Cabo Verde 2023

Avertissement

Cette section comprend tous nos post it rédigés en 2023, plus ou moins dans l'ordre chronologique, en fonction de ceux restés plus longtemps sur la page d'accueil.

Bonne lecture!

Christophe Chazalon

La propagande d'Electra va-t-elle tuer la liberté de la presse caboverdienne? (2023)


Une nouvelle année commence et nous avions projeté de traiter de l'histoire de Ponta do Sol, sur Santo Antaõ, en images, mais las! en ce 3 janvier 2023, les médias caboverdiens nous ont apporté un sujet bien plus consistant et problématique.

DONNÉES
En effet, le président du Conseil d'administration d'Electra, Luís Teixeira, a déclaré en conférence de presse que " le vol, la fraude énergétique et l'efficacité énergétique sont les principaux défis du secteur, avec des pertes totales de 3,5 % du budget de l'État (o furto, a fraude de energia e a eficiência energética são os principais desafios para o sector, com perdas totais de 3,5% do Orçamento do Estado)" (web), soit environ 2,8 milliões de contos (25,5 millions d'euros) par an. Selon lui, "les données pour 2021 indiquent que 112 gigawatts/heure d'énergie produite au Cabo Verde sont perdues chaque année, ce qui représente 25 % de perte nationale (os dados de 2021 apontam que 112 giga Watts/hora da energia produzida em Cabo Verde é dada como perdida todos os anos, o que representa 25% da perda nacional.)". 
Notons, un premier point problématique de la transmission de l'information ici par les médias locaux: s'agit-il réellement de "25% da perda nacional" ou serait-ce plutôt de "25% da produção nacional", les journalistes de l'agence de presse publique Inforpress s'étant trompés et les autres journalistes ayant simplement repris l'information sans réfléchir? S'il s'agit bien de la "perda nacional", on ne comprend pas bien ce que cette phrase veut dire. "112 gigawatts/heures perdues chaque année représenteraient 25% de la perte nationale"? Et qu'en est-il des 75% restant de la dite perte? Bref, passons!

Luís Teixeira précise encore deux points:

  • "Santiago contribue ici à 36% et Sal à environ 8%, soit un taux équivalent à celui qu'on trouve en Europe ou aux États-Unis (Santiago comparticipa aqui com 36% e no Sal ronda os 8%, número da Europa e Estados Unidos)".
  • Les 36% de perte sur Santiago doivent être modéré de 10% dus aux pertes techniques, ce qui signifie que la fraude et le vol représentent 26% sur l'île et que donc, "ces pertes additionnées sont supérieures à la production totale des îles de Santo Antão, São Vicente et São Nicolau (essas perdas somadas são mais do que a produção total das ilhas de Santo Antão, São Vicente e São Nicolau)". (web)
D'un autre côté, a-t-il soutenu, "la question de la lenteur de la justice est aussi "un grand défi", et de 2017 à 2022, 3'840 affaires pénales ont été déposées devant les tribunaux, 1'061 ont été jugées, 437 personnes ont été condamnées et 187 ont été acquittées, soit 2'779 procès sont en cours, ce qui représente 72 % (a questão da morosidade da justiça constitui “um grande desafio” também, sendo que de 2017 a 2022 deram entradas nos tribunais 3840 processos criminais, 1061 foram julgados, 437 pessoas foram condenadas e 187 absolvidos, ou seja, 2779 processos estão pendentes, o que representa 72%)". Nous y reviendrons.

Enfin, Luís Teixeira a ajouté qu'Electra travaille actuellement avec des mesures et des actions sur le terrain, investissant dans des technologies telles que les compteurs intelligents, les compteurs prépayés, améliorant ses magasins et réduisant la bureaucratie existante, mais il a reconnu que l'institution seule ne sera pas en mesure de relever ce défi (Adiantou que neste momento a Electra está a trabalhar com medidas e acções no terreno, a apostar nas tecnologias como contadores inteligentes, contadores pré-pagos, melhoria das suas lojas e diminuição da burocracia existente, mas reconheceu que sozinho a instituição não vai conseguir vencer esse desafio)".

