Post it 2022

Avertissement

Cette section comprend tous nos post it rédigés en 2022, plus ou moins dans l'ordre chronologique, en fonction de ceux restés plus longtemps sur la page d'accueil.

Bonne lecture!

Christophe Chazalon

Germano Almeida: à quand le Prix Nobel de littérature? (2022)


En décembre 2011, nous découvrions l'archipel du Cabo Verde et sa merveilleuse île de Santo Antão, tout en y rencontrant celle avec qui nous vivons encore aujourd'hui.

En 2016, nous sommes venus résider et vivre sur Santo Antão, définitivement... jusqu'à ce que le Covid-19 s'en mêle. La Vie n'aime pas la routine du quotidien et nous l'a bien fait comprendre. Entre temps, nous avons commencé à collectionner des ouvrages de littérature cabo-verdienne (livres, journaux, revues, mémoires, thèses...) afin de constituer un fond devant servir de base à un Institut de culture cabo-verdien. Un projet qui a pris forme dans la théorie, mais dont la réalisation devra cependant patienter un peu. Les séquelles de la pandémie sont toujours bien présents.

En mai 2018, devant la difficulté à trouver non seulement l'information sur cette culture, mais plus encore une information correcte et vérifiée, nous nous sommes lancés dans la folle aventure de lirecapvert.org qui, bien qu'encore inachevé, connaît un véritable succès, preuve d'une attente et d'une demande forte de la part de divers publics.

En 2019, découvrant progressivement la littérature de l'archipel, nous est venu une idée lumineuse: pourquoi ne pas présenter Germano ALMEIDA comme candidat au Prix Nobel de littérature?

Nous avons étudié la question, nous basant sur la réglementation du Prix Nobel disponible en ligne (web), sur le site de l'Académie Nobel. Et là, malheureusement... IMPOSSIBLE! Pourquoi? Parce que le règlement est très clair. Seuls une Académie nationale de littérature, des professeur(e)s universitaires de littérature ou d'anciens nobélisés en littérature sont en droit de soumettre une candidature à l'Académie Nobel. Nous ne sommes rien de tout cela. Alors comment faire?

À l'époque,  dans le cadre d'un projet de revue cabo-verdiano-française, nous étions en contact avec l'écrivaine cabo-verdienne Vera DUARTE, membre de l'Académie cabo-verdienne des lettres (ACL) qui venait tout juste d'être fondée et donc, prenant notre courage à deux mains nous avons envoyé, le 02 janvier 2020, un courriel à Vera DUARTE, mais également au Président de la République d'alors, Jorge Carlos FONSECA (qui s'avère être aussi un écrivain membre de l'ACL), ainsi qu'à la professeure Arminda BRITO, présidente de la Faculté des sciences sociales, humaines et artistiques (FCSHA), de l'UNI-CV.

Le courriel disait en substance ceci: "... ce message à pour but de vous embarquer dans une nouvelle aventure cabo-verdienne, après le succès de la morna inscrite au patrimoine de l'UNESCO.  L'idée m'est venu l'année dernière, mais n'étant ni professeur, ni académicien, ni politicien de renommée, mais juste un docteur ès Lettres, auteur du lirecapvert.org, je n'ai pu aboutir tout seul. (...) En deux mots, je vous invite à soumettre la candidature de Germano Almeida à la nomination pour le prix Nobel de littérature 2020. (...) On pourrait aussi établir une liste, hors ACL, des personnes susceptibles de soutenir le projet, qui respectent la réglementation de l'Académie Nobel, à savoir les professeur(e)s universitaires, d'ancien Nobel, si vous en connaissez, des membres de l'Académie Nobel etc. Quoiqu'il en soit, j'espère que vous aurez plaisir à monter dans le bateau pour voguer vers la Scandinavie et je vous souhaite une excellente nouvelle année 2020 en attendant. Je l'ai affrété, mais ne peux en être le capitaine ni l'équipage. Aux autres de poursuivre...  "
Je transmettais également un argumentaire pour cette candidature (ci-dessous).


Et puis le temps a passé. Le Covid-19 aussi. Vera DUARTE nous écrivait que l'ACL rencontrait une double difficulté: celle de se réunir pour prendre les décisions opportunes et plus encore, l'ACL entrait bien dans le cadre des Académies nationales de littérature, mais elle devait au préalable se présenter à l'Académie Nobel pour être reconnue. Autre problème, aussi étonnant que cela puisse paraître LE plus célèbre des écrivains contemporains cabo-verdiens n'est pas membre de l'Académie cabo-verdienne des Lettres! Ce qui semblait gêner les académicien(ne)s (web).


Et le temps de continuer à passer. L'ACL retrouvait ses réunions, lançait de nouveaux projets, dont un Prix ACL - BAI (web), etc. Mais du côté de l'aventure ALMEIDA... qu'en est-il? Le site de l'ACL est inactif depuis sa création, lacunaire (aucun procès verbal n'est inséré malgré leur page dédiée), etc. Les conférences de presse et interviews se poursuivent dans les journaux locaux et sur le web, mais pas un mot du Nobel ni d'ALMEIDA.

Or, les Prix Nobel continuent leur activité et l'année dernière, Abdulrazak GURNAH, originaire de l'archipel de Zanzibar, en face des côtes tanzaniennes, a été primé. Un homme, un archipel, l'Afrique... Similitude certaine avec Germano ALMEIDA, donc un frein à la nomination en 2023. En effet, le règlement de l'Académie Nobel est clair: on présente les candidatures avant la fin janvier de l'année du Prix (voir schéma ci-dessous). Le mouvement quasi mondial pour la parité (le monde mulsulman le rejette et l'Asie fait semblant, ne reste que l'Empire et ses sujets), plus les scandales qui ont touché l'Académie Nobel, font en sorte que l'on tend aujourd'hui plus que jamais à diversifier les nominés chaque année (sexe, continent, langue, etc.), en particulier en essayant d'augmenter le taux de femmes nobelisées qui, pour l'heure, tourne autour des... 6%, depuis 1901 (web). De là à nobeliser Annie Ernaux, faut pas abuser! On parle de littérature, pas de romans de gare. Quoi qu'il en soit, dans les faits, les anglophones survolent (dans le plus pur esprit du "système-monde" scientifique) les Prix Nobels, avec les francophones pour la littérature. Ainsi un seul auteur lusophone (qui écrit en portugais, au cas où) a été nobélisé sur 114 Prix Nobel de littérature remis, à savoir le portugais José Saramago, en 1998!

Aussi, aujourd'hui, plusieurs questions se posent:

  • Qu'en est-il de la candidature de Germano ALMEIDA? A-t-elle été finalement entreprise par l'ACL ou connaît-elle les vicissitudes et la lenteur légendaire de l'administration cabo-verdienne, sans parler des conflits de personne, d'intérêts etc.?
  • Pourquoi, alors que le Ministère de la culture et des industries créatives, dirigé par Abraão Vicente, se démène corps et âme pour inscrire le maximum d'éléments culturels locaux au patrimoine mondial de l'UNESCO (une demi-douzaine au  moins depuis l'inscription de la morna - web), et développe un plan pour diffuser le goût de la lecture au Cabo Verde (web), ne fait-il rien pour promouvoir un de ses plus illustres représentants au Prix le plus prestigieux qui soit?
  • Est-ce qu'un groupe d'académiciens de la CPLP, ainsi que des professeur(e)s universitaires de littérature ne pourrait pas se créer pour défendre et soutenir cette candidature?

Nous espérons, par ce post, relancer la machine et qui sait? peut-être trouver un écho positif à cette initiative de la part des autorités, des professeur(e)s et des auteur(e) cabo-verdiens ou lusophones, afin de rendre l'impossible possible et promouvoir encore plus la culture cabo-verdienne que nous aimons tant!

Christophe CHAZALON / Genève, le 15 mai 2022



Propositions d’arguments pour la candidature pour la nomination de Germano Almeida au Prix Nobel de littérature 2020, par le Dr. Christophe Chazalon


Ce document propose un ensemble d’éléments propices à la soumission de la candidature de Germano Almeida pour le Prix Nobel de littérature 2020.
Par l’entremise de Mme Vera Duarte, ce projet sera soumis à l’Académie cabo-verdienne des Lettres (Academia cabo-verdiana das Lettras – ACL), dans le cadre de la nomination de la nouvelle présidence début janvier 2020.

Plan du projet :

  1.  Un auteur littéraire confirmé et reconnu
  2.  Un amoureux de la littérature
  3. Un auteur africain et de langue portugaise
  4. Pour une meilleure diffusion de la littérature cabo-verdienne dans le monde et dans le pays
  5. Références utiles
  6. Conditions et date limite de dépôt


1/. Un auteur confirmé et reconnu
Germano ALMEIDA, auteur cabo-verdien né en 1945, a reçu, en 2018, le prestigieux Prix Camões, le plus important prix littéraire récompensant un écrivain de langue portugaise.
Principalement romancier, son œuvre se compose de plus de 20 romans, mêlant humour et satire, qui renouvellent la littérature cabo-verdienne, en s’éloignant des thèmes claridosos  traditionnels de la famine, l’expatriation ou la sécheresse.

Ses romans sont traduits, entre autre, en allemand, en anglais, en basque, en espagnol, en danois, en français, en hollandais, en italien, en norvégien, en polonais, ainsi qu’en suédois (élément important car les membres du jury suédois des Nobel souhaitent pouvoir lire les œuvres dans leur langue, quitte à en faire faire la traduction).

Deux romans de Germano ALMEIDA ont été adaptés au cinéma par Francisco Manso : O testamento do Sr. Napumoceno  (1997) et Os dois irmãos  (2018).

Et O dois irmãos, ainsi que la nouvelle Agravos de um artista  ont, eux, été adaptés au théâtre en 1999 et 2000.

2/. Un amoureux de la littérature
Avocat de profession, Germano ALMEIDA collabore à plusieurs périodiques cabo-verdiens ou de langue portugaise. Il co-fonde, à Mindelo, la revue culturelle de référence Ponto e vírgula, qu’il dirige en 1984-1985 (n° 7 à 13 (dernier numéro)), et dans laquelle il publie des textes sous le pseudonyme de Romualdo CRUZ. Puis il fonde et dirige au début des années 1990 la revue Agaviva.
Il créé également, en 1989, la maison d’édition Ilheu Editora, à travers laquelle il publie son œuvre et celles de nombreux auteur(e)s cabo-verdien(ne)s. Par ailleurs, son œuvre est édité, en parallèle, par la maison d’édition portugaise Caminho.


3/. Un auteur africain et de langue portugaise

Sur le plan géo-politique, le Prix Nobel de littérature a été remis 113 fois, mais une seule fois a un auteur de langue portugaise, en 1998, à José SARAMAGO, et à 4 fois a des auteurs africains : en 1986 au Nigérian Wole SOYINKA, en 1988 à l’Egyptien Naguib MAHFOUZ, en 1991 à la Sud Africaine Nadine GORDIMER et, en 2003, à son compatriote J.M. Coetzee. Un seul est originaire d’Afrique de l’Ouest (du Nigéria). 


4/. Pour une meilleure diffusion de la littérature cabo-verdienne dans le monde et dans le pays

Si le taux d’alphabétisation de la population cabo-verdienne n’a rien à envier à celui des pays occidentaux, le taux de lecteurs est lui très faible dans l’archipel. En cause, la grande difficulté de diffusion à travers les 9 îles habitées, aussi bien des périodiques que des livres. Depuis 2 ou 3 ans, le Gouvernement cabo-verdien mène cependant une politique active de développement de la lecture, essentiellement auprès des écoles. Les 2 prix Camões ont été un stimulus (Arménio VIEIRA en 2009 et Germano ALMEIDA en 2018), mais un prix Nobel de littérature renforcerait indiscutablement cette action.
La culture cabo-verdienne, bien qu’issue d’un petit pays, aussi bien par la superficie, que par la population (moins d’un million d’habitants, dont la moitié à l’étranger), que par le niveau de PIB, n’en a pas moins une très riche culture écrite, qu’il s’agisse de littérature ou de musique. La morna, musique typiquement cabo-verdienne, vient d’ailleurs d’être nommée en 2019, au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. Cependant, cette culture dense et de qualité peine à être connue de par le monde, essentiellement par faute de moyens financiers et surtout de reconnaissance internationale.

5/. Références utiles

  •  Page Germano Almeida sur lirecapvert.org, la plus à jour sur la bibliographie et critique de son œuvre (en français): http://www.lirecapvert.org/germano-almeidane-en-1945.html
  • Page Wikipedia Germano Almeida (PT): https://pt.wikipedia.org/wiki/Germano_Almeida
  • Site officiel de l’Académie Nobel (GB): https://www.nobelprize.org/prizes/literature/
  • Page officiel des dépôts de candidature (GB): https://www.nobelprize.org/nomination/literature/
  • Page Wikipedia Prix Nobel (GB): https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel_de_litt%C3%A9rature


6/. Conditions et date limite de dépôts
Pour les conditions, nous renvoyons à la page dédiée du site officiel de l’Académie Nobel (Académie des lettres d’un pays, professeur(e) universitaire de littérature cabo-verdienne, ancien Prix Nobel etc.).
En l’occurrence, l’idée est que l’Académie cabo-verdienne des Lettres (ACL) remette la candidature suivant le process officiel, et que cette candidature soit soutenue par le Prédident de la République du Cabo Vert, ainsi que du Gouvernement cabo-verdien, mais aussi par la majeure partie des professeur(e)s universitaire de littérature spécialisés dans la littérature cabo-verdienne ou lusophone, répartie dans le monde.

ATTENTION : l’ACL n’a pas reçu l’invitation à soumettre une candidature, mais elle le peut en tant qu’Académie des Lettres d’un pays, ainsi que le précise le règlement et suivant la phrare suivante publiée sur le site officiel: « Other persons who are qualified to nominate but have not received invitations may also submit nominations. »
Le délai est très court puisqu’il est fixé au 31 janvier 2020. Donc, la démarche doit être entreprise dans de très brefs délais même si « no stress » est un adage cabo-verdien !

Dr. Christophe Chazalon / Ponta do Sol - 01/2020


"Guignol's Band" ou le journalisme selon le MpD (I) - (2022)

Aujourd'hui, 24 mai 2022, on pouvait lire dans les colonnes numériques d'Inforpress, le principal organe de "comunicação social" du Cabo Verde, un article intitulé "MpD considera que a comunicação social livre em Cabo Verde hoje à de longe "differente" do que foi no passado" (Le MpD considère que les médias libres au Cabo-Verde sont aujourd'hui, et de loin, "différents" de ce qu'ils étaient dans le passé)". Rien qu'avec ce titre, on sait que ce qui suivra sera du vide. Pourquoi?

Tout d'abord parce que João Gomes, leader du groupe parlementaire du Movimento para a Democracia (MpD),  parti au pouvoir dans l'archipel depuis quelques années (voir tableau ci-dessous), prolifère en affirmations oiseuses et langue de bois. Dans le désordre du texte et des absurdités, on peut tirer le florilège suivant:

  •  "João Gomes afirmou hoje que, em termos de comunicação social livre, situação de Cabo Verde é de longe diferente do que jà foi no passado": sérieusement? on arrive encore à émettre ce genre d'idiotie aujourd'hui? La situation est meilleure aujourd'hui pour la presse qu'au temps de l'Indépendance caboverdienne survenue (pour rappel) en 1975. Alors juste pour préciser: à l'époque de l'Indépendance jusqu'en 1991, il n'y avait qu'un seul parti au pouvoir, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cabo Verde (PAIGC), qui suite à une lutte intestine en 1980, s'est scindé en deux et a vu l'avènement, dans l'archipel, du Parti africain pour l'indépendance du Cabo Verde (PAICV), aujourd'hui principal parti d'opposition. Quoi qu'il en soit, la démocratie au sens littéral n'existait pas! La colonisation portugaise était simplement remplacée par un système autoritaire communiste. Il suffit de lire A tortura em nome do partido único: do PAICV e sua polícia política (1991) d'Onésimo Silveira pour s'en convaincre. La liberté de la presse sous les systèmes autoritaires, eh bien!, elle a jamais été très effective, sauf erreur de ma part. Après quoi, les choses ont changé en bien, c'est sûr, mais, étrangement, avec des hauts et des bas. Et pour élargir les connaissances historiques de João Gomes, le chantre de la perfection imparfaite, allons plus loin dans le temps. A l'époque des colons portugais, fin XIXe - début XXe siècle, certains journalistes étaient beaucoup plus critiques qu'aujourd'hui. Ils n'hésitaient pas à fustiger le gouvernement portugais et ses sous-fifres. Ils avaient pour noms (je suis sûr que ça va vous parler!) Pedro Monteiro Cardoso ou Eugénio Tavares, pas moins. Il suffit de parcourir le journal bi-hebdomadaire O manduco pour s'en apercevoir (web) ou plus encore dans Voz de Cabo Verde où Cardoso publia 33 chroniques politico-sociales sur 37 numéros. La diatribe et la critique y étaient extrêmement virulentes, malgré la censure. Aujourd'hui, les journalistes caboverdiens sont convoqués devant les tribunaux, à la suite d'un nouveau projet de loi anti-libertaire de 2005, pour la moindre révélation d'une affaire politico-judiciaire. Rien n'agace plus les politiciens du Gouvernement MpD que les journalistes fouineurs qui s'interrogent sur les actes peu clairs des politiques et ouvrent les yeux de la perception de la population. On y reviendra. En attendant, nier l'instrumentalisation du journalisme caboverdien par le Gouvernement actuel parce que la situation est bien différente de ce qu'elle a été par le passé, faut pas abuser quand même! Et en plus, ce n'est, dans les faits, même pas vrai ou invérifiable, suivant la période considérée (cf. classement RSF ci-dessous).
Cabo Verde - MpD: eleições legislativas 1991-2016 (Wikipedia)
  • "Com esta governação deu-se um passo em frente para retirar o Governo da administração directa desses órgãos. Hoje chega-se à administração da empresa atravès de concursos públicos que sõ preparados por um órgão independente (Avec cette gouvernance, une mesure a été prise pour soustraire le Gouvernement à l'administration directe de ces organes. Aujourd'hui, la gestion de l'entreprise passe par des appels d'offres publics qui sont préparés par un organisme indépendant).". Ok, ce n'est pas tout à fait faux. Mais, en y regardant de plus près, Inforpress ne vient-il pas de signer avec le Gouvernement MpD le "premier contrat de concession de service public d'information"? (web) Lorsqu'on lit l'article, au final, on ne sait pas trop en quoi consiste ce contrat. Mais disons qu'on peut fortement soupçonné que le privé s'y vend au Gouvernement, trop d'accointances entre les deux pouvoirs est néfaste à la liberté d'expression et, au final, à la démocratie. Non seulement Inforpress était jusqu'à ce jour le seul organe de presse à peu près viable au Cabo Verde (servant, comme l'AFP ou Reuters, de sources aux autres journaux locaux: A nação, Expresso das ilhas, Terra Nova, A semana, Santiago Magazine...), mais en plus, par ce nouvel accord, il perd en liberté, donc en crédibilité en matière d'information objective du public? Et que devient la Radio Televisão Caboverdiana (RTC) publique qui est déjà totalement sous "contrôle" étatique? Quoi qu'il en soit, quel que soit le tour de passe passe, un journal indépendant doit être privé et détaché de tout lien avec le Gouvernement, le pouvoir ou les partis politiques.
  • Concernant le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF / France), dans lequel le Cabo Verde perd 9 places d'un seul coup, en 2022 (neuf, ce n'est pas une ou deux!), João Gomes répond que "uma situação que interpela a todos os cabo-verdianos e que preocupa o MpD. Contudo, afirmou que essa queda tem de ser enquadrada dentro da realidade de hoje, lembrando que houve a modificação dos critérios (la situation interpelle tous les Caboverdiens et inquiète le MpD. Cependant [notons bien ce "cependant", très illustratif!], il a déclaré que cette baisse doit être encadrée dans la réalité d'aujourd'hui, notant qu'il y avait un changement dans les critères)". Bon, je ne sais pas moi, mais quand un pays perd d'un coup 9 points dans le classement de la liberté de la presse dans le monde, suivant le rapport effectué par RSF, pas sûr que les changements de critères soient les véritables causes de la chute. Histoire de bien rafraîchir la mémoire de notre leader MpD, remontons un peu dans le temps des classements RSF et de la position du Cabo Verde (web):
    • Indice 2022: 36/180 - MpD
    • Indice 2021: 27 - MpD
    • Indice 2020: 25 - MpD
    • Indice 2019: 25 - MpD
    • Indice 2018: 29 - MpD
    • Indice 2017: 27 - MpD
    • Indice 2016: 32 - MpD
    • Indice 2015: 36 - PAICV
    • Indice 2014: 24 - PAICV
    • Indice 2013: 25 - PAICV
    • Indice 2011/2012: 09 (incroyable! sous un Gouvernement PAICV, en plus!)
    • Indice 2010: 26 - PAICV
    • Indice 2009: 44 - PAICV
    • Indice 2008: 36 - PAICV
    • Indice 2007:  45 - PAICV
    • Indice 2006: 45 - PAICV
    • Indice 2005: 29 - PAICV
    • Indice 2004: 38 - PAICV
    • Indice 2003: 47 - PAICV
    • Indice 2002: 46 - PAICV
    • Indice 2001 et antérieurs: y avait pas de classement RSF. Donc difficile de dire: "aujourd'hui, c''est mieux qu'avant!"
Aussi, d'après les Indices ci-dessus, on peut clairement dire que le Gouvernement MpD qui dirige le pays depuis 2016, ne favorise pas plus la liberté de la presse que son rival le PAICV. La conclusion de l'équipe du journal indépendant A nação, en mai 2022, est même encore plus critique: "Os directores das emissoras estaduais são indicados directamente pelo Governo e seus programas priorizam as políticas governamentais. A pressão do Estado aumentou a autocensura. Cabo Verde mantém uma cultura de sigilo, com o governo não hesitando em restringir o acesso à informação de interesse público (Les directeurs des radiodiffuseurs publics sont nommés directement par le gouvernement et leurs programmes donnent la priorité aux politiques gouvernementales. La pression de l'État a accru l'autocensure. Le Cabo-Verde entretient une culture du secret, le gouvernement n'hésitant pas à restreindre l'accès aux informations d'intérêt public)". (web) Si certains ont des doutes, il n'y a que prendre le contrat de vente de TACV à Icelandair que le Gouvernement refuse de dévoiler, malgré la requête expresse de députés de l'Assemblée nationale (web) ou dernièrement la cession des aéroports à la multinationale française Vinci sans aucun appel d'offre (web). Un cession pour le moins très opaque. Et pour être plus précis, A nação rappelle qu'au Cabo Verde: "A Constituição e as leis são muito favoráveis ao exercício do jornalismo, permitindo assim que os jornalistas reportem livremente, diz também os RSF, que ressalva, porém: “No entanto, um artigo do Código de Processo Penal adotado em 2005 permite que qualquer pessoa, inclusive jornalistas, seja acusada de violar o sigilo das investigações judiciais. Essa lei não causou problemas até janeiro de 2022, quando três jornalistas de meios de comunicação privados foram interrogados por esse motivo” (la Constitution et les lois sont très favorables à l'exercice du journalisme, permettant ainsi aux journalistes de rapporter librement les faits, indique également RSF, avec toutefois une mise en garde : « Cependant, un article du Code de procédure pénale adopté en 2005 permet d'accuser quiconque, y compris les journalistes, d'avoir violé le secret des enquêtes judiciaires. Cette loi n'a posé aucun problème jusqu'en janvier 2022, lorsque trois journalistes de médias privés ont été interrogés pour cette raison."). Or, en théorie, la liberté de la presse garantit la liberté de divulguer l'information pour le bien public sans devoir être inquiété par la justice. Ce n'est plus le cas, pour sûr, depuis 2005, au Cabo Verde.


Classement RSF - 2022 (A naçao)


  • "Ainda assim, afirmou que a posição do país “não é tão má”, quando comparada com outros países “democraticamente mais desenvolvidos” (Pourtant, il a déclaré que la position du pays "n'est pas si mauvaise" par rapport à d'autres pays "démocratiquement plus développées)". En cela, on doit lui donner raison. En 2022, les USA sont 42e (Merci Trump-MAGA- Qanon!), l'Italie (58e) ou encore le Japon (71e). Mais est-il bon et sage de regarder vers le bas? Le Gouvernement et le MpD ne devraient-ils pas regarder exclusivement EN HAUT, vers les meilleurs, pour prendre exemple? Pourquoi sont-ils meilleurs? Pourquoi sont-ils passés devant? Comment faire pour devenir meilleur? Non! Au lieu de cela, le Gouvernement préfère la langue de bois ou faire l'autruche et faire semblant de ne rien voir.
  • João Gomes est contre les subventions. Entendez par là que le Gouvernement, endetté à raison de plus de 150% du PIB dans sa gestion du pays (faute en partie au Covid-19, il faut le dire) ne souhaite pas ni ne peut dépenser plus. Mais l'explication de Gomes est on ne peut plus discutable: "À semelhança dos outros países e de outras latitudes a comunicação social privada deve ser essencialmente garantida através do recurso à publicidade. O nosso mercado publicitário é muito imperfeito e muito reduzido e, portanto, nós temos que nos adaptar. Mas não creio que se deva basear essencialmente na subsidiação (Comme d'autres pays et d'autres latitudes, les médias privés doivent essentiellement être garantis par le recours à la publicité. Notre marché publicitaire est très imparfait et très petit et, par conséquent, nous devons nous adapter. Mais je ne pense pas qu'elle doive reposer essentiellement sur des subventions)". Donc, en gros, la "comunicação social" privée, pour être pleinement indépendante, doit reposer sur les recettes publicitaires et non sur les subventions. Mais d'un autre côté, les recettes publicitaires sont très très faibles. Cherchez l'erreur? Comment les médias peuvent-ils être indépendant et survivre avec les recettes publicitaires si celles-ci sont quasi nulles? Et puis cette position de João Gomes est l'exacte contraire de ce que disait le Gouvernement en mars 2021: "Legislativas: Governo diz que comunicação social privada vai receber subsídio do Estado (Législatif: le gouvernement déclare que les médias privés recevront une subvention de l'État)" (web). Des promesses blabla en temps d'élection? Probablement. Mais pire, Gomes ne précise pas que les rares acheteurs de publicité sont les plus grosses entreprises du pays, telles que Vivo Energy (comprendre Shell, une petite entreprise internationale) ou Enacol, pour le pétrole et le gaz, ou CVMovel et Unitel - T+, l'oligopole des télécoms locaux. Or, depuis quelques années, les îles connaissent tour à tour des pénuries de gaz (entre autres). Quelles positions peuvent adopter les médias privés face à ces pénuries? S'ils critiquent Shell-Vivo Energy ou Enacol, les recettes publicitaires leur seront sans hésitation retirées en guise de "représailles". Aussi des journaux comme A naçao ou Expresso das ilhas, les deux principaux hebdomadaires papier privés, sont-ils pris à la gorge par le secteur privé dispensateur de la manne des recettes publicitaires. Leur situation est donc encore plus difficile, car outre le fait que le Gouvernement subventionne à 100% la RTC, il n’accorde quasiment aucune subvention aux médias privés qui pourtant font un grand travail de diffusion et de critique du Gouvernement, salutaire à la démocratie. Ces dernières années, le montant alloué annuellement est d’environ 15'000 contos, soit à peine plus de 136'000 euros pour l’ensemble des médias privés (écrits et audio-visuels) de l’archipel.

En conclusion, on s'aperçoit bien de l'inanité des positions du leader du MpD à l'Assemblée nationale caboverdienne qui tient, ici, un discours de pure propagande. Car, il faut le noter, cette intervention de João Gomes s'inscrit dans une tentative de redorer le blason du MpD en matière de communication sociale à la suite du classement RSF 2022, à travers le débat mensuel avec le Premier Ministre, qui débute ce 24 mai, durant la session plénière de l'Assemblée nationale au sein de laquelle le MpD est... majoritaire!

Au final, la liberté de la presse au Cabo Verde, c'est pas pour demain! Un nouveau président de la République PAICV permettra-t-il de changer la donne? (web)

Allez, comme dirait, João Gomes, la gouvernance caboverdienne n'est pas la pire. Restons optimistes!

Christophe Chazalon
Genève, 24/05/2022 (revu le 25/05/2022)

"Guignol's Band" ou le journalisme selon le MpD (II) - (2022)

 

Les discussion sur les médias au Cabo Verde vont bon train à l'Assemblée nationale (AN). Chaque parti a pris position dans une confrontation devenue traditionnelle: MpD vs PAICV + UCID. Inforpress titrait le 25 mai 2022 plusieurs articles à ce sujet:

  • "Parlamento: PAICV culpabiliza MpD e Governo pela queda de Cabo Verde no Índice da liberdade de imprense" (web)
  • "Parlamento: UCID defende análise crítica à queda de Cabo Verde no ranking da liberdade de imprensa" (web)
  • "Parlamento: MpD defende que Governo está a fazer tudo para responder aos desafios do sector da comunicação social" (web)
  • "Parlamento: Governo prevê revisão do quadro de incentivo à imprensa privada" (web)
  • "Parlamento: Ligar problemas económicos e financeiros dos órgãos à autocensura é desqualificar os jornalistas - PM" (web)

On notera, tout d'abord, que la majorité MpD à l'Assemblée nationale se reflète dans les articles d'Inforpress, organe finalement public. 1 UCID + 1 PAICV vs 3 MpD (4 si on considère l'article du 24 mai)! On voit donc très clairement que le Gouvernement martèle son message: "Nous faisons tout pour répondre aux défis du secteur des médias"! et donc, bien sûr, il faut le croire. Est-ce bien acceptable. 2 fois plus d'articles MpD que de l'opposition dans le principal média écrit du pays? Notons au passage, une erreur de notre part dans la partie (I) de ce post. En effet, nous pensions, à tort, que Inforpress était un organe indépendant, comme l'Agence France Presse (AFP) ou Reuters. En fait, c'est un organe d'état créé en 1988. D'où normal qu'il serve les intérêts de l'État et du Gouvernement. Moins normal, que cette agence de dépêches ne soit pas libre et autonome pour une meilleure objectivité de l'information distillée dans les médias caboverdiens et étrangers. Quoi qu'il en soit, cela montre qu'il nous faut toujours plus vérifier nos propres informations afin de véhiculer le moins d'erreurs possible. Et, pour revenir à notre sujet, cet exemple montre très clairement à quel point le Gouvernement use (et abuse?) des médias publics pour promouvoir SA politique au détriment de celle de l'opposition, ce qui est totalement a-démocratique!

Quoi qu'il en soit, la réponse du PAICV est très modérée et fort constructive, ce qui change considérablement des réponses habituelles de ce parti, versant généralement plus dans la "politique politicienne" grandiloquente mais inefficace, pour ne pas dire inutile, en particulier sous Janira Hopffer Almada. On apprécie cette nouvelle approche de Rui Semedo nettement plus bénéfique à la gestion du pays et à la recherche de consensus global.

La réponse de l'UCID est fidèle à celle d'un parti du centre inclus dans l'opposition. Elle critique ouvertement mais sans excès.

La réponse du MpD parlementaire, promulguée pour la seconde fois par João Gomes (dont nous dénoncions, dans la partie (I) de ce post, les absurdités) est tout à l'opposé. Gomes persévère et signe dans la langue de bois et les absurdités qui lui sont cher. Prenons par exemple, ce passage: "O deputado ventoinha começou por explicar que antes de 1992, os jornalistas cabo-verdianos “não tinham direitos” nem garantias constitucionais (Le député a commencé par expliquer qu'avant 1992, les journalistes caboverdiens « n'avaient aucun droit » ni garantie constitutionnelle)". Super! sauf que le MpD n'est pas le seul à avoir changé la donne à partir de 1991. Donc comparer la politique d'un système autoritaire communiste à un système démocratique pluripartite, ça va dans les cours d'école, mais au Parlement... Plus encore, on adore cette assertion: "“Paradoxalmente, personalidades que outrora introduziram na ordem jurídica cabo-verdiana, o mecanismo legal que nos casos concretos permitiram a actuação do Ministério Público, surgem agora como fervorosos defensores da revogação desse mecanismo (Paradoxalement, des personnalités qui introduisirent autrefois dans le système judiciaire caboverdien le mécanisme judiciaire qui permettait dans des cas précis au ministère public d'agir, apparaissent aujourd'hui comme de fervents défenseurs de l'abrogation de ce mécanisme)”. Disons que d'une part, la loi est de 2005 et que plusieurs élections législatives ont eu lieu depuis, donc une partie de l'AN n'a pour sûr pas participé à la votation sur la dite loi. Mais plus encore, si une règle veut que la loi soit respectée (ce qui, au Cabo Verde, est peu mis en pratique, dans les faits, soit dit en passant), il est un adage encore plus fondamental qui dit "quand la loi est mauvaise, il faut la changer! ("quando a lei é ruim, deve ser mudada!")" Et qui mieux que l'AN peut changer une mauvaise loi? Personne, car c'est l'AN qui fait les lois. Donc, reste à savoir si la loi votée en 2005 est mauvaise pour les médias et la liberté de la presse. La réponse, AUJOURD'HUI, est clairement OUI! Donc João Gomes peut, avec les autres députés, changer la donne et modifier la loi pour que la presse au Cabo Verde soit totalement LIBRE de toute entrave politique. Enfin, on saute quelques propos fort discutables, pour en arriver à ce dernier: "Conforme avançou, seus promotores “procuram ocultar, de forma deliberada”, o quadro legal e constitucional existente, transmitindo a falsa ideia de que os jornalistas podem fazer tudo o que lhes apetecer, publicar tudo o que quiserem, iludindo os “incautos de que não há limites à liberdade” de informar e de imprensa (Au fur et à mesure qu'il avançait, ses promoteurs "cherchaient délibérément à occulter le cadre légal et constitutionnel existant, véhiculant l'idée fausse que les journalistes peuvent faire ce qu'ils veulent, publier ce qu'ils veulent, faisant croire aux "imprudents qu'ils n'y a pas de limites à la liberté" d'informer et pour la presse)." La réponse est simplement: "OUI, M. Gomes, la presse doit avoir la totale liberté d'informer la population des manquements, fautes et autres défaillances des politiques ou du Gouvernement, tout autant que du reste des acteurs du monde économiques, judiciaires, sociales etc." C'est la base même du 4e pouvoir, qui permet, avec le pouvoir exécutif (le Gouvernement), le pouvoir législatif (l'AN ou Parlement), la justice et le peuple de garantir la Démocratie et de la renforcer. Chacun à un rôle à jouer et il est toujours regrettable quand certains essaient, même par des moyens légaux, fort de leur majorité, de limiter les droits et la liberté d'un de ces pouvoirs.

Le Premier Ministre (PM), Ulisses Correia e Silva, a lui eu droit à deux articles. Dans le premier, il affirme vouloir améliorer les choses et on veut bien le croire, mais tout en gardant en tête que les promesses, surtout des politiciens, ne valent pas grand chose.  Espérons que celles-ci seront suivies d'effets concrets et vérifiables.

Dans son deuxième article, intitulé "Lier les problèmes économiques et financiers des organes de presse à l'autocensure, c'est disqualifier le rôle des journalistes", le PM répond au représentant du PAICV, Rui Semedo, qui demandait quelles étaient les mesures de l'État pour créer les conditions favorable pour qu'il n'y ait pas d'autocensure et garantir ainsi une presse totalement libre au Cabo Verde. Or la réponse du PM est simplement hallucinante: "Eu pergunto se isso é verdade, se isso não mexe com o brio profissional e com a deontologia e com aquilo que o jornalista, em si, encara na sua profissional para que se deixe de facto censurar (Je demande si c'est vrai, si cela n'interfère pas avec la fierté professionnelle et la déontologie et avec ce que le journaliste, en lui-même, voit dans son travail professionnel pour qu'il puisse effectivement se laisser censurer)". L'autocensure est un fait inaliénable dans le contexte financier extrêmement ténu dans lequel évoluent les médias au Cabo Verde. On l'a déjà montré dans un autre post. Pour ainsi dire, quasi aucun média, n'est solvable dans l'archipel ou du moins, tous sont en proie à des difficultés financières certaines. Et pour cause. Le marché des recettes publicitaires est trop petit et la diffusion des journaux est quasi nulle. Seule Praia et Mindelo ont accès à la diffusion papier régulière. Sur Santo Antão, les journaux arrivent avec une ou deux semaines de retard et sans aucun supplément... quand ils arrivent. Plus encore, l'impression des journaux papier se fait au Portugal. Donc en temps de Covid-19, il n'y a simplement pas eu de diffusion papier. 

L'autocensure apparaît lorsque la direction d'un média doit choisir entre publier un article critique et risquer d'amplifier ses difficultés financières. On pourrait penser, au premier abord, que l'autocensure, c'est simplement l'astinence en matière d'articles critiques. La direction du média interdit aux journalistes de faire leur travail afin de ne pas s'attirer l'hire des politiques et donc, des subsides publics. Mais c'est là une erreur d'interprétation. En fait, l'autocensure dans le milieu des médias n'est pas qu'un sujet ne sera pas traité par le journaliste. Il le sera, mais l'angle d'approche sera moins agressif, plus modéré. L'attaque sera moins percutante et beaucoup beaucoup plus diluée afin de dire sans faire de remous préjudiciables aux aides financières publiques ou privées. Là, est la vraie autocensure qu'Ulisse Correia et Silva ne veut pas voir. Et aujourd'hui, c'est sans aucun doute le cas des journaux papiers, tels A nação ou Expresso das ilhas. Il ne s'agit pas de critiquer le travail des journalistes qui, au Cabo Verde, font un travail remarquable pour nombre d'entre eux, on pense en particulier à Daniel Almeida, Gisela Coelho, André Amaral ou encore Sara Almeida pour la presse. Il s'agit de bien garder les yeux ouverts sur la réalité du quotidien des journalistes. Et là, le MpD et le PM préfèrent se voiler la face. C'est leur droit et leur liberté. Malheureusement par ce biais, ils atteignent à la liberté des autres: celle du peuple souverain!


Christophe Chazalon

Genève, 26/05/2022 


Ulisses Correia e Silva, le premier Ministre qui n'avait jamais tort! (2022)


En trois interventions médiatiques, en cinq jours, dans les trois principaux journaux du pays, le Premier Ministre caboverdien démontre, par A + B, SA vision de la démocratie qui n'est finalement que le reflet d'une pensée autoritaire, pour ne pas dire dictatoriale!
Une vision caricaturale, pensez-vous? Pas vraiment, malheureusement. Les quelques lignes suivantes le démontreront.

Qu'on se comprenne bien: il n'y a chez nous aucune volonté de nuire au MpD en faveur d'un parti de l'opposition. Le MpD a permis au Cabo Verde de sortir du groupe des pays pauvres, de créer une classe moyenne dynamique et de développer considérablement l'archipel ces vingt dernières années. Tout comme le  PAIGC - PAICV a permis de virer les nuisibles colons portugais à l'époque et d'instaurer un pays "libre", même s'il a fallu attendre 1991 pour qu'il le soit vraiment. Aujourd'hui, peut-être que le temps est venu pour qu'un nouveau parti centriste, l'UCID, prenne la relève avec une politique tout à la fois "mondialisante" et "sociale", le MpD s'enfermant de plus en plus dans une politique néo-libérale laissant de côté les 50% de la population la plus pauvre?

Pour notre part, nous sommes franco-suisse et comme tel, nous vivons et connaissons bien les deux systèmes politiques démocratiques de l'État-Nation et du fédéralisme. Notre coeur tend clairement vers le fédéralisme à la sauce helvétique et sa quête universelle du consensus. On y reviendra.
Mais, nous n'en sommes pas moins très attentif aux vicissitudes cabo-verdiennes, pour avoir vécu avec bonheur plusieurs années dans le pays, jusqu'à l'arrivée impromptue du Covid-19, et souhaitant y retourner un jour pour y diffuser la Culture.

