Post it 2024

Avertissement

Cette section comprend tous nos post it rédigés en 2024, plus ou moins dans l'ordre chronologique, en fonction de ceux restés plus longtemps sur la page d'accueil.

Bonne lecture!

Christophe Chazalon

Cabo Verde: quand l'inculture paysanne devient un danger pour la biodiversité (2023)

Ce 29 janvier 2024, qu'elle n'est pas notre surprise en lisant l'article de Carina David, "Reportagem / São Vicente: agricultores do Calhau pedem fim da espécie acácia por absorver a água para cultivo", publié en ligne sur le site d'Inforpress.  (web) Ce reportage montre à quel point la bêtise humaine peut être grande (et dangereuse) faute à une absence d'éducation scientifique.

"O apelo foi lançado à Inforpress por um dos mais antigos agricultores do vale do Calhau António Fortes, que afirmou que a multiplicação dessas espécies tem preocupado os agricultores porque, além de consumir muita água, servem de ninho para albergar pragas como gafanhoto, que dizimam o cultivo." 

En une phrase, la messe est dite et nous rappelle le massacre du Kantõ du 1er septembre 1923, au Japon. Au lendemain d'un fort séisme de 7,9 sur l'échelle de Richter qui fit 105'000 morts, la panique s'empare des habitants et se transforme en un épisode d'une rare violence, soutenu par les autorités. Des centaines de Coréen(ne)s sont massacrés à l'aide de râteaux d'acier, de pioches, de lances de bambou, de sabres, juste parce qu'ils/elles sont Coréen(ne)s. (web)
Le vieil agriculteur de Calhau ne fait pas mieux avec ses idées préconçues et fallacieuses.

