lirecapvert.org

"N'oubliez pas vos doutes... Méfiez-vous! L'esprit de celui qui croit est un esprit qui stagne.  Il ne se développe pas vers l'extérieur, dans un univers infini."

Frank Herbert, Les hérétiques de Dune

 AVERTISSEMENT
Vous pouvez retrouver l'ensemble de nos "post it" antérieurs en cliquant ICI ou sur la page dédiée au Cabo Verde de notre site personnelle: www.chazalonchristophe.com.
Bonne lecture à toutes et à tous!
Christophe Chazalon

Cabo Verde: Quand Les Spéculateurs Et Les Politiciens Affament Le Peuple! (2023) - (II)


Eh oui! Eh oui! Le temps d'un week-end et un post it sur notre site, et hop! Le Gouvernement cabo-verdien se meut. C'est fou, ça, non? On apprenait ce 24 janvier 2023 que le Ministère de l'agriculture et de l'environnement, dirigé par Gilberto Silva, avait trouvé un accord avec MOAVE, une entreprise 100% cabo-verdienne qui importe le blé, le riz, le maïs, les haricots secs, le sucre, l'huile d'olive et autres huiles alimentaires, le lait en poudre et les levures au Cabo Verde. Comme quoi, quand on veut, on peut! Et à la vitesse de l'éclair (ce qui est louche, il faut le reconnaître, une telle célérité dans la baisse d'un prix).
Alors que dit cet accord? Il dit que MOAVE va baisser son prix du sac de 50 kg de farine de blé, actuellement vendu à 4'600 escudos, pour le vendre dorénavant à 3'936 escudos. Une ristourne immédiate en à peine deux jours de crise de 664 escudos par sac (environ 15%), en voilà une affaire rondement menée. Si on considère en plus la suppression de la subvention d'environ 450'000 euros par trimestre versée déjà trois fois à MOAVE, on se demande comment MOAVE fait pour accepter de perdre autant d'argent pour le seul bien de la population.

Et puis, pour être complet, quelques petits chiffres tout frais.
La tonne de blé tendre s'est vendue à la baisse aujourd'hui à Rouen (en France, principal marché du pays) à... 280 euros, soit -6%. Le 16 mai 2022, elle se vendait 438, 25 euros. On peut honnêtement parler de baisse, en ces 8 mois! Mais, en contrepoint, le site en ligne lafranceagricole.fr titrait: "La tonne de blé tendre coûterait 310 euros à produire" (web). En cause, une hausse des charges de 59% entre mars 2020 et mars 2022. On est donc loin de la guerre en Ukraine, ici, d'autant plus qu'il est précisé plus loin que la hausse dépend de la date de fourniture en engrais azotés par les agriculteurs.
Le 22 octobre 2020, le site reussir.fr titrait, lui, "Prix du blé à plus de 200 euros / tonne: les 5 points clés pour comprendre la hausse" (web) et mettait en avant un tableau avec la mention "Le prix du blé tendre au plus haut depuis l'été 2018". Ce qui illustre bien la hausse conséquente du prix du blé ces dernières années. Quoi qu'il en soit, en 2022, le prix à Rouen a oscillé entre 250 et 440 euros, pour se stabiliser au dernier trimestre autour des 330/350 euros la tonne (web).
Faisons maintenant un petit calcul tout simple pour comparer le prix du marché de la tonne de blé en France à celui de la vente au particulier au Cabo Verde, fin 2022:

  • 1 tonne = 1'000 kg = 350 euros
  • 1 kg = 350 euros / 1'000 = 0, 35 euros
  • 50 kg = 17, 50 euros 

Au Cabo Verde, un sac de 50 kg de blé est passé de 2'890 escudos (26 euros) début 2022 à 4'600 escudos (42 euros) fin 2022, soit 63% d'augmentation. Mais si on compare au prix français trading, on passe de 17,50 euros à la vente au trader à 42 euros à la vente au particulier cabo-verdien, soit 2,4 fois plus cher. Précisons encore que le blé russe est beaucoup moins cher, mais pour contrer les prix des assurances et du transport. Alors que le blé américain actuellement est hors de prix, malgré la bonne récolte.