Or, ce qui nous choque très vivement depuis quelques jours, c'est la position de victime (des critiques continues) dans laquelle se place le PM, mais plus encore sa "défense" qui n'a rien de démocratique comme le montre très clairement le titre de l'interview de Sara Almeida: "Ulisses Correia e Silva: Não posso decidir em função das críticas!" 

Les trois articles à la base de notre critique virulente sont les suivants:
  • "PM diz que ideia de Governo gordo  é estigma", A nação, 30/05/2022, en ligne (web)
  • "Não posso decidir em função das críticas", Expresso das ilhas, 28/05/2022, en ligne (web): interview fleuve accordée à Sara Almeida
  • "Parlamento: Ligar problemas económicos e financeiros dos órgãos à autocensura é desqualificar os jornalistas - PM", Inforpress, 25/05/2022, en ligne (web)

Mais petit rappel statistique pour commencer:

  • La France (divisée en 18 régions, 99 départements, 36'000 communes) est constituée d'une population de 68'014'000 habitants (en 2020) et est dirigée par un Gouvernement (exécutif) constitué d'un Premier ministre et de 27 ministres ou secrétaires d'État, contre-balancé par le Parlement (législatif), constitué de deux chambres (haute et basse), à savoir: le Sénat (348 sénateurs élus au suffrage universel indirect, donc par 150'000 "grands électeurs") et l'Assemblée nationale (577 députés élus par le peuple). (web)
  • La Confédération helvétique (ou Suisse, divisée en 26 cantons et 2'145 communes) est constituée d'une population de 8'603'900 habitants (en 2019) et est dirigée par le Conseil fédéral qui comporte 7 conseillers fédéraux (exécutif) et l'Assemblée fédérale (législatif) composée de deux Chambres (haute et basse) à savoir: le Conseil des États (46 conseillers élus par les cantons) et le Conseil national (200 conseillers élus par le peuple).
  • Le Cabo Verde (divisé en 22 concelhos, les zones administratives réparties sur 9 des 10 îles) est constitué d'une population de 583'255 habitants (en 2020-21) et est dirigé par un Gouvernement (exécutif) constitué de 27 membres, soit d'un Premier ministre, de 17 ministres et de 9 secrétaires d'État (web), en contrepoint d'une Assemblée nationale (législatif) comprenant 72 députés.

Le 30 mai 2022, Ulisses Correia e Silva dénonçait les critiques concernant l'importance numérique de son gouvernement. Pour lui, les 27 membres sont tout à fait justifié. Le Premier ministre "defendeu, este domingo, que a ideia de que o elenco governamental é gordo e representa um fardo para o país é mais estigmatizada do que aquilo que é na realidade. O país tem o Governo que precisa para a actual conjuntura e situação (le PM a défendu, ce dimanche, que l'idée que le gouvernement est trop  volumineux et représente un fardeau pour le pays est plus stigmatisée que ce qu'elle est en réalité. Le pays a le gouvernement dont il a besoin pour la conjoncture et la situation actuelle)". Et plus encore, il garantit que s'il devait réduire le nombre de ministres, "que será numa lógica de eficácia e eficiência, e nunca baseado nessa ideia de que o governo é gordo (que ce sera dans une logique d'efficacité et d'efficience, et jamais suivant cette idée que le gouvernement est trop gros).”

Or, la population, elle, à juste raison, critique vertement l'opulence de ce Xe Gouvernement qui est devenu totalement disproportionné depuis quelques années, car le peuple connaît aujourd'hui, de nouveau, la faim et la pauvreté extrême, à la suite de la pandémie de Covid-19 et les conséquences de la guerre en Ukraine. La comparaison, ci-dessus, avec la France (5e puissance mondiale) et la Suisse (20e PIB mondial, 10e PIB mondial / habitant, 1er pays au monde en matière d'innovation, etc.) le montre très clairement:


On a ici très nettement un problème de dimension politique et, de fait, la sagesse populaire n'est pas aveugle. Or, Ulisses Correia e Silva refuse toute comparaison entre choses, dit-il, "différentes", tels que le salaire des pauvres ou la pauvreté générale actuelle et le nombre de membres de son Gouvernement.
Pour rappel, encore un, le salaire de base au Cabo Verde est de 13'000 escudos par mois (6 jours de travail sur 7, 8h par jour), soit 117 euros mensuels. Officiellement, d'après l'Institut national de statistiques cabo-verdien (INE), en un an (mars 2021 - mars 2022), le prix de l'huile a augmenté de 54.6%, passant de 143,4$ escudos à 273$ escudos, un litre de maïs a augmenté de +40.5% (44$ a 72$), le sucre +19.8%, le pain "carcaça" (pain salé le plus vendu) +12,1%, le lait en poudre +6.3% (web)) , des énergies fossiles ou de l'éctricité locale (+35% en 2022), sans oublié la TVA locale (jusqu'à +18% en 2022). Or, le Premier Ministre, Ulysse Correia e Silva, garantissait il y a quelques semaines, sans se démonter, que, aujourd'hui, "em Cabo Verde, há situações de dificuldades e problemas de insegurança alimentar localizados, mas negou a existência da fome (au Cabo Verde, il y a des situations difficiles et des problèmes d'insécurité alimentaire localisés, mais il a nié l'existence de la faim)" (web).
Un ministre ou un secrétaire d'État au Cabo Verde, c'est, en moyenne, disons 150'000$ escudos cabo-verdiens par mois, soit 1'350 euros. C'est un chiffre moyen, pour se faire une idée. Probablement, plusieurs ministres touchent un salaire nettement plus élevé et quelques uns, moins élevés considérant l'importance de leur ministère. On peut aussi se poser la question d'Abraão Vicente, tout à la fois ministre de la Culture et ministre de la Mer? Peut-on être compétent dans deux domaines si différents? Et pourquoi lui accorder 2 ministères si importants, alors qu'on crée des ministres à tour de bras pour ne pas surcharger le ministre et les rendre plus efficaces? Plus encore, touche-t-il deux salaires? Notons, qu'on ignore par ailleurs le montant des pensions de retraite qui seront versées à ces ministres. Par contre, il est de notoriété publique que les ministres (ainsi que les directeurs d'institution publique) ont de nombreux avantages, dont:
  • une voiture (et essence) à disposition, avec chauffeur de fonction 
  • l'électricité et / ou l'eau gratuite ou a prix préférentiel
  • des défraiements pour les déplacements et les voyage (et avec neuf îles habitées, ils se déplacent souvent, même si la 1ere classe ou la classe business leur sont interdites depuis la pandémie de Covid-19, afin de réduire les dépenses publiques, paraît-il)
  • des défraiements pour les repas et les boissons lors de déplacements officiels
  • etc.
Donc, 27 x 150'000$ x 12 mois = 48'600'000$ (soit 437'000 euros) de dépenses publiques annuelles pour seulement 27 employés d'État (sur un total d'environ 703,6 millions d'euros), auxquelles il faut ajouter encore les secrétaires et autres personnels rattachés au ministre et son ministère. Cela peut donc apparaître beaucoup pour le peuple qui ne parvient plus à se nourrir correctement, à acheter un peu de viande ou de poisson, tant les prix et le chômage ont augmenté et les salaires stagnent (web).
Ce sont certes des critiques peu "équilibrées", voire simplistes, mais n'est-il pas logique que le peuple maugrée et dénonce des dépenses jugées comme excessives et inutiles (la gordura) du Gouvernement, alors que la majeure partie de la population a du mal à nourrir les siens (web)?

Mais ce qui est beaucoup plus choquant de la part de la vision du Premier Ministre, c'est son assertion selon laquelle il ne peut décider en fonction des critiques. Pour lui, l'opposition ne fait QUE critiquer et donc, elle ne sert à rien. Sérieux? Oui, oui, c'est sa vision des choses. Le Gouvernement fait du bon travail ou, au pire, il fait de son mieux . Or, c'est une vision totalement contraire à l'esprit démocratique. Non seulement, le Gouvernement doit gouverner en tenant compte des critiques, car celles-ci manifestent une attente ou une demande d'une partie de la population, contraire à la politique engagée pour la gestion du pays. Or, un Gouvernement est "élu" pour l'ensemble de la population et non pas pour une majorité. Mais plus encore, parce que plus le Gouvernement ferme les yeux et se bouche les oreilles face aux critiques, plus ces dernières vont croître et s'amplifier, provocant, comme c'est le cas actuellement de manière dramatique aux États-Unis d'Amérique, un bi-partisanisme tranché et irréconciliable entre une tendance socialisante (les Démocrates), d'une part, et une tendance fascisante (les Républicains devenus les MAGA), de l'autre. L'attitude d'Ulisses Correia et Silva ne fait rien d'autre qu'amplifier le bi-partisanisme au Cabo Verde, alors même que le pays s'ouvre de plus en plus au multipartisme, avec la montée en puissance des partis tels que l'UCID ou le PP.
Au final, il est impératif que chaque parti ait son mot à dire dans la politique du pays et plus encore dans celle menée par le Gouvernement. C'est le rôle même de l'opposition. Et le Gouvernement doit absolument en tenir compte dans ses décisions. Or, celui d'Ulisses Correia e Silva n'en fait absolument rien. Pire, il justifie ouvertement sa position de considérer l'opposition que comme un parasitisme pénible et gênant dans son action parfaite.

Nous parlions de la Suisse et de son modèle universel de consensus. Le Cabo Verde, à notre sens, gagnerait tout à devenir une confédération constituée de 9 îles plus ou moins indépendantes ou autonome. En Suisse, le fédéral s'occupe de la politique extérieure et de la sécurité, de la défenses (armée), des douanes, de la monnaie ou encore de la législation fédérale. Les cantons, eux, s'occupent du reste (éducation, culture, santé, etc.). Quant à l'éducation supérieure, elle est à la fois compétences de la Confédération et des cantons.
Par ailleurs, le Conseil fédéral est composé de 7 conseillers, mais, phénomène très symbolique, ces 7 conseillers ne sont pas issu de la majorité. Le Conseil fédéral est composé systématiquement de:
  • 2 membres du Parti socialiste (gauche)
  • 2 membres du Parti libéral-radical (droite libérale)
  • 2 membre de l'Union démocratique du centre (extrême droite, parti majoritaire)
  • 1 membre du Parti démocrate chrétien (centre)
Cette répartition oblige au consensus, à la discussion, à l'écoute, car la règle est que, quelque soit la couleur politique d'un conseiller fédéral, si celui-ci est porte-parole au nom du Conseil fédéral, il doit donner la version du dit Conseil et non celle de sa couleur politique. Le cas le plus célèbre est celle de l'élection de Christophe Blocher, du parti d'extrême-droite de l'UDC, en 2004, qui a dû pendant 3 ans, soutenir des décisions du Conseil fédéral en opposition totale avec les idées de son parti. Il ne sera finalement pas réélu, malgré son succès populaire, pour avoir constamment dû lutter contre les usages de la concordance et du gouvernement consensuel qui est sous tendu par la collégialité du Conseil fédéral.

Or, ce n'est de loin pas la position de Ulisses Correia e Silva. L'échange entre Sara Almeida et le Premier ministre concernant le "volume" du Gouvernement est plus qu'éloquent:
  • SA: Entretanto, uma diferença em relação ao outro mandato é a composição do governo. Passamos de um governo enxuto para, em plena crise, um dos maiores de sempre. Porquê esta opção impopular?
  • PM: Quando começamos em 2016 com um governo com 12 elementos, houve críticas, porque era um governo pequeno, que ia provocar sobrecarga. Fizemos as alterações, houve críticas. Não posso decidir em função das críticas, principalmente quando vêm da oposição, que critica sempre.
  • SA: Estou a falar da opinião pública.
  • PM: A opinião pública tem a liberdade de fazer [críticas] e eu tenho a liberdade de decidir.
Que dire de plus? "C'est moi qui décide". Point final. Drôle de politique démocratique, non?

Ce qui est flagrant chez Ulisses Correia e Silva, c'est une langue de bois systématisée et un rejet total de ce qui n'est pas émis par lui-même (ça rappel l'esprit des dictateurs, n'est-il pas?). Ainsi, toujours dans l'interview fleuve accordée à Sara Almeida, qui pose des questions pertinentes et incisives, les exemples s'accumulent. A la question "Falando na atractividade, um problema é a insegurança. Não podendo generalizar ao resto do país, na Praia, principalmente, este é um problema grave e com várias vertentes. Começando pelo policiamento: tivemos investimentos na PN, na videovigilância, mas não parece haver grande retorno (En parlant d'attractivité, un des problèmes est l'insécurité. Ne pouvant généraliser au reste du pays, à Praia, principalement, il s'agit d'un problème grave qui à plusieurs aspects. A commencer par le maintien de l'ordre: on a eu des investissements dans la PN, dans la vidéosurveillance, mais il ne semble pas y avoir de gros retour)", le Premier ministre répond: "Há, sim. Temos de ver o seguinte: se não tivéssemos videovigilância a situação seria pior (Oui, il y en a. Il faut voir ceci: si nous n'avions pas de vidéosurveillance, la situation serait pire)", sans apporter de preuves flagrantes ou tangibles à ses mots. Autrement dit, il assène juste une assertion qui veut avoir valeur de vérité.
À cette autre question: "A crítica que tem sido feita é que a prevenção não tem sido bem-feita e não tem dado resultados. Por exemplo, como está a implementação do programa nacional de segurança interna, de 2017? (La critique qui a été faite est que la prévention n'a pas été bien effectuée et n'a pas donné de résultats. Par exemple, comment se passe la mise en œuvre du programme national de sécurité intérieure de 2017?)". Autre réponse évasive mais néanmoins assurée: "O grande problema é que esses programas não têm resultados imediatos. Leva tempo, há alterações que são muito mais estruturantes (Le gros problème est que ces programmes n'ont pas de résultats immédiats. Cela prend du temps, il y a des changements beaucoup plus structurants)".

Et pour finir, à la question magistrale d'intelligence journalistique, concernant les membres du Gouvernement: "Aprenderam com os erros de governação do passado? (Ont-ils appris des erreurs de gouvernance passées?)", le Premier ministre répond (comment grand Dieu peut-on donner une telle réponse?): "Não foi erro, foi uma tentativa inicial. A experiência mostrou-nos que tínhamos de facto de criar condições de maior eficiência, funcionalidade e evitar sobrecarga sobre determinados membros do governo, pois isso afecta a sua capacidade de acção (Ce n'était pas une erreur, c'était une première tentative. L'expérience nous a montré qu'il fallait effectivement créer les conditions d'une plus grande efficacité, fonctionnalité et éviter de surcharger certains membres du gouvernement, car cela affecte leur capacité d'action)."

On l'aura bien compris, le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva:

  • ne commet pas d'erreurs
  • à toujours raison
  • n'a pas besoin de la critique car la critique d'opposition ne sert à rien et celle du peuple non plus
  • conduit une politique exemplaire et imparable car il sait ce qui est bon, les autres pas
  • et que si les actions du Gouvernement ne donnent pas encore des effets, c'est parce qu'il est trop tôt, il faut laisser le temps de voir venir.
Enfin, pour un Gouvernement de 27 membres (un de moins que le Gouvernement français qui vient d'être nommé, et ce, alors que la population cabo-verdienne ne représente que 0.858% de la population française), la justification est simplement qu'il ne faut pas surcharger les ministres pour qu'ils fassent du bon travail. Autrement dit, plus le Gouvernement comprend de membres, mieux il travaillera selon Ulisses Correia e Silva. Alors pourquoi ne pas en nommer une centaine?

Cherchez l'erreur!

On ne dirige pas un pays en disant "moi, j'ai raison". On dirige un pays en écoutant les voix, en particulier celles discordantes pour avoir une meilleure vision des attentes et difficultés de la population.

Christophe Chazalon

Genève, 01/06/2022 


La bière, c'est bon pour la santé... (2022)


Eh oui! Une nouvelle étude le montre. Parue le 15 juin 2022, dans le magazine Journal of agricultural and food chemistry, sous le titre "Impact of beer and nonalcoholic beer consumption on the gut microbiota: a randomized, double-blind, controlled trial" (web), l'étude de Cláudia Marques, de l'Université Nova de Lisboa, et son équipe est sans ambages. Il est vrai que ce ne sont pas toutes les bières, et surtout elles seraient bonne pour les hommes. Les femmes, on n'en sait rien car elles n'ont pas été étudiées. Y a des scientifiques comme ça, un peu misogynes...

Pourquoi la bière est bonne? Parce qu'elle augmente la diversité du microbiote instetinal, notre 2eme cerveau... Mais ça, c'est une autre histoire!

Alors quelle bière est bonne pour la santé? Les LAGER, soit les bières à fermentation basse, que l'on connaît chez les Britons sous le nom de "pils", par exemple. Peu de bubulles, peu d'alcool, mais un effet diurétique certains.
Et ce n'est pas la première étude qui montre les apports bénéfiques de la bière, à l'heure où il est de bon ton de satanisé l'alcool, en particulier au Cabo Verde (web), où, d'après les derniers chiffres très officiel de l'INE et du secrétaire d'État adjoint du ministre de la santé (ce dernier, pur habitant de Santo Antão, l'île du grog, le rhum local) étant prêt à être exilé en Chine comme ambassadeur de l'archipel, quelle promotion!), 45% de la population boit de l'alcool et seulement 8% de ces 45% en boivent tous les jours, dont 2% de femmes (web). On ne sait pas comment ils ont fait leurs stats, mais franchement 8% de 45% qui boit de l'alcool tous les jours au Cabo Verde? Sérieux? 8% d'un humain sur deux? On ne vit pas sur les mêmes îles, c'est peut-être pour ça? Les petits gars de l'INE devraient peut-être prendre leurs échantillons sur São Nicolau ou Santo Antão.
Quoi qu'il en soit, Jessica Walker (une autre scientifique femme), de l'Université de Vienne, en Autriche, et son équipe publiaient en août 2012, toujours dans le Journal of Agricultural and food chemistry, l'article "Identification of beer bitter acids regulatins mechanisms of gastric acid secretion" (web). Ok! Ok! Ok! La bière c'est pas 100% excellent pour le corps, comme le résume Sara Sohrabvandi,  Amir M. Mortazavian et K. Rezaei, de la Shahid Beheshti University of Medical Sciences, dans "Health-related aspects of beer: a review" paru dans le International journal of food properties, en 2012, même si cette review iranienne est un tantinet politisée (vol. 15 - web).

Donc, non l'alcool n'est pas mauvais pour l'humain, seul son abus peut s'avérer nocif et surtout et avant tout pour les finances de l'État, n'en déplaise à l'OMS.

Alors "Santé - Kampai - Ziveli - Prosit - Na zdravie - Destat - Skol - Oogy wa wa !..." à toutes et tous (web). Rien ne vaut une bonne bière fraîche en ces temps de chaleurs estivales à part peut-être, une bonne eau de source tout aussi fraîche!

Christophe CHAZALON / Genève, le 01.07.2022

La faim au Cabo Verde aujourd'hui: cherchez l'erreur... (2022)

Actions gouvernementales et institutionnelles postérieures:
  • Sheilla Ribeiro, "A importância da escola na alimentação de crianças e adolescentes", Expresso das ilhas, 23/10/2022, en ligne  (web)
  • anonyme, "46 mil famílias em situação de insegurança alimentar em Cabo Verde", Expresso das ilhas, 17/10/2022, en ligne  (web)
  • PC / ZS, "Ano lectivo 2022/2023 arranca no dia 19 com 113.720 alunos no básico e secundário a nível nacional" Inforpress, 02/09/2022, en ligne  (web)
  • PC / HF, "Ficase vai receber géneros alimentares para facultar refeição quente a 82 mil alunos", Inforpress, 02/09/2022, en ligne (web)
  • TC / HF, "Programa cantinas escolares nas férias funciona normalemente em 16 concelhos", Inforpress, 01/09/2022, en ligne  (web)
  • TC / HF, "Praia: Gestores destacam importância da cantina escolar nas férias e defendem reforço da segurança alimentar", Inforpress, 01/09/2022, en ligne  (web)
  • OM / HF, "Cabo Verde vai contar com 900 mil dólares para o reforço da segurança alimentar em Santo Antão e Santiago", Inforpress, 12/08/2022, en ligne  (web)
  • Sheilla Ribeiro, "Associações e ONGs são unânimes em que os pedidos de ajuda têm aumentado face às dificuldades financeiras", Expresso das ilhas, n° n/a (17/07/2022), en ligne  (web)
*****

Nous l'avons écrit à plusieurs reprises, tant les propos minimalisateurs du Premier Ministre Ulisses Correia e Silva nous avaient choqués, la faim est réelle au Cabo Verde aujourd'hui. En effet, le 7 février 2022, le Premier Ministre assurait péremptoirement "qu'aujourd'hui, il existe au Cabo Verde des situations difficiles et des problèmes d'insécurité alimentaire localisés, mais nie l'existence de la faim (hoje que em Cabo Verde há situações de dificuldades e problemas de insegurança alimentar localizados, mas negou a existência da fome)". (web
On pourra dire que je radote, que je cherche à nuire, que je dénonce des faits qui ne sont pas, blablabla..., mais quand même, il faudra m'expliquer!
Les faits restent les faits et ils sont rendus publics par leur parution dans la presse.
Le 14 juin 2022, "sur la base du Cadre harmonisé, qui est un outil permettant de classer la nature et la gravité de l'insécurité alimentaire aiguë dans la sous-région africaine, le ministre de l'Agriculture et de l'Environnement, Gilberto Silva, a déclaré que neuf pour cent de la population caboverdienne passe des jours sans manger correctement (Com base no Quadro Harmonizado que é uma ferramenta que permite classificar a natureza e a severidade da insegurança alimentar aguda na sub-região africana, o ministro da Agricultura e Ambiente, Gilberto Silva, avançou que nove por cento da população cabo-verdiana passa dias sem se alimentar convenientemente)". 9% cela représente 30'000 familles d'après la même source. (web)
Or, le 25 juin 2022, soit 11 jours plus tard, "le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture (FAO) ont indiqué cette semaine que 32 pour cent (%) de la population caboverdienne souffre d'insécurité alimentaire et qu'il y a des familles qui mangent moins encore (O Programa Mundial de Alimentos (PMA) e a Organização das Nações Unidas para e Agricultura (FAO) indicaram esta semana que 32 por cento (%) da população cabo-verdiana sofre de insegurança alimentar e que há famílias a comer menos)." Cela représente 181'000 personnes d'après la même source. Et d'ajouter: "en avril, la note publiée par l'ONU, une mission de la FAO, du PAM et du gouvernement du Cabo Verde, dans l'archipel, a constaté que les familles des zones rurales réduisent le nombre de repas et mangent moins, passant parfois de trois repas par un jour à à peine un (Em Abril, a nota divulgada pela ONU, uma missão da FAO, PMA e Governo de Cabo Verde, no arquipélago, descobriram que famílias de áreas rurais estão a reduzir o número de refeições e a comer menos, às vezes passando de três refeições por dia para apenas uma)". (web)
Je résume pour qu'on y voit plus clair:



Autrement dit, en l'espace de 11 jours seulement, la part de la population dans l'archipel qui souffre clairement de la faim (les frontières entre faim et famine sont aussi obscures actuellement que les décisions du gouvernement local), cette part aurait augmenté de 32-9 = 23% !
Cherchez l'erreur!
NOTE: Un lecteur avisé et ami attentif nous a fait remarquer qu'il avait trouvé l'erreur. Eh oui! 23% ne représente pas l'augmentation mais la différence entre les deux pourcentages proposés par le Gouvernement et la FAO/ONU..., soit tout de même un quart de population en plus.
L'augmentation passe en fait de nos 23% erronés à... 355%. Une différence de taille qui n'enlève rien aux questions qui suivent. Au contraire!

Non, sincèrement, au regard de ces chiffres peut-on sincèrement croire ou faire confiance à Ulisses Correia e Silva et son gouvernement ou doit-on, avec la prudence de la sagesse légendaire du peuple, s'en méfier? Comment expliquer cette différence conséquente? Comment le Gouvernement expliquera-t-il cette différence? Que vaut finalement ce "Cadre harmonisé" mis en avant par le ministre de l'agriculture? Qui calcule ces chiffres? L'administration des ministères? L'INE? Les services sociaux? Et quelle est finalement leur pertinence? Leur fiabilité? Doit-on plutôt croire les chiffres du Gouvernement caboverdien ou ceux des Organismes internationaux, dont l'ONU ou la FAO?
Les questions sont posées? Les réponses... ne viendront certainement jamais car il n'y a rien de plus facile que le déni et le mépris des "grands" de ce monde!
Quoi qu'il en soit, le peuple, lui, a toujours plus faim. Quant à la famine... si la sécheresse perdure cette année, elle sera là, d'ici quelques mois à n'en pas douter, que le Premier ministre le veuille ou non !
Pour être honnête, des actions politiques ont été prises, grâce au soutien des organismes internationaux (ONU, FAO, BM, FMI...) pour limiter la casse en matière de faim dans l'archipel, en particulier dans les cantines scolaires. On espère qu'elles s'avéreront suffisantes.

À bon entendeur... Joyeuse fête de l'Indépendance à tous!
Christophe CHAZALON / Genève, le 05.07.2022

La faim en Afrique aujourd'hui: que disent les chiffres... de 2020? (2022)

Les chiffres sont tombés et pas de n'importe où, du plus haut des sommets internationaux (web): la FAO et ses associés, soit la FIDA, l'UNICEF, la PAO et l'OMS, excusez du peu viennent de remettre leur rapport intitulé "L'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde. Réorienter les politiques alimentaires et agricoles pour rendre l'alimentation saine et abordable" (pdf). Qu'est-ce que dit ce rapport, grosso modo:

  • 10% de la population mondiale (soit 702 à 828 millions d'individus) souffrent de la faim, dont 278 millions en Afrique (20,2%).
  • 3,1 milliards de personnes dans le monde ne sont pas en mesure de s'offrir une alimentation saine en raison de l'augmentation du coût de la vie. Soit 112 millions de plus qu'en 2019.
  • "Le continent africain comptait, à lui seul, plus d'un milliard de personnes, soit près de 80% de sa population, qui n'ont pas accès à une alimentation saine. Le coût de cette dernière est estimé à 3,46 dollars américains (3,43 euros) par jour et par individu." Ce qui représente environ 370 escudos caboverdiens par jour.
Donc les 32% de la population caboverdienne sous-alimentée, voire plus, ce n'est pas un rêve. C'est une réalité. Certes le Gouvernement caboverdien, avec l'aide de la FAO et consorts va aider les cantines scolaires. Le problèmes c'est qu'en juillet - août 2022, les écoles sont fermées et les enfants sont en vacances. Qui va les nourrir? Et même durant l'année scolaire, si le/la professeur(e) n'est pas présent (et le taux d'absence est loin d'être négligeable dans l'éducation nationale du pays), les cantines sont fermées et donc, les enfants ne mangent pas. C'est non seulement problématique sur le court terme. La faim s'abat sur les enfants, une sorte de crime contre l'Humanité. Mais pire, la répercussion de cette sous-alimentation se fera sentir durant des décennies sur le système de santé national.

Par chance, d'après les pronostications du Ministère de l'agriculture caboverdien (MAA) dévoilées ce 11 juillet 2022, les prévisions de pluie pour cette année se révèlent normales, voire excédentaires. Ce qui nous choque plus, c'est que la disponibilité des semences est faible dans les principales îles agricoles, soit Santiago et Santo Antão. Pire, les semences proposées sont révélatrices d'un manque absolu de prévision et de logique productrice du MAA. Le ministère de l'agriculture donne les chiffres suivants: "A partir des enquêtes réalisées par les Délégations auprès des producteurs au niveau national, il a été possible d'établir que 36'400 litres de semences de maïs, 2'583 de féverole, 3'782 de haricots bongolon, 520 de haricots sapatinha et 995 de haricots congo, 1'403 de fèves sont disponible à la vente et 447 d'arachides (soit les délicieuses cacahuètes) (Dos levantamentos feitos pelas Delegações junto dos produtores a nível nacional, conseguiu-se apurar que estão disponíveis para venda 36.440 litros de sementes de milho, 2.583 de feijão pedra, 3.782 de bongolon, 520 feijão sapatinha e 995 de feijão congo, 1.403 de feijão fava e 447 de mancarra)” (web). Le maïs et les haricots ont de tout temps servi à nourrir la population caboverdienne, mais leur mode de culture archaïque pousse à cultiver d'autres semences, plus productives, nourricières et adaptées au climat local, car il semblerait que les prévisions du MAA soient obsolètes, tout comme les dits modes de production. On creuse un trou en forme d'entonnoir dans la terre. On y jette manuellement trois grains de maïs et trois graines de haricots, et on recouvre de terre en attendant, avec espoir, que la pluie arrive. Aussi, ne serait-il pas temps que les organismes internationaux préconisent des semences et des techniques plus utiles et adéquates (pas les OGM et leurs intrants mortifères pour sûr, mais des arbres fruitiers, des produits "maraîchers", etc.)? Pour nous, si! Mais quand on sait que les Caboverdiens coupent les arbres (web) car, dans la pensée commune locale ancestrale, les arbres consomment l'eau utile à leur agriculture (web1 - web2), alors que c'est tout l'inverse (il suffit de regarder en altitude les arbres: là où ils sont, le sol est humide à cause des nuages. Là où ils ne sont pas, tout est sec. Et on ne parle que de surfaces, pas de ce que les arbres font pour faire remonter l'eau des profondeurs dans la partie supérieure des sols). On s'aperçoit que les croyances ancestrales et obsolètes, voire de l'inculture antédiluvienne, ont encore de beaux jours devant elles, aussi bien au niveau des paysans que du MAA.
Aujourd'hui on sait pourtant qu'il est nuisible de laisser la terre nue pour des raisons d'évaporation de l'eau, et plus encore, dans un pays où les pluies peuvent être violentes, une très forte érosion des sols (associées au vent fréquent dans l'archipel) et une perte de terre qui se déverse dans la mer, donc réduit année après année les surfaces agricoles de qualité.
On ne parle même pas de l'élevage des chèvres, cause première de la désertification du pays, que le Gouvernement promeut malgré tout, car la fabrication du fromage de chèvre fait vivre de nombreuses familles aux limites de la pauvreté. Mais comme le reprennent régulièrement les poètes et écrivains du pays, les chèvres n'auront qu'une seule aptitude bénéfique pour les habitants: leur apprendre à manger les cailloux. Au XVIe, à Genève, par exemple, du temps de Calvin, les chèvres étaient tout simplement et purement interdites, car leurs nuisances sur la production agricole était considérable. Il en est de même aujourd'hui, où les élevages de chèvres nourrissent peut-être quelques familles misérables, mais plus encore, empêchent les générations futures d'avoir une terre verte et fertile, car toute plante est immédiatement avalée et aucun arbre ou arbuste (à part quelques acacias) ne parviennent à pousser.
Le MAA devrait donc former les agriculteurs et développer la "permaculture" (web), donc accepter les "mauvaises herbes" et s'en aider, ainsi que les insectes, bactéries et champignons, en recouvrant, par exemple, les "champs" de reste de canne à sucre broyée, permettant une couverture végétale qui entrera en décomposition progressive et nourrira le sol (web). Une période d'adaptation et d'essais sera bien entendu nécessaire, mais c'est là le travail propre au MAA. Le Canadien Jean-Martin Fortier à montrer qu'avec 0.8 hectare de terre cultivée et quelques employés, sans machine thermique, on peut produire de quoi nourrir 140 familles (web). 
Pour donner une idée des techniques agricoles locales, les Caboverdiens cultivent depuis toujours le maïs et les haricots (les semences mentionnées ci-dessus le confirment). C'est une tradition ancestrale. Cette culture se fait sur une terre nue, désherbée et irriguée par de grande quantité d'eau d'un coup. Or, on sait que la meilleure solution est la culture des "3 soeurs" ou la "milpa" mexicaine (web), à savoir le maïs qui sert de support aux haricots qui aménent l'azote et à la courge qui tapisse le sol et maintient le taux d'humidité. Aujourd'hui le Gouvernement à fortement et massivement investi dans l'arrosage goutte à goutte. Il doit poursuivre dans sa lancée pour promouvoir une agriculture biologique pérenne et soutenable, en remplaçant, par exemple, la culture du maïs et des haricots, par des arbres fruitiers et des fruits, ainsi que des légumes verts. Il a commencé avec les fraises, mais les possibles sont nombreux, qu'on pense aux anciennes cultures de melons caboverdiens, pastèques, framboises,  choux, choux-fleurs, brocolis, courges, courgettes, piments, poivrons, etc.
Les "monocultures" locales, non intensives, mais répétitives, non seulement appauvrissent les sols en nutriment (choses facilement remédiable avec les engrais verts tels que la moutarde, la luzerne, la consoude, le sarrazin, les trèfles, etc.), mais plus encore favorise la prolifération d'insectes nuisibles, tels les mil pès, cause d'un embargo de plus de 40 ans sur Santo Antão (web), et la chenille-cartouche du maïs web1 -web2).
La faible diversité des insectes, bactéries et autres champignons sur les îles du Cabo Verde, sans oublier les oiseaux toujours moins nombreux, ne fait que renforcer ces calamités.

Aussi, puisse les nouvelles générations et leur souhait d'un monde meilleur, en particulier face au réchauffement climatique, donner un grand coup de pied dans la fourmilière et dire "STOP! ça suffit les bêtises!" et le Gouvernement éclairé de suivre! Mais au vu de la dernière prise de position du Sr. Eng. Orlando Delgado, président de la Câmara municipale de Ribeira Grande, sur Santo Antão, un avis des plus pertinents et logiques s'il en estweb), concernant l'implémentation du pôle universitaire d'agriculture sur l'île, on se dit... que ce n'est pas gagné!
Christophe Chazalon, Genève
le 11/07/2022, revu le 12/07/2022


L'urine humaine, l'engrais de demain dès aujourd'hui! Et c'est gratuit... (2022)

Note: En ce 13 juillet 2022, inforpress titre "Falta de fertilizantes diminiui em 20% a produção de cereias na África Ocidental - CEDEAO" (web). La faute à la guerre en Ukraine. Ok, mais alors ne serait-il pas temps d'oublier les fertilisants (engrais) pétrole au profit de l'urine humaine? Elle est gratuite, abondante, disponible en tout temps et à un rapport carbone / azote de 1, autrement dit elle contient autant de carbone que d'azote. Son utilisation comme le montre l'étude mentionnée ci-dessous est simple. Rémi Kulik, agriculteur français spécialisé dans la permaculture ou agro-écologie explique son emploi de l'urine: tout d'abord il confirme que "oui, l'urine ne sent pas bon", pure, c'est un fait et il faut le dire. Mais l'utilisation supprime l'odeur. En effet, pour lui, après de nombreux essais, l'idéal c'est deux points fondamentaux (web - à partir de 24'13):
  1. Diluer l'urine dans l'eau, dans un rapport de 10% maximum, autrement dit 1l d'urine pour 10l d'eau maximum. L'urine pure est trop forte et cuirait les plantes, autrement dit les tue si on l'applique directement sans dilution. 10l +1l sert, grosso modo, à une "planche" végétale de 5m de long.
  2. N'appliquer de l'urine diluée qu'une fois par mois, voire toutes les deux semaines, maximum par semaine. Pourquoi? Parce que ce produit totalement naturel est très fort et qu'il n'est pas nécessaire dans ajouter aux plantations tous les jours. L'urine diluée est particulièrement adapté il est vrai aux solanaceae (tomates, poivrons, piments, auberines, pommes de terre...)  et aux cucurbitaceae (melons, pastèques, courges, courgettes, concombres, cornichons...)
Sinon le guano de poules est aussi très efficaces, un peu dilué et aussi 1 fois par semaine maximum.
Pour ce qui est des céréales, il faudrait faire des études et des essais, mais au Cabo Verde, il n'y a pas de culture de céréales, maïs mis à part. 
A bon entendeur....

*****

Eh oui! on le savait déjà, mais là, c'est scientifiquement prouvé et donc ça rassurera les politicien(ne)s de tous horizons.
En ces temps difficiles où le Cabo Verde souffre de tous les côtés, où les prix augmentent sans fin, dont ceux des hydrocarbures, où il faut toujours plus produire de nourriture pour alimenter la population au niveau national et réduire les importations, voici une nouvelle qui va faire grand bien.
Pour le numéro de juillet 2022, Hannatou O. Moussa et son équipe publient un article intitulé "Sanitized human urine (Oga) as a fertilizer auto-innovation from women farmers in Niger" dans la revue scientifique Agronomy for sustainable development (n° 41, article 56 - web).
Cette étude, effectuée sur plusieurs années au Niger, montre simplement que l'urine humaine est un excellent fertilisant qui augmente la production agricole de + 30%, pour autant qu'on prenne quelques précautions d'usage. Adieu Syngenta, Monsanto-Bayer and Co, multinationales de la mort qu'il va falloir sérieusement démanteler et au plus vite pour atteinte à la Vie et destruction volontaire massive de la biodiversité, et tant pis pour les emplois et les impôts si utilent aux États. 
Aujourd'hui, plus besoin de pétrole pour faire pousser ses légumes. Juste d'uriner et de récolter l'urine, de la laisser macérer dans des cuves, à 24° Celcius maximum, pendant 3 mois, afin de détruire les agents pathogène et résistants. Rien de coûteux (au contraire des produits multinationales-multimillardaires fabriqués sur le dos des travailleurs les plus pauvres), rien de compliqué, rien d'impossible. Juste un simple choix politique.
Et après, que faire? On arrose simplement son jardin, son potager, son champ, ses plantes et ça pousse... En plus, pas besoin de pluie, ça contient déjà l'eau nécessaire. Que rêver de mieux? Et les hygiénistes de monter aux créneaux: "c'est sale! vous y pensez pas!"
Comme quoi, après 70 ans de stupidité agro-industrielle de la Révolution verte, la population, Monsieur et Madame tout le monde, peuvent enfin prendre conscience et agir simplement pour la planète, pour la population et même, oui! Mesdames et Messieurs les politicien(ne)s pour l'économie du pays en réduisant considérablement les dépenses d'importation avec de la simple urine locale.
Fallait y penser, mais plus encore le prouver et c'est chose faite.
A bon entendeur... oubliez la pétrochimie pour l'agriculture, c'est néfaste, nocif, nuisible, les 3 N du Mal, et c'est peu dire!
Cliquez ici, pour le pdf en libre accès.
Christophe CHAZALON / Genève, le 27.06.2022

Aviation: pour que cesse immédiatement le monopole de la TAP au Cabo Verde (2022)

Assez, c'est assez! Il est temps que la TAP, compagnie aérienne portugaise, paie le prix de son mépris des passagers à destination du Cabo Verde et que le Gouvernement prennent, lui, ses responsabilités.

On ignore précisément quel accord existe entre la TAP et l'État caboverdien depuis l'Indépendance en 1975, mais c'est un fait: depuis que la TAP a été privatisée en 2015, l'abus de position dominante due à un monopole nuit considérablement au pays, tout autant qu'aux voyageurs, touristes ou diaspora. Trop, c'est trop!