Non! Les acacias ne prennent pas les 2/3 de l'eau souterraine en laissant le tiers restant à l'agriculture. C'est une croyance populaire stupide qui m'avait déjà choqué durant ma résidence au Cabo Verde. Les arbres sont en fait d'incroyables régulateurs et réparateurs des écosystèmes. Ils sont tellement puissant qu'ils sont capables de transformer un micro climat. Au Cabo Verde, si vous allez en montagne du côté de Corda, sur l'île de Santo Antão, où prolifèrent les conifères à la suite d'une vague de plantation massive voulue par le Gouvernement de l'époque, vous vous apercevrez d'un phénomène étrange. La zone se trouve être juste celle des nuages et si vous regardez le sol, le goudron de la route, le ciment des murets, vous verrez que là où il y a un conifère qui croît, la zone est humide, et juste à côté, là où les ramures de l'arbre ne recouvrent pas le sol, tout est sec. Mais vous trouverez nombre de paysans de la montagne pour vous expliquer que les arbres prennent l'eau nécessaire à leur culture et qu'il faut les couper. Cherchez l'erreur.
Les paysans de Calhau font de même. Leur approche, qui n'a rien de scientifique, tout juste empirique, est simple: il n'y a pas d'eau à disposition car la sécheresse perdure, mais les acacias ne meurent pas, voire prolifèrent. Donc les acacias pompent l'eau au détriment du reste des plantes. CQFD ! Et en utilisant la méthode Coué, comme notre paysan de la vidéo Inforpress ci-dessus, "acácia seca aguá, ma acácia seca aguá, ma acacia seca aguá..."
Savent-ils nos bons paysans cultivateurs à la culture limitée simplement comment fonctionne un arbre? Un graine dans la terre germe, une feuille apparaît, puis une autre, puis une tige, puis tout ça grandit et hop, un arbrisseau, et hop, un arbuste, et hop un arbre si une chèvre n'est pas venue se repaître entre temps. Et puis les arbres, souvenirs lointains d'école, y a de la chlorophylle et ça fait de la photosynthèse. Et puis les feuilles tombent, enfin pour les caduques, les sapins, eux, ça tombe pas. Et puis encore... euh!... Silence.
Un arbre c'est bien plus que cela. C'est une ingénierie incroyable dont ignore encore grand nombre d'action et qui peut vivre des milliers d'années (un des plus vieux connus à... 9'500 ans). Un arbre, ça transforme l'énergie du soleil en sucre (la fameuse photosynthèse). Un arbre, c'est une pompe à eau prodigieuse, un peu comme le système sanguin humain, sauf que si chez l'homme la pompe est le coeur, chez l'arbre, eh bien, on n'en sait rien. Certains parlent de pression et de capillarité, mais d'autres réfutent. On cherche encore. Un arbre peu remonter "200 litres d'eau par jour et ceci à une hauteur de 30 ou 40m" (web) Mais plus qu'une pompe, un arbre c'est un régulateur d'eau de l'écosystème environnant. Très peu de gens le savent, mais un arbre fait des réserves d'eau (les Baobab sont des génies en la matière) afin d'en avoir en suffisance. Plus le milieu est aride et sec, plus ils sont parcimonieux. Un peu comme les humains: les riches Américains ou Européens consomment et gaspillent s'en compter, alors que les peuples du Sud, comme les Cabo-Verdiens, utilisent au maximum ce qu'ils ont à disposition (enfin les anciennes générations et les plus pauvres,... le monde change). Le stock se fait dès que de l'eau est à disposition, mais une fois ce stock fait, l'arbre s'arrête de puiser autour de lui. Au contraire même, il redistribue. La symbiose avec les champignons est un autre élément fascinant. Il y a de multiples échanges qui se font entre l'arbre et les champignons qui décident de se développer avec lui. Les champignons se font même la guerre entre eux. Mais les champignons peuvent aussi être un danger si l'arbre est blessé, en l'attaquant au plus profond du bois. Donc tout cela est un équilibre. Dire comme les cultivateurs de Calhau que les arbres prennent toute l'eau ou presque est donc une imbécillité du monde paysan qui parle sans savoir ("ma acacia seca aguâ", pas vrai?), qui imagine beaucoup et qui en fin de compte nuit par son action à la biodiversité et aux écosystèmes locaux. Tout cela parce qu'ils sont mal informés, ils sont livrés à eux-mêmes, ils ne sont pas aidés. Ce n'est pas tant l'ignorance des paysans qui est à blâmer, mais bien plutôt le manque de considération dont ils font l'objet.

En fait, si on revient à nos acacias de la discorde, il en existe plusieurs variétés et en plus, il y a les "vrais" et les "faux" acacias. Tous ont des propriétés intrinsèques. Mais à la lecture de travaux scientifiques, on s'aperçoit que généralement les acacias sont positifs pour les écosystèmes en milieu désertique. C'est d'ailleurs pourquoi ils ont été choisis au Cabo Verde, juste au cas où pour notre cher M. Fortes ! Il suffit de lire le rapport de la FAO (web) qui décrit les différents types d'acacias et les choix qu'on peut opérer en fonction du type d'habitat et de ce que l'on veut en faire. Bien sûr si vous voulez cultiver sous un acacias, peu de chose poussera, parce que les ramures  auront invité l'eau à couler par le tronc en protégeant le sol, et l'arbre aura puisé cette eau tout autour du tronc et aussi loin que portent ses racines. et aussi parce que les acacias produise des substances chimiques qui empêchent les autres plantes de pousser, tout comme les conifères. Sont-ils nuisibles pour autant? Absolument pas. Malheureusement leur travail n'est pas visible à l'oeil nu de paysan. Mais, avec l'aide des champignons, il y a une véritable distribution des énergies et matière au niveau du sol qui profite à toute la végétation alentours. Il serait trop long ici de donner un cours de botanique, même si ce serait une excellente chose, plus qu'utiles. On renvoie à l'un des meilleurs livres que nous ayons lu ces dernières années: Peter WOHLLEBEN (2015), La vie secrète des arbres, ce qu'ils ressentent, comment ils communiquent, Paris: Éditions Les Arènes, 12/2018, 261 p. C'est un livre facile à lire, facile à comprendre, simple et généreux, en un mot "passionnant", et c'est d'ailleurs pourquoi ce livre est un best seller