ANALYSE
En décembre dernier, à la suite d'un article sur Electra paru sur Inforpress, on avait déjà résumé l'affaire et proposé une bibliographie du sujet (web). Mais les informations et explications données par Luís Teixeira nous poussent à réagir encore une fois non seulement sur la "politique" d'Electra, mais aussi sur l'attitude des médias caboverdiens.

Premier point: 26% de perte pour cause "de fraude et de vol"?
Tout d'abord, M. Teixeira donne des chiffres spectaculaires certes, mais très très incomplets. 3,5% du budget de l'État ou 25,5 millions d'euros annuels, c'est une somme conséquente. Mais comment comprendre ce qui se passe en n'ayant que 3 chiffres pour 9 îles habitées. Par exemple, la perte de 8% pour Sal semble être tout à fait normale. Comme M. Teixeira le fait remarquer lui-même, elle est comparable au taux de pertes en Europe ou aux USA. Pour les autres îles, on sait seulement que 26% des pertes "pour vol et fraude" sur Santiago correspondent à la somme de la production sur Santo Antão, São Vicente et São Nicolau. Car Luís Teixeira reconnaît un taux de pertes techniques de l'énergie produite à hauteur de 10% pour Santiago. On peut donc en conclure que les vols et fraudes d'électricité au Cabo Verde se situe pour l'essentiel sur l'île de Santiago et plus encore à Praia, la capitale, qui, rappelons-le, comprend la moitié de la population de l'archipel. Autrement dit, les pertes sur les autres îles seraient comparables à celles de Sal (environ 8%) et seraient pour l'essentiel des pertes techniques?
Petit calcul: 36% + 8% = 44%, donc pour les 7 autres îles reste 56% (et 56 divisé par 7 = 8%). Est-ce bien cela? Si oui, les chiffres annoncés par M. Teixeira sont beaucoup moins sensationnels. Mais si on joue encore un peu avec ces chiffres, qu'est-ce qui ressort: 8% x 8 îles = 64% (que l'on a définit comme des pertes techniques). Si on ajoute 10% des pertes techniques de Santiago, on obtient 74%. Donc, les pertes "pour fraude et vol", essentiellement à Santiago-Praia, représentent 26%. Ca a l'air un peu simpliste comme ça, mais en fait en y regardant de plus près, il semblerait au final que seul 6,6 millions d'euros de pertes annuelles supportées par Electra soient dues au problème de "fraude et vol", donc bien moins que les 3,5% du budget de l'État. Effet d'annonce, ploufff! Plus encore, cela veut dire que les 3/4 de l'énergie perdue annuellement l'est à cause de la mauvaise qualité des infrastructures et des matériels et non de "fraude et vol". Oops!
Mais sont-ce là les bons calculs? Faut-il prendre les chiffres avancés de 36% pour Santiago et 8% pour Sal pour une fraction de 100% globale ou une fraction de 100% local, autrement 36% de la production à Santiago et distinctement 8% de celle à Sal? Difficiles de le savoir considérant l'information transmise par Electra et par les médias. On l'a vu, la transmission des propos de Luís Teixeira par les journalistes n'est pas claire. Qui plus est, Electra aurait dû donner un graphique avec le pourcentage estimé de perte d'énergie globale pour chaque île et celui présumé pour cause "de fraude et vol" également pour chaque île. Ainsi il aurait été possible d'analyser et de critiquer les propos d'Electra. Et faute de l'intégralité de ces simples données, c'était le rôle des journalistes de poser la question, de demander ces informations et de les relayer au public. Or, ici, les médias n'ont fait que retransmettre les propos du président du Conseil d'administration d'Electra, sans se poser de question, sans faire leur travail de journaliste.