Pour le reste, si on en revient à notre article du jour, quand on lit Inforpress, on retient surtout cette affirmation: 

"Nous pensons être arrivés à un prix abordable compte tenu de la situation internationale, avec une escalade des prix dans le monde entier, dans laquelle tous les pays souffrent", a conclu le ministre, qui a toutefois fait état d'une "tendance au niveau international pour certaines baisses"», mais que cela « ne se produit toujours pas dans la pratique »". (web)

Donc oui le marché international du blé voit les prix baissés, mais pas dans la pratique!
Désolé, je suis idiot, mais je ne comprends pas bien. Si le prix baisse, il baisse. Si le prix monte, il monte. Mais là, au Cabo Verde, il baisse dans le monde, mais il monte localement!

Donc, MOAVE, l'importateur principal, au monopole, dans l'archipel baisse le prix de son sac de 50 kg de blé, d'un coup, hop, de 15%. Il sera intéressant de considérer le bénéfice brut de MOAVE pour 2022, avant ou après impôts, pour voir à quel point MOAVE était dans l'obligation d'augmenter de 60% le prix de la farine de blé pour répercuter les prix internationaux exorbitants qui baisse sur le prix de vente local qui monte. Ah, mais zut! C'est une entreprise privée non cotée en bourse, qui n'a pas l'obligation de divulguer ses bénéfices bruts ou nets, sauf pour raison de com! Et puis, il ne faut pas oublier que MOAVE, c'est du sérieux. Son site ne dit-il pas que "L'expérience, les connaissances, la qualité de ses produits, l'appréciation de ses clients, le plus grand respect de toutes les parties prenantes, entre autres aspects, confèrent à MOAVE les exigences nécessaires qui lui permettent d'être considérée comme l'une des grandes références nationales dans la production et la commercialisation de produits alimentaires." Alors si MOAVE le dit, il faut le croire, c'est sûr! Bravo MOAVE et merci pour votre générosité si dynamiquement mis en place pour le bien du peuple!