Le 21 septembre 2021, le ministre des communautés du Cabo Verde, Jorge Santos, ancien président de l'Assemblée nationale caboverdienne, estimait que les prix de la TAP pour les communautés de la diaspora étaient abusifs (web).
Le 21 juin 2022, de nouveau, Jorge Santos déclarait que les prix prohibitifs des billets pour le Cabo Verde était un "acte de courage" pour les familles de la diaspora qui, pour 4 à 6 personnes, doivent payer plus de 8'000 euros (web).
Le 03 août 2022, le président de la Câmara do Turismo, Jorge Spencer Lima, affirme, lui, que "les prix exorbitants des billets ont un effet négatif sur la demande touristique au Cabo Verde, en tant que destination touristique (afirmou hoje que os preços “exorbitantes” das passagens têm um efeito negativo na procura do turismo em Cabo Verde, enquanto destino turístico)" (web). Plus encore: "En faisant cette lecture, Jorge Spencer Lima va plus loin en déclarant que le Cabo Verde est « pratiquement digéré » par le système du monopole de la TAP, par les « prix que la compagnie veut » et les pratiques qu'elle veut pour le Cabo Verde. « Dans des conditions même atroces. Il y a un abus de position de la TAP par rapport au Cabo Verde. Nous devons trouver des solutions alternatives » (Ao fazer essa leitura, Jorge Spencer Lima vai mais longe afirmando que Cabo Verde está a ser “digerido praticamente” pelo sistema de monopólio da TAP, pelos “preços que quer” e pratica-os como quer para Cabo Verde. Em condições mesmo torturáveis. Há um abuso da posição da TAP relativamente a Cabo Verde. Nós temos que encontrar alternativas)". Et pour cause... Jorge Spencer Lima précise bien que le problème, ce n'est pas le prix des hôtels, mais bien celui des vols.

Petit retour en arrière
Au début des années 2000, la TAP est en quasi faillite. Elle doit plus de 600 millions d'euros. Aussi, l'idée de génie, comme toujours, est de la privatiser. Cette idée devient effective en novembre 2015 (web). Pourquoi pas? Les compagnies aériennes nationales sont régulièrement privatisées, puis nationalisées, puis privatisées etc. pour les sauver de la banqueroute, généralement aux frais des contribuables. On pense à a TACV - CVA dont la saga se poursuit encore aujourd'hui au Cabo Verde...
Or, depuis que la TAP est privatisée, les prix des billets pour le Cabo Verde ont pris l'ascenseur de manière vertigineuse.
Exemples de prix TAP pour des vols Genève (GVA) - Mindelo (VXE), soit 4'340 km à vol d'oiseau:
  • En 2016, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûtait entre 700 et 900 euros ("repas" compris).
  • En 2022, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûte entre 1'200 et 1'400 euros ("repas" non compris).
  • En 2016, un aller-retour en classe business standard (3 bagages 32 kg) coûtait entre 1'000 et 1'200 euros.
  • En 2016, un aller-retour en classe business standard (2 bagages 32 kg seulement) coûte entre 1'400 et 1'700 euros
Ces prix, comme le déclare le Ministre des communautés caboverdien et le président de la Chambre du tourisme du Cabo Verde sont exorbitants.
Pour donner une comparaison, un vol Genève (GVA) - Dakar (DSS), soit 4'140 km à vol d'oiseau:
  • en 2016, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûtait entre 300 à 400 euros (2 bagages 24 kg et repas compris)
  • en 2022, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûte entre 400 et 500.
Comment expliquer que pour une distance similaire, on paie 2,5 fois plus cher pour aller à Mindelo qu'à Dakar?
  •  Les frais d'aéroport? Non! Il n'y a que voir l'exil des avions à destination du Cabo Verde sur le tarmac de l'aéroport de Lisbonne pour comprendre qu'en la matière, la TAP paie le minimum des frais indus.
  • Les frais de carburant alors? Non! Le prix des carburants a augmenté, certes, mais il ne justifie pas à lui seul une telle augmentation des prix des billets.
  • Les frais de personnels? Probablement non! On n'a pas entendu que la TAP avait décidé d'augmenter sensiblement les salaires de son personnel ni qu'elle avait engagé un nombre significatif d'employés.
  • L'escale obligatoire à Lisbonne? En partie vraie. Genève - Dakar est direct. Genève - Mindelo pourrait l'être, mais la TAP préfère obliger ses passagers à s'arrêter à Lisbonne et si possible y faire un "crossover", une halte de quelques jours, histoire de rentabiliser le vol.
  • Le profit de la compagnie aérienne TAP? Sans aucun doute, oui! Pour éponger les dettes covidiennes et les avions cloués au sol, la mauvaise gestion passée, voire actuelle, probablement. Est-ce légitime? Grande question! C'est une entreprise privée...

Or, nul doute que la TAP alléguera que le Covid-19 et la crise actuelle avec la guerre en Ukraine et la hausse du prix du pétrole ont fait que... blablabla.... mais il n'en est rien. Les autres compagnies ont aussi augmenté leurs prix, mais pas dans ces proportions pour l'essentiel.
La TAP veut surtout et avant tout faire du profit sur le dos des voyageurs. Point! C'est tout l'intérêt d'une privatisation ou la mort du service public! L'argent. Et quoi de plus bénéfique qu'un MONOPOLE pour agir à sa guise?
On pourrait aussi penser un but politique: la mauvaise désserte du Cabo Verde, destination touristique en vogue et prometteuse, pourrait nuire à d'autres destinations où la TAP (voire le gouvernement portugais aurait plus d'intérêt). Une théorie du complot? Peut-être.

Pour être tout à fait honnête, la TAP n'est pas la seule compagnie à desservir l'archipel. On trouve par exemple Royal Air Maroc, encore plus cher et qui impose aussi une escale au Maroc. Binter, la compagnie des îles Canaries, vient d'ouvrir des vols vers le Cabo Verde, en particulier à Sal. On pense aussi aux compagnies charters telle Transavia qui proposent des vols à tous petits pour les îles vouées au tourisme de masse que sont Sal et Boa Vista, depuis plusieurs destination ouest-européenne, à la haute saison. Mais seule TAP propose des vols réguliers, toutes les semaines, sur chacune des îles du Cabo Verde disposant d'un aéroport international. C'est en cela qu'elle détient le monopole. 
La question: est-ce là le fruit d'un accord conclu avec l'État caboverdien après l'Indépendance ou est-ce parce que la TAP est la seule compagnie aérienne qui accepte un tel trafic sur le Cabo Verde, quel que soit la saison touristique? Franchement, nous en ignorons la réponse. Peut-être que celle-ci apparaîtra, un jour, clairement dans un article journalistique de fond.

Quoi qu'il en soit, sans contestation possible, dans les faits, non seulement les prix explosent, mais les prestations, elles, diminuent. La TAP devient une sorte de compagnie low-cost dans son service à la clientèle, pire que Ryanair ou Easyjet, mais reste une compagnie traditionnelle (de luxe?) en matière de tarifs. Des exemples? Ok!
Depuis la pandémie de Covid-19, la TAP ne sert plus à manger durant ses vols, enfin presque. Pour les classes business, il y a toujours eu à manger (pandémie ou pas). Pour la classe éco, c'était fini le temps de la dite pandémie. Ainsi, on peut conclure: il n'est pas risqué de servir à manger à un riche dans un avion, mais il est risqué de servir à manger à un pauvre. Ou comment prendre les gens pour des imbéciles! Or, après la pandémie, si les prix ont augmenté de plus de 30% depuis 2021, les repas, eux, ne sont plus du tout compris dans le prix des billets en classe éco. Et oui, comme pour Easyjet, vous devez sortir la carte bancaire (l'argent liquide étant refusé dans l'avion). Aussi, vous voulez manger durant vos 4 heures de vol Lisbonne - Mindelo: payez! Vous voulez boire une bière ou un peu d'eau: payez! Vous voulez voir un film ou vous divertir avec des jeux: prenez un autre vol, aucun divertissement n'est prévu par la TAP dans ses vols pour le Cabo Verde. Vous voulez faire pupu ou xixi ou l'amour ou vomir ou fumer une cigarette en cachette, etc.: grand Dieu, merci! Les toilettes sont ENCORE gratuites...
Comment expliquer cela? Faire du profit pour la TAP. Rien d'autre. Il n'y a clairement pas d'autres raisons logiques et valables pour expliquer ces changements et cette hausse des tarifs des vols TAP pour le Cabo Verde!
Autre exemple: vous êtes à l'aise financièrement et donc vous voyagez en classe business. Chanceux! Les repas et les boissons sont comprises dans le prix de votre billet. Ok! Mais si jusqu'à présent vous pouviez prendre 3 valises de 32 kg en soute, maintenant, ce n'est plus possible, même en payant. La classe business, c'est dorénavant 2 valises de 32 kg maximum, pour un prix d'au moins 20% supplémentaire au prix d'avant le Covid-19. L'excuse de la TAP: elle n'autorise plus 3 bagages en été, mais seulement pour la haute saison. Cherchez l'erreur! Même le personnel de l'aéroport à Genève a été incapable de nous expliquer le concept et la logique de cette décision. En été, le tourisme caboverdien est... en "basse saison". Donc, il y a moins de touristes. Donc, il y a plus de place dans les avions. N'est-il pas? Par contre l'hiver, d'octobre à avril, c'est la "haute saison". Donc, les avions sont pleins. Donc, il y a moins de place en soute. Or, aujourd'hui, pour la basse saison, la TAP vous autorise à 2 bagages de 32 kg, alors que les avions sont à moitié plein, mais pour la "haute saison" vous aurez (c'est une hypothèse, on en doute fortement, à force d'être pris pour des imbéciles) à 3 bagages de 32 kg, alors que les avions sont bondés et les soutes pleines à craquer. 
La TAP prendrait-elle ses passagers pour des imbéciles? On l'a déjà écrit. La réponse est... OUI!
Mais vu que la TAP a le monopole pour le Cabo Verde, eh bien, les passagers n'ont pas le choix, même s'ils réprouvent l'attitude et les méthodes détestables de la compagnie aérienne portugaise. Et ce fait est d'autant plus important avec les déboires de la compagnie nationale TACV - CVA qui vient, entre autre, de perdre sa licence pour le vol en Europe, faute à un manque de compétence de son personnel administratif (web).

Aussi, quand vous entendez le ministre Jorge Santos expliquer que malgré le contexte "'à l'heure actuelle, aucune demande d'intervention urgente n'a été faite au gouvernement caboverdien par des Caboverdiens de la diaspora, soulignant la résilience des communautés à l'étranger. "Nous sommes en contact permanent avec l'ensemble du mouvement associatif de nos collectivités, là où tout besoin se fait sentir de première main, ainsi que dans nos représentations diplomatiques", a-t-il assuré (Não obstante o contexto, Jorge Santos garante que, neste momento, nenhum pedido de intervenção urgente feito ao Governo de Cabo Verde pelos cabo-verdianos na diáspora, destacando a resiliência das comunidades lá fora. “Estamos em contacto permanente com todo o movimento associativo das nossas comunidades, onde se faz sentir, em primeira mão, qualquer necessidade, assim como nas nossas representações diplomáticas”, assegurou.)" (web), vous restez dubitatif! On ignore quelle(s) association(s) il a consultée(s), mais pas plus tard que ce week-end, à l'occasion d'un anniversaire caboverdien, plusieurs familles présentent qui doivent partir ces prochains jours pour les vacances dans l'archipel, nous ont clairement exprimé et leur colère et leur ras-le-bol et leur désappointement devant ces prix prohibitifs qui plombent leurs séjours et face auxquels elles ne peuvent rien faire, si ce n'est réduire leur nombre de voyages vers l'archipel et la durée de ces séjours, diminuant d'autant le soutien à la famille résidant dans l'archipel, pourtant primordial.

Donc, en conclusion, la réplique est simplissime:
Le Gouvernement actuel doit rompre d'une manière ou d'une autre le monopole de la TAP immédiatement et à tout prix. Si cette rupture doit impliquer des frais d'indemnisation, qu'importe. Que le Gouvernement paie. Il trouvera toujours le moyen de payer. La remise ce mois de la gestion des aéroports caboverdiens au mastodonte français VINCI, pourra sans aucun doute aider à trouver la solution. Outre les 80 millions d'euros pour la concession, VINCI prévoit d'investir 619 millions d'euros dans les aéroports et aérodromes de l'archipel. Et également de payer l'IVA (soit la TVA locale) qui pourrait rapporter à l'État caboverdien un montant estimé à 322 millions d'euros d'ici à 2061 (web). On le voit, les solutions existent potentiellement pour régler ce problème.
Car, au final, le toursime au Cabo Verde, c'est 25% du PIB. Il est inadmissible qu'une seule compagnie aérienne (privée de surcroît) fasse la pluie (plus que le beau temps) et propose des prix exorbitants pour les voyageurs à destination de l'archipel, touristes tout autant que diaspora.
En ouvrant le marché à l'intégralité des compagnies aériennes, le Gouvernement permettrait de faire jouer la concurrence, d'autoriser aussi bien les compagnies nationales (Air France, Swiss, Lufthansa, Bristih Airways,  etc.), que les low cost à naviguer entre l'Europe et le Cabo Verde, sachant que le tourisme au Cabo Verde, c'est dans environ 80% d'Européens. Plus encore, les aéroports pourraient ainsi fonctionner plus à plein, ce qui ravira VINCI, augmentant les recettes des taxes d'aéroport. Mindelo, pour l'exemple, c'est au maximum 10 avions par jours! On ne peut pas dire qu'il y a embouteillage. En 2019, l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, à Paris, avait une moyenne de... 1'364 mouvements journaliers. L'aéroport de Genève, plus modeste, c'est dans les 500 mouvements quotidiens. Las Palmas, aux Canaries, tournerait autour des 50 vols quotidiens.

Il n'y a donc pas à attendre. Le développement du pays est à ce prix. Adieu la TAP (pour ne pas dire "bon débarras"!). Elle pourra toujours desservir l'archipel, mais nous, clients et voyageurs, nous aurons plus de choix et des prix plus en adéquation avec le marché mondial.
Vive la Liberté et la diversité pour les vols à destinations du Cabo Verde. Tout le monde (sauf les actionnaires de la TAP!) seront gagnants dans un super win-win!
C'est désormais, et quoi qu'il en coûte à court terme, une condition sine qua non pour que le pays puisse (enfin!) prendre son envol et devenir "libre" de créer son propre avenir!

Christophe Chazalon
Genève, le 03/08/2022, revu le 04/08/2022


Agriculture au Cabo Verde: vers une permaculture résiliente? Quelques réflexions et propositions utiles (2022)

Actions gouvernementales ou institutionnelles postérieures:
  • LFS / CP, "Ribeira Grande: Presidente da câmara alerta para situação caótica do abastecimento de água no concelho", Inforpress, 25/08/2022, en ligne  (web)
  • JM / ZS, "Santo Antão: Gilberto Silva sugere vinda de especialistas à ilha para conhecer o projecto dos jovens agricultores da Casa de Meio", Inforpress, 23/08/2022, en ligne  (web)
  • JM / CP, "Porto Novo: agricultores incitam promotores a avançarem com projecto agro-industrial", Inforpress, 05/08/2022, en ligne  (web)
  • JM / CP, "Santo Antão: Instituto superior das ciências e tecnologias agrárias apresenta ofertas formativas para 2022/2023", Inforpress, 02/08/2022, en ligne  (web)
  • LFS / HF, "Santo Antão: produtores agricolas capacitados em boas práticas agro-ecológicas", Inforpress, 29/07/2022, en ligne  (web)
  • JM / CP, "Santo Antão sem furos em falências técnica apesar da situação hídrica complicada - Ministério da agricultura", Inforpress, 25/07/2022, en ligne  (web)

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Ouvrir un pôle universitaire en agriculture sur Santo Antão est un choix pertinent et qui ouvre une multitude de possibilités vers une agriculture caboverdienne résiliente et nourricière. Cependant tout dépendra des choix qui seront opérés par le Ministère de l'éducation (ME), le Ministère de l'agriculture et de l'environnement (MAA), ainsi que l'Universidade técnica do Atlântico (UTA), avec qui le partenariat a été réalisé pour ce projet. Malheureusement, tout semble mal commencer. On ne désespère cependant pas de proposer des pistes d'investigations, de recherches et d'activités concrètes pour améliorer les chances de ce nouvel Institut de ne pas péricliter d'ici quelques années ou, pire, devenir le centre des lobbies mondiaux de l'agro-alimentaire qui ne feront que détruire encore plus la biodiversité et les paysages de l'archipel déjà très fortement dégradés.

Le non sens d’un "multi-sites" universitaire sur Santo Antão
En juin 2022, le Premier Ministre Ulisses Correia e Silva et son gouvernement ont officiellement lancé l’ouverture d’un institut d'enseignement supérieur sur l’île de Santo Antão, dédié à l’activité principale de l’île: l’agriculture. Aussi, le Ministère de l’éducation en partenariat avec l’UTA se proposent d'ouvrir deux sections: une en ingénierie agronomique (une discipline située entre la biologie animale et végétale et les biotechnologie - web) et l’autre en ingénierie zootechnique (soit l'élevage d'espèces animales domestiques - web), et ce, dès la rentrée d’octobre 2022, dans ce qui devrait s’appeler l’Instituto superior das ciências e tecnologias agrárias de Santo Antão (ISCTASA) (web).
De nombreux problèmes techniques doivent cependant être résolus d’ici là, qu’il s’agisse des lieux d’accueil, de l’enseignement dispensé ou de la validation des diplômes. De plus, comme à son habitude, le Gouvernement voit grand et "souhaite que le centre universitaire de Santo Antão soit également au service des pays des communautés de la CEDEAO et de la CPLP (o governo perspectiva que este estabelecimento de ensino seja capaz de servir também os países da CEDEAO e CPLP)" (web). Un souhait très louable, mais qui s’apparente plus à des chimères politiques qu’à une réalité profonde. Un pas après l'autre...

Aussi, avant même que le projet soit lancé, un premier choix imposé par la direction de l'UTA montre l'impréparation et les risques encourus par l'ISCTASA. Le problème a été soulevé avec pertinence par le président de la câmara municipale de Ribeira Grande, l’une des trois câmaras de Santo Antão, avec celles de Paúl et de Porto Novo. Le Sr. Eng. Orlando Delgado non seulement s’oppose, à juste titre, à la structure envisagée de ce nouveau pôle universitaire, mais suggère aussi que le Centre agricole Afonso Martinho (CAAM), situé à Povoação, dans le concelho de Ribeira Grande, serait "l’espace idéal" pour implanter l'ISCTASA rapidement, soit dès cet automne 2022. Dans les faits, la rectrice de l’UTA, Raffaella Gozzelino, a, elle, d’entrée choisi de fragmenter l'institut non pas sur un site, mais sur quatre. Cherchez l’erreur! C’est un non sens absolu. Le seul point "positif" ou "logique" de ce choix est en fait d'essayer de satisfaire les trois câmaras municipales de l'île et leurs dirigeants, afin de ne froisser personne. Ce n'est en rien "une idée de génie", tout au contraire, car, selon le projet actuel (dont on ignore s'il est définitif ou peut être encore discuté par les principaux intéressés), on aurait :

  • à Porto Novo: le centre administratif de l’ISCTASA
  • à Paúl: les cours théoriques (aúlas teóricas) 
  • à Ribeira Grande et à Porto Novo: les cours pratiques (aúlas práticas), respectivement au Centro agrícola Afonso Martinho (CAAM) et au quinta São João Baptista
Un campus devrait également s’ouvrir à Porto Novo, dans le cadre d’un accord entre le Ministère de l’éducation et la câmara de Porto Novo.
On le comprendra tout de suite, non seulement la câmara de Porto Novo essaie de tirer à elle l'essentiel de l'ISCTASA, alors que ses infrastructures ne sont pas équipées, mais plus encore, cette proposition administrative ne tient pas compte des réalités économiques et contingentes, comme le souligne très bien Orlando Delgado: "Avoir une université divisée sur trois municipalités impliquera immanquablement des problèmes de fonctionnement. L’UTA a fait cette sélection et a fini par présenter cette solution qui, à mon avis, connaîtra certaines difficultés d'exécution et un surcoût qui n'a aucun sens (Ter uma universidade dividido para os três concelhos vai ter, com certeza, problemas em termos de funcionamento. A UTA fez esta selecção e acabaram por apresentar esta solução que, a meu ver, terá alguma dificuldade e um custo adicional que não faz sentido)”. web)
 
Il ne faut pas être expert comptable pour comprendre que le coût structurel est fortement démultiplié avec la fragmentation des structures d'accueil sur plusieurs sites fortement distants. C’est une évidence. Porto Novo - Povoação, c'est 36 km de routes sinueuses et à 40 km/h en moyenne. Plus encore, est-ce que les dirigeants de l’UTA ont pensé aux étudiants et aux enseignants? Clairement, non! Ceux-ci vont devoir non seulement payer un logement à Porto Novo, mais aller suivre ou donner des cours théoriques à Paùl, à trente minutes en voiture (500 escudos l'aller - retour en transport public), ou des cours pratiques à Ribeira Grande à une heure de voiture (700 escudos l'aller - retour en transport public). Pour rappel, le salaire de base officiel au Cabo Verde est de 13'000 escudos par mois! Outre le temps perdu généré par ces déplacements, les frais de transport seront donc eux aussi démultipliés et, sans aucun doute, à la charge des étudiants déjà fort pauvres. Il faudra prévoir au moins trois cantines (une pour chaque site) ou un système de défraiement qui permette aux étudiants et aux enseignants de pouvoir se nourrir en fonction des sites sur lesquels ils évolueront. Si tel n'est pas le cas, les frais supplémentaires s'ajouteront au frais déjà consistants imposés par ces études supérieures (propinas ou taxes d'écolage, logement, matériels, etc.). Or, si le Gouvernement ouvre un Institut universitaire sur Santo Antão, c'est précisément à la requête des familles habitant l'île qui souhaitent ainsi diminuer au maximum les coûts générés pas ces études supérieures, en supprimant, en particulier, un logement supplémentaire sur une autre île (São Vicente  - Mindelo ou Santiago - Praia), où le coût de la vie est par ailleurs plus élevé, mais également en réduisant les frais importants de transports inter-îles. Un aller-retour en ferry entre Porto Novo et Mindelo, coûte 1'600 escudos, pour 45 minutes à 1h de traversée, suivant le bateau et la météo.
Cette décision de l’UTA, même si elle part d'une bonne intention de concordance, est donc simplement absurde et finalement irréfléchie. De la diplomatie malencontreuse, on dira!
Sachant, qui plus est, que les universités caboverdiennes privées, dont l’UTA, tout autant que l'UniCV publique, connaissent toutes des difficultés financières récurrentes importantes (il n’est pas rare que les salaires dans les universités locales soient versés avec plusieurs mois de retard), et que le Gouvernement est tout autant dans l’impasse financière avec un déficit de 150% du PIB et une situation de crise multi-sectorielle (pandémie de covid-19, guerre en Urkaine, inflation, etc.), on peut se demander quelle(s) logique(s) l’UTA et le Ministère de l’éducation suivent en proposant cette répartition multi-sites!
Plus encore, le domaine de l’agriculture, n’est pas un domaine scientifique comme les autres. Il ne s’agit pas de jouer avec les chiffres et les principes dans des bureaux ou des labos dédiés, comme en économie, en science pure ou en mathématique, ni d’écrire des rapports et des études comme en lettres, en droit ou en sciences de la communication sur de la littérature ou des événements. Non! L’agriculture, c’est le travail avec la Nature, avec des êtres vivants (végétal ou animal) et donc, l’enseignement et l’apprentissage de l'agriculture nécessite une présence physique régulière et active, soit un « être sur place », pour travailler la terre, étudier les évolutions, soigner les plantes ou les animaux, expérimenter de nouvelles techniques, de nouvelles semences, de nouvelles productions, etc. Il faut être là en permanence ou presque. L'étude agronomique ou zootechnique implique impérativement un "contact avec le concret" afin de focaliser l'attention sur les "apports du terrain, engageant et organisant les étudiants pour qu'ils observent les activités et pratiques de l'élevage sur leurs exploitations de stage, et cherchent ensuite à valoriser les informations récoltées". Alors comment, dans ce cas, feront les étudiants s’ils vivent à Porto Novo, étudient à Paúl et pratiquent le travail de terrain ("l'ingénierie de projet") à Ribeira Grande ET à Porto Novo?
Encore une fois: un pur non sens!
 
Le Centre agricole Afonso Martinho de Ribeira Grande (CAAM)
Comme Orlando Delgado, il nous apparaît clairement que le Centre agricole Afonso Martinho (photo ci-dessus) de Ribeira Grande est la meilleure proposition pour l’implémentation rapide et au moindre coût de l’ISCTASA. On pourrait, à la limite, accepter un pôle administratif à Porto Novo, pour que les responsables et les administratifs puissent jouir plus facilement des avantages de Mindelo, à une heure de bateau, et des attraits d’une vie moderne citadine. Pourquoi pas? Ce serait cependant favoriser l’égocentrisme propre du personnel dirigeant et administratif au détriment du bien commun et de l’intérêt général, soit le petit confort de quelques uns. Mais pourquoi pas? Par contre, il est impératif de:

  • Limiter les coûts structurels pour de multiples raisons: tout d’abord, que les coûts de fonctionnement de l’ISCTASA soit les plus faibles possibles; ensuite, que l’argent ainsi épargné serve avant tout à l’enseignement, à l’acquisition de matériels pour les plantations ou les élevages, mais plus encore à celui pour les analyses et les laboratoires, car si l’on veut que l’ISCTASA soit utile, réellement utile pour l’agriculture locale, nationale, voire étrangère, elle doit viser la recherche technique de l’étude des sols et de la biodiversité locale, afin d’apporter des solutions et d’éloigner les erreurs passées et actuelles, tout en optimisant les pratiques dans un but de résilience.
  • Concentrer en un lieu l’enseignement et la pratique, ainsi que l’habitation des étudiant(e)s et du personnel technique. Les enseignants, suivant la charge de cours imposée, peuvent, à la limite, habiter plus loin que les sites étudiés et cultivés, que les fermes d'élevage. Mais les étudiant(e)s, eux, doivent impérativement être à proximité immédiate de leurs « champs » d’étude, être au contact direct et quotidien avec la terre ou les animaux qu’ils étudient.
 
Pourquoi le Centre agricole Afonso Martinho (CAAM) plutôt qu'un autre? Plusieurs raisons:

  • Parce que, contrairement aux bâtiments mis à disposition par la câmara de Porto Novo, le lieu est déjà prêt et fonctionnel pour l’enseignement et l’expérimentation, comme l'ont confirmé plusieurs techniciens fin août 2021 déjà web). L’ingénieur agronome et ancien député, Odailson Bandeira, expliquait, pêle-mêle, que le CAAM "dispose d'une salle de conférence, de bureaux, de techniciens qualifiés, d'une cuisine, d'un dortoir, de champs d'essais, d'une banque de matériel génétique, d'une serre hydroponique pour la formation, d'une pépinière pour les légumes, d'une pépinière pour les arbres fruitiers, d’un centre de transformation agro-alimentaire, de laboratoires, d’une pharmacie vétérinaire (dispõe uma sala de conferências, gabinetes, técnicos qualificados, cozinha, dormitório, campos de ensaio, banco germoplasma, estufa hidropónica para formação, viveiro para hortícolas, viveiro para fruteiras, centro de transformação agro-alimentar, laboratórios, farmácia veterinária)".
  • Parce que l’agriculture sur Santo Antão est essentiellement dans des vallées (celles de Paúl et Janela, ainsi que le cratère de Cova, dans le concelho de Paúl; celles de Chã d’Igreja, Coculi, Corvo, Châ de Pedras, Figueiral, Xoxo, etc. dans le concelho de Ribeira Grande, ou encore celle de Ribeira da Cruz, Chã de Morte / Lagedo, Ribeira das Patas, Tarrafal de Monte Trigo et Monte Trigo, pour le concelho de Porto Novo). L’importance de ces vallées tient uniquement à l’abondance d’eau. Or, le concelho de Porto Novo est avant tout un désert où on cultive des pierres, des chèvres et peut-être un aéroport, au contraire de ceux de Ribeira Grande et Paúl, où l’agriculture est plus dynamique et productive. Donc il paraît logique que l’enseignement prodigué par l’ISCTASA soit au plus proche de là où on fait l’agriculture locale, dans les vallées à eau, et non dans des plantations forcées en plein désert (comme au quinta São João Baptista, qui, par ailleurs, à été remis à une entreprise privée et qui devra donc être "récupéré"), alors même que la sécheresse sévit depuis plus de 5 ans et que le concelho de Porto Novo est en grand déficit d’eau pour la population et pour l’agriculture. Si bien que le président de la cãmara de Porto Novo travaille assidûment et avec une insistance rare pour que les eaux de Santo Antão soient traitées par une seule structure centralisée (si possible à Porto Novo, où l’eau est pour l'heure désalinisée, avec tous les coûts énergétiques que cela engendre). Ainsi il pourra prendre de l’eau qu’il n’a pas à Paúl et à Ribeira Grande, pour les distribuer à la population grandissante de Porto Novo, ainsi qu'aux resorts à venir et aux innombrables élevages de chèvres qui maintiennent le désert sahélien, et ce, au détriment des habitants et des producteurs de deux autres concelhos qui possèdent la dite eau.
  • Le contact direct avec les agriculteurs et les éleveurs locaux est primordial pour comprendre les défis à relever, les calamités à endiguer (mil pès, chenille-cartouche du maïs, etc.), et proposer aussi, en parallèle, aux dits agriculteurs, d’essayer de nouvelles techniques (dont la permaculture qui cultive sur le sol et non dans le sol, et dont on sait aujourd’hui que c’est l’agriculture qui a le meilleur rendement, en particulier car sans aucun intrant ni machine agricole à énergie fossile, ainsi que cela a été montré par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), en France. Sur des données récoltées pendant plusieurs années dans une ferme modèle,  il est apparu qu'une ferme en permaculture de 1'000 m2 (plus 300 m2 de chemins, etc.), sans aucune machine à énergie fossile, produit autant qu'une ferme traditionnelle (avec culture du sol) de 10'000 m2 (soit un hectare), bio ou non web). Cela donne à réfléchir, d'autant plus lorsque l'on sait que la qualité nutritive des aliments ainsi produits est supérieure. Au Cabo Verde, où la terre cultivable est rare, c'est un plus certain. Par ailleurs, étudiants – enseignants ET agriculteurs - éleveurs volontaires pourront travailler en symbiose, en parallèle ou en commun, sur la résilience et le développement de la productivité agricole sur l’île, afin de transmettre les solutions trouvées in fine aux autres îles de l’archipel. L’ISCTASA ne doit en aucun cas être clos sur lui-même, mais s’ouvrir largement et généreusement sur l’extérieur, le monde agricole local qui pratique l’agriculture tous les jours. Une classe pratique à Porto Novo est trop excentrée de là où l’on produit concrètement les fruits, les légumes, les céréales et autres légumineuses. Les étudiants seront en ville et non à la campagne, dans les champs, à se salir les mains avec la terre, à être au contact réel avec la biodiversité, animale ou végétale. Ils seront moins aptes à comprendre les techniques ancestrales utilisées (qui ont leur raison d’être par l’expérience de dizaines de générations successives qui ont pu expérimenter tout à loisir), à communiquer avec les agriculteurs d’aujourd’hui, à imaginer des solutions, à proposer des expérimentations ou de nouvelles techniques moins énergivores, plus productives, plus adéquates à la situation actuelles de l’agriculture et du climat changeant. En ville, à Porto Novo, les étudiants n’auront de la pratique que les bases dispensées une ou deux fois par semaine sur un site pratique restreint. En les impliquant directement dans le milieu, ils pourront être plus conscients des challenges et des besoins, de la réalité des choses, et des résultats positifs ou négatifs. Leurs travaux de recherche (rapports de stage, mémoires de licence ou de maîtrises, ou thèses de doctorat) et leurs expériences pratiques s'en ressentiront positivement.
  • Le CAAM est déjà un centre important pour l’analyse physico-chimique et écotoxicologique du grog (le rhum local fabriqué à partir de la canne à sucre), et à terme de l'eau. La canne à sucre est, elle, de facto, l’une des principales cultures agricoles de l’île qu’on trouve essentiellement dans les concelhos de Ribeira Grande et Paúl.
  • Il est vrai que le concelho de Paúl (qui ne signifie pas le concehlo de saint Paul, mais le concelho luxuriant) est d’une part "au centre", entre Porto Novo et Ribeira Grande, qu’il est beaucoup plus riche en eau et donc verdoyant, que la production agricole y est abondante et généreuse, qu’il possède en plus l’Institut botanique dans le premier site touristique de l’île:  le cratère de Cova, et donc, il aurait toute légitimité à prétendre accueillir l’ISCTASA. Mais le centre et le campus serait à construire ou à adapter dans des locaux existants, tout comme à Porto Novo.
Au regard de cela, il apparaît clairement que situer, aujourd’hui, l’ISCTASA au CAAM est la meilleure et la plus logique des propositions. Avec le temps, l’UTA et le Ministère de l’éducation pourront toujours revoir la copie et avancer sur d’autres sites ou projets plus spécifiques. Mais pour une ISCTASA opérationnelle, suffisante et de qualité, susceptible de pouvoir accueillir, dans des délais extrêmement courts, la première session 2022-2023, et ce, au moindre coûts, aucun site n’est plus propice que celui du Centro agrícola Afonso Martinho de Ribeira Grande.


Pourquoi favoriser la permaculture plutôt que l'agriculture conventionnelle ou l'agriculture traditionnelle BIO au Cabo Verde?
C'est une question légitime qui doit être posée. L'agriculture conventionnelle (celle des multinationales de l'agro-business et des OGM) à l'immense avantage d'être quantifiable en amont. Lorsqu'un exploitant agricole, qui attend un rendement toujours supérieur et vise le seul profit (en opposition à l'agriculteur ou à un paysan plus attentif à la terre, à la qualité du produit) sème des semences sur un terrain généralement de plusieurs dizaines, voire centaines d'hectares, grâce aux expertises et études des multinationales de l'agro-business, il sait approximativement ce qu'il va récolter. La météo et les cataclysmes climatiques (tempêtes, grêle, canicules, etc.) peuvent certes fortement changer la donne, mais en général, l'estimation avancée est correcte. Plus encore, il sait également quelle quantité de produits phytosanitaires (issus du pétrole) il doit utiliser chaque jour, chaque semaine, etc., car les mêmes entreprises qui lui vendent ces produits, lui transmettent les données et les quantités à utiliser chaque jour, en fonction de la météo. Pour les politiciens et les administrations publiques, les bénéfices de pouvoir savoir à l'avance la production a un très net avantage: prévoir. C'est, en plus de l'emploi et des entrées fiscales, la raison principale de l'attachement des politicien(ne)s, généralement issu(e)s des Trente glorieuses, période où la consommation n'avait que des avantages, que l'on retrouve à la tête des gouvernements, des ministères, des parlements actuels. Mais ce genre d'agriculture aujourd'hui est totalement remise en cause par les jeunes générations et les populations, car elle ne tient absolument pas compte de la biodiversité (qu'elle a anéanti à vitesse grand V), de la dégradation des sols (en février 2022, la FAO a rendu un rapport selon lequel elle estime que ce sont "près de 70% des sols européens qui sont dégradés" (web), de l'épuisement des ressources (en eau, en pétrole, etc.), de l'impact sur le réchauffement climatique, aujourd'hui inévitable. Dans le rapport de l'ONU paru fin avril 2022, intitulé Global land outlook. Land restauration for recovery and resilience, le constat est extrêmement clair: "À l'échelle mondiale, les systèmes alimentaires sont responsables de 80 % de la déforestation, de 70 % de l'utilisation de l'eau douce et sont la principale cause de perte de biodiversité terrestre. Dans le même temps, la santé des sols et la biodiversité souterraine - la source de presque toutes nos calories alimentaires - ont été largement négligée par la révolution agro-industrielle du siècle dernier (Globally, food systems are responsible for 80% of deforestation, 70% of freshwater use, and are the single greatest cause of terrestrial biodiversity loss. At the same time, soil health and biodiversity below ground – the source of almost all our food calories – has
been largely neglected by the industrial agricultural revolution of the last century)." (web) Par "la révolution agro-industrielle du siècle dernier", il faut simplement comprendre "par l'agriculture conventionnelle de la Révolution verte". Merci Bayer-Monsanto-ChemChina, Dupont, Syngenta, Novartis and Co, et tous les accords de libre-échange étatiques ou, en Europe, des PAC, toujours favorables à ce genre d'agriculture intensive et destructrice! Le dit rapport onusien de poursuivre: "La restauration des terres est une responsabilité partagée - chacun a un rôle à jouer car chacun a un intérêt dans l'avenir. Les gouvernements, les entreprises et les collectivités peuvent restaurer ensemble en recherchant la convergence et la complémentarité. Les priorités environnementales et de développement peuvent être gérées de manière responsable pour créer une mosaïque d'utilisations des terres plus saine et plus durable sans compromettre les besoins et les aspirations des générations actuelles et futures (Land restoration is a shared responsibility – everyone has a role to play because everyone has a stake in the future. Governments, businesses, and communities can restore together by seeking convergence and complementarity. Environmental and development priorities can be responsibly managed to create a healthier and more sustainable mosaic of land uses without compromising needs and aspirations of current and future generations)".
La culture traditionnelle BIO va dans ce sens. Mais si elle rejette les intrants chimiques, elle maintient la culture du sol (les labours) et donc, quoique dans des proportions nettement moindre que l'agriculture conventionnelle, une diminution de la biodiversité (des sols tout du moins) et une augmentation de l'érosion. Cependant, elle a l'avantage de proposer des aliments plus sains, de meilleure qualité nutritionnelle, de malgré tout mieux respecter l'environnement, de moins participer au changement climatique et de pouvoir être rentable, même sur de petites parcelles.
La permaculture, elle, rejette tout travail du sol (les labours) et tout intrant chimique. Elle préconise que les sols soient couverts de végétation en permanence afin d'éviter leur érosion due aux pluies et aux vents, mais également de laisser le vivant (les bactéries, les champignons, la micro-faune...) faire son travail. Pour cela, elle s'inspire du modèle de la forêt qui est le modèle optimum pour les plantes et la bio-diversité, en particulier dans les zones tempérées où, si on laisse un champ en friche, il finit immanquablement par redevenir une forêt. Enfin, elle est particulièrement adaptée aux petites surfaces agricoles, car elle n'emploi aucune machine à énergie fossile. Tout se fait uniquement à la main.
On commence à comprendre pourquoi le Cabo Verde doit privilégier ce genre de culture, de manière progressive et ordonnée.
Mais reste à savoir pourquoi le Cabo Verde doit viser la résilience au niveau agricole (agriculture et élevage). On peut synthétiser la situation comme suit:
  • 80% de la nourriture au Cabo Verde est importée (web). Donc, le Gouvernement actuel et les suivants doivent impérativement développer les techniques agricoles qui permettent d'améliorer concrètement la sécurité alimentaire du pays. La dernière grande famine y remonte à moins de trois quarts de siècle! (web)
  • Avec la pandémie de Covid-19 qui a paralysé l'économie mondiale, la guerre en Ukraine qui a fait flamber les prix des denrées alimentaires, des produits de première nécessité et des carburants, on voit bien que l'approvisionnement de l'archipel est constamment "à risque". Pour être franc et réaliste, le Cabo Verde ne peut exister sans aide massive étrangère. Et nul ne sait quelle sera la prochaine pandémie et son impact, ni même la prochaine guerre, sans parler du changement climatique. Donc, il est impératif que le peuple caboverdien et le monde politique qui le gouverne fassent en sorte d'utiliser au mieux les ressources disponibles, mêmes si celles-ci sont modestes (web). Plus l'agriculture du pays sera résiliente, moins la population souffrira des aléas des politiques mondiales et des marchés financiers. La permaculture est la plus adéquate des agricultures en ce sens pour le Cabo Verde. Elle a pour but de respecter l'environnement et donc lui permettre de se reconstituer. La Nature par chance est fortement résiliente, pour autant qu'on ne l'ai pas complètement détruite.
  • L'eau est un des problèmes majeurs de l'agriculture de l'archipel. Si on privilégie l'agriculture conventionnelle et en particulier les OGM, il faudra toujours plus d'eau, donc de centrales de désalinisation, donc d'énergie. Or, l'énergie est un autre problème majeur auquel doit faire face le Gouvernement aujourd'hui déjà. Le Cabo Verde a atteint les limites financières de ce qu'il peut importer en matière d'énergie fossile. Le développement progressif de l'énergie solaire ou éolienne est un pas en avant, mais n'est de loin pas suffisant pour subvenir aux besoins croissants. D'après les informations transmises à l'ONU, le gouvernement caboverdien souhaite atteindre plus de 50% d'énergie renouvelable d'ici à... 2030 (web). Mais cela reste un souhait. Ce n'est de loin pas une réalité. Aussi, on voit bien que la solution n'est pas pérenne. L'agriculture hors-sol, qui voudrait remplacer l'agriculture conventionnelle et maintenir l'hégémonie de l'agro-business, n'est pas acceptable non plus, car elle est gourmande en énergie et surtout produit des denrées à très faible valeur nutritive, essentiellement car l'agro-business préfère l'aspect visuel, vendeur, à la qualité gustative, donc nutritionnelle (les deux vont de pair) des produits. Les hybrides pourraient mettre en avant l'apport nutritionnel, mais ce serait au détriment de l'aspect calibré ou de la résistance au transport, donc contraire à la santé du marché mondial. De son côté, l'agriculture BIO, associée au goutte-à-goutte fortement développé actuellement par le Gouvernement, pourrait convenir, mais comme on vient de le voir, elle ne permet pas une régénération des sols et de la biodiversité. La permaculture, elle, nécessite moins d'eau, car elle travaille en bonne partie avec un renouvellement régulier de matière organique "fraîche". Les "planches" de 1,20 m de large environ, espacées de passages de 30 cm pour éviter le tassement du sol, sont en effet composées de matière organique, parfois empilés sur le modèle des lasagnes, suivant l'approche de Patricia Lanza (web), qui doit être décomposée progressivement (web). Dans le cas du Cabo Verde, les sols ont été fortement dégradés au cours des siècles par des cultures peu variées et répétitives, peu d'apports d'engrais (naturels ou chimiques), sans oublier une forte érosion due à la mise à nu systématique des sols. Très souvent, les caillous sont rois. Rares sont les endroits où l'on trouve de l'humus en quantité suffisante. Notons que la mode de la permaculture actuelle est associée à la structure en forme de butte qui, suivant les modèles prônés par Philip Forrer ou Emilia Hazelip, comprennent en leur base des morceaux de gros bois qui doivent lentement transmettre l'eau qu'ils contiennent aux plantes qui poussent sur la planche. Or, cette approche ne vaut que dans des cas de forte dégradation des sols ou des pays très sec, comme c'est le cas dans le Sahel ou au Cabo Verde en général. Mais elle peut s'avérer contre-productive pour le simple fait de la chute du taux d'oxygène que le bois peut provoquer par l'activité des micro-organismes décomposeurs, donc "un risque accru d'acidification et d'hydromorphie, ce qui n'est pas favorable ni à l'activité biologique ni à la fertilité". Grosso modo, il faudrait, dans l'idéal, suivre le modèle de la forêt, soit une superposition de couches de matière organique régulièrement rafraîchies par une nouvelle chute de feuilles. La règle de base, en permaculture, reste: ne jamais enfouir de la matière organique dans un sol, mais la déposer sur le sol afin "qu'elle puisse être transformée en humus par les organismes de surface avant d'être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines des arbres pour se nourrir" (web). Donc le système ainsi créé est pérenne, pour autant qu'on respecte scrupuleusement le "paillage", soit le fait de couvrir continuellement le sol de la planche pour éviter l'évaporation et l'enrichir régulièrement de nouveaux éléments organiques. C'est la seule véritable contrainte. L'adjonction de bois doit être faite avec précaution et après mure réflexion, en fonction des situations.
  • Les cultures au Cabo Verde sont essentiellement effectuées sur des terres en pente, à forte déclivité, que les générations antérieures ont patiemment restructurées sous forme de terrasses qui, cependant, se perdent aujourd'hui faute d'entretien. Les surfaces cultivées sont donc de petite, voire très petite taille. Les machines agricoles à combustion fossile ne servent à rien, car trop lourdes, trop grandes, inadaptées, etc. Par ailleurs, les murs de ces terrasses doivent être entretenus régulièrement sous peine de s'ébouler, en particulier à la suite des pluies torrentielles de la saison des pluies (fin de l'été et automne au Cabo Verde). La permaculture, en maintenant en permanence une couverture herbacée, favorise le maintien des murs et de la terre, et évite l'érosion très active des sols durant la saison des pluies (web). Elle est aussi la plus appropriée pour les petites surfaces comme les terrasses caboverdiennes.
Pour toutes ces raisons, la permaculture est le type d'agriculture à privilégier dans l'archipel, car elle est favorable à une agriculture résiliente et une sécurité alimentaire optimisée, nécessitant peu de travail des sols et d'apports, en particulier d'eau et d'engrais.