Deuxième point: Electra et sa dette à RTC et Cabo Verde Broadcast
On l'a écrit en décembre, Electra est sur-endettée. Le journal independant A nação titrait, le 6 décembre 2018 (n° 588, p. A17): "Empresas mais deficitárias do país: Electra diz que honra todos os pagamentos decorrente das atividades operacionais". Plus encore, deux semaines avant, Daniel Almeida faisait le bilan de la dette des entreprises d'État dans son article (n° 586, p. A4) "Passivos das empresas do Estado rondam os 50% do PIB: Electra e IFH ultrapassam TACV" (web). Plus récemment, le 30 avril 2022, Jorge Montezinho d'Expresso das ilhas, publiait un  article intitulé "ASA, ELECTRA et TACV responsables de 83% du résultat net négatif de la performance du secteur des entreprises de l'État en 2021 (ASA, ELECTRA e TACV responsáveis por 83% do resultado líquido negativo do desempenho do sector empresarial do Estado em 2021" (web)

Pour sûr, la perte annuelle d'énergie produite par Electra est tellement conséquente que l'entreprise peine à payer ses factures. Les impôts, c'est une chose. Electra est une entreprise d'État à hauteur de 75%. Mais le transfert à la RTC, soit la Radio televisão caboverdiana, c'en est une autre. Aujourd'hui, Inforpress proposait un autre article sur la conférence de presse des dirigeants d'Electra intitulé "Electra reprendra le transfert mensuel de la redevance audiovisuelle à RTC d'un montant de 20 mille contos (Electra vai retomar a transferência mensal da taxa audiovisual para a RTC no valor de 20 mil contos)" (web). Qu'est-ce à dire? En fait, Electra doit verser 20 mille contos (182'000 euros) à la RTC chaque mois, ainsi que 6 mille contos (54'500 euros) à Cabo Verde Broadcast, et ce, à titre de transfert de la redevance audiovisuelle. Or, ces sommes ne sont pas payées depuis des années, ce qui est un considérable manque à gagner pour l'État et les médias publics concernés.
Si on calcule un peu: 182'000 + 54'500 = 236'500 euros / mois, donc 2'838'000 euros annuels ou l'équivalent de 10% des pertes annuelles d'électricité produites par Electra.
Pour le président du Conseil d'administration d'Electra, une fois encore, la raison est toute trouvée et il a même des solutions. Ainsi, il "a expliqué que le scénario de crise, de pandémie et de guerre provoqué par l'invasion de l'Ukraine par la Russie a amené Electra à réduire le transfert mensuel du montant, qui reprendra en janvier de cette année, et le contexte est aujourd'hui celui de "considérable amélioration", avec une baisse des prix du carburant et des "signes d'amélioration" en termes de charges (explicou que o cenário de crise, pandemia e da guerra provocada pela invasão da Ucrânia pela Rússia fez com que a Electra reduzisse a transferência do montante mensalmente, que será retomada em Janeiro deste ano, sendo que o contexto hoje é de “melhoria considerável”, com redução dos preços dos combustíveis e de “sinais de melhoria” a nível de cobranças.)". 
Revenons un peu en arrière dans le temps: la pandémie de Covid-19 éclate en novembre 2019 en Chine (web) et l'invasion de l'Ukraine en février 2022 (web). Depuis quand ne sont pas rétribuées RTC et Cabo Verde Broadcast? 2019? Avant? Et puis, qu'annonçait Electra, avec le soutien de l'Agência reguladora multisectorial da economia (ARME), pour le 1er octobre 2021 déjà? Ah oui! une augmentation généralisée des tarifs de l'électricité de près de 35% (web). Oops! Boulette. En aurait-on trop dit? (web). Il semblerait que la dite augmentation ait eu un but particulier: celui de permettre de payer la dette RTC - Cabo Verde Broadcast. Merci au Gouvernement de finalement faire payer au peuple la dette due à la mauvaise gestion d'Electra!
Mais ce n'est pas tout. Là où les propos de Luís Teixeira sont amusants (car au final il vaut mieux en rire), c'est "qu'il n'a pas voulu avancer le montant de la dette, [mais] a souligné que "le plus important" est de garantir le transfert normal à partir de ce mois (que não quis adiantar o valor da dívida, sublinhou que “o mais importante” é garantir a transferência normal a partir deste mês)". On ne saura donc pas au final combien doit effectivement Electra à RTC et Cabo Verde Broadcast!