Eh oui! On est méchant et on tape sur MOAVE, alors que c'est plutôt le marché qui pose problème. Pour bien comprendre les base de ce dernier, il faut savoir que le "driver" du monde du blé, c'est la Russie, le plus grand exportateur de blé au monde et surtout le pays qui a le blé avec le meilleur rapport qualité - prix. Et la Russie n'a pas de bourse du blé au contraire des USA, par exemple, qui ont les 2 plus grandes bourses du blé (et d'autres céréales) du monde, à savoir Chicago et Kansas City. Cette situation rend le marché très incertain. Plus encore, le fret est devenu hors de prix pour la Russie et l'Ukraine à cause de la guerre. Les assurances explosent, les traders "edge" leur commande pour limiter la casse en cas de défaut et tout cela se répercute sur le prix à l'importation. 
Tout cela alors que la Russie a du blé à revendre, avec une année 2022 record. On parle de plus de 40 millions de tonnes disponibles à l'exportation. Donc on pourrait nourrir la planète à petit prix, mais Vladimir Poutine fait la loi et même si l'alimentation n'est pas sous embargo, au contraire du pétrole, c'est LA cause première de la hausse du prix du blé à la fin de l'hiver de 2022. Et au final, la plus grande arme de Poutine, c'est le blé, pas le pétrole ou le gaz, nous dit-on.
Plus encore, les banques sont coupables. Trop frileuses, elles refusent de financer le négoce de céréales de peur des répercussions futures (hypothétiques) qui pourraient survenir à la suite d'une décision politique. Or, les banques sont centrales dans le financement du blé, des semis au transport final. Elles financent non seulement en amont, mais aussi accordent après inspection les documents qui permettent le transport. Autrement dit, les banques sont le gendarme du marché des céréales.
Quant au carré ABCD (Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus), c'est une ultra-concentration de multinationales du marché, totalement opaque, qui fait la loi et qui, au final, n'a qu'un seul et unique but: faire du profit. Ni plus ni moins. L'argent avant tout et le plus possible! Les peuples, les humains, le social, l'entraide, etc., c'est secondaire (comprendre: ils s'en fichent). 
On le voit, dans tout ça, MOAVE est un peu secondaire, elle aussi, face à ces puissances financières. Pour exemple, Cargil a fait 165 milliard de chiffre d'affaire, avec une progression de plus de 20% en 2022. En 2021, les 4 géants ABCD ont fait 10,3 milliards de bénéfice net pour des recettes totales de 328 milliards de dollars américains (web). En comparaison, le budget du Cabo Verde pour 2023 est de 77,9 mille millions d'escudos, soit 712 millions d'euros. Que dire de plus? S'il le voulait, en une seule année, le carré ABCD pourrait financer intégralement le budget du Cabo Verde et payer la dette attenante de près d'un milliard et demi d'euros sans que cela n'affecte grandement le bénéfice net à redistribuer aux actionnaires.
Ce qui nous amène à dire, grosso modo, que le problème de l'Humanité, ce n'est pas les mégalomanes politiques aux manettes (même s'ils font beaucoup de dégats), mais les multinationales. Poutine est en fin de vie à cause d'un cancer. Avec un pouvoir quasi infini, de l'argent à ne plus savoir qu'en faire, il s'est lancé dans une dernière action: une guerre, probablement très mal conseillé par ses généraux et pour la gloire. Dommage, c'est un fiasco dont il ne parvient pas à sortir la tête haute... Tout cela rend le marché incertain, la vie des gens difficiles, mais ce n'est rien comparé au mal que font les multinationales à l'Humanité. Elles sont tellement puissantes qu'elles sont comme un parasite qui s'infiltre partout. Le gui est peut-être la meilleure comparaison. Pour vivre, il a besoin d'un arbre qu'il colonise petit à petit, s'immisçant toujours plus profondément en lui, mais sans le détruire complètement (web). Les multinationales sont le gui des sociétés humaines actuelles. Les limiter dans leur expansion enlèverait l'essentiel des maux actuels, en particulier climatiques et écologiques, de santé publiques (cancers, diabète, choléstérol, AVC etc.), de conflits mondiaux, de trafic de matières polluantes etc. Mais voilà, les multinationales, c'est énormément d'emploi et aucun gouvernement "démocratiques" au monde n'accepterait de prendre le risque de les interdire, ou plutôt de les démanteler. Mais les multinationales, elles, n'ont pas d'état d'âme. Google a annoncé licencier 12'000 salariés le 20 janvier 2022 (web) sur un total de 186'000, tout cela car... elle doit présenter ses résultats aux actionnaires le 2 février. Business is business. Les humains ne sont rien que de la main-d'oeuvre. Et elle n'est pas la seule. Début novembre 2022, Facebook / Meta annonçait la suppression de 11'000 salariés, soit 13% de ses effectifs (web). Microsoft prévoit, lui, la suppression de 10'000 employés d'ici fin mars et Amazon 18'000 (web) . En cause, disent-ils "la conjoncture économique et le changement de priorité des consommateurs". Eh oui! Ce ne sont pas les multinationales les fautives ni la gestion qui est en cause, mais bien les consommateurs, autrement dit "ou comment prendre les gens pour des imbéciles, mode CEO de la Tech"!
Du coup, les multinationales optimisent leur fiscalité et ne paient quasiment pas d'impôts. Alors que si une multinationale était démantelée, elle pourrait être active dans chaque pays, en structure indépendante, donc avec une comptabilité indépendante, et donc une fiscalité propre à chaque pays qui en posséderait une entité sur son territoire. L'optimisation fiscale serait moindre. On s'approcherait du gagnant-gagnant. Plus encore, l'influence nocive sur les politiciens et faiseurs de lois serait réduite à peau de chagrin. Ceux-là pourraient donc agir selon leur entendement et leurs convictions, non selon les possibles retombées économiques ou financières. En fait, tout le monde en profiterait, sauf les actionnaires et les CEO et leur parachute dorée en actions. Mais tout cela, ce n'est pas pour demain, malheureusement.