Quoi qu'il en soit, la particularité première des acacias est qu'ils résistent extrêmement bien à la chaleur et pour ce faire, ils ont des racines qui plongent profondément. En cela M. Fortes a raison. Mais comme le conclut Frederic Do et al. pour l'Acacia tortilis, non seulement "son fonctionnement permet une production de feuillage et de gousses précieuses pour l'alimentation du bétail en saison sèche et laisse supposer une faible compétition avec la strate herbacée en saison des pluie", mais en plus "trois éléments fondamentaux d'adaptation sont à retenir: des prélèvement hydriques profonds, une consommation en eau particulièrement faible et une certaine optimisation du rapport assimilation photosynthétique / transpiration, puisque les échanges gazeux foliaires les plus importants se réalisent dans les saisons où les pertes potentielles en eau sont les plus faibles."  (web) On est donc très loin de la vision des "agriculteurs" de Calhau, n'est-il pas?

L'Acacia radiana (sous variété du tortilis) est aussi un petit miracle végétal. Édouard Le Floch'h et M. Grouzis montre que c'est un arbre des zones arides à usages multiples.  Il sert de bois de chauffe, à l'alimentation animale et humaine aussi en temps de disette, ainsi qu'à l'artisanat, voire de plantes médicinales cicatrisantes. Les conclusions d'une de leurs études sont:

  • "la relative facilité de multiplication de ce taxon, dont le taux de survie au Sahel a été évalué à 44%, ce qui constitue un taux de survie supérieur à celui des autres espèces exotiques et indigènes;
  • ses particularités adaptatives aux conditions sèches: longueur du système racinaire, réduction des besoins en eau du fait de la faible surface foliaire, fonctionnement hydrique." (web)
Ah, mais suis-je bête, comment est-ce possible alors que les acacias du Cabo Verde pompent 2/3 de l'eau disponible? 
Au contraire des blablablas du vieil agriculteur qui ne croit que ce qu'il voit et estime être le Vrai, en octobre 1994, Annie Bouguerra proposait un article sur les Acacia albida, ces "arbre miracle du Sahel", intitulé "Les acacias du Sahel, un espoir pour l'agriculture". (web) "Mais non? C'est n'importe quoi? Les acacias, il faut les couper, ça sert à rien, ça épuise les réserves d'eau et empêche l'agriculture de prospérer. Elle y connaît rien la Bouguerra. Peut-être parce que c'est une femme?", dixit les vieux paysans du Calhau cabo-verdien. Ils le savent bien, eux, et puis, l'agriculture, c'est une histoire d'homme. Les femmes, c'est bon pour la vente, ça n'y connaît rien aux cultures.
Bon, ben, je sais pas moi. Qui croire? Les populistes de l'agriculture ou les scientifiques de l'ORSTOM de Dakar qui ont révélé l'existence, autour des racine de ces Acacias albida, d'importantes populations de bactéries symbiotiques fixatrices d'azote, et ce jusqu'à 35m de profondeur! Plus encore, les mêmes scientifiques et ceux de l'INRA de Dijon et du laboratoire de phytonique de l'Université d'Angers, "ont mis en évidence une autre forme de symbiose: les mycorhizes, qui résultent de l'association entre les champignons vivant dans le sol et les racines des plantes. Chez l'acacia, cette symbiose existe depuis le niveau superficiel du sol jusqu'aux nappes phréatiques profondes; cette extension exceptionnelle est une nouveauté" et un gain appréciable. Certes, les mycorhizes, ça parle pas à M. Fortes et consors. Les champignons, c'est mauvais, ça moisit, faut employer des fongicides et c'est cher. Et puis, il peut pas y en avoir, car les champignons ça a besoin d'eau et les acacias, ça pompe toute l'eau... On adore la culture populaire !
Juste pour conclure avec Annie Bouguerra, elle précise:" Les mycorhizes associées à l'acacia possèdent donc une grande aptitude à restaurer la végétation des sols appauvris". Mais pour M. Fortes, les acacias... FAUT LES COUPER, point ! Lui, IL SAIT ! Il le voit bien, il n'y a plus d'eau dans le puits...