Plus encore, Inforpress nous apprend que Lourenço Lopes, secrétaire d'État adjoint du Premier ministre "était convaincu qu'à partir de maintenant l'entreprise [Electra] n'aura plus de problèmes de trésorerie, remplissant ainsi les engagements avec ses travailleurs, avec des tiers, mais aussi en faisant les investissements nécessaires à sa pérennité (mostrou-se convencido de que a partir de agora a empresa não terá problemas de tesouraria, cumprindo assim os compromissos com seus trabalhadores, com terceiros, mas também fazendo investimentos necessários para a sustentabilidade da mesma)".
Alors si le Gouvernement le dit, il faut le croire! Vous dites? 
Tout ceci est en fait un bel emfumage médiatique de la part de la direction d'Electra et du Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva qui souhaite vendre cette année l'entreprise au meilleur prix.

Troisième point: les contrats de partenariats d'Electra avec les médias privés
Nous avons mentionné ci-dessus des solutions trouvées par Luís Teixeira et son équipe. En mars 2022, Electra avait déjà passé un accord avec l'inspection des fraudes (IGAE) et la police nationale (PN) pour poursuivre les fraudeurs et voleurs d'électricité web). Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, la cause véritable de la conférence de presse de Luís Teixeira n'est pas la perte globale de 2,8 millions de contos. Ca, il l'avait déjà annoncé le 8 juin 2022 (web). La véritable raison de la conférence de presse est en fait la signature de contrats entre Electra et des médias privés, à savoir le journal caboverdien proche des milieux économiques et du MpD, Expresso das Ilhas, le journal online O país.cv et le réseau de chaînes brésilien TV Record. En échange d'un montant d'au moins 5'000 contos (45'500 euros, augmentable si les résultats sont là), sur une durée de 6 mois, ceux-ci s'engagent à assumer, je cite: "la responsabilité d'informer correctement les Caboverdiens sur la question à l'étude, les possibilités existantes et les difficultés, mais feront également circuler l'information de parti à parti afin qu'elle puisse être débattue en l'espace public (a responsabilidade de informar os cabo-verdianos de uma forma correta sobre a questão em análise, as possibilidades existentes e as dificuldades, mas também fazer circular a informação de parte a parte para que seja debatido no espaço público)". Plus que du charabia, tout ceci n'est autre que de la... PROPAGANDE.
Pour rappel, le dictionnaire Larousse définit la "propagande" comme suit:

"Action systématique exercée sur l'opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social" (web)

Lorsque des médias privés acceptent de l'argent pour diffuser de l'information fournie directement et spécifiquement par une entreprise, on se pose des questions sur l'éthique et la déontologie journalistique. Si cette information est déclaré clairement comme financée, les fameux "conteúdo patrocinado" que l'on retrouve dans Expresso das ilhas (web), l'acte est acceptable. Mais comment TV Record va promouvoir cette information et surtout signaler qu'elle a été payée par Electra pour être diffusée (un peu comme de la pub en somme)? 
En gros, ces nouveaux contrats signés entre Electra et les médias privés pose un sérieux problème d'étique, en particulier car ils mettent à mal la sacro-sainte "LIBERTÉ de la PRESSE"! Des journalistes d'Expresso das ilhas, Opais.cv et TV Record vont-ils analyser ces informations, les critiquer avant diffusion? Peu probable. Alors qui va en faire l'analyse et la critique? L'administration publique? Peu probable également considérant qu'Electra est une entreprise d'État. Les autres journalistes? Les spécialistes et autres experts? La société civile? Peu probable. Tout laisse à penser que l'information distillée par Electra à travers ces médias privés le sera de manière simple: sans aucun contrôle.
Or, on voit bien comment Electra communique. Prenons l'exemple des procès intentés en justice contre les fraudeurs et les voleurs d'électricité mentionnés ci-dessus: "de 2017 à 2022, 3'840 affaires pénales ont été déposées devant les tribunaux, 1'061 ont été jugées, 437 personnes ont été condamnées et 187 ont été acquittées, soit 2'779 procès sont en cours, ce qui représente 72 %". 1'061 affaires ont été jugées, soit. Mais 437 personnes condamnées + 187 acquittées, cela fait au total 624 personnes. Or, si on a une personne par affaire, il y a un manque de 1'061 affaires - 624 personnes! On le voit bien, encore une fois les chiffres avancés par Electra ne sont pas clairs, précis, complets. Electra noie le poisson et empêche une analyse critique de ses dires, celle-là même qui devrait ou aurait dû être faite par les journalistes d'Inforpress et d'Expressos das ilhas dont nous citons les articles dans ce post it. Rien! Le journalisme au Cabo Verde, et plus encore le journalisme d'investigation, celui qui fait mal car il critique et dénonce les dysfonctionnements du Gouvernement ou des entreprises est malade, pour ne pas dire moribond. Seul le journal indépendant A nação en fait encore, avec méthode et brio. Mais les difficultés financières actuelles de ce journal pourraient bien avoir raison de lui.