Quoi qu'il en soit, ce qui est positif au final, et qui est de loin le plus important, c'est que le prix de la farine baisse concrètement pour la population au Cabo Verde. Il était temps!

  •  Fretson Rocha, "Saco da farinha de trigo com redução de preço entre 10,9% e 14,6%", Expresso das ilhas, 24/01/2023, en ligne  (web)
  • Natalina Andrade, "Preço do pão deve baixar: padarias e lojas com desconto na compra de farinha", A nação: jornal independente, 24/01/2023, en ligne  (web)
  • AA / ZS, "São Vicente: Governo anuncia acordo com a MOAVE que faz baixar preço do saco de farinha de trigo", Inforpress, 24/01/2023, en ligne  (web)

Maintenant, pour toutes celles et ceux qui veulent comprendre le marché du blé, voici 5 épisodes d'une émission radiophonique intelligente, Vacarme, de la Radio Télévision Suisse Romande, intitulé "Blé: l'appât du grain" web), mis en ligne ce dimanche. Les 5 épisodes sont les suivants:

  • La valse des bourses: Loin des champs où pousse le blé, les acteurs principaux du marché international du blé travaillent dans des bureaux. Ce sont les banques, les entreprises de négoce et de transport. Véritable centre névralgique de ce commerce mondial, Genève abrite les plus grandes entreprises de négoce en matières premières céréalières. Les fameuses ABCD (ADM, Bungee, Cargill et Dreyfuss) qui cumulent à elles seules 80% des transactions mondiales. Une filière peu transparente qui soulève les critiques des ONG, dont l’association Public Eye.
  • Une montagne dorée: En cas de crise, la Suisse pourrait subvenir pendant 4 mois aux besoins vitaux de ses citoyen.nes. La coopérative réservesuisse gère ainsi un stock de 180'000 tonnes de blé, soigneusement réparti sur le territoire et contrôlé régulièrement par des inspecteurs. À 3000 km de la Suisse, l’Égypte est le premier importateur mondial de blé. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le pays souffre de plein fouet d’une crise d’approvisionnement du blé et le prix du pain est sous haute surveillance pour que les émeutes de la faim de 2008 ne se reproduisent pas.
  • Au four et au moulin: À la ferme des Terres Rouges près d’Yverdon, Fabien et Caroline Thubert ont décidé de ne dépendre de personne pour concevoir et vendre leurs pains. Ces paysans-meuniers- boulangers sont dans les champs, au moulin et à la pétrisseuse et tirent de leur expérience une philosophie de vie qui va plus loin que la fabrication et la vente du pain. À quelques kilomètres de là, dans la Broye, le groupe Minoterie S.A fournit un tiers de notre farine nationale. À travers des dédales de tuyaux, les grains de blé passent par tous les états et finissent en presque 30 farines de base différentes, de la plus complète à la plus fine.
  • Patrimoine de l'humanité: L’Agroscope de Changin est un lieu en constante ébullition. Dépendant de l’Office fédéral de l’agriculture, les chercheur.euses y scrutent les tendances climatiques et y imaginent les céréales de demain. Dario Fossati, grand maître des blés, nous conduit au cœur de l’institution et nous révèle ses secrets. À l’autre bout de la création céréalière se trouve un petit village haut-valaisan, Erschmatt. Là-bas le seigle est semé à l’ancienne, comme une réponse aux défis du futur.
  • Stratégie en jachère: Autonome à 90% en blé panifiable, notre pays dépend des importations pour le blé fourrager destiné à l’alimentation du bétail et à la production de viande, et pour le blé dur utilisé dans les pâtes. Préoccupé par ce manque d’autonomie, L’UDC a interpelé le Conseil Fédéral au printemps 2022 en chargeant celui-ci d’adopter un train de mesures urgentes pour une plus grande autonomie alimentaire du pays. La motion, rejetée par le Conseil fédéral, s’attaquait à l’augmentation des surfaces des zones classées en biodiversité et demandait l’arrêt provisoire de la jachère. Une position intenable pour les Vert.es.