L'Acacia senegal dont on connaît 4 variétés est très présent au Sahel... Ah oui! J'ai oublié de préciser depuis le début que le Cabo Verde fait parti du Sahel. (web) Il en a le climat aride et sec... L'exsudat (la sève si vous voulez) de cet Acacia senegal est aussi la principale source de gomme arabique dont on se sert pour le collage des étiquettes, des enveloppes ou des timbres, voire du papier à rouler pour les fumeurs, même si fumer est dangereux pour la santé. (web)
Ce que note de son côté Daphna Uni et son équipe, c'est la grande adaptabilité stratégique des acacias pour leur utilisation de l'eau, qui dépend de leur milieu.  web) Certains genres, tels l'Acacia nilotica ou le Prosopis pallida, sont capables de s'adapter même à de l'eau salée.  web).

On ne peut malheureusement décrire plus en détail l'absurdité des propos des "agriculteurs monsantoesques" de Calhau. Mais on peut trouver une première liste succincte des variétés répertoriées au Cabo Verde ("Lista de taxa exótico naturalizados em Cabo Verde") dans le mémoire de maîtrise de Cláudia Maria de Barros Fernandes, Flora exótica de Cabo Verde: avaliação e impactos nos ecossistemas naturais, utilizando sistemas de informação geográfica (2008, Lisboa: Universidade de Lisboa, p. 69-108)
Pour l'île de São Vicente, elle mentionne, en matière d'acacias, les Acacia farnesiana (L.) Wild (appelés localement "ácacia-esponja") et des Acacia nilotica (L.) Wild. ex. Del. subsp. indica (Benth.) Brenan (appelés localement "ácacia" ou "espinheiro-preto"). Et puis, on trouve aussi, ce que les locaux appellent "acacia", à savoir:

  •  des Parkinsonia aculeata L. (aussi appelé "acacia-espinheiro), pour utilisation fourragère ou alimentaire, ou encore la silviculture
  • des Leucaena leucocephala (Lam.) De Wit, pour utilisation médicinale et fourragère
  • des Prosopis juliflora (Sw.) DC. (aussi appelé "ácacia americana") pour utilisation économique (bois) et reforestation
Pour une liste plus complète et une étude plus scientifique, il faut se reporter au travail de Maria Cristina Duarte et al. qui ont publié, tout récemment,  dans la revue Plants, un article intitulé "Diversity of useful plants in Cabo Verde Islands: a biogeographic and conservation perspective" (vol. 11, n° 10 (2022) - web)). L'équipe a identifié "518 useful taxa, of wich 145 are native, 38 endemic and 44 endangered". Mais plus encore, le constat est que la biodiversité du Cabo Verde est menacée par les activités qui répondent aux besoins humains. Donc, en fait, il faut trouver un équilibre entre la suppression des arbres qui empêchent les agriculteurs de gagner leur vie et la suppression des agriculteurs qui empêchent la Nature de rétablir une biodiversité utile et nécessaire, autrement dit un équilibre viable.
Considérons les acacias. L'étude répertorie les variétés suivantes:

  • Acacia caboverdeana (appelé couramment "espinheiro-branco" et les fruits neu-neu"). Il sert au fourrage, au bois de chauffe et de matériel utilitaire.
  • Sesbania pachycarpa (appelé couramment "acácia-sizinanthe", "sesinanthe" ou "ticorne-se"). Il sert au fourrage.
  • Vachellia nilotica subsp. adstringens (appelé couramment "acácia"). Il est mellifère et sert de plante ornemental et pour un usage environnemental.
  • Acacia bivenosa, pour un usage environnemental.
  • Acacia brachystachya, pour un usage environnemental.
  • Acacia cyclops, pour un usage environnemental.
  • Acacia holosericea (appelé couramment "alosericia" ou "oredjona"). Mellifère, il a aussi un usage environnemental.
  • Acacia longifolia, pour un usage environnemental.
  • Acacia mearnsii, pour un usage environnemental.
  • Acacia pycnantha, pour un usage environnemental.
  • Acacia salicina, pour un usage environnemental
  • Acacia saligna, pour un usage environnemental.
  • Acacia victoriae, pour un usage environnemental.
  • Delonix regia (appelé couramment "acácia-rubra"). Mellifère, il est surtout ornemental.
  • Leucaena leucocephala (appelé couramment "acácia", "acácia-leucena", "linhaça", "linhacho" ou encore "sementinha-da-terra"). Mellifère, il sert de bois de chauffe.
  • Parkinsonia aculeata (appelé couramment "acácia", "acácia-espinheiro", "acácia-martins" ou encore "espinho-branco"). Mellifère, il sert de bois de chauffe et pour un usage environnemental.
  • Prosopis juliflora (appelé couramment "acácia-americana" ou "algaroba"). Mellifère, il sert de bois de chauffe, ou à usage ornemental ou environnemental.
  • Vachellia farnesiana (appelé couramment "acácia-esponja", "aroma", "espinheiro-branco" ou "espinheiro-preto", "espinho-branco" ou "espinho-preto", "esponjeira", "imbulda" ou enfin "perfume"). Mellifère, il sert pour un usage ornemental ou environnemental, voire pour du matériel.
  • Vachellia nilotica subsp. indica (appelé couramment "acácia", "espinheira", "espinheiro-preto" ou "espinho-preto"). Il a le même usage que le Vachellia farnesiana, mais sert aussi de bois de chauffe ou de fourrage.
  • Moringa oleifera (appelé couramment "acácia-blanco", "acácia-branca" ou "moringa"). Il sert de nourriture, de bois de chauffe, pour du matériel ou à usage ornemental.
L'acacia apparaît comme le genre le plus diversifié au Cabo Verde (avec même une variété endémique, était-elle là avant ou après nos agriculteurs?) et c'est aussi le genre le plus présent (avec 11 taxons).

Bon d'accord, on est un peu dur avec les agriculteurs de Calhau qui veulent juste défendre leur moyen d'existence et faute d'aide de l'administration concernée (le MAA) et du Gouvernement, cherchent un bouc-émissaire parfait, trouvé en la personne de M. Acacia, et ce même s'ils sont incapables de préciser quel genre d'acacia(s), un peu comme les racistes français parlent des "musulmans" ou des "arabes", mélangeant tout. Pour eux, un "musulman" a obligatoirement une tête d'arabe, même si le pays à plus forte population musulmane est l'Indonésie qui, sauf erreur de ma part, n'a rien d'arabe à par peut-être sur Twitter-X. Et inversement, un "arabe" est forcément musulman, même s'il existe des habitants originaires du Maghreb ou du Moyen-Orient qui sont chrétiens (catholiques, protestants, orthodoxes, coptes...), voire juifs. Wiki nous apprend que "Les chrétiens arabes sont estimés entre 900'000 et 1'630'000 en Syrie, 1'640'000 à 3'500'000 au Liban, 140'000 à 152'000 en Jordanie, 7'500'000 à 8'000'000 en Égypte, 636'000 en Irak, 133'130 en Israël et 50'000 en Palestine." (web) Voilà qui ne fait pas l'affaire des racistes et quoi de plus naturel, dans ce cas, de nier ou d'ignorer.
Nos agriculteurs cabo-verdiens font un peu de même avec les acacias. Les acacias poussent, perdurent, ne semblent pas souffrir terriblement du manque d'eau, cette eau qui manque car il ne pleut pas ou peu depuis plusieurs années, et que l'eau de pluie, comme le signale le jeune agriculteur de la vidéo Inforpress, n'est pas retenue faute d'infrastructures. Comment dès lors, l'acacia ne pourraient-ils pas être coupables? Nos agriculteurs ne se rendent pas compte que le taux d'humidité au Cabo Verde est généralement autour des 90% (c'est donc un archipel entouré... d'eau, même si elle est salée) et que si eux ne savent que faire de cette humidité ambiante, les arbres, eux, le savent très bien. Eh oui!