Enseignement et recherches à l'ISCTASA: une question de choix!
Au vu de tout ceci, reste la question des axes à choisir pour un enseignement de qualité et une formation d'ingénieurs agronomes ou de technicien(ne)s qualifié(e)s utiles au développement du pays.
Un institut universitaire se doit non seulement de former les générations futures, mais également de faire de la recherche pratique. Dans le cadre de l'agriculture, les possibilités sont quasi infinies. Alors quelles recherches, quels pôles devraient activer et développer l'ISCTASA?
Inutile de dire que les lobbies de l'agro-alimentaire, voire de la pétrochimie, viendront proposer de l'argent pour des chaires universitaires visant la poursuite du modèle de la Révolution Verte, l'agriculture conventionnelle, favorisant les intrants chimiques (issus du pétrole), tels que les herbicides, fongicides, pesticides et engrais chimiques, voire les techniques OGM ou apparentées. Ce serait un choix extrêmement préjudiciable et critiquable. Les Caboverdien(ne)s le comprendront mieux que quiconque: mieux vaut être libre et pauvre que bien doté et tenu par des chaînes!
Aujourd'hui, comme le déclare le rapport de l'ONU, il n'y a plus aucun doute sur la nocivité de l'agriculture intensive conventionnelle sur les sols et la biodiversité, et sur le fait qu'elle ne nourrit pas la planète. Son but premier est de favoriser la richesse, l'argent. C'est un fait et non une idéologie gauchiste, n'en déplaise à certains lobbyistes qui doivent fulminer en lisant ces lignes. En effet, d'après la FAO, l'agriculture "multinationale" ne nourrit pas la planète, contrairement à ce que celle-là affirme par l'intermédiaire des dits lobbyistes. C'est l'agriculture paysanne ou traditionnelle, généralement faite par des femmes, qui représente à elle seule plus de 70% de la production alimentaire mondiale (web). Plus encore, d'après une étude scientifique récente, une agriculture 100% biologique pourrait nourrir la planète d'ici à 2050 (web). Mais il faut du temps pour effectuer le changement. Les révoltes au Sri Lanka de cette semaine montrent à quel point il faut entreprendre le changement avec intelligence et réflexions. On n'entre pas dans une agriculture BIO en un an comme l'a imposé le gouvernement sri-lankais. D'où la colère des paysans qui sont pourtant en faveur du BIO. Il faut du temps pour modifier les comportements, les gestes, les mentalités. Pour le reste, dans les faits, l'agriculture conventionnelle ne sert qu'à engraisser les boeufs et les moutons, pour que les populations des pays riches puissent manger plus de viande, si possible chaque jour. Or, les Caboverdiennes le savent bien: il n'est pas nécessaire ni utile de manger de la viande tous les jours. Si vous avez des doutes, regardons les plats principaux cuisinés traditionnellement par les femmes caboverdiennes pour leur famille:
  •  la catchupa: un plat à base de maïs et de haricots secs, cuisiné avec de la viande ou du poisson, voire végétarien, suivant ce qui est disponible dans les placards et les frigos. Mijotée longuement durant la journée, la catchupa est servie le soir sous forme de soupe. Puis, le lendemain, le liquide étant absorbée, on la sert revenue à la poêle, au petit-déjeuner ou à la collation de 10h pour les ouvriers avec, généralement, un oeuf au plat
  • la feijoada: un plat à base de haricots secs et généralement de chorizo ou de poulets, que l'on sert avec du riz
  • les lentilles: un plat à base de lentilles sèches et généralement de chorizo ou de poulets, que l'on sert avec du riz
La viande n'est pas l'ingrédient principal ni essentiel. Si on y trouve du poulet ou du chorizo ceux-ci sont en très petites quantités pour donner du goût ou un peu de texture. Les ingrédients principaux sont... les légumineuses et les céréales (web). Or, pour autant qu'on y ajoute le riz (ce qui est toujours le cas au Cabo Verde, le riz remplace le pain français), les légumineuses ont un apport nutritif équivalent à celui du boeuf, en particulier en acides aminés essentiels (web). Donc les Caboverdiennes ont très tôt compris comment bien se nourrir sans viande (web).
Par ailleurs, en ces temps complexes de changement climatique dynamique et problématique, les OGM et l'agriculture "multinationale" s'avèrent non résilientes. Elles sont incapables de s'adapter rapidement et efficacement aux changements climatiques. Pire, par la détérioration des sols qu'elles provoquent et la destruction massive de la biodiversité, elles entraînent une croissance des nuisibles (végétal ou animal) et donc, l'emploi toujours plus important d'intrants qui s'avèrent dès lors dangereux pour l'humain. On retrouve des pesticides dans tous les aliments aujourd'hui, ce qui est un problème majeur de santé publique puisqu'il vient d'être montré, fait étonnant, que les pesticides sont cause d'obésité chez l'humain et favorise le diabète de type 2, comme l'a expliqué, en 2018, le Centre européen d'étude du diabète, le CEED (web).
Il faut donc, comme on vient de le voir et suivant les recommandations de l'ONU, regarder vers d'autres horizons, plus respectueux de l'environnement, mais surtout plus en adéquation avec les "techniques" offertes par la Nature, que l'humain n'a pas égalées à ce jour. Rien n'est plus productif et qualitatif que les forêts. Un fruit récolté en forêt est beaucoup plus nutritif qu'un même fruit cultivé en plein champ, qui les plus que celui cultivé en hors sol ou sous serre. Et c'est de ce constat que part la permaculture comme l'explique très clairement Philip Foweb), un des chantres de ce type de culture sur le sol. La permaculture promeut le non travail absolu des sols qui implique le retour du vivant, en particulier des vers de terre, indispensables à leur aération, ainsi que les réseaux de champignons indispensables au développement des plantes (voir illustration ci-dessus, - web).

Aussi, pour nous, les cours de l'ISCTASA doivent viser les axes suivants:
  • Outre une formation générale en agriculture et biologie végétale - animale, elle doit axer son travail principalement sur la résilience de l'agriculture locale qui passera impérativement, considérant les ressources disponibles, par la permaculture. Il n'y a pas d'autres choix possibles à moyen et long terme au Cavo Verde si on veut des résultats probants à moindre coûts. A court terme, l'agriculture conventionnelle pourrait fonctionner, mais détruira définitivement toute vie sur les terres agricoles caboverdiennes qui deviendront dès lors un immense désert inhabitable, car même les eaux de sources seront polluées par les intrants et autres produits chimiques, et toute l'alimentation, voire l'eau, devra être importée, ce qui n'est pas tenable pour un pays, ne serait que financièrement ou politiquement. Notons enfin qu'au Cabo Verde, il n'existe pas de stations d'épurations. Le "tout à l'égoût" local n'est rien d'autre qu'un "tout à l'océan".
  • De toute urgence, un état des lieux de l'état des sols sur Santo Antão est à faire (web). Afin de pouvoir avoir une idée des possibilités agricoles, il est en effet nécessaire de savoir comment se portent les bactéries, les champignons, la micro-faune partout où la terre est cultivée (web), mais aussi si les sols sont argileux, sablonneux, calcaires etc. Une fois ce portrait précis dressé, alors seulement, il pourra être décidé quelles approches expérimenter, développer, avec quel(s) moyen(s), etc. De plus, d'une manière générale, les agriculteurs caboverdiens considèrent tous les insectes (ou presque, on pense aux abeilles) comme des nuisibles susceptibles de ruiner leur travail. Or, il n'en est rien. Les insectes, en particuliers les vers de terre, les cloportes, les baratas ou cafards, sont indispensables à la fertilisation des sols (pdf). C'est pourquoi une étude préalable de l'état des lieux doit impérativement être faite en amont de toute recherche pour savoir où on en est concrètement aujourd'hui (web).
  • L'eau doit être un autre axe de recherche, car elle est rare et la multiplication des centres de désalinisation n'est pas souhaitable considérant la quantité d'énergie considérable qu'ils ingurgitent. Mais également, on l'oublie trop souvent, le rejet de la saumure dans l'océan, dont on ignore totalement l'impact à court, moyen et long terme. Une étude parue en janvier 2019 dans la revue Science of the total environment (web), menée par Edward Jones et son équipe, estimait que "les près de 16'000 usines en activité rejettent chaque jour 142 millions de m3 de saumure, 50% de plus qu'on ne l'estimait jusqu'ici: de quoi couvrir la Floride de 30 cm en un an!" web). En moyenne, pour 1 litre d'eau pour la consommation humaine traitée par une usine de désalinisation, on rejette 1,5 litre de saumure! Or, au Cabo Verde, 80% de l'eau consommée par la population provient déjà de la désalinisation. Elle coûte en énergie 4 kWh par m3, soit une très grande consommation d'énergie essentiellement fossile, qui imposera forcément des limites financières (web). Aussi, ces usines ne doivent pas être vues comme une solution technologique pour lutter contre le problème toujours croissant de manque d'eau, mais comme une aide, un supplément à d'autres approches moins nocives pour l'environnement et les finances publiweb). Pour économiser l'eau, le Gouvernement caboverdien (un bon point pour lui) développe massivement le goutte-à-goutte (en tout cas sur Santo Antão). L'eau n'est ainsi plus gaspillée comme dans l'agriculture traditionnelle qui irriguait un terrain pendant deux ou trois heures, à grandes eaux, impliquant une très grande déperdition d'eau par évaporation. Par contre, il entend cette année multiplier les forages pour puiser l'eau dans les nappes phréatiques (web). C'est un exercice dangereux, car que se passera-t-il lorsque ces nappes ou sources seront épuisées, d'autant plus si c'est pour l'agriculture et l'élevage et non pour la consommation humaine? Il pourrait et devrait plutôt développer la captation des sources d'eau douce qui se perdent dans la mer. Là, le potentiel pourrait être intéressant et on ne toucherait pas aux ressources en eau, mais au "trop plein". Il ne faut jamais oublier que proposer de grandes quantités d'eau à l'agriculture, c'est entraîner de facto un gaspillage. Or la ressource eau est précieuse!
  • On la vu, la permaculture prône la couverture constante des sols. Le "paillage" (web), qui vient du recouvrement du sol par l'application de la paille, soit la tige des céréales (blé, avoine, seigle, orge, etc.) après la récolte, en est la base. Or, au Cabo Verde, pas de culture de céréales, le maïs mis à part, ni d'herbes de tonte qui fait un bon complément de paillage. Mais, en revanche, sur l'île de Santo Antão, on dispose d'une grande quantité de fibres de canne-à-sucre, la bagasse, après récolte de la mélasse utile à la fabrication du grog. Grosso modo, à partir d'une tonne de canne à sucre, on obtient entre 250 et 320 kg de bagasse. Autres plantes: les bananiers qu'on retrouve à foison dans toutes les vallées à eau. Ceux-ci sont en effet coupés une fois le régime de bananes récolté. L'ISCTASA pourrait donc étudier l'intérêt et l'apport des ces types locaux de "paillages", en expérimentant différents degrés de broyage des fibres de canne-à-sucre ou des feuilles de bananier (grossier, moyen, fin, poudre etc.). Voir, également, si les troncs de bananiers ne pourraient pas jouer le même rôle que les billes de bois posées à la base des "planches" en forme de butte, à même le sol. On pourrait encore considérer la sciure de bois récupérée, par exemple, chez les menuisiers, pour autant que le bois ne soit pas traité, etc. Les investigations possibles sont nombreuses et essentielles pour une optimisation de la permaculture adaptée aux conditions climatiques et géologiques de l'archipel. Notons, par ailleurs, que l'emploi de compost s'avère contre productif pour ce type d'agriculture, pour la simple raison que dans le compost l'essentiel de la décomposition est déjà effectuée. Or, la permaculture, c'est l'emploi de la décomposition des matières organiques pour l'alimentation des plantes.
  • L'agroforesterie ou les forêts fruitières peuvent et doivent être un autre champ d'étude par la richesse qu'il apporte en matière de culture   (web). Contrairement à la croyance populaire locale, les arbres ne nuisent pas à l'agriculture en prenant l'eau utile aux semences, mais permettent non seulement de développer l'humidité d'une zone (par la captation par exemple de l'eau des nuages, dans les montagnes, et l'humidité des sols, par la remontée de l'eau souterraine (web)). Pour informer les paysans incultes qui pensent que les acacias sont néfastes, il faudrait juste leur expliquer que les acacias ont le pouvoir extraordinaire de fixer l'azote, donc de favoriser le développement des plantes, eh oui! C'est de la pure inculture! Plus encore, la taille annuelle d'un arbre ou d'un arbuste provoque un stress qui se répercute immédiatement, par ses racines, à toutes les plantes environnantes. Ce stress stimule en fait la croissance. Aussi, le taillage annuel des arbres favorise la pousse des plantes voisines. On pourrait aussi, pour augmenter la résilience de cette permaculture, planter des arbres dont les fruits sont riches en protéines et en lipides. On pense immédiatement aux fruits à coque. Les noix sont très nourrissante et permettent entre autre de fabriquer de l'huile. Les châtaignes, toutes aussi nourrissantes, peuvent être transformées en confiture ou en farine ayant un fort taux de conservation. On pourrait encore parler des noisetiers, des néfliers, etc. Ces arbres résistent bien à la chaleur (on en trouve en Ardèche, en Isère, en Corse ou dans le Cantal sud, en France, où le climat est chaud et sec en été) et pourraient probablement fort bien s'acclimater sur des îles montagneuses comme Santo Antão, São Nicolau ou Santiago. Quid des oliviers (qu'on trouve cultivés dans les pays du Sahel, mais pas au Cabo Verde, lui-même inclus dans la zone sahélienne). Ou encore des vignes, dont on imagine très bien le potentiel économique, mais qui s'avère être une culture difficile, car très sensible aux maladies. Quoi qu'il en soit, pour conclure sur l'importance des arbres sur le climat, il suffit de prendre l'exemple de la Fondation Terra, dans la Vale do Rio Doce, au Brésil (web), créée par le photographe franco-brésilien Sebastiõ Salgado et sa femme Lélia Deluiz Wanick Salgado. Leur projet est un exemple parfait de l'impact que peut avoir la plantation d'arbres, comme le montre le montage photographique "avant-après" sur le site web de la Fondation web - en portugais). En à peine dix ans, la savane quasi aride de la Mata Atlântica où ils vivaient est devenue une terre arborée riche en eau. Wim Wenders relate, en image, cette évolution des terres dans la dernière partie de son film Le sel de la Terre  (2014).
  • Les "pragas" ou les calamités provoquées par les insectes sur l'agriculture locale sont connues. La plus nuisible sur Santo Antõ est celle des mil pés (Banderemica caboverdus, anciennement Spinotarsus caboverdus) qui sont à l'origine du blocus imposé depuis plus de 40 ans à l'île de Santo Antão, qui ne peut exporter sa production agricole que sur São Vicente, l'île voisine, elle même atteinte de ce fléau. Or, l'approche des ces mil pés a été erronée au départ. On a pensé qu'il suffirait de trouver le bon pesticide pour régler le problème. Or, plusieurs pesticides se sont avérés efficaces, mais, car il y a un mais, le mil pés vivant dans des zones humides, l'emploi intensif de ces pesticides risquerait d'avoir des effets négatifs sur l'eau et la santé humaine. D'où l'impasse... Les Serviços de protecção vegetal da direcção-geral de agriculture, silvicultura e pecuária (DGASP) sont conscients du problème et se sont lancés dans des recherches de bio-écologie des mil pés., pour l'heure sans résultat web). Les questions principales, outre celle de savoir d'où vient cet insecte (on l'ignore encore aujourd'hui), sont: qu'est-ce qui a provoqué la prolifération de cet arthropode invasif et surtout quel(s) serai(en)t ses potentiels prédateurs. En cherchant la cause de sa prolifération et en analysant pourquoi les prédateurs naturels ne sont pas au rendez-vous et quel(s) type(s) de prédateurs pourraient être efficaces, on trouverait déjà un début de solution. Si les mil pés ont pris autant de place, c'est que la dite place était libre et qu'ils n'avaient rien à craindre! Il en va de même de la chenille-cartouche du maïs qui fait des ravages sur l'île de Santo Antão depuis quelques années. C'est ce genre de recherches qui seraient utiles à l'agriculture locale et qui pourrait être développées par l'ISCTASA, en collaboration avec des instituts publiques tels que les DGASP, ou des associations indépendantes, locales ou étrangères, actives sur l'île, telles l'Associação para a defesa do património de Mértola (web), du Portugal, ou la Missão da expertise France (web). Et vu qu'on avance la permaculture comme solution viable pour l'agriculture caboverdienne, il serait intéressant d'étudier comment se comportent les mil pés dans les planches de permaculture. Vont-ils se développer et ruiner les efforts ou, au contraire, vont-ils être limités par la concurrence, voire l'apparition d'un prédateur ou d'un parasite?
  • Les engrais naturels pourraient être encore un autre centre d'intérêt et de recherche. Nous avons parlé de l'urine, ressource naturelle, gratuite et inépuisable, mais aussi du guano de poule. On pourrait envisager d'utiliser celui de l'élevage de poulets de Mindelo et voir comment l'appliquer dans l'agriculture locale, dans quelles proportions, avec quels résultats, pour quels types de cultures. Les déchets de poisson pourraient être un autre engrais accessible de manière abondante et à peu de frais, avec par exemple les industries Frescomar de Mindelo ou celle de la Sucla, à São Nicolau. Ou, plus traditionnelle au Cabo Verde, la pulghère dont les graines permettent d'obtenir de l'huile, mais également un engrais autrefois exporté en Europe, et dont la culture ne nécessite que peu de travail tant la plante est acclimatée aux îles montagneuses de l'archweb). En conclusion, l'ISCTASA doit avoir comme objectif de trouver et développer des solutions locales pour des problèmes locaux en tout premier lieu, et ce, aux coûts les plus faibles.
  • Le choix des cultures et des semences: en regardant ce qui était cultivé dans les temps anciens (tels les melons qui étaient exportés du Cabo Verde vers le Portugal, mais aussi la pulghère, le café ou les bananes), on peut envisager de redémarrer ou développer ce genre de cultures, mais suivant des procédés modernes. Les figues de barbarie seraient aussi une culture de premier choix dans des zones désertiques comme le sud de Porto Novo. En effet, la culture en est simple, peu coûteuse en eau et en travail. Les fruits peuvent servir à l'alimentation, mais plus encore les graines sont à la base d'une huile très rare et très recherchée dont le litre tourne autour des 1'000$ actuellement sur le marché cosmétiques. En effet, il faut 1 tonne de fruits (1'000 kg) pour produire 1 litre d'huile (web). Quoi qu'il en soit, le choix des semences est lui aussi primordial et doit faire l'objet d'études combinées avec le travail des agriculteurs et paysans locaux. Il faut avant tout privilégier les semences dites "paysannes" au détriment des semences hybrides ou OGM, car elles sont réutilisables. Les agriculteurs peuvent, en effet, utiliser une partie de la récolte pour les semis de l'année suivante. Les semences hybrides vendues par l'industrie agro-alimentaire sont toujours stériles, donc utilisables qu'une seule fois. Elles nécessitent donc un achat annuel auprès des fournisseurs, achat qui nuit fortement à la rentabilité des fermes agricoles. Pire, les OGM nécessitent toujours plus d'intrants que ce soit les engrais chimiques ou les pesticides, fongicides et autres herbicides, qui sont de plus en plus appliqués en cocktail sur les cultures, sans que l'on ne connaisse l'impact réel sur la santé humaine. Un retour aux semences pionnières, paysannes, est nécessaire pour la pérennité des entreprises agricoles de l'archipel (de petites ou très petites tailles), mais également et surtout pour la résilience de l'agriculture de l'archipel. L'agriculture du Cabo Verde doit être la plus indépendante des industries agro-alimentaires et des marchés financiers possible. Par ailleurs, les semences traditionnelles s'adaptent beaucoup plus facilement aux variations climatiques (grâce à l'hybridation naturelle en particulier) et ne sont pas limitées dans leur utilisation dans le temps. Elles sont aussi plus riches nutritivement et qualitativement. Elles n'ont pas pour vocation de produire des denrées destinées au marché mondial, résistantes aux frigos et aux transports, ni non plus devoir répondre à un calibrage standardisé d'après un cahier des charges aberrant.
  • Enfin, l'agriculture et son développement peut également servir à l'industrie et au tourisme. On pense par exemple aux teintures naturelles. Celles-ci étaient très utilisées par le passé, mais ont été complètement délaissées depuis. Or, l'ISCTASA pourrait permettre un nouvel essor de ces teintures naturelles, à partir de lichens et de plantes locales. En collaboration avec les personnes âgées, dont quelques unes ont encore en mémoire les pratiques et les techniques utilisées, on pourrait envisager une section qui développerait la recherche en ce sens, afin d'une part, de promouvoir la culture des dites plantes, mais aussi leur transformation en teinture, puis en objets manufacturés vendus dès lors dans les circuits touristiques, comme artisanat local respectueux de l'environnement.
Ce ne sont là que quelques pistes. Il en existe d'autres (plantes médicinales, plantes endémiques, plantes aromatiques (lavandes, thym, romarin, laurier...), etc.), mais pour l'ouverture de  l'ISCTASA peut-être faut-il se focaliser sur quelques unes, les plus essentielles et les plus utiles à la population et à l'industrie ou l'artisanat local.
L'important, d'après nous, est que l'ISCTASA prenne bien en compte les changements idéologiques actuels véhiculés par le changement climatique et les préconisations du GIEC et de l'ONU, ainsi que les attentes de la population, en particulier les jeunes qui se veulent, dès à présent, plus respectueux de l'environnement et plus attentifs au monde dans lequel ils vivent. Autrement dit,  l'ISCTASA doit enseigner et développer la recherche dans des secteurs hors énergies fossiles, donc peu énergivores, ce qui implique une distanciation volontaire et concrète avec les multinationales de l'agro-alimentaire. La permaculture est indéniablement la culture de demain. Elle est pérenne, simple, efficace, peu énergivore, respectueuse de l'environnement et de la santé humaine et, important, productive.
Plus encore, l'ISCTASA doit impérativement collaborer avec les agriculteurs et les éleveurs locaux, les impliquer dans les projets de recherche, sous peine de voir les résultats de ces mêmes recherches et autres expériences vouées aux placards de l'Institut. Il ne sert à rien de produire des technocrates destinés à l'administration publique, car ceux-ci, non intégrés et peu en phase avec les attentes du monde paysan, se heurteront à un mur. La règle est toujours la même: les producteurs adopteront les résultats scientifiques seulement si ils en sont partie prenante et se sentiront concernés (ou alors que cela leur rapporte de l'argent)! Dans le cas contraire, la réponse sera un "oui chinois" qui généralement veut tout dire, sauf "oui"!

Aussi, la décision est dès à présent entre les mains des politicien(ne)s caboverdien(e)s, Gouvernement, câmaras et député(e)s confondus, et de l'UTA. Ils ne pourront pas dire, le cas échéant, qu'ils ne savaient pas!

Christophe CHAZALON / Genève
le 14.07.2022, revu et augmenté le 16.07.2022

"Bernard Ronot, de l'agriculture intensive à la biodynamie" (2013 - 28'31)

Claude Bourguignon - "Où va le monde?" (2010 - 16'33)

"Francis Hallé explique la formation des sols" (2013 - 5'13)

"Connaître la texture d'un sol" (2016 - 3'14)

ARTE "Restaurer et redonner vie aux terres agricoles" (2022 - 32'02)

"La révolution des sols vivants" (2015 - 73'18)

"Au Sénégal, Goran N'diaye, pionnier de l’agroécologie, fait pousser un potager dans le désert"

(2020 - 4'30)

"Instituto Terra: série Globo rural 1 e 2 (en portugais)" (2013 - 48'03)

L'école de permaculture du Bec Hellouin"Les microfermes" (2015 - 71'49)

"Ceux qui sèment" (20XX - 55'50)

"La guerre des graines"  (20XX - 51'48)

Gérard Ducerf "Les plantes bio indicatrices" (2021 - 7:45:45)

(ou plus court ici - https://www.youtube.com/watch?v=knkH6lzgNwU)

INE - Recensement 2021: un scandale à venir! (2022)

Actions gouvernementales ou institutionnelles postérieures:

  • anonyme, "Afrique: les 12 pays où l'espérance de vie est la plus forte et la plus faible", RFI, 16/08/2022, en ligne  (web)
  • SR / ZS, "Cabo Verde realiza inquérito especifico e actualizado dos estrangeiros e imigrantes residentes", Inforpress, 08/08/2022, en ligne  (web)
  • AV / SR, "Inquérito à população estrangeira e imigrantes arranca hoje com previsão de alcançar mais de três mil agregados familiares", Inforpress, 16/07/2022, en ligne  (web)
  • CM / JMV, "UE considera importante Cabo Verde actualizar Cadastro social único até final do ano", Inforpress, 14/07/2022, en ligne  (web)
  • CM / AA, "Inquérito da população estrangeira e imigrante irá contribuir na formulação de políticas assertivas - AAI", Inforpress, 08/07/2022, en ligne  (web)
  • CM / HF, "Novo PCA INE aponta realização do IV inquérito das despesas e receitas das familias como desafio prioritário", Inforpress, 28/06/2022, en ligne  (web)
  • MJB / CP, "INE arranca em Julho com inquérito piloto para actualização dos dados da pobreza em Cabo Verde", Inforpress, 21/06/2022, en ligne  (web)
  • JM / HF, "Santo Antão: quarto inquérito sobre as despesas e receitas familiares socializados no Porto Novo", Inforpress, 21/04/2022, en ligne  (web)
  • TC / CP, "INE lança IV inquérito às despesas e receitas familiares para avaliar nível de pobreza em Cabo Verde", Inforpress, 12/04/2022, en ligne  (web)
  • MJB / IMV, "INE prepara IV inquérito às despesas e receitas familiares e prevê início da operação entre Maio e Junho", Inforpress, 21/02/2022, en ligne  (web)


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2020 devait être l'année du Ve recensement décanal de la population et de l'habitation au Cabo Verde (le RGPH-2021). La pandémie de Covid-19 est passée par là et oups! le recensement a été effectué avec une année de retard par l'Instituto nacional de estatìstica (INE). Jusque là, rien de bien grave, il faut le dire. Les troupes de l'INE (près de 2'000 "professionnels"! -web) sont en marche, sillonnent le pays du 16 juin au 7 juillet 2021 et relèvent les informations utiles au recensement, tout au format numérique - digital (grâce à une INE ultra-moderne), avec des questions parfois invasives dans la vie des ménages, mais c'est pour le bien du pays et les desideratas des Organismes internationaux (ONU, BM, FMI, etc.)

Quoi qu'il en soit, les premiers résultats sont donnés par la presse en août 2021 (validés sur le site de l'INE en septembre avec de très faibles variantes -web) et là, une surprise de taille apparaît: non seulement la population dans l'archipel diminue, moins 1.6% (483.628 habitants en août 2021 contre 491.683 en 2010) ce qui est contraire à toutes les projections nationales et internationales sur le sujet depuis l'indépendance au moins, mais plus encore, près de 7.700 femmes ont disparu! Oui, oui, oui, vous lisez bien: "près de 7.700 femmes ont disparu"! Maria de Lurdes Lopes, coordinatrice technique du RGPH-2021 confirme "No censo de 2010, o número de mulheres era superior ao dos homens e, nesse censo, encontrámos, a nível nacional, o número de mulheres  inferior ao dos homens", mais sans donner aucune explication tangible, plausible, compréhensible, si ce n'est "Globalmente, há uma diminuição muito grande da população de 20 a 24 anos em relação a 2010, pode ser devido a mortalidade por causas violentas ou saída de jovens para o exterior para estudos ou à procura de trabalho. Mas tudo isso são hipóteses porque ainda não analisamos nada. " web)

Dans les faits, suivant les chiffres officiels, en 2021, la population du Cabo Verde se composait de 250.262 hommes pour 247.801 femmes, dont 243.047 hommes résidents et 240.581 femmes résidentes. Alors qu'en 2010, on avait 243.401 hommes pour 248.282 femmes résidentes. Et autre fait assez étrange, en 2021, le recensement fait état de 123 "non définis" (soit ni résidents, ni en visite, ni sans abris, ni "ports"???).

Mais où sont passées ces 7'700 femmes. Pour rappel, le Cabo Verde est un état insulaire. Donc impossible d'y entrer en cachette, de nuit, par une route de campagne, ni d'en sortir. Pour entrer au Cabo Verde il faut soit prendre l'avion soit le bateau. La douane contrôle drastiquement les aéroports, donc les entrées et sorties du territoire par voies aériennes. Et enregistrant visas et passeports, elle serait la première à savoir si 7'700 femmes avaient quitté le territoire durant cette dernière décennie. La voie maritime est plus difficilement contrôlable, mais il est peu probable que 7'700 femmes aient quitté le pays par bateau, même si cela n'est théoriquement pas impossible. Alors on peut penser comme Maria de Lurdes Lopes, les 7'700 femmes seraient mortes, victimes de violences (comme au Canada web) ? ou au Mexique web) ? Les théories du complot ne sont jamais loin), ou de vieillesse prématurée. Or, d'après les statistiques officielles dévoilées par l'INE au moment même où j'écris ce post, il apparaît que pour les années 2019-2020, 3.181 hommes sont morts contre 2.549 femmes. Donc, les chiffres ne mentent pas: les hommes meurent plus que les femmes, mais les femmes disparaissent des statistiques web). Cherchez l'erreur? Ou alors, toujours suivant les idées de Maria de Lurdes Lopes, les femmes caboverdiennes seraient parties étudier ou travailler à l'étranger, mais là, on revient au point de départ des contrôles douaniers. Quoi qu'il en soit, les chiffres officiels sont clairs: il manque aujourd'hui 7'700 femmes au Cabo Verde par rapport à 2010!

Aussi, dès le 1er septembre 2021, Daniel Almeida, journaliste phare de l'hebdomadaire caboverdien A nação, remarquait avec sagacité: "Esses resultados espelham, segundo especialistas contactados por A NAÇÃO, “uma falta de liderança” no processo. É que por aquilo que se pôde acompanhar na comunicação social, “não se ouviu o presidente do INE a falar sobre este censo.”" (web). Or, si ces propos ne sont pas complètement faux, il faut préciser que le président de l'INE, Osvaldo Borges, a bien donner un avis, relèvé par Jorge Montezinho, de l'hebdomadaire économique caboverdien, proche du gouvernement MpD, Expresso das ilhas: "“Mas nós avaliamos que todo o processo de recolha foi positivo”, sublinhou Osvaldo Borges" (web). Nous voilà rassurés!

Plus encore, il est précisé que "os dados definitivos do recenseamento serão divulgados até Janeiro de 2022".

Nous sommes mi-avril 2022 et l'INE n'a toujours rien sorti ni proposé sur son site web (web) ou par conférence de presse. Par contre, on connaît en ce 14 avril 2022, les statistiques de natalité, mortalité et mariage pour 2019-2020, qui, est compris dans les années 2010-2021 du recensement, manque juste 9 années de statistiques (web). Alors que se passe-t-il à l'INE avec ce recensement de 2021? Nous cacherait-on quelque chose?

C'est du moins ce que pense le président de l'UCID (parti du centre caboverdien) qui a demandé le 8 avril 2022 au Parlement, par l'entremise du député António Monteiro,  à ce que le Gouvernement explique convenablement la diminution de la population des 11 dernières années contrairement aux projections faites par l'INE (web) et lui, au moins, explique clairement pourquoi il fait cette demande, comme le relate Expresso das ilhas: "a diminuição do número da população merece ser explicada convenientemente já que, sustentou, contraria todas as projecções que vinham sendo feitas pela própria INE e que, com base nessas projecções, os sucessivos governos foram adoptando políticas públicas para garantir a boa gestão do País em todos os domínios."

Plus encore, "A UCID, de acordo com o deputado, considera que o Governo deve debruçar-se mais a fundo sobre estes números para que não restem dúvidas sobre os mesmos, frisando que, em contrapartida, o resultado do censo veio demonstrar que houve um aumento significativo, à volta dos 31,4 por cento (%) de edifícios construídos no País durante o período em análise." Autrement dit, la population diminue, mais les habitations sont plus nombreuses de plus de 30%. 

Les questions sont posées et les réponses concrètes, officielles, du Gouvernement ou de la direction de l'INE se font attendre. Pourquoi? Qu'est-ce qui fait blocage? 

Deux éléments:

Outre le recensement et le post-recensement obligatoire selon les directives de l'ONU, il y a eu un pré-recensement effectué en août 2018. J'y ai participé et j'ai été très choqué. Etait-ce déjà une partie des "2000 professionels" de l'INE en action? Je l'ignore, mais une jeune femme est passé chez moi, elle était seule (donc pas de second regard qui éviterait les erreurs volontaires ou non) et m'a demandé simplement combien de personnes vivaient là. J'ai répondu simplement, mais aucune vérification n'a été faite. Elle m'a juste donné un autocollant pour coller sur la porte signalant que le pré-recensement avait été fait. Pire, c'était au mois d'août donc le mois par excellence des Expatriés caboverdiens qui reviennent au pays pour les vacances. Donc, cette jeune personne a aussi dû demandé à un certain nombres d'expatriés "combien de personnes vivaient là", sans prendre le soin de savoir s'ils résidaient là ou vivaient là pour quelques semaines. De même, ma compagne a eu la visite d'une seule "professionnelles" pour le recensement de 2021 qui l'a bombardé de questions, mais se basant uniquement sur la bonne foi de l'habitant(e). Tout était digitalisé, mais néanmoins on peut se poser des questions sur le mode de fonctionnement de ce recensement. J'ai supporté un autre recensement en Suisse, un ou deux ans avant mon départ pour le Cabo Verde. Là, c'est un document papier envoyé par la poste et qui vous contraint à répondre sur l'honneur sous peine de poursuites judiciaires en cas de fraude ou de mensonges avérés. Par ailleurs, il ne touchait qu'une partie de la population et non toute la population. A méditer par la direction de l'INE.

Autre élément étrange. Ce 12 avril dernier, le vice-président de l'INE, Fernando Rocha, annonçait le lancement du projet du IVo Inquérito às despesas e receitas familiares 2022, afin d'étudier la pauvreté effective au Cabo Verde. Outre que cette étude est ultra-intrusive dans la vie des habitants sélectionnés, car "O inquérito previsto para arrancar em Outubro, orçado em quase 242 mil contos, decorrerá a nível nacional com cerca de 7.600 agregados inquiridos, estando no terreno cerca de 80 agentes incluindo inquiridores, coordenadores e supervisores. Fernando Rocha fez saber que os agentes estarão no terreno durante um ano a acompanhar as mesmas famílias durante 15 dias e serão entregues às famílias uma caderneta em que lhes será solicitado o registo de todas as despesas que realizam durante um mês." (web), on s'étonne un peu de ce besoin soudain de nouvelles données sur la pauvreté alors même que les données sur le dernier recensement de la population et de l'habitation n'a toujours pas été bouclé.