Bon courage à toutes et tous, et à tout bientôt pour un nouveau post it!

Christophe Chazalon / Genève, le 24/01/2023


cabo Verde: quand les spéculateurs et les politiciens affament le peuple! (2023) - (I)


Depuis quelques jours, les partis politiques se livrent une bataille rangée à travers les médias au sujet de l'augmentation du prix de la farine et donc, du pain... dont voici un petit condensé:

  • GSF / CP, "UCID diz que Governo não está a fazer nenhum favor à população ao subsidiar o trigo", Inforpress, 24/01/2023, en ligne  (web)
  • anonyme, "Praia: internautas aplaudem gesto de minimercado que mantém a carcaça a 10$00 devido ao cenário económico do país", A nação: jornal independente, 21/01/2023, en ligne  (web)
  • JR / JMV, "Fogo: Governo tem margem suficiente para subsidiar farinha e evitar corte no subsídio ao milho - parlamentares do PAICV", Inforpress, 20/01/2023, en ligne (web)
  • anonyme, "Ucrânia: 17,8 M de toneladas de cereais e outros alimentos exportados para 43 países", Inforpress, 18/01/2023, en ligne  (web)
  • Gisela Coelho, "Pão na Praia: IGAE constata aumento de preços e peso da carcaça abaixo do regulamentado", A nação: jornal independente, 17/01/2023, en ligne  (web)
  • Sheila Ribeiro, "Padarias na Praia estão a vender o pão carcaça abaixo do peso exigido por lei", Expresso das ilhas, 17/01/2023, en ligne  (web)
  • Ailson Martins, "Governo reúne-se quarta-feira para analisar preço do trigo", Expresso das ilhas, 17/01/2023, en ligne  (web)
  • DG / AA, "PAICV solicita ao Governo reposição imediata do subsídio da farinha de trigo para diminuir preço do pão", Inforpress, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • ET / ZS, "Governo com parecer negativo à continuidade das medidas de compensação para driblar o preço do trigo", Inforpress, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • MC / CP, "Bravenses preveem mais complicações no dia-a-dia com o aumento do preço da farinha", Inforpress, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • Sheila Ribeiro, "PAICV quer reposição imediata do subsídio da farinha de trigo", Expresso das ilhas, 16/01/2023, en ligne  web)
  • Edisângela Tavares, "Preço do trigo é deveras preocupante, diz Ministro da agricultura", Expresso das ilhas, 16/01/2023, en ligne web)
  • MJB / CP, "Governo garante que está a analisar questão da manutenção da subsidiação da importação do trigo", Inforpress, 12/01/2023, en ligne web)
  • MJB / ZS, "UCID alerta Governo para problema social decorrente do aumento em 60% de preço da farinha de trigo", Inforpress, 12/01/2023, en ligne  (web)
  • Sheila Ribeiro, "UCID pede ao Governo para conter preço da farinha de trigo e do leite", Expresso das ilhas, 12/01/2023, en ligne  (web)
  • ...
  • anonyme, "Praia: falta farinha para pão e derivados", A nação: jornal independente, 22/08/2022, en ligne  (web)
  • Alexandre Semedo, "Combate à fome: EUA compram trigo ucraniano para doar a países pobres", A nação: jornal independente, 17/08/2022, en ligne  (web)
  • Alexandre Semedo, "Itália alerta: jà começou a Guerra mundial do pão", A nação: jornal independente, 05/07/2022, en ligne  (web)