Bien sûr, des voix vont s'élever, dire que tout ceci n'est qu'élucubration, fantaisie, que tout va bien au Cabo Verde, que la presse fonctionne bien, qu'il n'y a rien à craindre d'Electra et de ses nouveaux contrats avec les médias privés.
Alors, nous, on n'est pas méchant, mais on peut simplement signaler un seul exemple pour éclaircir les idées des non voyants, dit propageurs de la propagande. Que titrait Expresso das ilhas ce même 3 janvier 2022 (article cité plus haut)?  Il titrait, je cite: "Furto de electricidade é equivalente à 3,5% do OE2023" (voir image ci-dessous), ce qui, en français se traduit par: "Le vol d'électricité est équivalent à 3,5% du Budget de l'État 2023". Maxi super oops! Et vlan dans les dents de l'éthique journalistique, car ce gros titre est... un pur mensonge (les plus indulgents invoqueront une "simple erreur" à n'en pas douter). Or, pour ce même sujet, l'agence de presse publique caboverdienne, Inforpress, titre elle: "Electra aponta perdas de electricidade na ordem de 3,5% do orçamento do Estado", ce qui se traduit par "Electra pointe des pertes d'électricité d'environ 3,5% du budget de l'Etat". Et dans les faits, Luís Teixeira a dit que les pertes annuelles globales d'électricité équivalent à 3,5% du budget de l'État, soit 25,5 millions d'euros. La seule mention de chiffre pour les fraudes et les vols touchait l'île de Sal, soit au final une estimation de 26% des pertes (globales ou locales, on ne sait pas trop). Ce n'est pas tout à fait la même chose M. André Amaral, journaliste d'Expresso das ilhas qui a mis l'article en ligne, non?

On le voit bien, la communication par les médias privés contre le vol et les fraudes d'électricité au Cabo Verde est un point délicat qui risque de mettre en péril la liberté de la presse et le 4e pouvoir si nécessaire à la bonne santé de la démocratie, celui qui "regroupe tous les moyens de communication qui peuvent servir de contre-pouvoir face aux trois pouvoirs incarnant l'État (pouvoir exécutif, législatif et judiciaire), en recourant au principe de protection des sources d'information des journalistes" (web). Le fait qu'Electra soit une entreprise d'État et que la communication de ses dirigeants soit pleinement soutenue par le Gouvernement n'augure rien de bon. En payant les médias privés, ceux-là ne font au final que promouvoir une propagande politique aux visées obscures, sans obstruction ni réflexion. Ils ne jouent, volontairement, plus le rôle qui est le leur, à savoir rendre l'information vérifiée et analysée accessible au peuple. Un dangereux précédent!

À bon entendeur! Tous nos meilleurs voeux pour cette nouvelle année!
Et promis, le prochain post it sera pour Ponta do Sol!

