, ni plus ni moins. Pour l'heure, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, le Conseil de sécurité de l'ONU créé par les vainqueurs pour le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde (soit l'idéologie de la démocratie libérale au final), comprend 5 membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) qui tous ont un droit de veto. Si ajoute 10 membres non permanents élus pour 2 ans par l'Assemblée générale, dont le choix tient compte de la répartition géographique. L'Afrique dispose ainsi de 3 sièges (web). Sans entrée dans la légitimité des revendications de l'Union africaine ni sur l'obsolescence du Conseil de sécurité dans sa forme actuelle (Macron et Biden sont eux aussi favorable à une réforme - web), il apparaît évident que si une telle modification devait survenir, la place des pays africains gagneraient considérablement en poids sur la scène internationale. Et donc, la politique "diplomatique" de la Chine et de la Russie de coopter les voix des dits pays africains s'avéreraient payantes, compte tenu du fait que USA, France ou Angleterre, principaux pays occidentaux d'influence sur le continent, ont, depuis plusieurs décennies (pour la France, depuis la retraite de Jacques Chirac) laissé tomber tout soutien d'envergure pour le développement et l'aide pour l'instauration de démocratie. Or, demain, l'Afrique sera le seul continent à connaître une explosion démographique sans précédent. Elle va simplement tripler (web), ce qui ne sera pas sans conséquence dans la géo-politique mondiale.

Aussi, fûmes-nous surpris, le 8 septembre 2022, à la lecture de l'article d'inforpress, selon lequel Yury Materiy était "nommé nouvel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Russie au Cabo Verde (Yury Materiy nomeado novo embaixador extraordinário e plenipotenciário da Rússia em Cabo Verde)" (web). Pourquoi Poutine aurait-il besoin d'envoyer un ambassadeur extraordinaire et avec les pleins pouvoirs dans l'archipel (web)? Que vient faire dans ce coin reculé de l'Afrique de l'Ouest, cet ancien ambassadeur russe nommé habituellement dans des pays d'Asie (Bangladesh, Inde, Maldives, Pakistan, Sri Lanka...)? Inforpress rappelle que la nomination du nouvel ambassadeur russe au Cabo Verde avait dernièrement créé une polémique, car il s'agissait de l'ancienne procureure générale de Crimée, Natália Poklonskaia, qui avait fuit l'Ukraine pour s'exiler en Russie. Plus encore, le gouvernement russe aurait demandé à ce que la nouvelle ambassadrice puisse circuler dans l'archipel avec des agents de sécurité armés. Ulisses Correia e Silva a depuis démenti ces propos, tout en précisant tout de même que la nomination était en discussion avec les "responsables" de la Fédération de Russie. Tout un programme! 

Plus encore, à peine une semaine plus tard, hier, la Serbie a, à son tour, proposé au gouvernement du Cabo Verde de "renforcer les relations de coopération", en particulier dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture, du tourisme et du sport  web). Or, la Serbie est le seul pays d'Europe à soutenir massivement qui? La Russie de Poutine  web). Pure coïncidence? Il faudrait être bien idiot pour le croire. La partie d'échec bas son plein et même le Cabo Verde n'y échappera pas!

Reste à éclaircir deux points:

  1. ce que va faire le Premier ministre, Ulisses Correia e Silva, dont on connaît le goût pour le pouvoir et le mépris pour l'opposition et les médias (voir nos post it antérieurs). Sans oublier, le besoin impérieux et chronique de l'État caboverdien en matière d'argent. On peut rester cependant optimiste connaissant le savoir faire en matière de diplomatie (ou l'art de ménager la chèvre et le chou local) que possède le Cabo Verde, petite Suisse d'Afrique (web). Le Cabo Verde n'a-t-il pas été le seul aéroport à autoriser des vols vers l'Afrique du Sud de l'apartheid?
  2. ce que vient chercher Poutine au Cabo Verde. Est-ce pour tenter d'y limiter l'influence des Occidentaux? Pour chercher un nouveau soutien africain ou, au pire, une neutralité? Pourquoi vouloir des gardes armés pour accompagner une diplomate dans un pays relativement paisible et sûr?  Tout cela n'est pas très clair.
Quoi qu'il en soit, le ver est dans la pomme. Attention! Mais qu'on ne si trompe pas à la lecture de ce post it. Nous ne sommes pas contre le peuple russe, tout au contraire. Notre grand-mère est née en URSS et nos amis de cette même URSS sont parmi les gens les plus formidables que nous connaissons. Ce qui nous déplaît et ce dont on souhaite mettre en garde ici, c'est uniquement les tactiques du gouvernement russe et de son dirigeant actuel, Vladimir Poutine, qui rêve d'être le calife à la place du peuple, ce qui a toujours le don de nous irriter. C'est fou, non?
Mais le plus important, c'est que le front anti-Occident (UC, soit la Chine, Russie, Turquie....), ou les pays non-démocratiques et leurs alliés, qui représente aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale (voir cartes ci-dessous), a commencé une coalition visant à réduire la démocratie libérale à néant pour la remplacer par des régimes autoritaires ou totalitaires dans lesquelles la Liberté n'existe pas! Cette coalition fascisante n'est pas encore prête pour la guerre, mais ce n'est qu'une question de temps. Cependant, les préparations pour la 3GM sont enclenchées et ne sauraient être, en aucune manière, annulées. Les prochaines élections présidentielles brésiliennes si elles confirment Bolsorano au pouvoir et plus encore, si en 2024, Trump est réélu président des USA, alors là, la démocratie libérale connaîtra ses jours les plus sombres depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et le point de départ sera... l'attaque de Taïwan par la Chine. Pour la simple raison que le gouvernement chinois n'entreprendra cette action d'annexion que si et seulement si il se sent suffisamment fort et soutenu pour le faire. Alors là, oui, la guerre à l'Occident sera enfin effective (elle est déjà déclarée) pour le plus grand malheur des peuples et de l'Humanité. Deux cas de figure se profilent alors: soit les UC sont majoritaires et imposent leur idéologie anti-démocratique diplomatiquement dans les instances supra-nationales (ONU et dérivés), soit les UC se sentent surpuissants et établissent un nouvel ordre mondial par la force. La carte ci-dessous est suffisamment éloquente pour montrer les forces en puissance dans les deux camps. La lutte pro- et anti- démocratie n'est autre qu'une lutte pays riches vs pays pauvres.



*******

(tiré du site visualcapitalist.com)

Cette première carte n'est pas imaginaire, elle se base sur le classement annuel des démocraties du magazine The economist (web).

On peut retrouver l'évolution de l'indice démocratique dans le monde sur le site Atlasocio.com et pour 2021, lire le rapport État de la démocratie dans le monde en 2021. Renforcer la résilience en temps de pandémie édité par l'IDEA (web).

Mais l'important, c'est que la situation n'est pas encore irréversible. Si la lutte contre la démocratie libérale est effective (et nous l'assimilons abusivement à une Troisième Guerre mondiale par pure provocation), il est possible pour les pays de l'Empire de renforcer la démocratie libérale dans le monde en faisant marche arrière et donc, en investissant massivement dans le développement, la santé et l'éducation des pays d'Afrique. En renforçant les démocratie du Sénégal, du Nigéria, de l'Angola par exemple, et en offrant une avenir à la jeunesse africaine (par une amélioration substantielle de l'Enseignement supérieur dont nous avons montré le rejet par l'Empire dans notre état des lieux), les pays anti-démocratique perdront du terrain. Le problème majeur dans l'investissement occidental dans les pays africains, c'est généralement que l'argent ne parvient pas à la population, ponctionné qu'il est par les dirigeants, les politiques et autres administrateurs. Il a été montré que si on donne 10 millions pour un projet, quasiment rien ne parvient à destination. Alors que si l'on donne 10'000 dollars, la quasi totalité parvient à la population. Donc, à l'exception des infrastructures de taille et les aides économiques étatiques, l'aide de l'Empire doit se focaliser sur les associations locales subventionnées avec des sommes de faibles montant (moins de 100'000 dollars), afin que l'argent soit réellement utilisé ce pour quoi il a été donné. Par ailleurs, au lieu de fermer l'Afrique au monde de la recherche scientifique, l'Empire doit impérativement l'ouvrir en mettant en place des collaborations inter-universitaires, en développant les échanges de chercheurs (pas uniquement des pays pauvres vers les pays riches, mais l'inverse), en soutenant des laboratoires de recherche en Afrique. Les compétences sont là. Simplement elles ne sont ni formées ni exploitées correctement. Exemple simple de soutien utile: un étudiant qui obtient une bourse pour étudier en Angleterre ou au Canada, doit, à la fin de ses études, obligatoirement revenir travailler durant 3 ou 5 ans dans son pays d'origine. Après, il est libre de travailler où il veut. Mais cela obligerait l'élite de la recherche à s'impliquer dans le développement de son propre pays, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui. Pour preuve, les rares Prix Nobel africain (hors littérature ou pour la Paix) vivent et travaillent aux USA ou au Royaume-Unis.