Conclusion et solutions
Tout d'abord, on ne peut pas en vouloir totalement aux agriculteurs de Calhau, même si leurs propos sont extrêmement énervants et sans fondement. Ils font avec ce qu'ils ont et ce n'est, pour sûr, pas beaucoup. En revanche, ce qui est sûr et certain, c'est qu'ils ont besoin d'aide, de conseils, de formations, mais personne ne leur accorde d'attention. Ni les politiques, ni les scientifiques, ni les ONG...
Ensuite (et peut-être surtout), il faudrait aussi apprendre aux journalistes cabo-verdien(ne)s a mieux faire leur travail de journaliste. Ca veut dire que lorsqu'ils/elles font leur reportage, leurs interviews, il faut qu'ils/elles préparent leur sujet en profondeur, qu'ils/elles fassent un minimum de recherche sur le sujet, et ne se contentent pas de présenter un micro et d'enregistrer autour d'un verre de grogue ou de soda. Pour ce bref post it, il nous aura fallu moins de 3h pour rédiger et chercher les infos pour compléter nos dires. Donc, ce genre de recherche est largement faisable par tout(e) diplômé(e) de l'enseignement supérieur. Or, dans son "reportage" fort dommageable, Carina David et Sidnea Newton se contentent de relater les propos des agriculteurs. Point. Il n'y a aucune mise en contexte précise, aucune analyse journalistique ou scientifique qui vient appuyer, infirmer ou confirmer les propos tenus. On est un peu sur un blog Facebook, ce qui est tout, sauf du journalisme. Quant au rédacteur ou la rédactrice en chef d'Inforpress qui a autorisé la publication de ce texte, que dire? Il/elle est encore moins qualifié(e) que nos deux apprenties journalistes. C'est le travail d'un rédacteur/trice en chef de demander plus, de guider, de faire aboutir un article ou un reportage. Là, on a une sorte de "micro-trottoir" pour réseaux sociaux et encore, le texte est trop long, donc même pour les réseaux sociaux ce "reportage" est mauvais.