Christophe Chazalon / Genève, le 04/01/2023

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  • anonyme, "Furto de electricidade é equivalente à 3,5% do OE2022", Expresso das ilhas, 03/01/2023, en ligne  (web)
  • AV / AA, "Electra aponta perdas de electricidade na ordem de 3,5% do orçamento do Estado", Inforpress, 03/01/2023, en ligne  (web)
  • AV / AA, "Electra vai retomar a transferência mensal da taxa audiovisual para a RTC no valor de 20 mil contos", Inforpress, 03/01/2023, en ligne  (web)


Titre erroné (mensongé?) d'Expresso das ilhas (03/01/2023)

Cabo Verde: Dia dos heróis nacionais, les comiques sont de sortie (2023)


En ce 20 janvier 2023, Journée nationale des héros cabo-verdiens, l'illustre Amílcar Cabral, héros de l'Indépendance, grand intellectuel révolutionnaire, à l'opposé de l'indécrottable guérillero "Che" Guevara, est mis à l'honneur et pour cause, nul autre que lui, à part l'inénarrable Cesaria Évora, n'a tant porté le Cabo Verde et sa culture au dehors des frontières de l'archipel.

Cependant, à travers les éloges, les médias relatent quelques informations annexes et deux d'entre elles nous ont bien fait rigoler, car les comiques étaient de sortie aujourd'hui.

Commençons par le président de l'Assemblée nationale du Cabo Verde, Austelino Correia, membre du MpD, le parti au pouvoir. Le 18 janvier 2023, une étude de l'Afrosondagem / Afrobarometer révélait une "augmentation considérable de la corruption dans l'archipel (web). 25% des sondés estiment que la Police nationale est corrompue, devançant de peu la dite Assemblée nationale qui atteint les 24% (web). Bien entendu ces chiffres ne font pas les affaires du MpD ni du Gouvernement issu de ce parti, l'idée étant d'offrir la meilleure image possible du pays, surtout à l'international, et, à la veille des élections, au niveau national. Par contre ils font les choux gras du premier parti d'opposition, le PAICV, qui dès lors fustige le Gouvernement avec vigueur. 
Là où l'affaire est amusante, c'est lorsque Austelino Correia tente de désamorcer la "bombe". À l'occasion du Dia dos heróis nacionais, lors d'une allocution devant les médias, le président de l'Assemblée national prend note de l'étude de l'Afrobarometer, mais il en critique la lecture des données qu'il estime être "biaisée". Nous le citons pour mémoire, car cette approche restera sans nul doute dans les annales. 

"Il s'agit d'une étude naturelle, tranquille. Nous devons travailler sur cette étude. Mais cette étude avait une lecture légèrement biaisée de mon point de vue. À noter que l'institution qui arrive en première position dans la perception de la corruption est la Police Nationale, avec 26%. Cela signifie que 75% des Cabo-verdiens ne pensent pas que la police est corrompue.
L'Assemblée a 24 %, en deuxième position. Cela signifie que 76% des Cabo-verdiens n'ont pas la perception d'une Assemblée nationale corrompue."

Et de se demander "pourquoi lors de la divulgation des données, il n'a pas été choisi de dire que 76% des Cabo-verdiens ne considéraient pas que l'Assemblée nationale était corrompue, plutôt que de dire que c'est la deuxième institution la plus corrompue". (web)

Eh oui! L'important, au final, ce n'est pas qu'un quart de la population (soit 1 habitant sur 4) pense que l'Assemblée nationale est corrompue, ni qu'elle est la deuxième institution la plus corrompue du pays. L'important pour M. Correia, second représentant de l'État dans l'ordre de préséance, c'est que les trois quart des Cabo-verdiens ne pensent pas que l'Assemblée nationale soit corrompue, ce qui est pour notre illustre personnage un chiffre de bon aloi, suffisant, voire exemplaire, qui montre, à n'en pas douter, la fiabilité de l'Assemblée nationale et de ses députés élus par le peuple, pour le peuple.
Eh bien désolé, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, le fait que votre institution soit considérée comme la deuxième plus corrompue du pays est grave, tout autant que 25% des Cabo-verdiens se défie d'elle. C'est grave pour la démocratie, car cette défiance, associée à celle vis-à-vis de la police et pire encore de la justice, entraîne irrémédiablement la montée du populisme, la force des imbéciles. 100% d'avis positif est l'idéal, 90% serait acceptable, mais 75%, c'est déplorable et triste.
Mais si les principaux concernés sont fiers et contents de ce taux, alors que faire?