Une fois de plus, l'administration caboverdienne nous laisse songeur quant à ses capacités réelles à travailler de manière logique, fonctionnelle et effective. 700.000.000 d'escudos caboverdiens dépensés (soit 6'350'000 euros; pour comparaison l'UE va accorder 18'000'000 euros au Cabo Verde, entre 2021 et 2027, pour éradiquer la pauvreté extrême dans l'archipel d'ici 2026 (web), ça donne une idée de grandeur du coût du recensement 2021 et de l'investissement réel du Gouvernement dans la lutte contre la pauvreté), avec 2'000 personnes mobilisées pour arriver au final à un vaste COUAC ou grand RIEN, genre gâchis qui va être colmaté on ne sait trop comment histoire de sauver la face des chefs et des responsables, alors que d'autre part le pays surendetté peine à se sortir de la crise du Covid-19 et que la population (dont les 115.000 habitants en situation de pauvreté extrême - web) souffre durement de la hausse des prix des biens de premières nécessités (1l d'huile passe de 160$ à 300$ escudos c.v., un sac de riz "bleu" de 1'250$ a près de 2'000$ escudos c.v., etc.; officiellement, d'après l'INE, en un an (mars 2021 - mars 2022), le prix de l'huile a augmenté de 54.6%, passant de 143,4$ escudos à 273$ escudos, un litre de maïs a augmenté de +40.5% (44$ a 72$), le sucre +19.8%, le pain "carcaça" +12,1%, le lait en poudre +6.3% (web)) , des énergies fossiles ou de l'éctricité locale (+35% en 2022), sans oublié la TVA locale (jusqu'à +18% en 2022), on se demande si le Gouvernement fait les bons choix, ce d'autant plus quand le Premier Ministre, Ulysse Correia e Silva garantit sans se démonter que aujourd'hui, "em Cabo Verde, há situações de dificuldades e problemas de insegurança alimentar localizados, mas negou a existência da fome" (web), faisant bondir le parti d'opposition, le PAICV, et rire (non sans amertume) une bonne partie de la population. Il est vrai que lorsque l'on mange dans les meilleurs restaurants du pays au frais de la princesse (les contribuables, ou plus exactement les entreprises qui seules paient vraiment des impôts dans le pays), on ne voit pas la faim. Nous on est venu en février sur l'île de Santo Antão, mais ça aurait pu être São Nicolau ou Fogo. Il suffit d'aller à l'école et de discuter avec les enfants, les jeunes dans les colleges, ou de monter dans les montagnes pour découvrir qu'au Cabo Verde, il fait faim, grand faim! Ce n'est certes pas la famine des années 1940, ni celle décrite dans la littérature caboverdienne, tels que Famintos (1962) de Luis Romano ou Os flagelados do vento leste (1960) de Manuel Lopes, ni celles décrites par José Vicente Lopes dans son ouvrage historique Cabo Verde: um corpo que se recusa a morrer - 70 anos de fome, 1949-2019 (2021). Mais c'est une faim concrète, réelle, une malnutrition quotidienne qui ne connaît pas les fruits ni la viande beaucoup trop cher, où l'on survit de mal bouffe (chorizo plastique aux 10 additifs E ou hamburger de poulet défloqué sur-gras et sur-salé dont raffolent les petits à défaut de connaître le goût de la vraie viande, celle protéinée qui nourrit vraiment, aide à la croissance du corps). Au final, juste le même plat à base de riz, tous les jours, une fois par jour, invariablement, comme dans les années 1980-1990, peu après l'indépendance. Ma compagne faisait tous les jours, à pied,  Corvo - Povoação (soit une  dizaine de kilomètres avec des dénivelés de 900m), le ventre vide, suivait l'école (qui alors ne proposait pas une collation), puis elle rentrait à la maison où l'attendait le seul plat de la journée qu'avait réussi à cuisiner sa maman, pour la famille nombreuse, et après, il fallait travailler au champ, nourrir les bêtes, aussi pas le temps d'étudier.... En 2022, certes les bus scolaires sont apparus, mais au final, surtout après le Covid-19, le reste de l'histoire n'a guère changé pour une bonne moitié du pays. Mais peut-être le Premier Ministre y voit là ses "problemas de insegurança alimentar localizados", car il est clair que de Praia, tout ce qui n'est pas à Praia n'est pas! Et la faim paraît-il n'existe pas à Praia... alors le Cabo Verde est libre de la faim, dans les rêves des dirigeants du moins, eux qui ont oublié ce qu'est la faim, la vraie, la tenace, celle qui torture, fait souffrir, mais ne tue pas, du moins, pas encore!

Quoi qu'il en soit, pour revenir au sujet de ce post, à savoir le recensement décennal de 2021, journalistes, spécialistes et plus encore, la population attend des réponses rapides, claires et précises, tout en sachant que, probablement, le poisson sera noyé dans l'eau. On aimerait tellement que cela ne soit pas le cas!

Christophe Chazalon
Genève, 13/04/2022, revu le 02/05/2022

PS: Preuve confirmant ce que nous affirmons ci-dessus sur la faim réelle qui règne parmi une frange de la population caboverdienne: à la suite d'une visite d'une équipe du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'Organisation des Nations Unis pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur l'île de Santo Antão, le 14 avril 2022, la câmara de Porto Novo a admis, deux jours plus tard, "alguma situação de carência alimentar" due à la sécheresse qui sévit depuis 5 ans et va attribuer des paniers alimentaires de base à 116 familles les plus pauvres ou nécessiteuses  du concelho (web).

Beaucoup plus réjouissant (si on peut dire considérant le sujet), la représentante de la FAO, Ana Touza, et le directeur régional du PAM, Chris Nikoi, ont rencontré, le 18 avril, le ministre de l'agriculture et de l'environnement caboverdien, Gilberto SIlva, afin de discuter des possibilités d'aides ou d'interventions pour diminuer les effets négatifs de la pandémie de Covid-19 tout autant que la guerre en Ukraine sur l'alimentation des humains et des animaux dans l'archipel. Cet appel d'aide a émané du Gouvernement, en particulier pour les cantines scolaires. Non seulement le Gouvernement semble avoir pris en compte la mesure du problème, ne se voilant plus la face, mais il fait les démarches pour essayer d'endiguer les difficultés alimentaires de la population et des éleveurs (car les animaux aussi souffrent de la faim). Ainsi, bien que la PAM ne finance pas directement des projets, il "aidera le Cabo Verde à mobiliser des ressources en vue de renforcer les cantines scolaires" et "soutenir, avant tout, l'amélioration de la disponibilité de la nourriture et des conditions de vie des familles les plus vulnérables du pays". Un grand pas dans le bon sens, en particulier pour le bien des enfants caboverdiens (web).



CABO VERDE, bienvenue dans le nouveau monde de BIG BROTHER!  (2022)


Lorsque nous avons atterri pour la première fois au Cabo Verde, c'était à Mindelo, pour les fêtes de fin d'année 2010. Ce fut une expérience unique et qui changea notre vie. Or, en l'espace de presque douze ans, le Cabo Verde "original" s'est transformé radicalement et tend à devenir un nouveau BIG BROTHER où les libertés individuelles sont et seront encore plus fortement réduites ces prochaines années. L'attaque est vive et sans concession, mais les faits sont là, simples, limpides et évidents! Reprenons depuis le début!

En 2010, à l'arrivée à l'aéroport, il suffisait de payer 25 euros pour avoir son visa touristique (après une longue attente à la douane, non sans couacs et mésaventures: no stress). Et hop! Le Cabo Verde s'offrait à nous. Pour aller d'une île à l'autre, il suffisait d'acheter son billet "passager" ou "voiture", au guichet, pour quelques euros. Tout était simple et merveilleux! Il ne restait plus qu'à découvrir.

Qu'en est-il en 2022, à peine dix ans plus tard? Eh bien! Le visa d'entrée à 25 euros a été supprimé pour laisser place à un autre visa caché sous l'appellation de "pré-enregistrement", qui s'élève maintenant à 39 euros. Une petite augmentation de 14 euros que devait justifier le changement de nom. Car, tant qu'à faire, autant prendre l'argent où il est... dans la poche des touristes! Mais, plus encore, il faut dorénavant s'enregistrer au minimum 5 jours avant son départ sur la plateforme web gouvernementale, EASE (soit le "Processo eficiente, automático e seguro de entrada de viajantes" mis en place par le Gouvernement, dont le nom, si on le traduit de l'anglais, veut dire "faciliter": de l'humour de fonctionnaires de l'administration!). Pourquoi 5 jours avant? Cela reste un mystère. Dans un monde de numérisation tout azimut, où les informations circulent de manière quasi instantanée, il n'y a aucune raison intelligente et logique qui impose 5 jours de délais anticipatoires... si ce n'est pour palier une forme d'incompétence administrative, à moins que ce soit pour le no stress cabo-verdien dont aurait besoin la douane pour réfléchir à comment agir contre un individu lambda qui ne répondrait pas aux critères d'admission. Il faut dire qu'on voit mal un criminel en action déclarer ouvertement sa venue dans le pays par voies officielles cinq jours avant. Mais peut-être que les dirigeants et les députés de l'Assemblée nationale, sans oublier certains membres du Gouvernement, pensent que si! On ne sait jamais. Il vaut mieux prévoir! Alors ce sera 5 jours pour tout le monde. Question de sécurité publique!

Ce pré-enregistrement obligatoire requiert ni plus ni moins que des informations usuelles (nom, prénom, adresse, date de naissance, n° de passeport etc.), mais il en veut encore plus. Le voyageur doit aussi donner son courriel, son n° de portable, son n° du vol, la date de départ et celle de retour, le contact sur place (soit l'hébergement à l'hôtel ou chez des proches), etc. Des informations somme toute très nombreuses dont l'utilité pour la douane reste à démontrer, si ce n'est, encore une fois, du pure flicage ou pire, du big data à but lucratif. Car, aujourd'hui, les données personnelles se vendent comme des petits pains, sur le Web (Dark ou normal) ou à des entreprises diverses et variées qui sauront les rentabiliser. Avec 150% de PIB de déficit, on voit bien l'intérêt que ces données peuvent avoir pour le Gouvernement. Donc, contrairement à ce qui est claironné de partout, ce dispositif n'est pas mis en place pour notre sécurité, mais bien plutôt pour soulager les Finances publiques.

On pourrait ce dire que cela est déjà beaucoup d'intrusion dans les données privées de tout un chacun, pour un simple voyage touristique dans les îles, sous les Tropiques, mais détrompez-vous. Ces informations ne sont pas suffisantes pour le Gouvernement et son administration. La "SÉCURITÉ" nécessite encore plus. Il faut dire que l'archipel craint pour ses frontières (c'est là, bien sûr, de l'ironie de notre part!) Le Cabo Verde est un pays hautement frappé par le terrorisme international comme tout le monde le sait. Depuis 2000, on y a arrêté, pour acte terroriste présumé ou acté, combien déjà?... Réfléchissons. Une personne? Deux? Dix? Plus encore... En fait, zéro. C'est pour cela que le pays est sûr. Et puis, il ne faut pas oublier qu'avec des frontières si larges et poreuses avec les pays d'Afrique de l'Ouest, d'un côté, et de l'Amérique du Sud, de l'autre, un grand danger peut survenir sans qu'on ne le voit arriver. C'est certes oublier un peu vite, que le pays le plus proche de l'archipel, son voisin le plus immédiat, c'est le Sénégal, séparé du Cabo Verde par plus de 570 km d'océan Atlantique. Des fois qu'une migration illégale massive venait à apparaître à la nage, sécurisons les aéroports, c'est plus prudent! Question de sécurité publique!

Donc, le Gouvernement cabo-verdien, disions-nous, pour parer à toute tentative d'infiltration de terroristes, en plus de l'annonce de toute venue par les airs cinq jours à l'avance, a décidé de mettre en place un "Sistema automizado de identificação biométrica nas fronteiras aéreas". Kesako, direz-vous? Tout simplement, chaque aéroport international du pays va être doté d'un appareil biométrique (on ne nous informe cependant nulle part sur le coût réel de ce matériel et de sa gestion) "qui permet une comparaison automatique avec la photo de la page biographique et la puce du passeport, en temps réel (que permite a comparação automática com a fotografia da página biográfica e do chip do passaporte, em tempo real)", tant à l'entrée qu'à la sortie du territoire (qui est la même soit dit en passant, faut aussi contrôler les potentiels criminels qui vont quitter le pays, question de principe et moral!). Aussi, précise le communiqué du Ministère de l'administration de l'intérieur, cette comparaison immédiate se fera "parallèlement à la vérification des autres conditions d'entrée et de sortie du pays, la validation de l'authenticité des données du passeport et des passagers et la vérification de l'inexistence de mesures de précaution ou d'autres interdictions légales (A par da verificação das demais condições de entrada e saída do país, da validação da autenticidade do passaporte e dos dados do passageiro e da verificação de inexistência de medidas cautelares ou outras interdições legais)" (web). En gros, Touristes, souriez-vous vous êtes fichés, filmés, biométrisés, validés et bonne vacances! En attendant, les habitants les plus pauvres continus à avoir faim, toujours plus faim! Mais la sécurité publique avant tout!

Plus encore, à la suite de la création de l'entreprise CV Interilhas en 2015, pour gérer une concession de 20 ans du transport maritime inter-îles, là aussi les passagers qui, avant, achetaient juste leurs billets au port, doivent présenter leur passeport pour valider leur billet, que ce soit au guichet ou en ligne. Donc, les ferrys fonctionnent dès lors comme les compagnies aériennes. Tout déplacement inter-îles est fiché, enregistré, archivé. Question de sécurité pour sûr. La surveillance biométrique des aéroports auraient pu laisser passer des terroristes annonçant pourtant leur arrivée cinq jours à l'avance par la plateforme EASE!

Autrement dit, au final, la seule liberté du touriste aujourd'hui, tout autant que de la population cabo-verdienne, c'est la circulation dans l'île dans laquelle ils évoluent. Pour autant qu'on ne considère pas le fichage des cartes bancaires et des cartes SIM de la téléphonie mobile, avec la détection GPS. Dans les faits, on peut clairement dire qu'il n'est désormais plus possible de circuler librement dans l'archipel puisque entrée et sortie, tout autant que les déplacements inter-îles, sont "sécurisées".

À quoi cela peut-il bien servir? Là est la question. On a beau réfléchir, on ne trouve pas de motif suffisamment important pour une telle mise en place sécuritaire. La sécurité de l'archipel nécessite-t-il réellement une telle immixtion dans la vie privée des gens, de la population et plus encore des touristes venus se divertir et découvrir une autre culture? Pour sûr, le Gouvernement ne se pose pas la question. En lisant entre les lignes, on comprend que, poussé par les organismes supra-gouvernementaux contre aides financières généreuses (en millions d'euros s'entend), il sert ouvertement de cobaye pour les politiques sécuritaires à venir, encore difficilement imposables dans les pays occidentaux. Si on ne nous croit pas, pensez aux Anglais d'Angleterre qui refusent toujours, à ce jour, d'avoir une carte d'identité (web). Pas mal comme résistance au big brotherisme, non? L'État cabo-verdien, comme la plupart des États veut contrôler la population. Il prétexte l'excuse de la sécurité ou de la "meilleure gouvernance", mais dans les faits, c'est juste du flicage mal venu, anti-démocratique et libertaire. L'État oublie totalement qu'il est au service de la population et non l'inverse. Le peuple n'est pas au service de l'État, c'est cela qui différencie un régime démocratique d'un régime autoritaire ou d'une dictature.

On pourrait en rire, mais les touristes sont encore bien lotis. La population cabo-verdienne, elle, connaît une intrusion dans la sphère privée toujours plus importante et au final, excessive. En moins de quatre ans, le Gouvernement s'est lâché et lance le contrôle des tous les faits et gestes ou presquede la population. Or, de fait, cette intrusion excessive et nuisible à la vie privée et aux libertés individuelles est encore plus accentuée pour la population résidente des milieux modestes et populaires, à savoir les pauvres et les immigrés. Quelques exemples suffiront à le démontrer.

Alors même que le recensement de la population 2020 effectué par l'INE pour 6,5 millions d'euros n'a toujours pas été rendu publique (voir notre article), sans que l'on ne sache pourquoi d'ailleurs, l'Instituto nacional de Estatística (INE) a entrepris, cet été, deux autres études très intrusives dans la vie des gens:

  • une enquête sur la population étrangère - immigrée vivant dans le pays, soit 3'000 familles qui seront passées à la loupe par l'INE et la Haute autorité pour l'immigration (AAI) dans le but, je cite, "d'avoir des bases et des instruments plus fiables pour définir les politiques gouvernementales (ter bases, enquanto instrumentos mais fidedignos para definição de políticas)", alors même qu'il existe déjà des études de l'INE sur le sujet. Et l'INE d'ajouter que cette enquête a également pour but de décrypter les formes d'intégration et les difficultés de la communauté étrangère résidant dans l'archipel. Tout un programme! Mais pas sûr du tout que cela serve, au final, aux dits étrangers! (web) - (web)
  • une enquête sur les dépenses et recettes des familles (IV IDRF) qui, ici, concernera uniquement la population la plus pauvre du pays (web). Le vice-président de l'INE, "Fernando Rocha a informé que les agents seront sur le terrain pendant un an, pour accompagner les mêmes familles pendant 15 jours, et qu'un livret sera remis aux familles dans lequel il leur sera demandé d'enregistrer toutes les dépenses qu'ils effectuent pendant un mois. (Fernando Rocha fez saber que os agentes estarão no terreno durante um ano a acompanhar as mesmas famílias durante 15 dias e serão entregues às famílias uma caderneta em que lhes será solicitado o registo de todas as despesas que realizam durante um mês)". (web) Peut-on trouver plus intrusif dans la vie de la population (pauvre de surcroît) que cette approche? Non! Inscrire pendant un mois toutes ses dépenses dans un carnet pour aider le Gouvernement à mieux gérer quoi au final?... même le Premier Ministre ne le ferait pas. Me trompé-je? Avec un ton des plus paternalistes, nul doute que l'on dira à ces pauvres gens que c'est obligatoire. Or, cela ne l'est pas ou ne doit pas l'être. Personne ne devrait être obligé de décrire avec précision ses dépenses et son mode de vie. Cela est contraire à ce que l'on a coutume d'appeler... LA LIBERTÉ. Et aucun homme politique ou dirigeant administratif n'accepterait une telle contrainte, pas même le directeur de l'INE ou de l'AAI. Et, plus encore, cette petite enquête, financée par la Banque mondiale et l'ONU, coûtera la bagatelle de... 2,2 millions d'euros. Alors que la pauvreté croît de manière exponentielle dans l'archipel, à la suite de la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine. Faut-il encore se poser la question de savoir si l'enquête sera finalisée ou si elle connaîtra le même sort que le recensement décennal de 2020?

Autre big brotherisation de la société cabo-verdienne: la santé. L'idée est là de ficher la santé de la population et également d'autoriser la recherche médicale, et plus particulièrement les essais cliniques. Aussi le ministre de la Santé est-il sur le point de finaliser une nouvelle loi sur la recherche médicale ("investigação em saúde"). Sous le prétexte des dégâts causés par la pandémie de Covid-19, le Gouvernement cherche à s'ouvrir aux essais cliniques au niveau mondial et donc, in fine, pourrait-on dire, une nouvelle fois chercher l'argent où il est (web). Mais d'autres projets plus anodins, nous amènent sur les traces du fichage de la santé de chaque individu. Cela existe dans les pays occidentaux, qu'on pense, en France à la Carte vitale. Mais, si en France le système est fortement contrôlé de peur des possibles dérives concernant les données privées ultra-sensibles ainsi concentrées (utilisation par les groupes pharmaceutiques ou les assurances, fragilisation de la vie privée, etc.), au Cabo Verde, qu'en sera-t-il? Qui protégera la confidentialité des données. Aucune réponse. Aucune information n'est proposée. On fait et après... on verra. Seule certitude, la machine est en route. Le 14 juillet 2022, le vainqueur du Concours national de Startup Week-End 2021 a été le projet CV-Clinica. En quoi consiste-t-il? "L'idée de CV-Clinica est de créer un système informatique avec une base de données unique dans le domaine de la santé, qu'elle soit publique ou privée, où les médecins auront accès aux consultations des patients et à l'historique des médicaments. Le système permettra également l'accès aux médicaments des pharmacies les plus proches, la gestion des laboratoires, afin de garantir un service de santé rapide et de qualité (A ideia da CV- Clínica é criar um sistema informático com uma base de dados única na área da saúde, seja ela pública ou privada, onde os médicos terão acesso aos históricos de consulta e medicação dos pacientes. Os sistema permitirá ainda o acesso de medicamento das farmácias mais próximas , a gestão de laboratórios , por forma a garantir uma serviço de saúde célere e de qualidade)." (web) Autrement dit, centraliser toutes les données médicales et les rendre accessibles au corps médical (rien que de très normal), mais également aux pharmacies, aux laboratoires pharmaceutiques et bien sûr, aux institutions gouvernementales. Quid des risques sur les atteintes à la vie privée, de piratage de données aussi sensibles que la santé des personnes, de la gestion mercantiles des assureurs et groupes pharmaceutiques? Le Cabo Verde est un pays classé intermédiaire, à l'économie exsangue, surendetté, où les structures administratives et de contrôle sont encore très en deçà des normes occidentales. Qui garantira l'utilisation correcte et responsable de ces données centralisées en un lieu précis? Le Gouvernement? La Comissão nacional de protecção de Dados (CNPD) qui vient d'opposer son veto à la mise en place de GPS dans les véhicules de l'État dont le Gouvernement souhaitait contrôler l'utilisation par les fonctionnaires publiques (web)? Après dix ans passé dans le pays, on ne peut qu'en douter. L'administration cabo-verdienne est un cancer dans laquelle chaque fonctionnaire fait un peu ce qu'il veut, sans contrôle ni risque de blame ou de renvoi. Vous donnez un dossier complet à un agent de police assermenté, qui après une demi-heure de vérification, l'accepte et lance la procédure. Et après trois ou quatre semaines, l'administration vous réclame un ou plusieurs documents "manquants". Le policier avait vérifié la complétude du dossier. Vous l'aviez vous-même fait. Mais l'administration dit que non, qu'il n'en est rien. Comment est-ce possible? Tout simplement l'agent en charge de votre dossier a jeté quelques documents à la poubelle et vous les réclame. Le dossier est ainsi en attente. Moins de travail pour lui, car le dossier sera finalement archivé (comprendre faute de remise rapide des documents manquants, il a été classé sans suite) et vous êtes bons pour en refaire un. Donc réunir tous les documents, les refaire dans une demi-douzaine d'institutions (notaire, câmara, finances, etc.) car le délai de dépôt et de contrôle et de réponse et de transmission de la réponse ont pris plus de 3 mois. Donc vous repayez. L'État s'enrichit, pas vous. Un membre de ma famille a dû faire 6 demandes pour sa résidence pour une démarche qui, normalement, devait être rapide et automatique d'après la nouvelle loi de 2018! Ce n'est là qu'un exemple. Ils sont légions. Alors, avoir confiance en l'administration cabo-verdienne... disons, qu'il est préférable d'oublier pour l'instant. La nouvelle génération arrive et les choses devraient changer. Mais pour l'heure... 

Quoi qu'il en soit, si le gouvernement de M. Ulisses Correia e Silva ne parle pas de BIG BROTHER, il n'en est pas moins vrai que ce dernier se met en place et à une vitesse croissante. Les hauts fonctionnaires de l'État appellent ce projet, le "Projet MASTER DATA". Son but est officiellement de permettre d'améliorer et d'augmenter considérablement l'utilisation des données administratives, et de développer une plateforme de collecte de données unique, sous l'égide de l'ONU, la Banque mondiale, le FMI. (web) Mais dans les faits, il s'agit ni plus ni moins de toujours plus contrôler les gens, natifs ou étrangers, afin de toujours plus diriger la vie des gens. C'est oublier un peu vite que les gens finissent toujours par préférer leur liberté à une tutelle envahissante de l'État. L'Histoire devrait, à terme, nous donner raison, surtout au Cabo Verde où l'on aime être libre depuis quelques décennies!

Aussi, le Cabo Verde se modernise à vitesse grand V. La numérisation est l'un des objectifs prioritaires visés par le Gouvernement dans le but de développer le pays. C'est une bonne chose et une chose nécessaire. Mais le Gouvernement doit aussi penser aux "gardes fous". La mise en place de technologies toujours plus performantes de collecte de données individuelles et privées doit être faite simultanément avec une mise en place d'une législation et d'un contrôle concret et contraignantes qui limitent l'utilisation de ces données. Autrement dit, le Gouvernement doit toujours considérer, en premier lieu, les atteintes à la vie privée de la population, aux libertés individuelles de chacun, avant une "sécurité" évasive et peu crédible. Malheureusement, le constat est amère. À ce jour, il n'en est rien. Le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva ne vise que le contrôle à tout crin sans tenir compte de la vie des individus. Pire, son goût frénétique du pouvoir et son refus affirmé de la critique pourraient conduire la plus avancée des démocraties africaines à devenir un nouvel état autoritaire, un véritable BIG BROTHER, plus nuisible que ne le fut la colonisation portugaise, car beaucoup plus puissant!


Christophe Chazalon

Genève, le 07/09/2022


CABO VERDE, un pion dans le Wargame de Poutine?  (2022)


L'homme est aux abois. Ses cartes s'abattent jour après jour, mais perdent du terrain et ne permettent pas même de sauver la face. Ultimes tentatives, avant l'acte de désespoir égoïste à souhait, l'arme nucléaire, Poutine tente, d'une part, d'envoyer sa population à la boucherie pour une cause personnelle (avec la mobilisation obligatoire (web)), et, d'autre part, une manoeuvre politique, tout comme le fait la Chine. L'idée est simple: il s'agit de s'attacher le vote ou le silence des pays pauvres à l'aide de quelques investissements chiffrés généreusement en millions de dollars. Dans ce wargame qu'est la guerre en Ukraine (dont la seconde étape sera l'amplification avec la guerre de Taïwan qui ne saurait tarder), tout à coup, le Cabo Verde, pays délaissé, car sans ressources génératrices de profits consistants, devient un pion potentiellement utile. Retour sur ces derniers jours éclairants!

En fin 2021, nous avions écrit un texte dans lequel nous annoncions l'invasion de l'Ukraine pour février 2022, simultanément à celle de Taïwan. Nous ne nous étions trompés qu'à moitié, la Chine n'ayant pas bougé le petit doigt, préférant, sagesse chinoise ancestrale, patienter et apprendre des malheurs d'autrui. Malheureusement pour l'autocrate russe (la Russie n'est plus une démocratie depuis plusieurs années et Poutine n'est soumis à aucun contrôle), la guerre éclair, à la victoire annoncée avant même le début de la bataille, n'a pas eu lieu et laisse place aujourd'hui à un conflit larvé, embarrassant et promis à une défaite de plus en plus certaine (les Russes eux-mêmes se rebiffent, ce qui ne présage rien de bon). Et  Poutine ne sait comment sortir la tête haute. À trop vouloir faire taire les sons discordants, on en finit aveugle. Poutine en fait l'amère expérience et ses lieutenants - oligarques plus encore. Leurs "suicides" hebdomadaires "aidés" nourrissent les quotidiens du monde entier (web). Il existe plusieurs théories sur la fortune de Poutine. L'une est qu'il n'a pas d'argent, l'autre qu'il possède plus de 200 milliards de dollars, donc qu'il est l'homme le plus riche du monde (web). Ce qui est plus sûr, pour bien comprendre la situation, c'est que Poutine a un lien particulier avec ses oligarques, une sorte de donnant - donnant, mais pas d'égal à égal. Aussi, ces derniers lui ont-ils offert pour Noël, le Shéhérazade, petit super-yacht valant plus de 600 millions d'euros, aujourd'hui séquestré en Italie (web).

Mais revenons à la rencontre Poutine - Xi Jinping de ce 15 septembre 2022. Comme le décrit très bien Salim Sijelmassi, de TV5 Monde, "la Chine n'est pas un allié, mais un partenaire de la Russie" (web). Même si l'accord signé lors de la rencontre précédente entre les deux chefs d'État, deux semaines avant l'invasion de l'Ukraine, est considérée comme "historique", les Chinois font le service minimum. Il ne faut pas oublier que dans les années 1980, les Russes étaient les ennemis jurés des Chinois, plus encore que les Américains aujourd'hui. Et les Chinois ont la mémoire longue. Ainsi, les investissements des compagnies chinoises en Russie sont devenus quasi inexistants depuis la mise en place des sanctions par l'Occident. Donc, au final, on peut dire que ce rapprochement au sommet est purement idéologique, pour l'image, non pour l'amitié entre pays, qui ici n'existe pas. Qu'est-ce à dire? En 1992, Francis Fukuyama publiait La fin de l'histoire et le dernier homme, un ouvrage fortement polémique s'il en est, qui prônait purement est simplement la victoire idéologique de la démocratie libérale sur les autres idéologies politiques. Grosso modo, pour schématiser, à la fin de la Guerre Froide, la démocratie libérale apparaissait comme le meilleur système politique pour gérer les peuples, les systèmes autoritaires et les dictatures étant voués à la disparition progressive et inéluctable. La situation en 2022 n'est pas fondamentalement contraire à cette vision. Aujourd'hui encore, la démocratie reste le meilleur système de gouvernance, le plus stable, le plus positif pour les populations, le plus ouvert sur l'Autre. Reste à définir qu'elle démocratie. La démocratie libérale doit peut être laisser place à une démocratie plus sociale. Mais peu importe ici! Le fait est qu'à la fin du XXe siècle, le monde gouverné par les États-Unis d'Amérique (USA), surnommé l'Empire, imposait cette démocratie libérale et la défendait sur la scène internationale. Les grandes puissances du monde, le G7 ou le G20, étaient des pays dits d'Occident qui, alliés des USA, visaient à une croissance économique qui a permis, il faut le dire, de sortir la majorité de la population mondiale de la précarité, pour ne pas dire la pauvreté. La Russie d'alors faisait parti de cette vision du monde. Et puis, la mégalomanie d'un homme au pouvoir qui en veut toujours plus a fait que... Le monde change! Et de fait, les pays émergents ont gagné en démocratie et en pouvoir,  aidés par leur croissance économique souvent à deux chiffres. La Russie, le Brésil, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud, suivis de près par le Mexique, l'Indonésie, le Nigéria et la Turquie, ont alors décidé de faire entendre leurs voix sur le plan international. Et, de fait, ils ont créé un contre - G7, sous le noms de BRICS. Mais plus encore, en opposition à l'OTAN (coalition défensive de l'Empire),  les pays émergents du continent asiatique ont fondé en 2001, l'Organisation de coopération de Shanghai, une coalition purement "anti-Occident". On y retrouve la Chine, la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, ainsi que l'Inde et le Pakistan en 2016, et l'Iran en 2021. Lors du dernier sommet qui vient de se tenir, deux pays ont été invités: la Turquie et l'Azerbadjan (web). Aucune démocratie libérale, à l'exception de l'Inde, mais un bloc géographiquement uni et massif, directement rattaché à l'Europe, terre d'Empire.

Or, les plus imposants de ces pays, que l'on croyait voués à suivre la piste de la démocratie libérale, se sont petit à petit tournés vers une autre "démocratie", qui n'a de démocratique que le nom, car en fait, ce ne sont rien de moins que des régimes autoritaires ou totalitaire, pour ne pas dire des dictatures. Le but: s'afficher unis contre l'influence occidental (web et web). Quelques définitions pour y voir plus clair:

  • Un régime politique autoritaire est un régime politique qui, par divers moyens (propagande, encadrement de la population, répression), cherche la soumission et l'obéissance de la société (c'est le cas de la Russie et de la Turquie)
  • Le totalitarisme est un type de système politique dans lequel existe un parti unique, n'admettant aucune opposition organisée, où l'État tend à confisquer la totalité des activités de la société. Un tel système restreint l'opposition individuelle à l'État. (c'est le cas de la Chine)
  • Dans le domaine de la politique, on appelle « dictature » un régime dans lequel une personne (dictateur), ou un groupe de personnes, disposant d'un pouvoir absolu, s'y maintient de manière autoritaire et l'exerce de façon arbitraire. (c'est le cas de la Corée du Nord, alliée actuelle de la Russie)

Considérons maintenant quelques uns des BRICS et alii:

  • La Russie: ou Fédération de Russie, naît vers 1991, après la chute du mur de Berlin. Elle tend alors vers une économie de marché et se veut un pays démocratique, avec des élections multipartites. Mais en 2000, Vladimir Poutine arrive au pouvoir, qu'il ne quitte pour ainsi dire plus. L'intermède Medvedev n'est qu'un leurre. Progressivement, la répression politique devient de plus en plus forte, aussi bien envers les militants que les médias qui sont toujours plus bridés. En 2014, avec la crise de la Crimée, la Russie est rejeté du G8 qui devient alors le G7. Poutine, ancien allié de l'Occident, touché dans son amour propre, devient dès lors volontairement un opposant et entraîne le pays dans un autoritarisme toujours plus marqué jusqu'à en venir à envahir un pays pacifique, l'Ukraine, en février 2022. Il y a bien toujours des élections en Russie, mais l'information ne pouvant plus du tout circuler librement (télévision, journaux, radios, web... sont contrôlés et réprimés ou simplement fermés en cas d'écart politique anti-Poutine), ces élections ne sont plus qu'une façade telle qu'on en trouve dans les dictatures. L'idée de Poutine est de recréer la Grande Russie de tsars et donc de conquérir les pays libérés du joug du communisme de l'URSS.
  • La Chine: ou plus exactement la République populaire de Chine est apparue en 1949, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Régime communiste totalitaire, elle entre progressivement dans un système d'économie de marché à partir des années 80-90, arrivant à concilier l'inconciliable: le communisme et l'économie néo-libérale. En 2001, elle adhère à l'OMC. On aurait pu penser qu'elle suivrait le même chemin que l'URSS et s'ouvrirait petit à petit à la démocratie libérale (suivant toutefois une approche plus asiatique). Or, en juin 1989, cette idée prend du plomb dans l'aile avec la répression de la place Tian'amen. La Chine n'est pas une démocratie et ne la jamais été. Elle est un régime encore et toujours totalitaire, avec un seul partie politique: le parti communiste. Toute forme de manifestation anti-gouvernementale est sévèrement réprimée. Les Ouighours en font amèrement l'expérience avec un nouveau génocide que les pays occidentaux n'ose pas nommer. Cette main forte s'est encore resserrée après la rétrocession de Hong-Kong en 1997. Le PC chinois devait alors appliquer le principe "un pays, deux systèmes", en maintenant plusieurs structures de Hong-Kong appartenant alors pleinement à la démocratie libérale occidentale. Or, malgré les promesses initiales, petit à petit le PC chinois de Xi Jinping a décidé de les supprimer, en particulier avec la nouvelle loi sur la sécurité nationale de juillet 2020. Résultat, la démocratie hong-kongaise, fleuron de la démocratie occidentale en Asie, est entrée dans le carcan du totalitarisme chinois. Les médias sont bridés, les libertés réduites, seul compte la politique gouvernementale de Pékin. Et dans l'idée de retrouver la Grande Chine d'entant, Xi Jinping souhaite maintenant annexé Taïwan, pays libre et indépendant depuis les années 1990 au moins. Plus encore, tout comme Poutine, Xi Jinping est touché dans son amour propre avec les sanctions de l'Empire à la suite de Tian'amen et plus encore, de la mise à mort des droits de l'homme à Hong-Kong.
  • La Turquie: ou République de Turquie est fondée en 1923 sur les restes de l'Empire ottoman. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle tente de se rapprocher de l'Occident, en particulier en essayant d'être intégrée à l'Union Européenne (UE, anciennement la CEE) depuis 1963, sans succès, même si les négociations sont en cours officiellement depuis 2005. En contrepoint, la Turquie maintient de forts liens avec les mondes musulmans, en particulier du Moyen-Orient. En 1994, la montée islamiste dans le pays propulse Recep Tayip Erdogan au pouvoir de la mairie d'Istambul. La situation politique est complexe, en particulier à cause du PKK (parti d'opposition kurde), mais plus encore à cause de la crise économique qui s'abat sur le pays en 2001. En 2002, l'AKP arrive au pouvoir et Erdogan est nommé Premier ministre. L'AKP propose un mélange de libéralisme constitutionnel et économique et maintient des valeurs traditionnelles de l'islam. En gros, il active les principes du populisme, ce en quoi les Turques ont cru. Aussi, on pourrait alors penser, tout comme pour la Chine, que le pays va se tourner vers la démocratie. En 2005, un nouveau code pénal est adopté en ce sens. Mais, c'est sans compter sur le goût du pouvoir de M. Erdogan. En effet, celui-ci rêve, lui aussi, de reformer l'Empire ottoman, comme le symbolise si bien son nouveau palais présidentiel à 500 millions de dollars, alors que le pays connaît toujours une crise financière douloureuse (web). Petit a petit, les libertés politiques sont limitées, les médias bridés ou condamnés, toute forme d'opposition à la politique d'Erdogan sévèrement punie. Le pays s'enferme progressivement dans une dérive autoritaire toujours plus marquée. Et de même que Poutine ou Xi Jinping, Erdogan est touché dans son amour propre avec la reconnaissance toujours plus marqué par les Occidentaux du génocide arménien, qu'il réfute véhément. 
  • Le Brésil: découvert en 1500 par les Portugais, le Brésil est une démocratie qui a connu des heurs et des malheurs, en particulier, avec la dictature militaire fasciste de 1964 à 1985. Depuis lors, tout comme le Chili, le pays est une démocratie au bipartisme exacerbé, entre l'extrême droite (blancs, riches et chrétiens), d'une part, et les socialistes, de l'autre. En 2019, Jair Bolsonaro devient Président de la République. Militaire de profession, sa vision du monde est à l'image de celle de Trump: égocentrique, étriquée, raciste, a-écologique... Moi d'abord, les autres jamais. En fait, Bolsarono est admiratif de la dictature militaire antérieure et du fascisme d'Europe de la première moitié du XXe siècle. Mais, il a été élu démocratiquement, car malgré la forte répression qui sévit au Brésil, le pays reste encore une démocratie libérale. La réélection de Bolsonaro à l'automne prochain entraînerait inéluctablement la fin de cette démocratie.

L'Inde de Narendra Modi est pour l'heure encore du côté de l'Empire, mais pour combien de temps. Quant aux USA, la possible réélection en 2024 du président des États-Unis sortant, Donald Trump, au sein même de l'Empire, serait critique pour les démocraties mondiales. L'article " A crisis coming': the twin threats to American democracy" de Davie Leonhard, du New York Times, est éloquent à ce sujet (web). Et l'UE n'est pas en reste. Le parlement européen vient juste d'annoncer que "la Hongrie n'est plus une véritable démocratie" (web) et les fascismes nationalistes y gagnent du terrain (web). Quoi qu'il en soit, le point commun de ces pays, c'est l'avènement d'un nationalisme fascisant à tendance totalitaire. Leur force tient non pas tant à leur croissance économique, mais bien au fait que l'idéologie politique de leurs dirigeants convergent et s'opposent de facto à celle de la démocratie libérale prônée par l'Occident. Si le but de l'Empire est de sortir les peuples de la pauvreté (tout en faisant des bénéfices il est vrai), le but des BRICS, dans leur grande majorité, est d'imposé un nouveau système politique au monde, dans lequel les riches et les "puissants" décident de ce qui est bon pour le reste du monde. Autrement dit, remplissent leurs comptes en banque, s'achètent des yachts de luxe, se font construire des palais surdimensionnés... alors que le peuple a faim, souffre et travaille pour payer tout cela. Difficile d'appeler ce système politique, une démocratie! Pour l'heure OCS et BRICS n'ont pas encore trouvé une synchronie idéologique. Beaucoup de points de divergence persistent. Et comme la si bien dit Modi à Poutine, hier, "l'heure n'est pas à la guerre"! Ce qui veut dire que la guerre doit venir, mais plus tard! Faut-il en dire plus?