Développons l'éducation et modernisons les pays africains, et la démocratie libérale connaîtra de beaux lendemains. Laissons l'Afrique de côté et, sans doute aucun possible, la démocratie se mourra, laissant place à l'idéologie fasciste, violente, raciste, inégalitaire, liberticide.



Christophe Chazalon

Genève, le 15/09/2022, revu et augmenté le 23/09/2022

*******

Carpe diem, quam minimum credula postero!

Star Wars: la menace fantôme, début de la saga futuriste, est une fantaisie humaine, mais remplacez Naboo par Taïwan, la Férération du commerce par la République populaire de Chine, le congrès de la République par l'ONU, et peut-être apercevrez-vous que dans notre univers, il n'y a pas de Jedi! Have Fun!



Visiteurs, merci de votre confiance!

Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - août 2022
(fréquence moyenne - 393 visiteurs uniques par jour)
Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - juillet 2022
(fréquence moyenne - 342 visiteurs uniques par jour)
Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - juin 2022
(fréquence moyenne - 317 visiteurs uniques par jour)
Vue de Paul Santo Antao

Nouveauté

Amílcar Spencer Lopes

Páginas de um tempo pretérito

Praia: Livraria Pedro Cardoso

2022

Nouveauté

Rocca Vera Cruz

Crónicas de Mindelo

Mindelo: Ed. do autor

2022

Nouveauté

Ana Paula BETTENCOURT

Desafios de um director do protocolo...

s.l.: s.n.

2022

Nouveauté

Arnaldo França, uma obra conversável...

Luanda (Angola): Acacias Editora

2022

Nouveauté

André MONTEIRO SILVA

Recados de amor...

s.l.: s.n.

2022

Nouveauté

Manuel BRITO-SEMEDO

Falucho
Funchal: Rosa de Porcelana
2022

Nouveauté

José Luis TAVARES

É ka lobu ki fase
s.l.: s.n.
2022

Nouveauté

Hans-Peter HEILMAIR

Crioulo e português em Cabo Verde: um repto entre diluição e afirmação
Funchal: Rosa de Porcelana
2022

Nouveauté

Elisa ALBERANI

A obra de Sérgio Frusoni atravès da leitura crítica de Corsino Fortes
Funchal: Rosa de Porcelana
2022

Nouveauté

Andreia MOSSO

Júlia: romance
Praia: s.n.
2022

Nouveauté

Mario LUCIO SOUSA

A última lua de homem grande
Lisboa: Dom Quixote
2022

Nouveauté

Jorge MONTEZINHO

Dos TACV à CVA: altos e baixos, reestruturações e pandemia
Praia: s.n.
2022

Nouveauté

Vera DUARTE

Urdindo palavras no silêncio dos dias
Praia: ACV
2022

Nouveauté

Nélida CABRAL

Eficácia e transparência da regulação farmacêutica em Cabo Verde
Lisbon: Lisbon International Press
2022

Nouveauté

João Lopes da SILVA

A criação do cavalo em Cabo Verde
s.l.: Ed. do autor
2022

Nouveauté

Manuel VEIGA

Katikati pa Gran Bira Spiga
Praia: Acacias Editor
2022

Nouveauté

Jorge TOLENTINO

Teixeira de Sousa, um ilhéu de causas
(Praia): Revista
2022

Nouveauté

Lena MARCAL / Joana NOGUEIRA (ed.)

Mulheres e seus destinos (II)
Praia: s.n.
2022

Nouveauté

Daniel Silves FERREIRA

A causa de Tobias Seleiro
Praia: Edições Vírgula
10/2021

LIENS

Partez à la découverte de nos autres sites web:

Et tant d'autres liens sont encore à découvrir au fil des pages de ce site.

Google Analytics

Google Analytics est un service utilisé sur notre site Web qui permet de suivre, de signaler le trafic et de mesurer la manière dont les utilisateurs interagissent avec le contenu de notre site Web afin de l’améliorer et de fournir de meilleurs services.

Facebook

Notre site Web vous permet d’aimer ou de partager son contenu sur le réseau social Facebook. En l'utilisant, vous acceptez les règles de confidentialité de Facebook: https://www.facebook.com/policy/cookies/

Twitter

Les tweets intégrés et les services de partage de Twitter sont utilisés sur notre site Web. En activant et utilisant ceux-ci, vous acceptez la politique de confidentialité de Twitter: https://help.twitter.com/fr/rules-and-policies/twitter-cookies