Bref résumé
L'affaire a éclaté le 12 janvier 2023, à l'Assemblée nationale, à Praia, alors que le député António Monteiro du parti d'opposition União caboverdiana independente e democratica (UCID) a invectivé le Gouvernement, issu du Movimento para a Democracia (MpD). En effet, l'UCID veut alerter le Gouvernement "sur le problème social qui pourrait résulter de l'augmentation de 60% du prix de la farine de blé et de l'augmentation conséquente du prix du pain", dans le pays. Ainsi un sac de 50 kg est passé de 2'890 escudos (26 euros) à 4'600 escudos (42 euros), soit 63% d'augmentation. Le prix du carcaça  (le pain de référence dans le pays) aurait déjà atteint les 30 escudos dans certaines boulangeries, alors qu'il était de 15 escudos avant la suppression de la subvention. L'UCID craint donc que les habitants n'achètent plus de pain celui-ci étant devenu trop cher et donc, conséquence logique, que les boulangeries ferment leurs portes et licencient en masse, ce qui agraverait la situation déjà préoccupante de l'emploi. Aussi l'UCID demande au Gouvernement de "contenir le prix de la farine de blé et de certains autres produits, tel le lait, dont le prix a augmenté de près de 100%". Il estime par ailleurs que la croissance de 10 à 15% du PIB, annoncée par l'INE en 2022, doit permettre à l'exécutif d'agir.
Le Partido africano da independência de Cabo Verde (PAICV), premier parti d'opposition, a immédiatement rebondit sur le sujet. Le député João do Carmo a expliqué que "l'augmentation du prix de la farine était essentiellement due au retrait de la subvention du Gouvernement à la seule entreprise qui importe du blé dans l'archipel", et que cette subvention avait été accordée dans une visée électoraliste, juste avant les élections. "Cette décision gouvernementale remet en cause la situation sociale du pays, au moment où, dans tous les pays, tous les gouvernements des pays sérieux prennent des décisions pour protéger les familles" a-t-il alors ajouté.
En réponse à ces critiques, le député MpD Celso Ribeiro a expliqué que la suppression de la subvention est en fait due au montant colossal qu'elle représente pour les finances de l'État, soit 49 millions d'escudos (445'500 euros) par trimestre. "La politique de subventions, particulièrement dans ce contexte, n'est pas supportable, mais nous sommes conscients que le Gouvernement agira afin de continuer à protéger les familles et à fournir des revenus aux plus démunis", a-t-il garanti.
Le même jour, la Ministre des affaires parlementaires, Janine Lélis, a expliqué "qu'une évaluation est actuellement en cours sur la question du maintien de la subvention du blé. Nous avons choisi de la maintenir pour le maïs car les données étaient plus objectives et plus probantes. L'analyse est en cours et, si nécessaire, des mesures seront prises." (web)
Le 16 janvier, le Ministre de l'agriculture et de l'environnement, Gilberto Silva, revenait sur le sujet. "À ce jour, le Gouvernement a dépensé environ 151 millions d'escudos (1,37 millions d'euros) pour cette politique de compensation financière. Nous continuerons à subventionner le maïs pendant encore trois mois, compte tenu également de la préparation d'un nouveau cycle de production en matière d'élevage, mais en ce qui concerne le blé, nous avons un avis du Secrétariat national à la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SNSAN) qui ne recommande pas la continuité, compte tenu de l'extension de la situation internationale et des coûts », a-t-il déclaré. L'idée du Gouvernement est donc de compenser le retrait de la subvention, jugée trop onéreuse, par des mesures plus efficaces, tel qu'un soutien aux cantines scolaires, une aide alimentaire aux familles et aussi des emplois publics qui permettent aux familles de travailler et d'obtenir des revenus suffisants pour accéder à la nourriture. Enfin, il a expliqué, dans une pensée toute néo-libérale, que les mesures de compensation, selon les lois cabo-verdiennes, ne peuvent pas durer dans le temps, compte tenu du fait qu'elles constituent également une "perturbation du fonctionnement du marché". (web)
Cette vision est bien sûr dénoncée par le PAICV, parti issu du communisme. Adelsa Almeida souligne de manière très claire "que le pain avait déjà connu une augmentation de 50 % en avril 2021 et de 19 % en février 2022, des faits qui, selon elle, ont été ignorés par le Gouvernement, qui affirmait à l'époque que le marché était libre et auto-régulé". Plus encore, cette hausse considérable du prix de la farine touche tout particulièrement "les femmes chefs de famille qui utilisent le blé comme principale matière première" pour confectionner des produits à vendre tout autant que pour nourrir leur famille. Elle rappelle par ailleurs l'augmentation récente des droits d'importation appliqués à plus de 2'000 produits qui impactent directement le pouvoir d'achat des familles. Aussi, en guise de solution, le PAICV estime que la suppression de la subvention doit simplement être compensée par une réduction ou une suppression de la TVA.