Alors, me direz-vous, et le Cabo Verde dans tout ça! Eh bien, pas grand chose. Petit pays perdu au milieu de l'océan, sa seule et plus grande richesse est son peuple, dont la moitié vit cependant hors du pays. Les grandes puissances pourraient l'oublier ou du moins ne pas s'en soucier. Or, fait étonnant, l'Empire et ses organes supra-nationaux soutient massivement l'archipel. ONU, BM, FMI, OMS, UNESCO, FAO, etc., sans oublier les gouvernements des USA, de l'UE, d'Israël, du Japon, du Canada etc., tous viennent en aide au petit Cabo Verde. Pourquoi? Parce que le pays est pauvre? Non. Le Mozambique est pauvre. Haïti est pauvre. Le Timor oriental est pauvre. Pourtant, ils ne sont pas autant aidés. Alors pourquoi le Cabo Verde? Parce qu'officiellement, le Cabo Verde est une des meilleures démocraties libérales d'Afrique, si ce n'est la première. Le pays est stable, se développe bien, malgré les adversités des temps. Mais également, parce que le Cabo Verde est géographiquement stratégiquement situé (il a servi d'arrière base à l'OTAN lors de la première guerre en Irak), et qu'en plus, même si c'est un pays ultra-tolérant, il est fortement chrétien (l'Empire n'aime pas trop les musulmans depuis l'avènement du terrorisme international). Tout ceci concourt au fait que le Cabo Verde est un pion utile et soutenu par l'Empire.

C'est en prenant conscience de tout ceci (une synthèse réductrice cependant à bien des égards) que l'on peut comprendre le wargame qui se joue dans l'archipel actuellement. Eh oui! la guerre à venir sera mondiale et ne fera que rejouer la seconde en plus violent et plus destructeur. En fait, personne n'ose le dire, mais elle a déjà commencé. Russie, Chine, Turquie, Brésil (si Lula ne gagne pas les élections prochaines) etc. seront des partenaires à l'image de l'Allemagne nazie, de l'Italie, de l'Espagne et du Japon fascistes. Et les premiers soutiennent actuellement la même idéologie que les seconds, contre la même Démocratie des hommes libres. Bis repetita? 

Nul n'ignore qu'avec ses routes de la Soie, la Chine place ses pions sur l'échiquier du monde politique international. En finançant outrancièrement des infrastructures dans les pays pauvres ou en accordant des crédits considérables, en particulier en Afrique, elle ne cherche pas la rentabilité (car elle sait déjà que nombre de ces investissements sont à perte), mais le soutien des États bénéficiaires. Chaque pays est une voix supplémentaire susceptible de faire pencher la balance à l'ONU ou dans le cadre d'une décision supra-nationale comme celle sur les droits de l'homme (web). Or, on l'a vu dernièrement, nombre de pays d'Afrique soutiennent ouvertement la Chine, mais également la Russie après l'invasion de l'Ukraine. Des voix s'expriment clairement aujourd'hui en opposition à l'Empire. Ainsi Julius Malema, leader de la gauche radicale en Afrique du Sud, dit "nous sommes là pour dire à l'OTAN et aux Américains que nous ne sommes pas avec eux. Nous sommes avec la Russie et aujourd'hui nous voulons remercier la Russie. Donnez leur une leçon, nous avons besoin d'un nouvel ordre mondial et nous sommes fatigués de recevoir des ordres des Américains" (web). Le sommet d'aujourd'hui entre Poutine et Xi Jinping n'a d'autre but que de renforcer l'image de l'entente entre les deux pays et de la force que le groupe anti-démocratie libérale (assimilé à anti-Américains, voire anti-Français en Afrique) est réelle. L'exemple de la situation au Mali est probant avec le départ de la force Barkhane et la venue des mercenaires russes de Wagner  (web). Peu importe, pour ses pays secondaires, l'idéologie autoritaire qui sous-tend les buts de Poutine ou Xi Jinping. L'important, c'est de donner une leçon à l'Occident, quitte à ce que la démocratie disparaisse. De quoi faire peur, n'est-il pas!

Plus encore, l'importance de l'Afrique dans cette lutte anti-démocratie libérale trouve son point d'orgue à travers la dernière revendication des pays africains à l'occasion de la dernière assemblée générale de l'ONU. En effet, l'Afrique réclame de nouveau une réforme du Conseil de sécurité qu'elle juge obsolète. L'Union africaine, par la bouche du président sénégalais Macky Sall, revendiquait le 20 septembre 2022, au moins deux sièges permanents avec droit de veto, ni plus ni moins. Pour l'heure, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, le Conseil de sécurité de l'ONU créé par les vainqueurs pour le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde (soit l'idéologie de la démocratie libérale au final), comprend 5 membres permanents (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) qui tous ont un droit de veto. Si ajoute 10 membres non permanents élus pour 2 ans par l'Assemblée générale, dont le choix tient compte de la répartition géographique. L'Afrique dispose ainsi de 3 sièges (web). Sans entrée dans la légitimité des revendications de l'Union africaine ni sur l'obsolescence du Conseil de sécurité dans sa forme actuelle (Macron et Biden sont eux aussi favorable à une réforme - web), il apparaît évident que si une telle modification devait survenir, la place des pays africains gagneraient considérablement en poids sur la scène internationale. Et donc, la politique "diplomatique" de la Chine et de la Russie de coopter les voix des dits pays africains s'avéreraient payantes, compte tenu du fait que USA, France ou Angleterre, principaux pays occidentaux d'influence sur le continent, ont, depuis plusieurs décennies (pour la France, depuis la retraite de Jacques Chirac) laissé tomber tout soutien d'envergure pour le développement et l'aide pour l'instauration de démocratie. Or, demain, l'Afrique sera le seul continent à connaître une explosion démographique sans précédent. Elle va simplement tripler (web), ce qui ne sera pas sans conséquence dans la géo-politique mondiale.

Aussi, fûmes-nous surpris, le 8 septembre 2022, à la lecture de l'article d'inforpress, selon lequel Yury Materiy était "nommé nouvel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Russie au Cabo Verde (Yury Materiy nomeado novo embaixador extraordinário e plenipotenciário da Rússia em Cabo Verde)" (web). Pourquoi Poutine aurait-il besoin d'envoyer un ambassadeur extraordinaire et avec les pleins pouvoirs dans l'archipel (web)? Que vient faire dans ce coin reculé de l'Afrique de l'Ouest, cet ancien ambassadeur russe nommé habituellement dans des pays d'Asie (Bangladesh, Inde, Maldives, Pakistan, Sri Lanka...)? Inforpress rappelle que la nomination du nouvel ambassadeur russe au Cabo Verde avait dernièrement créé une polémique, car il s'agissait de l'ancienne procureure générale de Crimée, Natália Poklonskaia, qui avait fuit l'Ukraine pour s'exiler en Russie. Plus encore, le gouvernement russe aurait demandé à ce que la nouvelle ambassadrice puisse circuler dans l'archipel avec des agents de sécurité armés. Ulisses Correia e Silva a depuis démenti ces propos, tout en précisant tout de même que la nomination était en discussion avec les "responsables" de la Fédération de Russie. Tout un programme! 

Plus encore, à peine une semaine plus tard, hier, la Serbie a, à son tour, proposé au gouvernement du Cabo Verde de "renforcer les relations de coopération", en particulier dans les domaines de l'éducation, de l'agriculture, du tourisme et du sport  web). Or, la Serbie est le seul pays d'Europe à soutenir massivement qui? La Russie de Poutine  web). Pure coïncidence? Il faudrait être bien idiot pour le croire. La partie d'échec bas son plein et même le Cabo Verde n'y échappera pas!

Reste à éclaircir deux points:

  1. ce que va faire le Premier ministre, Ulisses Correia e Silva, dont on connaît le goût pour le pouvoir et le mépris pour l'opposition et les médias (voir nos post it antérieurs). Sans oublier, le besoin impérieux et chronique de l'État caboverdien en matière d'argent. On peut rester cependant optimiste connaissant le savoir faire en matière de diplomatie (ou l'art de ménager la chèvre et le chou local) que possède le Cabo Verde, petite Suisse d'Afrique (web). Le Cabo Verde n'a-t-il pas été le seul aéroport à autoriser des vols vers l'Afrique du Sud de l'apartheid?
  2. ce que vient chercher Poutine au Cabo Verde. Est-ce pour tenter d'y limiter l'influence des Occidentaux? Pour chercher un nouveau soutien africain ou, au pire, une neutralité? Pourquoi vouloir des gardes armés pour accompagner une diplomate dans un pays relativement paisible et sûr?  Tout cela n'est pas très clair.
Quoi qu'il en soit, le ver est dans la pomme. Attention! Mais qu'on ne si trompe pas à la lecture de ce post it. Nous ne sommes pas contre le peuple russe, tout au contraire. Notre grand-mère est née en URSS et nos amis de cette même URSS sont parmi les gens les plus formidables que nous connaissons. Ce qui nous déplaît et ce dont on souhaite mettre en garde ici, c'est uniquement les tactiques du gouvernement russe et de son dirigeant actuel, Vladimir Poutine, qui rêve d'être le calife à la place du peuple, ce qui a toujours le don de nous irriter. C'est fou, non?
Mais le plus important, c'est que le front anti-Occident (UC, soit la Chine, Russie, Turquie....), ou les pays non-démocratiques et leurs alliés, qui représente aujourd'hui plus de la moitié de la population mondiale (voir cartes ci-dessous), a commencé une coalition visant à réduire la démocratie libérale à néant pour la remplacer par des régimes autoritaires ou totalitaires dans lesquelles la Liberté n'existe pas! Cette coalition fascisante n'est pas encore prête pour la guerre, mais ce n'est qu'une question de temps. Cependant, les préparations pour la 3GM sont enclenchées et ne sauraient être, en aucune manière, annulées. Les prochaines élections présidentielles brésiliennes si elles confirment Bolsorano au pouvoir et plus encore, si en 2024, Trump est réélu président des USA, alors là, la démocratie libérale connaîtra ses jours les plus sombres depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et le point de départ sera... l'attaque de Taïwan par la Chine. Pour la simple raison que le gouvernement chinois n'entreprendra cette action d'annexion que si et seulement si il se sent suffisamment fort et soutenu pour le faire. Alors là, oui, la guerre à l'Occident sera enfin effective (elle est déjà déclarée) pour le plus grand malheur des peuples et de l'Humanité. Deux cas de figure se profilent alors: soit les UC sont majoritaires et imposent leur idéologie anti-démocratique diplomatiquement dans les instances supra-nationales (ONU et dérivés), soit les UC se sentent surpuissants et établissent un nouvel ordre mondial par la force. La carte ci-dessous est suffisamment éloquente pour montrer les forces en puissance dans les deux camps. La lutte pro- et anti- démocratie n'est autre qu'une lutte pays riches vs pays pauvres.



Cette première carte n'est pas imaginaire, elle se base sur le classement annuel des démocraties du magazine The economist (web).

On peut retrouver l'évolution de l'indice démocratique dans le monde sur le site Atlasocio.com et pour 2021, lire le rapport État de la démocratie dans le monde en 2021. Renforcer la résilience en temps de pandémie édité par l'IDEA (web).

Mais l'important, c'est que la situation n'est pas encore irréversible. Si la lutte contre la démocratie libérale est effective (et nous l'assimilons abusivement à une Troisième Guerre mondiale par pure provocation), il est possible pour les pays de l'Empire de renforcer la démocratie libérale dans le monde en faisant marche arrière et donc, en investissant massivement dans le développement, la santé et l'éducation des pays d'Afrique. En renforçant les démocratie du Sénégal, du Nigéria, de l'Angola par exemple, et en offrant une avenir à la jeunesse africaine (par une amélioration substantielle de l'Enseignement supérieur dont nous avons montré le rejet par l'Empire dans notre état des lieux), les pays anti-démocratique perdront du terrain. Le problème majeur dans l'investissement occidental dans les pays africains, c'est généralement que l'argent ne parvient pas à la population, ponctionné qu'il est par les dirigeants, les politiques et autres administrateurs. Il a été montré que si on donne 10 millions pour un projet, quasiment rien ne parvient à destination. Alors que si l'on donne 10'000 dollars, la quasi totalité parvient à la population. Donc, à l'exception des infrastructures de taille et les aides économiques étatiques, l'aide de l'Empire doit se focaliser sur les associations locales subventionnées avec des sommes de faibles montant (moins de 100'000 dollars), afin que l'argent soit réellement utilisé ce pour quoi il a été donné. Par ailleurs, au lieu de fermer l'Afrique au monde de la recherche scientifique, l'Empire doit impérativement l'ouvrir en mettant en place des collaborations inter-universitaires, en développant les échanges de chercheurs (pas uniquement des pays pauvres vers les pays riches, mais l'inverse), en soutenant des laboratoires de recherche en Afrique. Les compétences sont là. Simplement elles ne sont ni formées ni exploitées correctement. Exemple simple de soutien utile: un étudiant qui obtient une bourse pour étudier en Angleterre ou au Canada, doit, à la fin de ses études, obligatoirement revenir travailler durant 3 ou 5 ans dans son pays d'origine. Après, il est libre de travailler où il veut. Mais cela obligerait l'élite de la recherche à s'impliquer dans le développement de son propre pays, ce qui n'est absolument pas le cas aujourd'hui. Pour preuve, les rares Prix Nobel africain (hors littérature ou pour la Paix) vivent et travaillent aux USA ou au Royaume-Unis.

Développons l'éducation et modernisons les pays africains, et la démocratie libérale connaîtra de beaux lendemains. Laissons l'Afrique de côté et, sans doute aucun possible, la démocratie se mourra, laissant place à l'idéologie fasciste, violente, raciste, inégalitaire, liberticide.



Christophe Chazalon

Genève, le 15/09/2022, revu et augmenté le 23/09/2022

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Carpe diem, quam minimum credula postero!

Star Wars: la menace fantôme, début de la saga futuriste, est une fantaisie humaine, mais remplacez Naboo par Taïwan, la Férération du commerce par la République populaire de Chine, le congrès de la République par l'ONU, et peut-être apercevrez-vous que dans notre univers, il n'y a pas de Jedi! Have Fun!



CABO VERDE: petites mises à jour (2022)


Notre post it mis en ligne le 7 octobre, trouve un écho réjouissant dans la conception de la politique par le nouveau leader parlementaire du MpD, Paulo Veiga, tout fraîchement élu, qui, en l'espace de 24h, se dévoile devant la presse. Il semblerait donc que nous ayons vu faux, car certains politiciens sont déjà entrés dans la cour du lycée et permettront peut-être enfin de sortir le pays de la stérile guéguerre PAICV - MpD... et cela fait grandement plaisir. Pourvu que les paroles, non seulement ne restent pas que des paroles, mais, plus encore, qu'elles imprègnent les actions de tous les politiciens du Cabo Verde.

  • António Monteiro, "Paulo Veiga apela aos deputados a discutirem ideias e políticas e não pessoas e coisas", Expresso das ilhas, 08/10/2022, en ligne  (web)
  • Lourdes Fortes, "Líder parlamentar do MpD apela ao diálogo para resolução do impasse na CMSV", Expresso das ilhas, 07/10/2022, en ligne  (web)
  • CD / JMV, "Paulo Veiga reunir-se com os partidos com assento parlamentar para encontrar soluções para câmara de São Vicente", inforpress, 07/10/2022, en ligne  (web)

Quant à Augusto Neves, président de la Câmara municipale de São Vicente, son goût du pouvoir est digne du meilleur régime totalitaire si l'on en juge ses dernières déclarations et son mépris des autorités étatiques caboverdiennes.

  • Daniel Almeida, "Inspeção à Câmara de São Vicente: Augusto Neves desafia autoridade do Estado", A nação: jornal independente, n° 782 (06/10/2022), en ligne  (web)


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Nous avons pour habitude d'intégrer les prolongements à nos post it (tels que décisions politiques postérieures, événements marquants, opérations de communication, etc.) directement au sein des post it concernés, généralement en début. Mais deux d'entres-eux nous ont offert, cette semaine, des mises à jour significativement parlantes qu'il nous semble bon de traiter à part, plus amplement, et non pas en ajoutant quelques liens et autres phrases critiques laconiques.


Les "parasitages" désolants de la politique nationale

Mais tout d'abord, avant de traiter les deux "mises à jour" de cette semaine, il est bon de revenir sur les deux problèmes fondamentaux qui gangrènent la politique nationale depuis l'indépendance de 1975, et plus encore depuis 1991. 

Le plus important (et de loin) de ces "parasitages" n'est autre que la guéguerre MpD - PAICV, digne d'une cours de récréation à l'école enfantine ou de La guerre des boutons  (1912) de Louis Pergaud (web). On pourrait en rire, tellement la bataille entre les deux factions est devenue absurde, mais malheureusement, c'est une cause évidente d'échecs et de mauvaises décisions politiques. En effet, depuis 1991, le Cabo Verde est un pays qui connaît des élections multipartites. Les deux principaux partis qui se partagent le pouvoir sont le Partido africano da independência de Cabo Verde (PAICV / socialo-communiste) et le Movimento para a democracia (MpD / droite à tendance néo-libérale depuis une dizaine d'années), auxquels s'ajoutent, avec un certain poids politique, l'União caboverdiana independente e democràtica (UCID / centre) et le Partido popular de Cabo Verde (PP / parti ouvrier), ainsi que de manière fortement minoritaire le Partido da convergência democrática (PCD), le Partido social democrata (PSD), le Partido da renovação democratica (PDR) et le Partido do trabalho e da solidariedade (PTS). (web)

Or, ce que l'on constate immédiatement lorsque l'on séjourne un peu longtemps au Cabo Verde, c'est que quelque soit le parti au pouvoir (niveau national ou local), ses actions sont TOUJOURS dénoncées par le parti adverse. C'est systématique. Une politique politicienne de bas étage, ridicule et nuisible pour le développement du pays. Le Premier ministre du gouvernement MpD actuel, Ulisses Correia e Silva s'en est d'ailleurs plaint vivement en mai 2022 et en a fait la cause de sa politique autoritaire du "au final, c'est moi qui décide" (web). En effet, malgré les avancées conséquentes et la relative bonne gestion du pays lors de la crise de la pandémie de Covid-19, le PAICV, principal parti d'opposition, n'a de cesse de critiquer, souvent futilement les décisions prises (web). Il est normal que l'opposition critique, mais elle doit apporté des éléments concrets sur laquelle elle base sa critique et plus encore, des solutions concrètes et réalistes pour améliorer les choses. Le PAICV ne fait ni l'un ni l'autre. Il se contente de dire, sempiternellement, "la politique du MpD, c'est nul!". Ce qui ne sert absolument à rien comme assertion. Mais, au revers, il serait bien idiot de critiquer le seul PAICV, car les représentant du MpD ne font pas mieux (web), en particulier du côté de la câmara municipale de Mosteiros, sur Fogo, tenue actuellement par le PAICV (web). La situation la plus critique se trouve sur São Vicente, où le président de la câmara municipale, Augusto Neves, du MpD, ne parvient pas à diriger la dite câmara, car la moitié du conseil exécutif est composé de vereadores des partis d'opposition, à savoir du PAICV et de l'UCID. Au lieu de trouver un mode opératoire basé sur le consensus (comme cela fonctionne remarquablement en Suisse, au Conseil fédéral par exemple), Neves, qui ne supporte pas d'avoir perdu sa majorité absolue aux dernières élections, se comporte en véritable despote et met à mal la gestion du concelho de São Vicente. Les chefs de parti s'y sont mêlés à demi-mots, le Gouvernement fait lui la sourde oreille, renvoyant l'affaire au Ministère de la cohésion territorial qui a enfin rendu une série de "recommandations" qui pourraient être mises en application par le Ministère public. Or, le fait est simple, depuis le 2 janvier 2022 (soit plus de 10 mois), la câmara municipale est paralysée, en particulier car les séances du conseil municipal ne sont plus tenues, ce qui est totalement contraire à la loi régissant les câmaras municipales  (web). Le constat est simple: l'organe exécutif ne fonctionne pas, point! Il est bloqué irrémédiablement. Or, une telle infraction au règlement aurait simplement dû voir appliquer la dissolution des instances de la câmara municipale de São Vicente et engendrer de nouvelles élections. Le peuple en pâtit et le Gouvernement tergiverse encore et encore, tout cela parce que la guéguerre PAICV - MpD pollue le débat et empêche une prise de décision évidente. Nous avons eu l'occasion d'expérimenter cette guéguerre, en assistant à quelques conseils municipaux à Ponta do Sol, ou Povoaçào, dans le concelho de Ribeira Grande, sur Santo Antão. Et le constat en est navrant. Les conseillers PAICV, lors de leurs prises de parole, systématiquement n'ont fait que critiquer sans preuves ni propositions, et tout aussi systématiquement ont voté contre toutes les propositions ou presque émanant du MpD. En gros, leur concept d'opposition se réduisait à dire: "Votre politique, c'est nul! Vos décisions, c'est nul! Vos idées, c'est nul!" De la pure politique politicienne nuisible au bon fonctionnement des instances démocratiques. Le président de la câmara, issu du MpD, leur répondait alors, las de tant d'inepties, point par point et démontait, sans difficulté, chacune des critiques. Un bien triste spectacle qui illustre parfaitement pourquoi de moins en moins de citoyens s'intéressent à la politique. 

Quelques exemples de politique d'opposition parus dans la presse ces dernières semaines:

  • Fretson Rocha, "Augusto Neves (MpD) acusa PAICV de fazer politiquice com as recentes chuvas", Expresso das ilhas, 04/10/2022, en ligne (web)
  • CM / JMV, "Cidade Velha: MpD considera graves os constrangimentos existnetes no transporte escolar no município", inforpress, 06/10/2022, en ligne  (web)
  • Om / HF, "São Domingos: PAICV defende melhoria de edifícios escolares e aposta nas novas tecnologias", inforpress, 30/09/2022, en ligne  (web)
  • SC / ZS, "Ilha do Sal: PAICV diz que problemas educativos resultam da falta de planificação e método de trabalho", inforpress, 27/09/2022, en ligne  (web)
  • anonyme, "Ilha do Sal: PAICV acusa câmara municipal de boicotar normal e regular funcionamento da Assembleia municipal", inforpress, 23/09/2022, en ligne  (web)
  • Fretson Rocha, "PAICV considera concessão dos transportes marítimos um fiasco", Expresso das ilhas, 08/09/2022, en ligne  (web)
  • etc.

Les partis d'opposition sont là, non pas pour dénigrer bêtement, mais pour modifier intelligemment la politique du parti au pouvoir, afin que celle-ci reflète mieux les attentes et les aspirations de la population. C'est ce pourquoi tous ces politiciens ont été élus, en fait. Mais au Cabo Verde, il n'en est rien. Les politiciens en sont encore au jardim (l'école maternelle locale) et n'ont pas encore réussi leurs examens d'entrées au Collège. Il serait temps qu'ils y parviennent, après près de 50 ans d'indépendance et, surtout, en ces temps de crise.

S'il est normal que l'opposition critique (cela fait parti du jeu politique), elle doit surtout et avant tout apporter des solutions concrètes, réfléchies et utiles pour modifier la politique en cours qu'elle dénigre, C'est son rôle. De son côté, le parti au pouvoir doit, lui, savoir écouter ces solutions et les intégrer dans son propre programme. C'est cela la démocratie, pas une bataille de chiffonniers prétentieux comme on peut en voir à Mindelo ou à Praia en ce moment. 

En conclusion, pour obtenir la paix propice au développement du pays, il faut que l'une des parties fasse le premier pas. Si MpD et PAICV y parviennent, le pays aura tout à y gagner, car les politiciens pourront enfin se concentrer sur l'essentiel: développer le pays et subvenir aux besoins de la population. C'est cela la res publica ou la gestion du bien commun.

Le second "parasitage" qui phagocyte le développement du pays est la toute puissance de Praia. Grosso modo, ceux qui vivent à Praia ne pensent qu'à Praia et non au pays (soit les huit autres îles habitées et la moitié de la population locale), et ceux qui vivent hors de Praia se moquent éperdument des décisions prises dans la capitale qui ne reflètent pas leurs attentes, ni ne prennent en compte leurs besoins. On schématise bien sûr! Il y a bien des tentatives de "décentralisation" qui sont mises en place depuis quelques années (en particulier avec la nouvelle présidence de José Maria Neves), une revalorisation des 22 câmaras municipales du pays afin d'être plus proche de la population, mais dans les faits, Praia reste encore et toujours Praia, et toutes les décisions politiques du Gouvernement ne concernent que Praia ou avantage celle-ci au détriment du reste des concelhos.

Le cas le plus probant actuellement est le forcing fait par l'élite politico-culturelle du pays, résidant essentiellement dans la capitale, pour inscrire le créole dans la constitution comme langue officielle. Ce n'est pas de faire du créole une langue nationale qui pose problème. Sur ce point tout le monde est d'accord. Mais de définir de quel créole on parle? Et là, bien évidement, c'est le badiu, celui de Praia (ou la culture du Sottavento, en opposition au sampadjudu du Barlavento). Chacun à sa théorie, même le ministre de la Culture qui a sorti la plus grosse énormité de son mandat. Pour lui, "la question des variantes du créole caboverdien est une fausse question". Donc le choix est facile. Il suffit de développer le badiu et de l'enseigner à l'école, le reste se réglera pas lui-même  (web). Or, les variantes, c'est LE problème essentiel qui empêche la modification de la constitution. Et, bien entendu, ce choix est focalisé sur Praia. Les gens de São Nicolau, Santo Antão, São Vicente, voire même de Brava, ne voient pas du tout les choses de la même manière que leur ministre de la Culture. Et, à la question de savoir s'il fallait inscrire le créole comme langue officielle, sur Santo Antão, quelque soit le concelho, il nous a été répondu par un haussement d'épaule avec la phrase: "Bah! c'est Praia! Ils font toujours ce qu'ils veulent!". Grosso modo, cela revenait à dire: "on s'en fiche, de toute façon ça ne nous concerne pas leurs décisions". Et la réponse était unanime, à chaque fois, que ce soit des enseignants, des fonctionnaires, des commerçants, des petites gens. Tous regardent la décision à venir avec mépris ou indifférence, car sur Santo Antão on parle un créole caboverdien différent, plus portugais, moins africain que celui de Praia.

Aucun doute que les pro-badiu de Praia, qui détiennent au final le pouvoir législatif et exécutif, vont remporter la victoire avec la catastrophe linguistique qui va en découler. Une fois modifiée la constitution en ce sens, les élèves caboverdiens devront apprendre le portugais (langue officielle), le badiu (langue officielle), l'anglais (cheval de bataille du Premier Ministre Correia e Silva), le français (sur Santo Antão, plus de 70% des touristes sont francophones et le Cabo Verde doit défendre un temps soit peu sa place dans la francophonie s'il veut profiter des avantages qui vont avec), alors qu'à la maison, tous ceux ne vivant pas sur l'île de Santiago (où se situe Praia) parleront une autre langue, LEUR créole (sampadjudu ou badiu variant de Fogo, Brava ou Maio). Imaginez des enfants de 8 à 18 ans devant apprendre simultanément 4 langues et dont aucune n'est leur langue maternelle, soit la langue courante qu'ils parlent à la maison ou dans la cour d'école, au quotidien. On imagine déjà les résultats. Cela s'appelle, un scénario catastrophe.


Première mise à jour: la loi contre l'alcool

Dans un de nos précédents post it, intitulé "Cabo Verde, une loi contre l'alcool nuisible et contre-productive" (novembre 2021 -  web), nous avions montré, avec force détails, les absurdités de cette loi qui allait à contre sens de ce qu'il fallait faire.

Or, la loi contre l'alcool de 2019 est une loi fortement politique, soutenue alors par le Président de la République sortant, Jorge Carlos Fonseca, en personne. Idéologique, son application ne pouvait être que... nulle. En ce point, on avait raison... malheureusement.

C'est du moins ce que confirme le rapport sur cette loi, rendu public ce 5 octobre 2022, en grande fanfare. Le Ministère de la Santé (web) était fier de pouvoir faire annoncer que 87% des gens "ont déjà entendu parler de la loi (jà ouviram falar da lei)". Bravo! Hourra! Mais qu'en est-il concrètement? Le constat est simplement affligeant.

Sur les 1'102 personnes interrogées (dont 10% sont issus de la restauration et 274 d'institutions publiques ou privées, toutes, à n'en pas douter, résidant à Praia ou aux environs), seulement 40% d'entre elles avaient connaissance d'au moins 3 points sur les 20 points que contient la loi de 2019.  Donc oui, les interrogés savent en très grande majorité qu'il existe une loi sur l'alcool, mais à peine 2/5 connaissent 1/7 de ce qu'elle contient. Pire! Les trois points connus sont en fait des points existants déjà dans la loi antérieure sur l'alcool, promulguée en 1997 (interdiction de vente aux mineurs, etc.)

En conclusion, contrairement au blabla et aux fanfaronnades officielles, la loi est purement et simplement ignorée par la population, et on pourrait même ajouter, la loi est ignorée volontairement par la population parce qu'elle ne la comprend pas, tant les points sont absurdes et contraires à ses besoins ou à ses attentes. La loi a été faite à Praia, par les dirigeants et les politiciens de l'Assemblée nationale suivant des critères qui n'ont rien à faire ni à voir avec les usages et coutumes de la population locale, qui les privent de leurs libertés (interdiction de boire à une terrasse ou à la plage), qui fait de chaque individus un alcoolique potentiel violent et dangereux qu'il faut punir, et qui ne résout en rien les problèmes dus à l'alcoolisme sur le territoire. Résultat: fin de non recevoir! Vive le peuple! Et c'est le second "parasitage" énoncé ci-dessus qui en est la cause. Les gens d'en-haut qui imposent une loi "externe" (promulguée en bonne part par l'OMS, avec le fort soutien de l'Église) aux gens d'en-bas qui ont d'autres soucis et attentes, et donc ignorent la loi parce qu'elle leur est inutile, voir nuisible. Et puis, plus prosaïquement:

"Ce n'est pas une nouvelle loi sur l'alcool qui mettra du riz dans les assiettes!"

Et quelles solutions préconisent les rapporteurs? Dans toute leur sagesse légendaire: plus de contrôles, plus d'applications des sanctions pécuniaires (amendes d'au moins un mois de salaire pour rappel), plus de complications pour les petites gens, Monsieur et Madame tout le monde. En fait, tout le contraire de ce qui doit être fait.

On ne le dirajamais assez: l'alcoolisme est avant tout une maladie et doit surtout être traitée en amont par la prévention et les centres d'aide, non par la punition financière et l'incarcération. Plus encore, la consommation d'alcool modérée a aussi des effets positifs sur l'état psychologique de la population concernée, en particulier en ces temps de crise extrêmement difficiles. Donc, oui a une réglementation, mais non à une législation coercitive et punitive.

On ajoutera que le Ministère de la Santé se tient bien de donner le montant payé pour ce rapport! Combien de campagnes de prévention contre l'alcoolisme auraient pu être faites avec ce montant?


Seconde mise à jour: ICTA - SA

En juillet 2022, nous publions le post it intitulé "Agriculture au Cabo Verde: vers une permaculture résiliente? Quelques réflexions et propositions utiles"  (web). Le point de départ de ce post it était l'ouverture de l'Instituto de ciências e tecnologias agrárias (ICTA) sur l'île de Santo Antão. On critiquait le fait que pour cette ouverture, alors que le pays manque de moyens financiers pour subvenir aux besoins essentiels de la population, le Gouvernement, avec l'Universidade técnica do Atlântico (UTA), ait décidé d'ouvrir cet institut sur plus de 4 lieux différents, répartis dans les 3 concelhos de l'île. 

Les cours commenceront bien le 17 octobre avec 40 étudiants, répartis en deux formations de 20 étudiants. Or, ce qui nous choque ici, c'est que. pour contrer les critiques sur les coûts engendrés par ces décisions politiques, l'UTA, avec les câmaras municipales de Santo Antão et probablement le Gouvernement, propose pour cette année universitaire... 40 bourses. Eh oui! La solution trouvée pour soulager les étudiants a été d'offrir à chacun d'eux une bourse. Et quelle bourse? Inforpress rapporte que: "Les bourses comprennent l'exonération du paiement des frais de scolarité, le transport gratuit entre la municipalité de résidence et les différents campus, et l'hébergement dans l'une des résidences étudiantes de Santo Antão, si nécessaire (As bolsas incluem a isenção de pagamento de propina, transporte gratuito entre o município de residência e os diferentes campus e o alojamento numa das residências estudantis de Santo Antão, se necessário)". (web

AU CABO VERDE, FAIRE DES ÉTUDES SUPÉRIEURES ENTIÈREMENT GRATUITE, C'EST POSSIBLE! 

C'est l'offre incroyable qu'ont trouvé le rectorat de l'UTA et les politiques pour lancer ce nouvel institut. Que pouvait-on espérer de plus? Sauf que, petits problèmes:

  1. l'UTA est une université privée qui doit donc faire du bénéfice et non de la philanthropie, d'autant plus que ses finances sont en situation délicate;
  2. les câmaras municipales de l'île n'ont pas l'argent nécessaire pour aider la population la plus pauvre à subvenir à ses besoins et à manger au moins 2 repas par jour;
  3. ces bourses sont injustes par rapport à tous les autres étudiants du pays et plus encore les boursiers, car elles sont totalement inégalitaires (pour Ribeira Grande (SA), une bourse de la câmara municipale réduit en général de moitié des frais annuels de scolarité!);
  4. enfin, ces 40 bourses ne sont pas du tout pérennes. Si le cursus normal est d'au moins trois ans, pour être juste, il faudrait en proposer 80 l'année prochaine et 120 les années suivantes. Avec quel argent? L'UTA envisage-t-elle ne pas donner de bourses aux 40 étudiants l'année prochaine, qu'ils devront se débrouiller tous seuls? On attend le résultat d'une telle politique avec impatience!
Le sauver la face caboverdien est ici une nouvelle fois un échappatoire à court terme. La sacro-sainte règle du "on fait, après on verra bien!"

Autre point qui stimule notre perplexité: la répartition des sites. D'après inforpress, celle-ci a été modifiée comme suit: "L'ICTA sera dispersé sur tout le territoire. Le siège administratif, dans l'ancien hôtel de ville, à Porto Novo. Le siège académique, où se dérouleront les cours théoriques et de laboratoire, au deuxième étage du Liceu Januário Leite, à Paúl. Au Centro de Afonso Martinho, à Ribeira Grande, et à Quinta São João Baptista, à Lajedos, Porto Novo, les centres de recherche expérimentale et scientifique fonctionneront (O ICTA ficará disperso pelo território. A sede administrativa, nos antigos Paços do Concelho, em Porto Novo. A sede lectiva, onde decorrerão as aulas teóricas e laboratoriais, no segundo piso do Liceu Januário Leite, no Paúl. No Centro de Afonso Martinho, em Ribeira Grande, e na Quinta São João Baptista, em Lajedos, Porto Novo, funcionarão os centros experimentais e de investigação científica)".

A-t-on déjà vu la cohabitation, sur un même site, dans un même bâtiment scolaire, entre lycéens et étudiants d'un institut d'enseignement supérieur? Plus prosaïquement, est-ce une bonne idée de mélanger des individus majeurs avec des mineurs? Pas sûr du tout, même si le poste de police est juste en face.

Ci sera la fin de notre post it du jour. Bonne lecture et cogitation à toutes et tous!

Christophe Chazalon
Genève, le 07/10/2022 (modifié le 09/10/2022)



CABO VERDE: 30 ans de la constitution (2022)


  • GFS / ZS, "30 anos da Constituição: Primeiro ministro entende que não e urgente revisão da Constituição", inforpress, 11/10/2022, en ligne  (web)
  • GFS / ZS, "30 anos da Constituição: PAICV defende avaliação das práticas dos actores políticos na aplicação da Constituição", inforpres, 11/10/2022, en ligne (web)


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"ESQUISSE n° 37 - [...] Une langue permet de former un nombre incalculable de phrases, mais elle est en pratique un système fini parce qu'elle est fondée sur les combinaisons d'un petit nombre de sons, sur un vocabulaire qui forme un monde clos et sur un répertoire limité des gestes signifiants qui donnent leur forme et leur sens aux phrase.

Il n'en vas pas de même des nombres. Quand ils sont dépouillés de toute valeur symbolique (quand le trois ne représente plus la Trinité, par exemple) et ne servent plus qu'à mesurer et calculer, ils forment un système infini parce que ses développements n'ont pas de borne intrinsèque: à tout nombre peut être ajouté un autre nombre, tout nombre peut être multiplié par un autre. Quand les marchands, les banquiers, les savants et les ingénieurs de la Renaissance se sont mis à quantifier la réalité et à la soumettre à leurs calculs (Galilée), ils ont introduit l'infini dans leur activité intellectuelle. Conçus de façon abstraite, l'espace et le temps sont devenus infinis (Pascal). Cet infini est d'abord resté un ferment. Il n'a pas ébranlé l'ordre social. Le bouleversement s'est produit quand, au XIXe siècle, les possédants se sont mis à agir selon la seule logique du calcul, du profit et de l'accroissement du capital et, par leur nouveau pouvoir, l'ont imposée de proche en proche à toute la société. C'est ce qui a déclenché la réaction en chaîne. La société n'a pu l'arrêter parce qu'elle a été réduite à l'impuissance. Les mouvements sociaux qui ont voulu y mettre fin ont été vaincus.

Ce nouveau système, qui s'est ensuite étendu de l'Europe au monde entier, a créé un monde vide de sens - car la fonction ne crée pas de sens. Elle ne connaît pas d'autre fin que son fonctionnement. Toutes les tentatives qui ont été faites pour donner un sens à ce système ont engendré des idéologies monstrueuses et provoqué des catastrophes. Tels ont été les XIXe et XXe siècles.

ESQUISSE n° 38 - Ce dérèglement vient de ce que l'activité humaine a été soumise à la loi de l'infini. Appelons ainsi la loi régissant un système dont le fonctionnement n'a pas de fin, dans les deux sens du terme: ni but, ni terme.

Cette loi règne désormais dans presque tous les domaines. Les états-majors de la finance lui obéissent parce qu'ils s'en tiennent à l'idée que ce qui fonctionne doit fonctionner et que ce qui prolifère doit proliférer. Leur pensée se limite à cela - si l'on peut appeler pensée ce qui n'est qu'un automatisme intériorisé. Ils agissent comme le cancer. Ils sont persuadés que le malade sera sauvé quand il l'auront définitivement privé de ce qui lui reste de défense immunitaires et n'opposera plus aucune résistance à leur entreprise. Ils ne peuvent concevoir autre chose. Ils le peuvent d'autant moins que leur "pensée" est désormais automatisée et travaille toute seule, touchant instantanément le monde entier. C'est le stade de la métastase généralisée. Ce développement a une limite: la mort du patient, mais ils n'en ont cure.

La production industrielle prolifère aussi. Elle n'a plus d'autre but que sa propre croissance et son accélération sans fin, pour que soient maintenus coûte que coûte le profit et l'accroissement du capital. La "croissance" résume cette aberration. 

La progression de ce cancer s'accompagne de fièvres multiples qui s'entretiennent les unes les autres: celles de la consommation, de la publicité, de la communication, de l'information pléthorique et continue, du nombre et de la vitesse des déplacements, du rythme du travail, etc. La loi de l'infini nous impose une vie minutée. Elle nous prive du loisir de nous arrêter, de sentir, de penser, de nous exprimer et d'agir selon notre nécessité propre. Elle nous coupe de nous-mêmes et nous épuise. Le recours aux drogues se généralise tandis que se répand la dépression, refuge et prison des vaincus.