Enfin, outre le fait que le Gouvernement doit aider les agriculteurs au plus vite pour tendre le plus possible vers la souveraineté alimentaire (même si le Cabo Verde ne peut l'atteindre en l'état actuel), il doit aussi les former, du moins les jeunes générations. En fin de son ouvrage Utopies réalistes, Rutger Bregman prenait conscience des limites de sa vision en expliquant que lorsque l'on croit en quelque chose (un dieu, une idée politique, un fait scientifique (la terre est plate)...), on finit par se persuader que C'EST la vérité (genre "acacia seca aguà!") et tout argument qui va à l'encontre est réfuté ou ignoré. L'humain ne parvient pas à ce stade à se remettre en cause. Donc les agriculteurs d'un certain âge penseront toujours que les arbres sont néfastes à l'agriculture, alors que c'est tout l'inverse, et on ne pourra rien y changer. C'est leur vision, plus profondément enracinée que les acacias du Cabo Verde. De même, ils continueront jusqu'à leur mort a planter sur une terre totalement nue pour éviter que les "mauvaises herbes" (les pousses d'acacia par exemple) ne prennent l'eau et les nutriments et empêchent le bon résultat de leur récolte. Or, on sait aujourd'hui que pour que le sol soit sain et riche, il ne faut jamais le laisser à nu, jamais. Il faut le pailler ou le recouvrir de tel sorte que l'humidité s'évapore le moins possible. Les "mauvaises herbes" ne pourront pas pousser aussi vite que les plants et seront fragilisés. Les organismes vivants sur et surtout dans la terre seront protégés, et les champignons, si utiles aux plantes dans un incroyable échange symbiotique, pourront se développer et entreprendre des alliances utiles à tous. Sans oublier, enfin, la limitation importante de l'érosion et la latéralisation du sol, cause première des plantations des acacias au Cabo Verde.
Donc, pour les anciens qui le souhaiteraient, mais surtout pour les jeunes générations d'agriculteurs, le Gouvernement, à travers le MAA, doit absolument proposer des formations. Ces formations doivent être simples. Pas besoin d'un cours de botanique universitaire. Ce n'est pas là l'attente ni l'intérêt des agriculteurs. Mais des cours (des vidéos de 5 ou 10 min.) qui expliquent succinctement comment les plantes fonctionnent, comment la vie dans le sol fonctionne, comment l'eau est utilisée par les plantes, comment elle s'évapore et est redistribuée autour des arbres ou tout simplement "qu'est-ce qu'un arbre". On sait depuis peu que les forêts en bord de mer sont le maillon essentiel des forêts continentales. Pourquoi? Parce qu'elles démarrent le cycle de l'eau, elles créent une dynamique qui fait que l'eau peut aller de l'océan vers l'intérieur des terres. Supprimer les forêts côtières et les forêts intérieures sécheront et dépériront. C'est ce qui arrive en ce moment en Amazonie.
Ce sont ces informations dont ont besoin les agriculteurs d'aujourd'hui: comment cultiver avec le vivant environnant (plantes, animaux ou champignons), pas quelle quantité de pesticide ou de fongicide il faut au mètre carré ni à quelle profondeur retourner la terre. L'idéal serait, en fait, de ne pas retourner la terre, de cultiver avec un sol déjà habité de plantes et de profiter des insectes qui font un incroyable travail pour enrichir, aérer le sol.
Et puis surtout, le gouvernement doit faire en sorte de casser le patriarcat machiste qui fait qu'au Cabo Verde, ce sont les hommes qui cultivent. Qu'ils aillent s'occuper des enfants et faire la cuisine. On rigole bien sûr, ils en seraient incapables (et n'oseront jamais l'avouer). Mais les formations doivent aussi être destinées aux femmes qui doivent avoir un véritable accès à la terre, ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui. Dans tous les projets mis en place par le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva ces dernières années, on ne considère que les hommes. Ce sont les ONG qui, sur Santo Antão, font un travail auprès des femmes intéressées par l'agriculture ou la viticulture par exemple.  (web)
Il est temps de mettre fin au machisme latent, aux vieilles "coutumes" patriarcales surannées, pour enfin atteindre l'équilibre non de la parité, mais de l'équité. Que les femmes et les hommes puissent produire avec les mêmes moyens, les mêmes connaissances, si elles/ils en ont envie. Et alors la prospérité du Cabo Verde pourra être plus qu'un leurre, plus qu'un rêve, mais une réalité tangible.

Donc, pour en finir avec ce post it, non à l'abattage des acacias. Au contraire, le Gouvernement doit entreprendre d'urgence des campagnes d'arborisation sur chaque île, avec l'aide de la population. (web)
Donc oui, à la formation des agriculteurs, avec l'aide du Gouvernement, des scientifiques et des ONG.
Donc oui, à la formation urgente des journalistes, pour qu'ils offrent enfin une information digne de ce nom et pas du populisme en boîte pour réseaux sociaux !

Christophe Chazalon
Genève, le 30 janvier 2024
revu le 03 février 2024

Pé di Polon, le plus grand arbre du Cabo Verde sur Santiago

(photo Got2Globe - web)

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