Pour clore ce point et être complet nous avons réalisé ce graphique concernant l'évolution du Cabo Verde dans le classement annuel de perception de la corruption réalisé par Transparency International, la référence en ce domaine (web), ainsi que celle du classement de la liberté de la presse réalisé par Reporter sans frontières (RSF) de 2006 à 2022. À noter, d'une part que le Cabo Verde n'apparaît dans le premier classement qu'à partir de 2007 et que d'autre part, le Mpd est au pouvoir à partir de 2016, remplaçant le PAICV qui gouvernait le pays depuis 2001.


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Le second personnage qui nous a fait sourire en ce jour solennel n'est autre que le président du Conseil d'administration de CV Interilhas, Jorge Maurício, qui défend l'augmentation du prix du billet passager (aller simple) du ferry reliant Mindelo (São Vicente) à Porto Novo (Santo Antão), considérant que le prix actuel de 800 escudos (un peu plus de 7 euros) est "RIDICULE". (web)
 
Pour bien comprendre la situation, il faut considérer les informations suivantes:

  • Le salaire minimum cabo-verdien est passé, au 1er janvier 2023, à 14'000 escudos/mois (127 euros; avant, il était de 13'000 escudos), pour 6 jours de travail, 8h par jour, soit environ 208h mensuelles. Ce qui fait environ 67 escudos de l'heure (0,60 euros/h).
  • La distance entre Porto Novo et Mindelo est de 17 km de mer, parcouru en un temps d'environ 45 minutes à 1h, suivant l'état de la mer et le ferry utilisé.
  • La ligne Porto Novo - Mindelo est la ligne inter-îles la plus rentable de l'archipel, si ce n'est pas la seule qui le soit. Le trafic y est considérable, ce d'autant plus que Santo Antão est une des deux îles avec Brava à ne pas comporter, à ce jour, un aéroport opérationnel. Donc tout le trafic qui relie l'île au reste du monde passe par... CV Interilhas. Peut-être faut-il le répéter: TOUT LE TRAFIC QUI RELIE SANTO ANTÃO PASSE PAR... CV Interilhas. Enfin, presque! Depuis quelques semaines l'ARMAS, un ferry concurrent 100% cabo-verdien, a obtenu l'autorisation de partager la ligne avec CV Interilhas. Un concurrence bénéfique pour les passagers, stimulant la "loi du marché", mais qui bien entendu ne fait pas les affaires de... CV Interilhas.
  • Les liaisons maritimes inter-îles connaissent des difficultés constantes (avaries, pannes de bateau, etc.) et ne sont pas fiables, ce qui a poussé le Gouvernement a renégocier le contrat de concession, à la suite des nombreuses plaintes de la population (web). Et plus encore, début septembre 2022, le Gouvernement a tout simplement refusé de valider les comptes 2021 de CV Interilhas. (web).

En résumé, que peut-on en conclure? Tout simplement ceci:

  1. Un billet passager "aller simple" entre Santo Antão et São Vicente représentent 800/67 = 12h de travail au salaire minimum, soit "un prix RIDICULE" pour le patron de CV Interilhas! Remarque: une personne de Ponta do Sol qui souhaite aller à Mindelo, doit payer 800 escudos pour l'aller-retour en aluger et 1'600 escudos pour l'aller-retour en ferry, soit 2'400 escudos (environ 22 euros), ou l'équivalent de 36h de travail au salaire minimum, soit 4 jours et demi. Cela fait un peu cher le déplacement, mais pour un habitant de Montetrigo, de Ribeira da Cruz ou de Cruzinha c'est encore plus cher!
  2. Le prix du kilomètre s'élève lui à 47 escudos (0,43 euro) pour un passage "aller simple".
  3. La gestion du transport inter îles par CV Interilhas est chaotique pour ne pas dire catastrophique et, à court terme, tout comme TACV ou Icelandair pour le transport inter îles aériens, il va tourner au fiasco.
Alors quel(s) argument(s) donne Jorge Mauricio pour sa défense? Tout simplement que l'augmentation du prix du carburant est une cause suffisante pour invoquer une augmentation de ce tarif RIDICULE qui n'a pas bougé depuis 2012, voire 2006 pour le fret, rejouant simplement la scène théâtrale de la compagnie d'électricité Electra, tout aussi en difficulté financière. La différence, cependant, c'est que Electra est détenu à 75% par l'État qui d'ailleurs veut la privatiser, alors que CV Interilhas, eh bien, c'est de la pure entreprise privée, régie par la loi du marché, encore elle.
Alors nous, pour être sérieux, on est allé vérifier, hein, pour voir ce qu'il en était de cette augmentation exorbitante et intenable du prix du carburant et on a trouvé ceci (voir graphique ci-dessous). D'après le site Statita.com, en 2006, le prix OPEP, en dollars US, du baril de Brent était de 61$ et en 2021, il était de... 80$? 100$? Plus encore? Eh bien non! En 2021, le prix du baril était de 69,72$. Une augmentation i-n-a-c-c-e-p-t-a-b-l-e!
Et si on considère le prix passager fixé en 2012, excusez du peu, le prix du même baril de Brent était en moyenne à... 109,45$... oui, oui, oui, soit près de 2 fois plus cher qu'en 2021. Oops! Cherchez l'erreur! C'était d'ailleurs l'année où le prix du baril était le plus élevé depuis 2006.
Maintenant, si on calcule la moyenne du prix du baril entre 2006 et 2021, on obtient un prix de 73,07$ / an.
Si on calcule la moyenne du prix du baril entre 2012 et 2021, on obtient un prix de 69,93$ / an. Donc, pour le prix du billet passager, en 2021, le prix du carburant correspond au prix moyen de 2012 à 2021. Pas vraiment d'augmentation.
Maintenant, le prix moyen du baril de Brent en 2022 est estimé à 99$ (web), ce qui nous donne un prix moyen de 2006 à 2022 de 74.6$ et pour 2012 à 2022 de 79.83$, pas de quoi, encore une fois, crier au scandale!

Alors, au final, on se pose la question de savoir ce qui est le plus ridicule entre le prix du billet "aller simple passager" Santo Antão - São Vicente et les propos de Jorge Mauricio sur l'absence d'augmentation du prix de ce même billet considérant la forte hausse du prix du carburant.
Chacun se fera son idée...

À bon entendeur! Vive les héros de la Nation!

Christophe Chazalon / Genève, le 20-21/01/2023

Le secrétaire général de l'ONU en visite sur Santo Antão (2023)

Publication postérieure:
  • JM / CP, "Santo Antão: Secretário-geral das Nações Unidas diz ter superado enormemente expectativas em relação à beleza da ilha", Inforpress, 22/01/2023, en ligne  (web)

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Eh oui! il existe des jours plus heureux que d'autres et aujourd'hui, dimanche 22 mai 2023, Santo Antão à l'honneur de recevoir la visite du Secrétaire général des Nations Unies, rien de moins que ça, à savoir M. António Guterres. Certes il s'agit d'une visite éclair agendée à la manière habituelle des chefs d'État sur moins de 24h, mais qu'elle bonheur pour une petite île perdue au milieu de l'océan Atlantique et pour ses habitants d'enfin apparaître dans le calendrier des éminents dirigeants de ce monde. L'un des plus beaux villages du monde, Fontainhas, n'y est sûrement pas pour rien, et c'est une excellente nouvelle.
On ne peut que souhaiter une excellente visite à M. Guterres, en espérant que, comme nous, il saura s'émerveiller devant les beautés naturelles et vivantes de Santo Antão, tout autant que de l'extrême gentillesse de sa population qui, à nous, nous  manque terriblement... saudade incrivel!

Belle journée à toutes et tous!
Christophe Chazalon / Genève, le 22/01/2023

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