Mais il n'y a pas que les fièvres. Le XXe siècle a enfanté des phénomènes pathologiques sans exemple dans l'histoire. Des dirigeants, des partis ont tenté de créer des systèmes totalement efficaces: totalitaires. Ils ont cru y parvenir en empêchant de penser les individus qui les faisaient fonctionner et en se débarrassant de ceux qui étaient en trop. Hitler n'est pas le seul, mais il est exemplaire. Il a envahi l'Europe grâce à l'industrie allemande qui était la plus performante du monde et qu'il a mise à son service en remplissant les carnets de commandes de ses patrons. Cette industrie avait besoin de main-d'oeuvre, il la lui a fournie, parquée dans des camps. De ce matériel humain, la part utile a été tuée au travail et l'autre détruite directement, industriellement, rationnellement. [...]

ESQUISSE n° 39 - Le remède découle du diagnostic. Pour éviter la catastrophe, il faut défaire la conjonction fatidique qui en est la cause. Il faut mettre fin au pouvoir abusif des détenteurs du capital et à la loi de l'infini que ce pouvoir impose. Ces deux opérations sont indissociables, elles ne peuvent réussir l'une sans l'autre. Il faudra d'une part mettre hors d'état de nuire ceux qui défendent le système parce qu'ils en tirent le plus grand profit. S'ils s'estiment irremplaçables, on leur citera Mme de Staël: "Quand on propose de supprimer un abus quelconque du pouvoir, observait-elle à propos de l'esclavage, aussitôt ceux qui jouissent ce cet abus ne manquent pas d'affirmer que tous les bienfaits de l'ordre social y sont attachés. C'est la clé de voûte, disent-ils, tandis que c'est seulement la clé de leurs propres avantages". On dépossédera les détenteurs du grand capital en prenant garde de leur laisser suffisamment de biens pour qu'on puisse leur dire, s'ils protestent: de quoi vous plaigniez-vous? Pour vaincre, il faudra en même temps créer une force de nature différente. Le système actuel ne reculera et ne sera défait que s'il rencontre une force d'une autre nature, obéissant à une autre loi: la loi du fini.

ESQUISSE n° 40 - La loi du fini n'est autre que la loi de l'intégration - car c'est le propre de tout processus d'intégration d'aller vers un aboutissement et de s'arrêter lorsqu'il est atteint, autrement dit d'être un processus fini. Dire, par exemple, est un acte fini. Quand la chose est dite, je m'arrête. L'idée, l'intuition, l'émotion ont trouvé leur expression nécessaire et suffisante. Autre exemple: comprendre est un acte fini. Quand je comprends quelque chose, un processus atteint son but et s'arrête. Il se reproduit rapidement chaque fois que je comprends à nouveau. Le travail d'intégration auquel je me livre quand j'apprends à exécuter un geste prend fin quand le geste naît. L'intégration nécessaire se reproduit ensuite instantanément chaque fois que j'exécute le même geste fini. [...]

ESQUISSE n° 46 - Dans nos activité partagées aussi, nous pouvons combiner nos forces de façon à ce qu'au lieu de se contrarier, elles produisent une activité plus intense et plus féconde. Cette forme d'intégration ne conduit ni à la béatitude ni à aucune autre perfection, mais réduit le temps et l'énergie que coûte à chacun sa contribution aux tâches communes et répartit mieux les rôles. C'est le principe de la coopération dans la vie sociale et de la fédération dans l'organisation politique. Depuis deux cents ans toutes les révolutions ont obéi à ce double principe à leur début, avant de s'égarer ou d'être brisées par leurs ennemis. Comme l'histoire est écrite par les vainqueurs, ce fait a disparu de la conscience collective, mais il peut être remis en lumière. La loi de l'intégration joue à toutes les échelles de l'activité humaine: des forces se combinent sans se confondre et engendrent continuellement du bas vers le haut une puissance d'agir supérieure qui leur obéit

C'est ce que prévoyait la constitution européenne de 1952, mais un autre principe a prévalu, celui du libéralisme non pas politique, mais économique: l'Europe devait être fondée sur la règle de droit, laquelle devait garantir le libre fonctionnement du marché. L'économie de marché et la concurrence allaient créer une société libre et prospère. Elles y ont certes contribué, mais elles ont aussi assuré l'emprise sans cesse croissant du capital sur la vie économique, sociale et finalement politique, le droit assurant la primauté du capital sur la volonté des citoyens. Chaque fois que les citoyens se sont élevés contre le sort qui leur était fait, le pouvoir financier et le personnel politique qui est à son service leur ont expliqué que le mal venait de Bruxelles. En se défaussant ainsi, ils ont entretenu une confusion qui leur a permis de cacher leur jeu. Ils ont ouvert par là une avenue aux populistes et aux nationalistes, qui ont exploité le mécontentement pour tenter de parvenir à leur tour au pouvoir. Ils ont renouvelé l'alliance du capital et de la réaction qui n'a cessé de se reformer en Europe depuis deux cents ans. Nous nous rendons complices de cette imposture en parlant de "néolibéralisme" et de "mondialisation", car c'est au capitalisme que nous avons affaire. En nous refusant à nommer le problème, nous nous privons du moyen de le résoudre.

ESQUISSE n° 47 - S'ils revenaient aux Lumières et les approfondissaient, les Européens auraient les moyens de résoudre ce problème. Ils possèdent un patrimoine de pensée critique, de pratique démocratique et d'invention politique à nul autre pareil. C'est aussi leur intérêt de s'entendre sur un tel projet parce qu'aucune nation européenne n'est de taille à le réaliser seule. Ils doivent s'unir pour se défendre et pour peser sur l'histoire. Mais ils pourraient faire mieux: ils pourraient tenter de remédier d'un même mouvement à la faiblesse de l'Europe, au dysfonctionnement dangereux qu'est le capitalisme industriel et financier et à la dégradation accélérée du milieu naturel. Ils doivent le faire, car il est vain désormais de séparer ces trois tâches. Nous serons condamnés à l'échec tant que nous continuerons à les considérer séparément. Mettons-les en enfilade pour les résoudre les trois. Cette enfilade, alignons-la sur la plus importante des connaissances, celle du sujet, ou du principe de l'humain. Une vie civilisée ne va pas sans une base matérielle assurée, laquelle ne va pas sans un milieu naturel favorable. Les manifestations actuelles de la catastrophe qui nous menace le montrent suffisamment. Toute l'histoire le prouve. [...]

ESQUISSE n° 49 - Dans un essai de 1819, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, Benjamin Constant a établi une distinction entre la liberté politique pratiquée dans la cité grecque et la république romaine et celle qu'il fallait instaurer selon lui après la chute de l'ancien régime en France. La première se réduisait à la délibération et aux décisions des citoyens, contre lesquelles ne pouvait prévaloir aucune liberté individuelle. La seconde qui seule convient aux sociétés modernes, disait-il, est celle des individus, qui doivent se prémunir non seulement contre l'arbitraire du pouvoir, mais contre toute interférence inutile du pouvoir dans leur existence. L'État a pour seule vocation d'assurer l'ordre public qui est nécessaire à l'exercice de leur liberté, qui est de vaquer comme ils l'entendent à leurs propres affaires. Le principal intérêt de cette distinction était de montrer que les errements de la Révolution française étaient en grande partie venus de ce que les révolutionnaires avaient en tête la liberté antique et ont tenté de l'imposer à une société qui voulait la liberté moderne.

Aujourd'hui, ce serait commettre une erreur semblable que d'en rester à cette conception libérale de la liberté. Non qu'il faille la renier, comme l'ont fait les pouvoirs autoritaires ou totalitaires de l'histoire récente. Mais il faut la compléter désormais par l'idée positive de la liberté. Dans son principe, la démocratie est le régime dans lequel les citoyens exercent le pouvoir. La démocratie moderne leur garantit leur liberté individuelle. Aujourd'hui, une démocratie approfondie doit en outre leur permettre de surmonter leur impuissance et d'agir selon la nécessité. C'est en agissant ainsi qu'ils connaîtront le sentiment de liberté, qui ne trompe pas, et qu'ils seront en effet des sujets libres.

Il le faut aujourd'hui pour parer à la catastrophe qui est sur le point de nous emporter. Il le faudra à l'avenir si nous nous en tirons et que l'histoire continue, car toutes les sociétés sont exposées aux hasards, à l'usure, à l'impéritie, à l'aveuglement, à la tentation de la violence. Elles seront toujours habitées par les "deux humeurs" dont a parlé Machiavel: le désir des uns de dominer et le refus des autres de se laisser dominer. Il faudra toujours faire preuve de virtù, disait-il, c'est-à-dire savoir agir quand la fortuna en fournit l'occasion - car elle broie ceux qui laissent passer le moment. La véritable action politique, qu'elle soit individuelle ou collective, obéit à la loi du fini. Les citoyens prennent des décisions et accomplissent des actes finis qui s'inscrivent dans l'Histoire. "Il n'y a d'histoire digne d'attention que celle des peuples libres" disait Chamfort: ils ont une histoire parce qu'ils la font."

Jean-François BILLETER, Esquisses
07/2016, p. 82-87 / 96-99 / 102-104



23.10.2022: un jour sombre pour la Chine et le Monde (2022)

Depuis l'apparition de ce "post it", on a pu lire ceci:

  • anonyme, "Chine: 50 États dénoncent à l'ONU les violations des droits humains au Xinjiang", 20 minutes, 01/11/2022, en ligne  (web)
  • Maxime Bayce, "La Chine a-t-elle ouvert 54 postes de police illégaux en Europe et dans le monde?", yahoo!news, 27/10/2022, en ligne (web)
  • anonyme, "Diplomatie: la Chine accusée de postes de police illégaux aux Pays-Bas", BBC Afrique, 27/10/2022, en ligne  (web)
  • Alain Franchon, "L'objectif de Xi Jinping de renforcer la sécurité nationale de son pays suppose de changer l'ordre international", Le monde, 27/10/2022, en ligne  (web)
  • Laurence Defranoux, "Congrès du Parti communiste chinois: en Chine, la puissance de Xi Jinping n'a plus de limites", Libération, 24/10/2022, en ligne  (web)
  • Frédéric Lemaître, "Xi Jinping obtient les pleins pouvoirs en Chine pour se confronter à l'Occident", Le monde, 24/10/2022, en ligne (web)
  • Gideon Rachman, "Xi Jinping's China and the rise of the global west", Financial Times, 24/10/2022, en ligne  (web)

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Voilà, c'est fait! En ce 23 octobre 2022, la Chine devient officiellement une dictature. Plus aucune contestation n'est tolérée. Le pouvoir est entièrement aux mains des quelques hommes proche d'un leader Xi Jinping. Retour sur le début de la fin.

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la République populaire de Chine était devenue un régime totalitaire (communiste), soit un état qui ne connaissait qu'un parti unique qui restreignait toute opposition individuelle au gouvernement. Dans les années 1970, un certain Xi Jinping adhére au Parti communiste chinois (PCC). Fils "d'un compagnon de Mao Zedong", il gravit les échelons rapidement. De mars 2008 à mars 2013, il est vice-président de la Chine, sous le second mandat de Hu Jintao, et de novembre 2012 à aujourd'hui il est secrétaire général du PCC, ainsi que président de la République depuis mars 2013, en remplacement du dit Jintao, poste dans lequel il devrait être reconfirmé sans surprise en mars 2023.

Lors de son second mandat, Xi Jinping entreprend une modification de la Constitution chinoise, supprimant la limite de deux mandats. Sa proposition est votée et donc, il peut dès lors être secrétaire et président à vie.

Le pays connaît alors une croissance à 2 chiffres et le pays est stable. La classe moyenne se développe rapidement, la pauvreté tant à disparaître. Mais surviennent les difficultés. La crise des subprimes américaines qui mettent à mal l'économie mondiale, ainsi que la pandémie de Covid-19 qui prend naissance sur le territoire chinois. L'économie fléchit, la croissance n'est plus qu'à un chiffre. Le chômage se renforce et le mécontentement de la population augmente (web). Cependant, Xi Jinping mène une politique virulente contre toute forme d'opposition, allant jusqu'à mâter les peuples musulmans de Chine orientale, dans ce qui est aujourd'hui reconnu par l'ONU comme un quasi génocide. Le contrôle de la population est absolu et l'intrusion dans la vie privée sans limite. Ainsi, l'administration publique installe des caméras à l'intérieur des habitations privées afin de mieux pouvoir surveiller et contrôler les actes des habitants (web). Big Brother n'a jamais été si réel que depuis ces 10 dernières années en Chine et ce n'est qu'un début  (web).

Lors du 20e Congrès du PCC qui vient de se tenir (23 octobre 2022), Xi Jinping a franchi l'ultime limite qui le séparait de la dictature. Mégalomane rêvant d'être le nouveau Mao Zedong, égocentrique milliardaire, il est allé jusqu'à faire évincer son mentor, l'ancien président Hu Jintao, assis à sa gauche lors du 20e Congres, alors que la presse venait d'être autorisée à entrer. Jintao a résisté, mais a dû finalement céder devant les caméras dans ce qui est la pire humiliation qu'il a pu recevoir de sa vie (en particulier en Chine, pays extrêmement codifié). Et Xi Jinping n'a même pas daigné lui adresser un regard  (web). Tout était orchestré comme dans les pires purges staliniennes  (web) ou les procès de Prague, dans un spectacle servant à montrer le pouvoir absolu atteint par Xi Jinping. Ce dernier reconduit pour un 3e mandat en tant que secrétaire du parti, mais également en tant que... chef de l'armée chinoise. Il a immédiatement nommé 4 nouveaux membres au Comité permanent du PCC, soit les 7 hommes au sommet du pouvoir en Chine  (web). Autrement dit, Xi Jinping concentre désormais TOUS les pouvoirs en Chine.

La définition d'une "dictature": "régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l'exercent sans contrôle, de façon autoritaire" (Larousse:  web)

Comme nous l'avons dit plus haut, en mars 2023, Xi Jinping sera reconduit en tant que président de la République. Dès lors, plus rien ne pourra l'arrêter qu'une mort naturelle, une nouvelle révolution ou... un attentat réussi!

Sur le plan mondial maintenant. Si l'on considère la situation chinoise dès aujourd'hui et la guerre en Ukraine, à travers laquelle de nouvelles alliances de régimes fascistes ou totalitaire se sont renforcées ou créées, il y a fort à parier que 2023 sera une année violente et destructrice. La nomination au poste de Premier ministre saoudien du prince héritier Mohammed Ben Salman  (web), grand ordonnateur de l'assassinat de l'opposant journaliste Jamal Khashoggi en 2018  (web), n'est que la plus importante d'entre elle. Alors que l'Occident souffre d'un manque d'énergie fossile pour l'hiver à venir, l'Arabie Saoudite vient non seulement d'entériner des relations favorables avec Moscou, mais plus encore de limiter sa production de brut au grand dame du Gouvernement américain (web). L'alignement avec la politique de Putin n'est pas anodine (web) et l'Arabie Saoudite souhaite même rejoindre les BRICS, soit les pays en développement ouvertement opposés à l'Empire, ou les pays occidentaux (web). Autre producteur de pétrole, courtisé par la France ces dernières semaines, l'Algérie renforce également ses liens avec Moscou à travers des manoeuvres militaires (web). En l'espace de quelques mois, voire semaines, de plus en plus de pays africains et sud-américains entrent dans le jeu anti-Occident. Et ce n'est pas sans raison qu'ils sont devenus la priorité de Xi Jinping (web).

Nous l'avons écrit il y a quelques semaines, la guerre des pays pauvres contre les pays riches a commencé. Elle vise au renversement des démocraties libérales et au renforcement des régimes autoritaires, car tous les pays des BRICS (Inde, Brésil et Afrique du Sud mis à part, mais pour combien de temps) ou pauvres concernés sont des régimes autoritaires ou des dictatures.

Avec l'ouverture au printemps prochain d'un front armé à Taiwan, parallèlement à la guerre en Ukraine sur le sol européen, l'OTAN (ou la force armée de l'Empire) serait prise à mal, si ce n'est au dépourvu. Elle ne peut en effet combattre efficacement sur deux fronts. Et contrairement à la politique occidentale qui privilégie systématiquement la diplomatie, la politique des BRICS est claire: force militaire et force diplomatique auront raison de la diplomatie flexible et fragile de l'Empire. D'où le besoin incontournable du soutien des pays africains et sud-américains pour la partie diplomatique supranationale. L'Europe et les USA sont trop lents à réagir, d'autant plus que le parti républicain américain (GOP) fricote avec le fascisme et le pro-Kremlin. Quand à l'Europe, partagée entre la peur de la colère des populations face à la pénurie d'énergie annoncée cet hiver, d'une part, et la montée des national-socialismes dans de nombreux pays (la Hongrie n'est plus considérée comme une démocratie par l'UE, l'Italie vient de nommer une Premier ministre d'extrême droite à sa tête, la Pologne joue sur tous les fronts dans une ambivalence dangereuse, etc.), l'Europe n'est pas assez réactive et soudée pour faire actuellement face aux BRICS.

En somme, tout nous dirige vers un renversement des pouvoirs et du mode de gestion de l'Humanité qui sera remise entre les mains de gens peu scrupuleux et narcissiques, indifférents aux souffrances et à la liberté des peuples.


Et le Cabo Verde dans tout ça?

On l'a déjà écrit, le Cabo Verde est un petit pays, et par la taille et par l'économie. Bien obligé de manger à tous les râteliers quand on est pauvre. Impossible de faire la fine bouche. Aussi le Gouvernement MpD au pouvoir depuis une dizaine d'années jongle-t-il entre Empire et BRICS, acceptant ce qu'on lui offre tout en modulant les susceptibilités de chacun. Cependant, on constate que depuis quelques mois, le regard vers la Chine est de plus en plus marqué. D'une part, la Chine vient d'offrir le nouveau campus de UniCV, l'université publique caboverdienne, située à Praia. La célébration officielle a été effectuée cet été, le  24 juillet 2022, en présence de l'ambassadeur chinois Du Xiaocong (web), alors que le 7 juillet, le site avait été visité par le "novo embaixador da China em Cabo Verde, Xu Jie" (web). Combien y a-t-il d'ambassadeur chinois au Cabo Verde? Même les journalistes se mêlent les pinceaux.

Mais un autre événement est apparu depuis. En effet, le 26 juillet (n° 773), le journal indépendant A nação titrait qu'Arlindo do Rosário, ministre de la Santé, allait devenir ambassadeur du Cabo Verde en Chine. Le Gouvernement sans réfuter l'information, rechigna fortement à la confirmer, dans son mépris continu des médias (web). Et le 15 octobre dernier, finalement, l'information a été confirmée par le principal intéressé qui a démissionné pour prendre son poste en Chine prochainement. L'excuse invoquée: grande lassitude après la pandémie de Covid-19 (web). Aurait-il commis une erreur pour être ainsi évincé?

La question que l'on se pose alors: à l'heure où le Gouvernement caboverdien peine (et c'est peu dire) à trouver des ministres compétents et de qualité (le ministre de la Culture (bien qu'incompétent en ce domaine faut-il le préciser?) a été nommé également ministre de la Mer (où, pour le coup, il est au contraire très actif et compétent), à l'heure donc où le Cabo Verde a besoin de dirigeants qualifiés, pourquoi envoyer l'un des meilleurs d'entre eux en Chine comme ambassadeur? En effet, Arlindo do Rosário, originaire de Santo Antão, est très apprécié par la population, aussi bien en tant que médecin pédiatre que comme ministre de la Santé. Et contrairement au président de l'ARME, d'une nullité absolue, qui a également dû démissionner pour être nommé ambassadeur de l'UNESCO... en République démocratique du Congo (RDC), une dictature vieille de près de 60 ans entre Mobutu et Kabila  (web), do Rosário a fait du très bon travail et serait encore bien utile pour le pays, surtout que la pandémie se révèle être en pause et pourrait très bien repartir de plus belle ou, pire encore, face à la prolifération inquiétante de cancers dans l'archipel qui nécessite plus que jamais une attention toute particulière et une politique active pour essayer de l'enrayer. Le nombre de cas explose littéralement, en particulier sur l'île de Santo Antão, sans que l'on n'en connaisse les raisons (l'alcool n'est pas la bonne contrairement à quelques voix politiques locales puritaines) ou que les raisons soient tues par le Gouvernement pour des raisons d'État (web).

Last but not least: si l'on comprend que le Gouvernement caboverdien doit entretenir des relations diplomatiques avec tous les pays ayant les moyens de l'aider financièrement ou technologiquement dans son développement (et la Chine est un de ces pays), on peut se poser la question sur la logique et la pertinence d'envoyer en ambassade un être brillant dans un pays qui entre, dès aujourd'hui, de plein pieds dans la dictature la plus dure et la plus brutale qui soit: la Chine de Xi Jinping?

Personnellement, on ne comprend pas. D'un côté, le Gouvernement et son premier ministre Ulisses Correia e Silva en tête parlent de défendre la démocratie par tous les moyens (web) et, de l'autre, ce même Gouvernement et ce même premier ministre soutiennent l'un des plus répressifs États de la planète. Cherchez l'erreur!

Christophe Chazalon

Genève, le 23.10.2022


CENSO 2021: il est enfin arrivé! (2022)

Note: depuis notre post it, quelques informations parallèles:

  • anonyme, "93,5% das famílias cabo-verdianas dizem que não conseguem poupar dinheiro - INE", A nação: jornal independente, 29/11/2022, en ligne  (web)
  • TC / ZS, "IV inquérito  às despesas e receitas familiares visa médição da pobreza e está orçado em 254 mil contos - INE", inforpress, 28/11/2022, en ligne  (web): soit 2.31 millions d'euros, sur un budget national d'environ 750 millions, un peu cher le IV inquérito, non?
  • anonyme, "Arranca formação de agentes para o IV inquérito às despesas e receitas familiares", A nação: jornal independente, 28/11/2022, en ligne  (web)
  • DG / AA, "Luxemburgo promete continuar a apoiar INE na realização de novos inquéritos", inforpress, 23/11/2022, en ligne  (web)
  • AV / HF, "Instituto cabo-verdiano para a igualdade e equidade de género (ICIEG) e INE unem esforços para actualização de dados estatísticas sobre uso do tempo e trabalho não remunerado", inforpress, 23/11/2022, en ligne  (web)
  • MJB / CP, "Presidente do INE defende formalização do sector agrícola em África para produção de melhores estatísticas", inforpress, 18/11/2022, en ligne  (web)


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Eh non! Ce n'est pas le Beaujolais nouveau qui sortira cette année le 17 novembre. C'est caboverdien et on ne l'attendait plus tellement il semblait voué à l'échec (web). Et pourtant, hier, le 14 novembre 2022, le recensement général 2021, ou pour être plus précis le Ve recensement décanal de la population et de l'habitation (RGPH-2021), a été mis en ligne dans la plus grande discrétion par l'Instituto nacional de estatistica (INE). Enfin! Mais avant d'aller y voir de plus près, petit retour sur les péripéties de ce recensement.

Au Cabo Verde, il est de rigueur de recenser la population et tout ce qui va avec (logement, travail, religion...) de manière complète tous les dix ans. Le dernier recensement avait eu lieu en 2010 et on attendait avec impatience celui de 2020. Las! Las! Las! La pandémie de Covid-19 vint à frapper en 2019 et le recensement 2020 a dû être repoussé à 2021. Mais qu'importe, l'important, c'était qu'il soit fait.

Or, le Cabo Verde est le Cabo Verde et les institutions publiques caboverdiennes sont fidèles à elles-mêmes. Malgré l'embauche de 2'000 "professionnels" mis en marche du 16 juin au 07 juillet 2021 et un budget colossale de 6,5 millions d'euros, sans oublier l'apport de l'ultime technologie digitale pour parfaire le tout, eh bien! boum, badaboum, le RGPH-2021 connaissait un beau plantage dès le mois d'août suivant alors que sont annoncés les premiers résultats généraux. Non seulement la population caboverdienne diminue, alors que toutes les prévisions antérieures de l'INE prévoyaient une augmentation (et donc les politiques ont basé leurs décisions en fonction de ces augmentations), mais pire encore, près de 7'700 femmes ont disparu en 10 ans. Mais où ont-elles bien pu passer. La critique du RGPH-2021 est alors cinglante et l'INE reçoit une volée de bois vert, il faut le dire bien méritée. Nous avons relaté tout cela, fin avril 2022, dans un précédent post it intitulé "INE - Recensement 2021, un scandale à venir!" (web) Après quoi, silence radio de l'INE, pendant près d'une année. Plus encore, le président du Conseil d'administration de l'INE est remplacé malgré la réticence du Gouvernement qui aurait préféré garder Osvaldo Borges (web). Le nouveau président João Cardoso annonce qu'il veut faire de l'institut un pôle d'excellence, etc., etc., etc., mais toujours rien au sujet du RGPH-2021. Par contre, il lance dans la foulée un nouveau recensement, le IVo inquérito das despesas e receitas das familias, fin juin 2022, et en août, un autre sur les immigrants et les étrangers.

Donc, ce 14 novembre 2022, soit 17 mois après le recensement, nous avons enfin les statistiques officielles du RGPH-2021. Quel soulagement! L'argent n'a pas été perdu ni gaspillé et semble-t-il, l'INE a usé de toutes ses relations internationales (en particulier luxembourgeoise) pour arriver à bout de ce casse-tête mathématique.

Juste au passage, la disparition des 7'700 femmes n'est toujours pas expliquée. On s'amusera de l'analyse du consultant, du Brésilien Kaizô Beltrão, docteur ès démographie, qui, à l'occasion d'un atelier de présentation du RGPH-2021 à l'École hôtelière et de tourisme de Praia tenu le même jour, explique que la "diminution de la population au Cabo Verde est dû à l'émigration d'environ 10% des habitants entre 2010 et 2021, et la baisse du taux de natalité". (web) On l'avait déjà noté, comment la douane et les services de contrôle des visas n'ont pas vu ces 10% passer, sachant que l'on ne peut sortir du Cabo Verde que par avion ou par bateau, archipel oblige. La nage est rejetée à cause des forts courant marins, faut-il le préciser? Les 7'700 femmes ont donc émigré sans qu'on le sache. Or, il semblerait que Dr. Beltrão ignore tout de la difficulté qu'il y a (ou plutôt avait, suite au nouvel accord de circulation mis en place dans la CPLP) pour obtenir un visa pour s'exiler du Cabo Verde, vers l'Europe ou les États-Unis / Canada, là où il y a du travail. C'est plus facile pour le Brésil, l'Angola, le Mozambique, le Timor Oriental ou São Tomé et Principe, il est vrai. Mais question opportunités de travail... on a des doutes! Nous a a fait une demande de visa pour l'Europe (courte durée) pour notre compagne, courant 2021 pour l'obtenir début 2022 et ce, après des tracasseries administratives infinies et plusieurs billets d'avion Mindelo - Praia... On sait de quoi on parle!

Trêve de plaisanterie! Revenons donc à notre "Censo" 2021, disponible en ligne, sur le site de l'INE. Tout le monde sait qu'au Cabo Verde, on aime surtout Santo Antão, et plus encore Ponta do Sol. Donc, normal que notre intérêt se porte sur les données statistiques du concelho de Ribeira Grande. Que de chiffres! Que de tableaux! On s'y perdrait presque si on n'avait pas fait des études en Sciences économiques avant de bifurquer en Lettres. Notre but: trouver le chiffre exact de la population actuelle de Ponta do Sol. Pas évident! Faut dire qu'on avait déjà demandé à l'INE le chiffre exact en 2017 ou 2018, car le recensement de 2010 donnait quelque chose comme 2'500 habitants, la Câmara estimait à 6'000 habitants (sur la base 1'500 votants x 4 habitants en moyenne par famille), et l'internet tournait plutôt autour des 4'000. Le chiffre est tombé et on n'est très loin du compte. Pour le trouver, il faut en fait cliquer sur l'onglet "Zonas e lugares" (le dernier, pas de chance pour nous) et télécharger le PDF "Santo Antão zonas e lugares" (web). Un beau PDF il est vrai! Très professionnel. Tout d'abord, page 12, on a un graphique soigné concernant la population de l'île en 2021:


La suite consiste en une longue série de tableaux par "communes" du concelho. Et page 29, quel bonheur de savoir enfin que la population de Ponta do Sol s'élève à 2'015 habitants, soit 1'082 hommes et 933 femmes.
Lire CV stats 2021_11

Mais le Cabo Verde est le Cabo Verde, et les institutions publiques caboverdiennes sont fidèles à elles-mêmes. Ainsi si la ville principale du concelho, Ribeira Grande (aussi appelée Povoação) comprend 3'030 habitants (1'516 hommes pour 1'514 femmes, la quasi parité), on est heureux d'apprendre que le village de Pinhão, contigu et berceau de la charmante Lili qu'on salue au passage, en comprend 15'128 (p. 19 / ci-dessous), tout comme celui de Lombo Branco (p. 17 / ci-dessous). On a pas vérifier pour le reste du PDF, il est vrai, pour voir s'il contenait d'autres erreurs. C'est pas notre travail. Mais il faut croire que les fonctionnaires "professionnels" de l'administration publique de l'INE, à qui c'était le travail, n'ont plus. Il faut dire qu'ils n'ont pas dû avoir le temps, avec ces 17 mois de travail acharné, pour effectuer les dernières vérifications de rigueur avant publication, avant le bon à tirer. Ainsi va la vie au Cabo Verde. No stress!

Christophe Chazalon
Genève, le 15/11/2022

Lire CV stats 2021_11
Lire CV stats 2021_11

Cabo Verde et le journalisme chinois (2022)

Note: depuis notre post it ci-dessous, le peuple chinois, comme nous le prédisions, semble se réveiller et ce n'est qu'un début:

  • anonyme, "Après un week-end inédit de constestations, la censure chinoise est à l'oeuvre", rts.ch, 29/11/2022, en ligne  (web)
  • anonyme, "With intimidation and surveillance, China tries to snuff out protests", New York Times, 29/11/2022, en ligne  (web)
  • Sébastien LE BELZIC, "Manifestations contre la politique "zéro Covid" en Chine: les autorités de plus en plus nerveuses", Europe 1, 29/11/2022, en ligne  (web)
  • Nectar GAN / Selina WANG, "At the heart of China's protests against zero-Covid, young people cry for freedom", CNN, 28/11/2022, en ligne  (web)
  • anonyme, "La protestation enfle en Chine contre les confinements anti-Covid", rts.ch, 28/11/2022, en ligne  (web)
  • anonyme, "Covid-19: protestos crescem na China contra estratégia de tolerância zero", Expresso das ilhas, 27/11/2022, en ligne  (web)
  • anonyme, "Manifestations contre les mesures anti-Covid chinoises dans le Xinjiang", rts.ch, 26/11/2022, en ligne  (web)

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Comment résister quand la tentation est si forte? Le "conteúdo patrocinado" ("contenu sponsorisé" en français, de la pub quoi!) paru ces jours sur le site web du journal caboverdien Expresso das ilhas (proche du Gouvernement) est des plus éloquents et drôlatiques par sa niaiserie évidente, à défaut d'être déprimant. Le contenu de l'encart est le suivant: "Du 16 au 22 octobre 2022, le 20e Congrès national du Parti communiste chinois s'est tenu avec succès à Pékin. Le Congrès a résumé les réalisations brillantes et l'expérience précieuse du développement de la Chine dans la nouvelle ère et a élucidé les objectifs futurs, les tâches et les principales politiques de développement du pays." (web) Que du bonheur, car, c'est bien connu la Chine est LE pays du bonheur, et pas le Bouthan (web). Bon, c'est sûr que si on regarde les classements réalisés par l'Empire des Occidentaux, forcément le pays du bonheur est en Occident (EU de l'Ouest, USA, CA, AU, NZ, IL), du moins les "20 pays les plus heureux au monde" (web). Mais si on regarde du côté des BRICS, nul doute que la Chine domine, suivie de l'Inde, du Brésil, de la Russie, de la Turquie, et même de la Corée du Nord. Que des paradis où il fait bon vivre! Ca fait envie!

Trêve de plaisanterie. On notera qu'à défaut de pouvoir obtenir un article hagiographique ou dithyrambique sur le pays de Xi Jinping dans les médias caboverdiens, tant qu'à faire autant écrire sa propre hagiographie et la publier en payant (le fameux "sponsoring", un peu comme Coca Cola ou MacDonalds). Au moins, sûr que le contenu sera véridique et reflétera la réalité vraie et que de bonheur, on ne le dira jamais assez: succès, réalisations brillantes, expérience précieuse, nouvelle ère, élucidé les objectifs futurs... Y a pas à dire, Xi Jinping et le comité du PCC sont au top des gouvernements mondiaux. Et le Gouvernement du Cabo Verde devrait suivre l'exemple. Plaît-il?... Froid dans le dos, frissons, doutes... mais à y regarder de plus près, il semblerait que le dit Gouvernement caboverdien suive effectivement l'exemple, pour le bien du peuple, bien entendu et contre toutes les invectives et les critiques sans fondement de l'opposition (PAICV - UCID, activistes, population...) On va y revenir dans le prochain post-it.

Donc pour avancer avec la réalité vraie des sages du village-monde (ni de l'Empire, ni des Brics, ni des pauvres sans espoir, mais de tout cela à la fois), écoutons ce qu'en dit un spécialiste de l'utopie, à savoir le globe-trotter Jean-Joseph Boillot, dans son ouvrage  appréciable Utopies made in monde. Le sage et l'économie (2022, p. 214-217):

 "La Chine et le Meilleur des mondes.

Et la Chine post-Mao? Son succès économique et technologique, éclatant depuis le tournant pragmatique de 1978, pourrait bien constituer une preuve tangible de la pertinence des théories de Marx concernant la révolution et la phase de transition du socialisme au communisme, cette fois bien menée après plusieurs expériences malencontreuses, mais finalement acceptables au titre de n'importe quelle courbe d'expérience.

D'une part, la révolution chinoise a bien été un succès au sens du renversement de l'ordre ancien féodal-capitaliste par un parti communiste fortement inspiré par Marx. Mais il faudrait rajouter: inspirée intelligemment, au sens d'une adaptation spécifique à la Chine par Mao Zedong, dont les écrits philosophiques et pratiques s'inscrivent explicitement dans la continuité de Marx, mais implicitement beaucoup plus en réalité dans les traditions philosophiques et militaires chinoises qu'on abordera dans la troisième partie. La référence la plus récente aux sources du régime chinois - le livres de Xi Jinping: La gouvernance de la Chine - cultive cette ambiguïté: "le système théorique du socialisme à la chinoise est le fruit de la sinisation du marxisme. Ce système théorique est la continuation, le développement, l'héritage et l'innovation du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong. On ne peut absolument pas abandonner le marxisme-léninisme ni la pensée de Mao Zedong, sinon nous perdrions nos fondements... Poursuivre le système théorique du socialisme à la chinoise dans la Chine actuelle, c'est poursuivre le marxisme."

Même ambiguïté sur la finalité du communisme. La doctrine en vigueur aujourd'hui parle ainsi de "contribution historique apportée au socialisme à la chinoise" par l'équipe dirigeante centrale de trois générations, dont celles de Mao pour la première, de Deng Xiaoping pour la seconde, et enfin la troisième dirigée par Jiang Zemin dont Xi Jinping à l'ambition de ravir la place [ndr: il l'a fait et l'a même viré menu militari en plein Comité (web)]. L'idéal communiste de Marx ne relève, lui, plus que de la rhétorique au profit de sa théorie de la transition politique, au prétexte que la Chine se trouve toujours dans "la phase primaire du socialisme marqué par un niveau de développement encore bas". C'est-à-dire sous la direction (lire "dictature") du Parti communiste qui doit exercer tout le pouvoir pour relever le pays, développer les forces productives, centrer les priorités sur la construction économique et, sur cette base seulement, "promouvoir d'une manière coordonnée la construction politique, culturelle, sociale et écologique du pays." Toutes ces références figurent dans le même ouvrage de Xi Jinping où les idéaux du Manifeste du parti communiste ont pris en réalité une couleur toute chinoise: "L'aspiration du peuple à une belle vie est le but de notre but [...]. Tout bonheur sur terre est créé par le travail [...]. Il faut promouvoir dans l'harmonie l'équité et la justice sociale, et assurer au peuple une vie heureuse et paisible."

Le paradoxe est que tous les indicateurs économiques et sociaux mais aussi technologiques, et ce qu'on appelle plus largement les "indices du développement humain" tels que mesurés par les Nations Unies, tous montrent un progrès fascinant de la Chine dans la "transition". Elle est devenue la première économie mondiale par son PIB calculé en parité de pouvoir d'achat; elle dispose d'une des espérances de vie les plus longues de la planète (76 ans); enfin, son indice de développement humain est passé de 0,50 à 0,74 entre 1990 et 2017, même si son 90e rang mondial montrait encore un écart significatif avec les pays les plus développés. Mais la trajectoire de rattrapage est avérée - encore plus depuis la crise du Covid-19 - avec une croissance nettement supérieure à celle de ses concurrents occidentaux, et une maîtrise croissante des innovations technologiques qui rapproche le pays de la frontière technologique des pays les plus avancés. En négatif, certes, les inégalités de richesse et de pouvoir, la corruption et la dégradation de l'environnement situent la Chine dans le bas du tableau des pays développés. Mais telles sont désormais les cibles prioritaires officielles de la transition conduite par l'équipe de Xi Jinping qui a pris les rênes du pouvoir en 2012 et dont le 19e Congrès fin 2017 a décidé d'étendre le mandat pour une durée infinie, en même temps que le statut de sa pensée rejoignait celles de Mao Zedong et de Deng Xiaoping. Mais pour quelle voie chinoise?

Manifestement pas celle de l'utopie communiste de Marx. Plutôt celle d'une combinaison pragmatique du Meilleur des mondes (Aldous Huxlex, 1931) et de 1984 (George Orwell, 1949). Alors que ce dernier décrit ce qui ressemble plutôt à un stalinisme brutal associé à une économie de pénurie, le premier présente un totalitarisme moderne d'abondance, où les dirigeants ont pris conscience que l'utilisation de la terreur, des famines artificielles, de l'emprisonnement de masse et de la déportation des opposants était non seulement inhumain mais inefficace [ndr: pas pour les Ouïghours, semble-t-il!] "Dans une ère de technologie avancée (écrit Huxley) un État totalitaire vraiment efficient serait celui dans lequel un tout-puissant comité exécutif de chefs politiques et leur armée de directeurs ont la haute main sur une population d'esclaves, mais qu'il serait inutile de contraindre parce qu'ils auraient le choix de l'amour de leur servitude." Telle est du reste la raison pour laquelle la Chine a tant investi dans l'intelligence artificielle où elle devance désormais nettement le monde développé, comme on a pu le voir au moment de la pandémie de Covid-19 qui a agi comme un accélérateur de tendances assez stupéfiant.

Les méthodes de manipulation de masse sont notamment de plus en plus "scientifiques". Elles mélangent un contrôle policier raffiné, au cas par cas, et l'utilisation des médias et des techniques de conditionnement comme le nationalisme xénophobe et le narcissisme de TikTok. Le testing intégral, la prise de température répétitive de la population et la surveillance tous azimuts sont devenus désormais omniprésents. En contrepartie, un système économique extrêmement efficace offre tous les ingrédients de la prospérité de masse et du consumérisme y compris de loisirs, soutenu par des investissements massifs dans le progrès technique et les gains de productivité. Le régime politique est celui d'un parti-État omniprésent qui promet le bonheur, la stabilité sociale et la protection des individus en échange du renoncement à la liberté politique et de penser. Par contre, le modèle totalitaire brutal d'Orwell est loin de disparaître dès lors que la méthode douce ne marche plus, comme on le voit avec les Ouïghours, les Tibétains, les Hongkongais, ou tout autre opposant interne qui refuse ce compromis. Sans compter les menaces permanentes contre les Taïwanais. Il est intéressant de rappeler que le héros d'Huxley venant du monde "sauvage" se pend au sommet du phare à la fin du roman".

On le voit, avec la Chine de Xi Jinping, on est très très loin de la vision de Benjamin Constant selon laquelle, pour les citoyens,  "l'État a pour seule vocation d'assurer l'ordre public qui est nécessaire à l'exercice de leur liberté, qui est de vaquer comme ils l'entendent à leurs propres affaires". Heureusement, au préalable, Boillot montre qu'en Chine depuis -3'000 ans avant J.C., la civilisation chinoise a toujours fini par renverser ses autocrates et autres dictateurs. Xi Jinping n'y fera pas exception. Question de temps. C'est rassurant.

En attendant, pour un peu de réalisme, malgré le "journalisme sponsorisé" à la chinoise jinpinguienne, il est triste de constater que la Chine s'enfonce toujours plus dans l'esprit 1984 et se classe 175e sur 180 dans le classement de la liberté de la presse. web)


Christophe Chazalon / Genève, le 19/11/2022

On lira avec intérêt sur ce sujet:

  • Kai STRITTMATTER (2018), Dictature 2.0. Quand la Chine surveille son peuple (et demain le monde), Paris: Éditions Tallandier, [04/2020], 413 p. 
  • le numéro de novembre 2022 de la revue Esprit (n° 491): Chine: la crispation totalitaire
    • Chloé Froissart, "Introduction", p. 31
    • Chloé Froissart / Kevin Cadou, "Le fantasme de l'Un. Pourquoi la Chine est totalitaire", p. 37
    • Jérôme Doyon, "Une inquisition rouge. Le Parti communiste chinois, malade du contrôle", p. 47
    • Sacha Halter, "L'idéologie du régime", p. 57
    • "Menace sur l'économie chinoise: entretien avec Philippe Aguignier", p. 67
    • Antoine Bondaz, "Une seule Chine? Défendre le statu quo à Taïwan", p. 77
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Le 21 novembre 2022, soit 2 jours  après ce post it, Inforpress titrait "Direcção nacional de Saúde promove ateliê para socialização de consulta de medicina tradicional chinesa (La Direction nationale de la santé promeut un atelier de socialisation de la consultation en médecine traditionnelle chinoise)". L'idée est au final d'ouvrir un centre de médecine traditionnelle chinoise au Cabo Verde, pour l'Afrique, à la suite d'un accord signé en 2019 à l'occasion du Forum pour la coopération internationale sur la médecine traditionnelle chinoise tenu à Macao. Amusant quand l'on sait que le Ministre de la Santé caboverdien, Arlindo do Rosàrio, vient juste d'être nommé ambassadeur en Chine. Et plus encore, lorsque l'on lit la dernière phrase de l'article: "A China tem sido “um dos grandes parceiros” do desenvolvimento de Cabo Verde, apoiando em diversas áreas como habitação social, militar, económica, tecnologia, segurança e formação de quadros (La Chine a été "l'un des grands partenaires" du développement du Cabo Verde, apportant son soutien dans divers domaines tels que le logement social, l'armée, l'économie, la technologie, la sécurité et la formation du personnel)."web) Le "bonheur à la chinoise" fait de plus en plus rêver le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva dirait-on. Le peuple suivra-t-il?


Ulisses Correia e Silva, le Xi Jinping caboverdien en devenir? (2022)

De la provocation? Vraiment? Lisons ce qui suit et on verra bien!
On aime le Cabo Verde. Tout le monde le sait. On est aussi très critique avec les politiques et les administrations du pays qui agissent de manière absurde et incompétente. Plus de cinq années à vivre dans le pays que l'on a découvert en 2010. Plus de cinq années à en parcourir l'histoire, la culture, la politique et à vivre avec la population, au plus proche des gens et pas seulement à travers des meetings et des poignées de mains, comme nos dirigeants d'aujourd'hui. Alors le Cabo Verde, on connaît. Notre site web le démontre, même s'il reste encore beaucoup à apprendre et à découvrir. Cependant, depuis tout ce temps, le MpD est au pouvoir et développe brillamment le pays, plus que ne l'aurait fait le PAICV s'il était encore au pouvoir. Aucun doute la dessus. Il fallait au Cabo Verde une petite dose brutale de néo-capitalisme ultra libéral pour croître rapidement, sorte de cure d'hormones de croissance qu'on applique dans l'élevage industriel intensif. Cependant depuis notre résidence et plus encore depuis la pandémie de Covid-19, on sent que le vent tourne et pas dans le bon sens. En fait, le bipartisme, comme dans nombre pays du monde, est de plus en plus exacerbé, à tel point que nombre de dirigeants n'écoutent plus, n'entendent plus et pire, veulent tout régenter sans opposition, celle-ci étant réduite à "des bons à rien qui ne font que critiquer" (dixit notre cher Ulisses).
Or, comment gouverner une démocratie libérale et multi-partite si l'on ne maîtrise pas le consensus, la diplomatie de base, l'écoute (de l'opposition en particulier), comme cela est si bien maîtrisé en Suisse, pays de notre naissance? Ce n'est pas possible et pourtant, c'est ce que fait toujours plus activement Ulisses Correia e Silva, Premier ministre depuis le 22 avril 2016 et également président du Movimento para a democracia (MpD). Il est des lignes à ne pas franchir et il semblerait que l'une d'elles vienne d'être franchie cette semaine. Mais d'abord, petite synthèse de la vision politique de notre Premier ministre:
  1. Ulisses n'aime pas les journalistes (du moins ceux qui n'encensent pas sa politique). Il ne s'en cache pas, ni les membres de son Gouvernement comme on va le voir ci-après, même si il faut dire qu'au Cabo Verde, il n'y a pas grands risques, tant la presse privée est réduite à portion congrue. Mais pour Ulisses un petit peu, c'est déjà trop à l'image de son modèle Xi. Ainsi, Inforpress, l'agence de presse locale (type Reuters, AFP...), est un organe public. Donc, comme nous l'avons montré dans un autre post-it, pour 1 article mentionnant la politique de l'opposition (généralement PAICV), il y en a 3 ou 4 pour celle du MpD, soit du Gouvernement. L'équilibre éthique et la déontologie ne sont pas essentielle semble-t-il! Du côté de la télévision et de la radio nationales, elles sont elles aussi publiques, donc idem, pas de critiques importantes du Gouvernement et forte mise en avant de sa politique au détriment de l'opposition. À ce sujet, le PAICV notait que "les directeurs des radiodiffuseurs publics sont nommés directement par le Gouvernement et leurs programmes donnent la priorité aux politiques gouvernementales. La pression de l'État a accru l'autocensure. Le Cabo-Verde entretient une culture du secret, le Gouvernement n'hésitant pas à restreindre l'accès aux informations d'intérêt public" (web). Reste, les autres médias. Pour les journaux, le seul véritable journal d'information local (format papier et numérique) est A nação: jornal independente... un organe privé, proche du PAICV. Alors là, rien ne va plus. Critiques, vivres coupés ou fortement diminués (comprendre les subventions, diminution qui entraîne l'autocensure prédite), ce journalisme là (qui pourtant est d'excellente qualité si on considère les articles de fond, très critiques il est vrai, de Gisela Coelho ou de Daniel Almeida) est mauvais, car il nuit à la politique du Gouvernement et à sa divulgation. Le 24 octobre dernier, Vanuza Barbosa, la secrétaire-générale adjointe du MpD manifestait sa stupéfaction avec la réaction du PAICV à la suite d'un article d'A nação qui avançait que les noms de Gualberto do Rosário et Augusto Neves avaient été proposés comme ambassadeurs possibles et avaient reçu un veto du Président de la République. Le plus intéressant ici se trouve dans les propos de Mme Barbosa. Je cite: "Seul un parti ayant des difficultés notoires à s'affirmer [ndr: le PAICV) et à présenter des idées et des projets pour le Cabo Verde peut avoir l'irresponsabilité de demander au porte-parole de la politique étrangère de se prononcer par inadvertance, sans la moindre rigueur, sur le dos d'un article spéculatif d'un journal », a-t-elle considéré." (web) Alors on rappelera à Vanuza Barbosa l'article spéculatif du même journal A nação qui proposait, en juin, la nomination du ministre de la Santé, Arlindo do Rosàrio, comme nouvel ambassadeur en Chine (web), article qui lui aussi avait été méprisé par le Gouvernement, alors qu'il y a quelques jours, le dit do Rosàrio a bien été nommé ambassadeur en Chine par le PR (web). Le mépris du Gouvernement et de ses dirigeants pour les journalistes caboverdiens n'est pas une utopie. C'est un fait! Le ministre de la Culture, Abraão Vicente, lui-même est entré en guerre avec les journalistes caboverdiens, accordant "un certificat d'incompétence aux journalistes d'organismes privés", pas à ceux du public qui travaillent à merveille (et encense la politique du MpD). (web) Un comble! Au final, en juin 2021, Vicente a été remplacé dans les relations du Gouvernement avec les journalistes par le secrétaire d'État adjoint au Premier ministre, Lourenço Lopes, plus diplomate et surtout plus discret (on ne l'entend plus sur ce sujet depuis plusieurs mois faut dire), et surtout parce que le Cabo Verde commençait à être montré du doigt pour sa défaillance grandissante en matière de liberté de la presse. En 2022, 9 points en moins, soit 36e sur 180. C'est pas encore la Chine, mais on s'en approche! (web)
  2. Ulisses n'aime pas l'opposition qui ne fait que critiquer, d'après ses propres mots, et l'empêche de travailler, détruisant son projet de Cabo Verde idéal, empêchant la réussite de sa vision. (web
  3. Ulisses aime, en revanche, le pouvoir. Reprenons ses propos lors d'une interview accordée à Expresso das ilhas cette année: "A opinião pública tem a liberdade de fazer criticas e eu tenho a liberdade de decidir (l'opinion publique a la liberté d'émettre des critiques et moi, je détiens la liberté de décider)."  (web)
On le voit, le monde d'Ulisses Correia e Silva est égocentré sur son opinion, sa vision, sa vérité, à l'image de Xi Jinping. Peu importe, les avis, critiques et opinions des médias, des partis d'oppositions ou du peuple. Seul lui a raison. Seul lui sait. Seul lui comprend ce qu'il faut faire. Plus autoritaire, tu meurs.
La dernière affaire qui nous rend de plus en plus craintif par rapport à ce dirigeant aux grands pouvoirs concerne la câmara municipale de Mindelo. Pour résumer, les dernières élections municipales de 2020 ont décidé d'une câmara bariolée. Le MpD a perdu de sa superbe vis-à-vis des Mindelenses et a dû composer avec le PAICV et l'UCID pour former le conseil exécutif. Ainsi le président sortant Augusto Neves (réélu, mais pas encore nommé ambassadeur, ça ne saurait tarder pour sauver la face, comme l'avenir le montrera) doit diriger la câmara avec 3 vereadores PAICV et 2 UCID, perdant la majorité absolue, les pleins pouvoirs, la possibilité d'imposer sa vision (web). Et si Ulisses Correia e Silva est un nouveau Xi Jinping naissant, Augusto Neves est un pur Kim Jong-un. Aucune capacité en matière de diplomatie, de consensus, de discussion (problématique pour un futur ambassadeur, non?). Le dictateur pur et dur qui veut que toutes ses idées (même les pas très légales dénoncées par les citoyens) soit les bonnes et celles à suivre pour le bien être du peuple. Aussi depuis novembre 2020, la câmara connaît des graves disfonctionnements et plus encore depuis 2022. Il n'y a pour ainsi dire plus d'exécutif. Les réunions ne sont pas tenues, contrairement à la loi, si bien que le Ministère de la Cohésion territoriale a dû intervenir. Mais, en bon diplomate, alors qu'aucun des partis ni même le Gouvernement ne voulaient intervenir directement, le dit Ministère a chargé les Serviços de inspeção e auditoria autárquica (SIAA) et ceux de l'Inspeção geral de finanças d'étudier précisément la question, ce qui a abouti à un rapport, un ultimatum et des recommandations. Bien entendu, notre super dictateur, Sa Grandeur Augusto Neves, a refusé et refuse toujours de suivre le rapport, défiant ouvertement le Ministère qui est son supérieur direct, sous prétexte qu'il s'en remet à la décision du Ministère public web), soit à la justice. Or, tout le monde sait comment fonctionne actuellement la justice caboverdienne. Elle est encore plus mal en point que la câmara de Saõ-Vicente. Si bien que cette semaine, la situation s'enlisant avec des dépôts de plaintes des mouvements civiques et des vereadores auprès de la Justice pour destituer Neves web), et les possibilités d'une rupture risquant fortement de provoquer de nouvelles élections (qu'aucun parti ne veut semble-t-il, car prémisses à des élections assurées pour toute nouvelle cohabitation politique à venir), le Président de la République en personne, José Maria Neves (du PAICV) a décidé d'intervenir. Son objectif: essayer de rendre la reprise du dialogue entre Augusto Neves et les vereadores possible, et relancer le fonctionnement de la câmara municipale qui doit voter au plus vite le budget 2023, toujours en attente, sous peine de blocage administratif majeur (web). La position du PR est des plus remarquables et correspond exactement à l'attitude que les dirigeants du pays doivent tenir. Une sorte de sagesse politique, faite d'écoute et de consensus. Or, voila-t-y pas que notre bon vieux Ulisses Correia e Silva, au lieu de suivre cet exemple de sagesse, jette de l'huile sur le feu, ou plutôt de l'essence, et pas qu'un peu. Non seulement, il n'essaie pas de limiter les excès de son camarade de parti, mais plus encore il affirme publiquement que "ce qui se passe est une tentative de renversement de la câmara, alors qu'il devrait y avoir un mouvement contraire". web) Pour lui, le peuple a "donné au MpD le mandat de gouverner, et à l'UCID et au PAICV d'être dans l'opposition, c'est-à-dire de "créer les conditions" de la gouvernance de São Vicente. Ce qui est en jeu, dit-il, c'est que les habitants de São Vicente ont demandé à l'UCID et au PAICV d'apporter une contribution positive à la gouvernance de São Vicente, c'est cela qui est en jeu." Ai-je tout bien compris? Sincèrement? Ulisses se rend-il compte de ce qu'il vient de dire? Sa vision de la politique et du rôle de l'opposition est-elle crédible?
Pour Ulisses Correia e Silva, il est désormais évident que l'opposition doit suivre le Gouvernement, sa politique, ses décisions. C'est cela sa "contribution positive". Autrement dit, pour être plus clair, l'opposition agit correctement si et seulement si "elle ne s'oppose pas"! Oui, oui! c'est bien cela qui est déclaré ci-dessus, ni plus ni moins. Choquant et stupide! Or si le peuple, organe suprême, réel souverain, a décidé de soutenir PAICV et UCID à Mindelo, c'est bien que la politique du MpD antérieure (celle d'Augusto Neves) ne lui convenait pas et qu'il voulait (bien plus que souhaitait) non pas que les partis d'opposition soutiennent pleinement la dite politique MpD, mais bien au contraire qu'il la modifie ou la module en s'opposant à ce qui ne convient pas, afin que la politique mise en place par la câmara soit plus en accord avec ses attentes. Ni plus ni moins!
En conclusion, il apparaît de plus en plus clairement que Ulisses Correia e Silva ne veut pas d'opposition à sa politique de la part des partis d'oppositions, des journalistes, des mouvements civiques et même du peuple, car c'est lui qui décide, c'est lui qui gouverne, c'est lui le Chef! Point! Quelle différence avec un dictateur? Aucune, si ce n'est que le Cabo Verde n'a plus de parti unique depuis 1991, que le MpD est en sérieuse perte de vitesse comme le montre l'élection du Président de la République actuel issu du PAICV et qu'il risque de le sentir fortement lors des prochaines élections de 2024, car par chance, le peuple a encore le pouvoir de décider suivant ses humeurs, envies et choix politiques, et ce, pour le meilleur des mondes. 

Encore une remarque. Dans son livre, Jean-Joseph Boillot cite un autre de ses ouvrages co-écrit avec Rahmane Idrissa: L'Afrique pour les nuls. Ils disent en substance (p. 234-235):

 "L'Afrique, c'est avant tout le continent de l'équilibre. En simplifiant énormément, on pourrait dire que, dans le vieux monde, l'Asie recherche l'harmonie, l'Europe le droit et l'Afrique l'équilibre. L'harmonie requiert des sacrifices, le droit désigne un perdant et un gagnant. Pour l'équilibre, l'idée est de concilier sans sacrifier; de faire en sorte que personne ne perde tout mais ne gagne complètement; de choisir sans renoncer; de pardonner sans oublier; d'aller de l'avant sans abandonner le passé. Ce qu'il faut à tout prix éviter en Afrique, c'est la rupture de l'équilibre [...] d'où les accomodements recherchés dans les longues palabres, les institutions qui s'accumulent les unes sur les autres, les équivalences et des correspondances toujours recherchées entre les différences".

À trop fréquenter les représentants de l'Empire (ONU, FMI, BM...), il semblerait que Ulisses Correia e Silva ait oublié, voire perdu, son africanité et cette recherche de l'équilibre si essentielle. Rejeter les critiques, cliver les oppositions, mépriser les lanceurs d'alerte et les simples médias faisant leur travail est contraire à la sagesse africaine tout autant qu'à l'éthique politique qui vise avant tout le dialogue. À ce petit jeu là, Ulisses Correia e Silva, certes détient le pouvoir de faire ce qu'il veut, mais oublie peut-être un peu trop son devoir vis à vis du peuple souverain qui risque bien de le lui faire comprendre de manière toujours plus marquée à travers des manifestations et grèves toujours plus nombreuses et importantes, et ce, jusqu'à la mise à la porte à venir! Tout comme son modèle Xi Jinping ne berne que lui-même en clamant haut et fort que la Chine nouvelle est le véritable pays du Bonheur. De même, Ulisses Correia e Silva ne berne que lui-même en clamant haut et fort qu'il a raison et que seule sa politique est la bonne au mépris de l'opinion de ces opposants!

Christophe Chazalon
Genève, le 19/11/2022, revu et augmenté le 20/11/2022

Cabo Verde, la montée de la grogne populaire à travers Expresso das ilhas (2018-2022)

Bibliographie élaborée à partir du journal caboverdien Expresso das ilhas, de centre droit, proche du Gouvernement et des milieux économiques.

On comptabilise une trentaine de grèves des travailleurs et quasiment une dizaine de la population entre 2018 et 2019, soit une dizaine de grève ou manifestations par année, ce qui peut paraître peu, mais pour un pays qui en comptait pour ainsi dire aucune en 2010 encore, c'est beaucoup. Plus encore, cette liste correspond aux articles d'Expresso das ilhas. Elle n'est de loin pas exhaustive, mais donne une idée des mouvements en cours.

Pour les travailleurs, l'essentiel de la grogne provient de la fonction publique. Ont fait grève ou sont descendus dans la rue, durant ces 5 années, les fonctionnaires:

  • des Transports aériens du Cabo Verde (TACV), la compagnie nationale d'aviation
  • du Ministère de l'éducation (Porto Novo)
  • de la Police Nationale
  • de l'Hôpital Agostinho Neto (Praia)
  • du Correios, la poste caboverdienne
  • d'ENAPOR (Mindelo), l'autorité portuaire caboverdienne
  • de l'Institut national de météorologie et de géophysique (INMG)
  • des pompiers de Praia (à 3 reprises au moins)
  • des pompiers de São Vicente (à 2 reprises)
  • des prisons
  • de l'Institut de l'emploi et de la formation professionnelle (IEFP)
  • de l'Institut national de statistiques (INE)
  • du Laboratoire d'ingénierie civile (LEC)
  • de l'Inspection générale des activités économique (IGAE)
  • de l'Entreprise national de sécurité aérienne (ASA)
  • du Ministère de l'éducation (l'ensemble du corps professoral)
  • de l'École hôtelière et du tourisme du Cabo Verde (EHTCV)
  • de l'Institut nationale de la Santé publique (INSP)
  • de l'Institut de la mer (IMar)

Côté privé, ont manifesté les employés:

  • des entreprises de sécurités (parfois avec ceux du public)
  • de l'Industrie des composants orthopédiques et de la chaussure (ICCO)
  • de Frescomar
  • de Sol Tropico (les conducteurs)
  • de l'Université technique de l'Atlantique (UTA)
  • de Royal Horizon, à Boa Vista
  • ainsi que les travailleurs de Santo Antão et de São Vicente

Du côté du peuple, des manifestations plus ou moins générales ont eu lieu sur Sal, Maio, Brava, Santiago (les jeunes de Tarrafal), ainsi qu'à plusieurs reprises à Mindelo.

Les revendications sont généralement les mêmes: une augmentation des salaires et plus encore une amélioration des conditions de travail. Pour ce qui concerne le peuple, il manifeste pour de meilleures conditions de vie et aussi pour une Justice plus rapide, efficace et juste, ce qui est très loin d'être le cas au Cabo Verde aujourd'hui.

Comme on le voit, le peuple réagit à la politique gouvernemental par les moyens qui sont les siens: la grève, les manifestations et le vote.

Concernant ce dernier, on constatera la perte de vitesse du MpD entre les élections présidentielles et législatives de 2016 et de 2020. En 2016, le MpD obtient 40 députés sur 72, soit 53,58% des voix. Majoritaire, il forme le gouvernement avec à sa tête Ulisses Correia e Silva. Le Président de la République (ré)élu est lui aussi du MpD, Jorge Carlos Fonseca. Mais lors des élections présidentielles de 2021, ce dernier est remplacé par un membre du PAICV, José Maria Neves, qui l'emporte avec 51,7% des voix contre 42,4% pour son adversaire du MpD, Carlos Veiga. Dans le même temps, le MpD n'obtient plus que 110'211 voix aux élection législatives de 2021 (50,04%), ce qui lui donne 38 députés sur 72. Sa majorité absolue s'effrite lentement mais sûrement. À l'occasion des élections municipales (autárquicas), ont trouve le même pronostic. En 2020, le PAICV emporte 8 câmaras municipales sur 22, soit 6 de plus qu'en 2016 dont Praia, la capitale, et ceci alors que le nombre d'inscrit à bondit de 11% entre les deux élections, soit 34'073 électeurs de plus. La leçon ne semble donc pas avoir porté ses fruits et l'examen de conscience du Premier ministre non plus. En effet, Ulisses Correia e Silva disait au lendemain des élection "Irei fazer uma melhor leitura sobre a situação da Praia, foi de fato uma surpresa. Creio que houve excesso de confiança". (web) Quoiqu'il en soit, ces résultats (web) montrent bien qu'une partie croissante de la population souhaite un changement conséquent de politique, soit moins de néo-libéral et plus de social, tant la vie au Cabo Verde devient difficile pour plus de la moitié de la population.

Intéressantes également, les réponses du Gouvernement à ces grèves à répétition. Sa position évolue progressivement. En 2018, avec les fonctionnaires de la Police Nationale et ceux de la Météo, il avait utilisé le droit en réquisitionnant d'office (requisição civil) les dits fonctionnaires (1'800 pour la police (web) et 51 pour la Météo (web)), cherchant ainsi à réduire les grève au silence tout en montrant ses muscles. Cela a fonctionné avec la police qui a dû faire profil bas (représentants de l'ordre oblige), mais pas avec la Météo qui a résisté, ne tenant pas compte de la réquisition. Quant au Premier ministre en personne, il rejeta toute "raison valable pour justifier une grève de la police nationale". En 2019, le Gouvernement dénonça l'opposition et les syndicats qui, disait-il, fomentait ces grèves pour le déstabiliser. En 2022, enfin, le Gouvernement considère simplement "les manifestations normales", alors que le Ministre de l'éducation "minimise la grève et la manifestation des enseignants et appelle au calme". Autrement dit, le Gouvernement réduit l'importance des mouvements de grève ou des manifestations populaires, en les ignorant comme un simple acte d'opposition des mécontents, insignifiants. Une forme de mépris vis-à-vis du peuple souverain. Reste à savoir si cette attitude sera gagnante aux prochaines élections. Si ce n'est pas le cas, la faute sera entièrement à reporter sur Ulisses Correia e Silva qui préfère jouer à l'autruche en se fermant les yeux plutôt qu'à écouter et prendre en compte les signes et les messages clairs envoyés par la population.


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  2. Fretson Rocha, "Trabalhadores do IMar avançam para greve de dois dias", Expresso das ilhas, 21/11/2022, en ligne  (web)
  3. anonyme, "Trabalhadores do IMar em greve de 48 horas a partir de amanhã", Expresso das ilhas, 21/11/2022, en ligne  (web)
  4. Lourdes Fortes, "Bombeiros municipais de São Vicente ponderam greve em Dezembro", Expresso das ilhas, 28/10/2022, en ligne  (web)
  5. anonyme, "Greve dos bombeiros: situação financeira da câmara não suporta primeira tranche dos retroactivos - Francisco Carvalho", Expresso das ilhas, 06/09/2022, en ligne  (web)
  6. Sheila Ribeiro, "Protecção civil enaltece suspensão da greve dos bombeiros da Praia", Expresso das ilhas, 05/09/2022, en ligne  (web)
  7. Ailson Martins, "Bombeiros da Praia garantem que fim da greve depende da publicação da deliberação que regulariza progressões", Expresso das ilhas, 26/08/2022, en ligne  web)
  8. anonyme, "ASA espera que greves anunciadas por dois sindicatos sejam canceladas", Expresso das ilhas, 25/08/2022, en ligne  web)
  9. anonyme, "Governo considera manifestações normais", Expresso das ilhas, 20/08/2022, en ligne web)
  10. anonyme, "Trabalhadores do Royal Horizon, na Boa Vista, exigem cumprimento de direitos laborais", Expresso das ilhas, 15/08/2022, en ligne  web)
  11. Fretson Rocha, "SIACSA disposto a sair à rua para exigir aumentos salariais", Expresso das ilhas, 09/08/2022, en ligne  (web)
  12. Fretson Rocha, "Bombeiros municipais de São Vicente ponderam manifestação ou greve", Expresso das ilhas, 09/08/2022, en ligne  (web)
  13. anonyme, "Bombeiros da Praia continuam em greve por tempo indeterminado", Expresso das ilhas, 09/08/2022, en ligne  (web)
  14. Ailson Martins, "Bombeiros municipais da Praia em greve por tempo indeterminado", Expresso das ilhas, 01/08/2022, en ligne  (web)
  15. Lourdes Fortes, "Primeiro Ministro reafirma que tempo não é para reivindicações laborais", Expresso das ilhas, 21/07/2022, en ligne  (web)
  16. anonyme, "Sintap faz balanço positivo dos dois dias de greve dos trabalhadores do INSP", Expresso das ilhas, 16/07/2022, en ligne  (web)
  17. Ailson Martins, "Trabalhadores do INSP em greve durante dois dias", Expresso das ilhas, 13/07/2022, en ligne  (web)
  18. Lourdes Fortes, "Trabalhadores do INSP ponderam partir para a greve", Expresso das ilhas, 09/06/2022, en ligne  (web)
  19. anonyme, "Professores em greve protestam hoje em todo o país", Expresso das ilhas, 23/03/2022, en ligne  (web)
  20. anonyme, "Professores em greve prometem sair à rua em todo o país", Expresso das ilhas, 22/03/2022, en ligne  (web)
  21. Fretson Rocha, "Professores agendam greve e manifestação para 23 de Março", Expresso das ilhas, 04/03/2022, en ligne  (web)
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  25. anonyme, "Ministro a educação desdramatiza greve e manifestação de professores e pede calma", Expresso das ilhas, 28/01/2022, en ligne  (web)
  26. anonyme, "Trabalhadores da ASA suspendem greve após entendimento entre sindicatos e administração", Expresso das ilhas, 28/12/2021, en ligne  (web)
  27. Jorge Montezinho, "Direcção da ASA discorda da greve anunciada pelos trabalhadores da empresa", Expresso das ilhas, 21/12/2021, en ligne  (web)
  28. anonyme, "Trabalhadores da Empresa nacional de segurança aérea (ASA) anunciam greve de dois dias para finais do mês de Dezembro", Expresso das ilhas, 17/12/2021, en ligne  (web)
  29. anonyme, "Inspectors da Inspecção-geral das actividades económicas (IGAE) anunciam greve de 38 horas para reivindicar publicação de lista salarial", Expresso das ilhas, 10/11/2021, en ligne  (web)
  30. Lourdes Fortes, "Trabalhadores da Universidade técnico do Atlântico (UTA) em greve querem a exoneração da reitoria", Expresso das ilhas, 21/10/2021, en ligne  (web)
  31. Lourdes Fortes, "São-vicentinos marcharam por uma justiça mais célere e justa", Expresso das ilhas, 25/09/2021, en ligne  (web)
  32. anonyme, "Greve dos motorista da empresa Sol Atlântico com adesão à volta dos 95% - sindicato", Expresso das ilhas, 20/09/2021, en ligne  (web)
  33. Lourdes Fortes, "Sokols anuncia manifestação nacional para exigir reforma do sector da Justiça", Expresso das ilhas, 13/08/2021, en ligne  (web)
  34. Lourdes Fortes, "Câmara de Santa Catarina nega indisponibilidade para diálogo", Expresso das ilhas, 03/08/2021, en ligne  (web)
  35. Ailson Martins, "Agentes de segurança pública e privada vão fazer greve de três dias", Expresso das ilhas, 18/05/2021, en ligne  (web)
  36. Lourdes Fortes, "Trabalhadores do Instituto de emprego e formação profissional (IEFP) em greve de 48 horas", Expresso das ilhas, 18/03/2021, en ligne  (web)
  37. Lourdes Fortes, "IEFP refere intransigência do SINTAP na reunião de conciliação", Expresso das ilhas, 17/03/2021, en ligne  (web)
  38. Lourdes Fortes, "IEFP desmente sindicatos e diz que aprovação do PCCS segue trâmite normal", Expresso das ilhas, 12/03/2021, en ligne  (web)
  39. Lourdes Fortes, "Trabalhadores do IEFP anunciam greve de 48 horas", Expresso das ilhas, 11/03/2021, en ligne  (web)
  40. anonyme, "MpD considera que manifestações sindicais exigindo o cumprimento das promessas feitas pelo Governo são partiárias", Expresso das ilhas, 06/03/2021, en ligne  (web)
  41. anonyme, "UNTC-CS classifica de boa a participação dos trabalhadores na manifestação", Expresso das ilhas, 06/03/2021, en ligne  (web)
  42. Ailson Martins, "UNTC-CS apoia à manifestação dos sindicatos de Santiago agendada para este sábado", Expresso das ilhas, 05/03/2021, en ligne  (web)
  43. Lourdes Fortes, "Maioria dos sindicatos foi excluída da organização da mega manifestação dos trabalhadores - Plataforma Unir e Resgatar a UNTC-CS", Expresso das ilhas, 05/03/2021, en ligne  (web)
  44. Lourdes Fortes, "Sindicatos filiados na UNTC-CS manifestam-se no próximo sábado", Expresso das ilhas, 04/03/2021, en ligne  (web)
  45. Sheila Ribeiro, "Trabalhadores do Laboratório de engenharia civil (LEC) anunciam greve para 22 e 23 de Fevereiro", Expresso das ilhas, 15/02/2021, en ligne  (web)
  46. Ailson Martins, "Trabalhadores do Instituto nacional de estatística (INE) manifestaram-se hoje na Praia", Expresso das ilhas, 29/01/2021, en ligne  (web)
  47. anonyme, "Trabalhadores do IEFP iniciam hoje greve de três dias", Expresso das ilhas, 08/12/2020, en ligne  (web)
  48. Lourdes Fortes, "Trabalhadores do IEFP poderão avançar para greve de três dias", Expresso das ilhas, 26/11/2020, en ligne  (web)
  49. anonyme, "Associação nacional das empresas de segurança privada (ANESP) não vê razões para realização da greve dos vigilantes", Expresso das ilhas, 20/09/2020, en ligne  (web)
  50. Ailson Martins, "Vigilantes da Segurança privada vão realizar greve de três dias", Expresso das ilhas, 12/08/2020, en ligne  (web)
  51. anonyme, "Greve dos agentes prisonais suspensa devido à requisição civil", Expresso das ilhas, 03/08/2020, en ligne  (web)
  52. anonyme, "Greve nas cadeias leva a requisição civil de quase 270 escaladas de guardas", Expresso das ilhas, 03/08/2020  (web)
  53. anonyme, "Agentes prisionais iniciam hoje greve de uma semana", Expresso das ilhas, 03/08/2020, en ligne  (web)
  54. Lourdes Fortes, "Trabalhadores do Instituto nacional de meteorologia e geofísica (INMG) mantém greve, mesmo com requisição civil", Expresso das ilhas, 19/02/2020, en ligne  (web)
  55. anonyme, "Trabalhadores  da Meteorologia voltam à greve. Governo reitera requisição civil", Expresso das ilhas, 18/02/2020, en ligne  (web)
  56. Lourdes Fortes, "Suspensa greve no INMG. Sindicato acusa Governo de usa abusivo da requisição civil", Expresso das ilhas, 28/01/2020, en ligne  (web)
  57. Sheila Ribeiro, "Governo requisita 51 funcionários durante a greve do INMG", Expresso das ilhas, 27/01/2020, en ligne  (web)
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  59. anonyme, "Ulisses Correia e Silva espera que tolerância continue em Cabo Verde apesar da manifestação de sábado", Expresso das ilhas, 13/01/2020, en ligne  (web)
  60. Lourdes Fortes, "Trabalhadores em São Vicente saíram à rua por um ambiente laboral mais digno", Expresso das ilhas, 13/01/2020, en ligne  (web)
  61. Lourdes Fortes, "USV denuncia tentativas de desmobilização do protesto de 13 de Janeiro", Expresso das ilhas, 10/01/2020, en ligne  (web)
  62. Ailson Martins, "UNTC-CS reconfirma manifestação para amanhã", Expresso das ilhas, 10/01/2020, en ligne  (web)
  63. Lourdes Fortes, "Manifestação de trabalhadores confirmada para 13 de Janeiro", Expresso das ilhas, 28/12/2019, en ligne  (web)
  64. Fretson Rocha, "Sindicatos agendam manifestação para Janeiro", Expresso das ilhas, 04/12/2019, en ligne  (web)
  65. Fretson Rocha, "Agentes prisionais em greve. Governo diz que rigidez não permitiu negociações", Expresso das ilhas, 19/11/2019, en ligne  (web)
  66. Fretson Rocha, "Operárias da Frescomar manifestam-se por melhores condições laborais", Expresso das ilhas, 30/08/2019, en ligne  (web)
  67. Sheilla Ribeiro, "Manifestação silenciosa cancela comemoração dos 41 anos dos bombeiros da Praia", Expresso das ilhas, 26/08/2019, en ligne  (web)
  68. Nuno Andrade Ferreira / Lourdes Fortes, "Governo e câmara receberam cartão vermelho da população", Expresso das ilhas, 14/07/2019, en ligne  (web)
  69. Lourdes Fortes, "São as manifestações que fazem cair os políticos", Expresso das ilhas, 13/07/2019, en ligne  (web)
  70. Freston Rocha, "É preciso que o Governo resolva os problemas para que não seja o povo a resolver - UCID", Expresso das ilhas, 11/07/2019, en ligne  (web)
  71. Ailson Martins, "Bombeiros municipais da Praia em greve de dois dias", Expresso das ilhas, 08/07/2019, en ligne  (web)
  72. Lourdes Fortes, "Soncent crê sei de isolamento", Expresso das ilhas, 05/07/2019, en ligne  (web)
  73. Lourdes Fortes, "Sokols espera adesão em massa na manifestação do 5 de Julho", Expresso das ilhas, 28/06/2019, en ligne  (web)
  74. Lourdes Fortes, "Trabalhadoras da Industria de componentes e calçados ortopédicos (ICCO) em greve. Empresa considera protesto injusto", Expresso das ilhas, 21/05/2019, en ligne  (web)
  75. Fretson Rocha, "Vigilantes da SILMAC no Sal agendam greve por melhores condições laborais", Expresso das ilhas, 11/04/2019, en ligne  (web)
  76. Dulcina Mendes, "Bombeiros da Praia, ENAPOR do Sal e ICCO em São Vicente em pré-aviso de greve", Expresso das ilhas, 04/04/2019, en ligne  (web)
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  78. anonyme, "População da Brava manifesta-se contra abandono da ilha e pede melhorias em todos os sectores", Expresso das ilhas, 10/03/2019, en ligne  (web)
  79. Lourdes Fortes, "Trabalhadores do INMG em greve a 26 e 27 de Feveirero", Expresso das ilhas, 11/02/2019. en ligne  (web)
  80. Ailson Martins, "Manifestação no Tarrafal foi acto de democracia - PAICV", Expresso das ilhas, 18/01/2019, en ligne  (web)
  81. Dulcina Mendes, "MpD acusa PAICV de estar na origem da manifestação no Tarrafal", Expresso das ilhas, 10/01/2019, en ligne  (web)
  82. Fretson Rocha, "Jovens protestam por um Tarrafal melhor e digno", Expresso das ilhas, 07/01/2019, en ligne  (web)
  83. Ailson Martins, "Trabalhadores dos Correios em greve. Alguns serviços afectados", Expresso das ilhas, 20/12/2018, en ligne  (web)
  84. anonyme, "Poder político deve saber gerir insatisfações - Presidente da República", Expresso das ilhas, 19/12/2018, en ligne  (web)
  85. anonyme, "Estivadores manifestam-se. ENAPOR não vê motivos para o protesto", Expresso das ilhas, 18/12/2018, en ligne  (web)
  86. anonyme, "Administração dos Correios espera greve com pouca adesão", Expresso das ilhas, 20/12/2018, en ligne  (web)
  87. Lourdes Fortes, "Administração dos Correios refuta acusações do presidente do SITTHUR", Expresso das ilhas, 07/12/2018, en ligne  (web)
  88. Ailson Martins, "Técnicos do Hospital Agostinho Neto param na próxima semana", Expresso das ilhas, 09/11/2018, en ligne  (web)
  89. Fretson Rocha, "Trabalhadores em Santo Antão protestam por melhores condições laborais", Expresso das ilhas, 06/09/2018, en ligne  (web)
  90. anonyme, "Primeiro ministro rejeita motivo forte que justifique greve da Polícia nacional", Expresso das ilhas, 17/07/2018, en ligne  (web)
  91. Ailson Martins, "Posições extremadas, SINAPOL avança para greve de seis dias", Expresso das ilhas, 18/07/2018, en ligne  (web)
  92. Fretson Rocha, "População do Maio diz basta e sai à rua em protesto", Expresso das ilhas, 12/06/2018, en ligne  (web)
  93. Freston Rocha, "Trabalhadores do Ministério da educação em Porto Novo marcam greve para Juhno", Expresso das ilhas, 08/05/2018, en ligne  (web)
  94. anonyme, "Salenses nas ruas por uma ilha mais segura", Expresso das ilhas, 24/04/2018, en ligne  (web)
  95. anonyme, "Manifestação de trabalhadores da TACV seria infeliz - Governo", Expresso das ilhas, 13/03/2018, en ligne  (web)
  96. anonyme, "Trabalhadores da TACV marcam manifestação e ameaçam com greve geral", Expresso das ilhas, 11/03/2018, en ligne  (web)
  97. Freston Rocha / Ailson Martins, "Na manifestação do basta, Sokols exige respostas ou demissões", Expresso das ilhas, 13/01/2018, en ligne  web)
  98. anonyme, "Recorde os principais momentos da manifestação do 13 de Janeiro em São Vicente", Expresso das ilhas, 13/01/2018, en ligne  web)
  99. Freston Rocha, "Sokols convoca nova manifestação para 13 de Janeiro", Expresso das ilhas, 03/01/2018, en ligne web)
  100. etc.

Christophe Chazalon / Genève, le 22/11/2022


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