Conséquences concrètes sur la vente du pain
Deux résultats assez logiques ont été relevés ces derniers jours:

  • d'une part, certains boulangers ont décidé de diminué le poids du pain vendu, en particulier le carcaça. C'est du moins ce qu'ont constaté les services de l'Inspeção-Geral das atividades económicas (IGAE - e service de la répression des fraudes cabo-verdiennes) dans 4 padarias à Praia inspectées le même jour. Or la loi est très claire. L'ordonnance 64/2010 du 30 décembre 2010, article 3, point 1, fixe le poids du pain à 50 gr. pour les petits formats et à 100 gr. pour les grands.
  • d'autre part, comme on l'a vu, l'augmentation du prix du pain est exponentielle, passant de 15 escudos en 2021 à 20, puis à 23, 25, voire 30 escudos aujourd'hui pour le carcaça. (web)

La faute revient-elle au Gouvernement? Petit retour sur la production mondiale de blé en 2022.
Eh bien, la question mérite d'être posée. En fait, depuis la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, sans oublier la "découverte" du réchauffement climatique par les maîtres ès Finances, pour les politiciens du monde entier, tous les maux d'aujourd'hui dérivent de ces 3 fléaux. Alors nous, comme à notre habitude, on se dit que non, que c'est trop facile et qu'il y a autre chose. Et on part à la recherche de cet "autre chose" pour essayer de comprendre la situation. Petit retour en arrière pour y voir plus clair...

La crise actuelle touche plusieurs denrées alimentaires, on l'a vu, dont le lait, le maïs, le riz, mêmes les oeufs. Concentrons-nous sur le blé, céréale ô combien essentielle, pour ne pas dire vitale, dans l'alimentation occidentale, dont fait parti le Cabo Verde, ancienne colonie portugaise.
Tout d'abord qui produit du blé sur Terre. L'Atlas sociologique mondial en ligne (web) nous donne le tableau (abrégé) suivant:

Avant d'analyser ce tableau, revenons rapidement sur la Guerre en Ukraine. Elle a été déclenchée en février 2022, par le président russe Vladimir Poutine. Or, d'un point de vue géographique, l'Ukraine se trouve à la frontière de l'Europe, donc de l'Empire, ce dernier étant protégé par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Aussi, tout ce qui suit est en fait un gigantesque jeu de géoéconomie en cours, celle-ci remplaçant la géopolitique depuis que la Finance dirige le monde (web). Les politiciens et les économistes ont immédiatement alerté sur le danger que représentait cette guerre en matière d'alimentation mondiale. "L'Ukraine est le grenier à blé du monde" nous a-t-on-dit, tel Luc Bronner, qui publia le 6 mai 2022 son article dans le journal français Le Monde, intitulé: "Guerre en Ukraine: avis de tempête sur le grenier à blé du monde" (web). Sans le blé ukrainien, la famine va sévir de par le monde. Et les diplomates et les politiques de trouver des consensus avec la Russie pour permettre au blé ukrainien de sortir du pays pour nourrir les pays pauvres. Le 17 août 2022, Alexandre Semedo ne publiait-il pas un article dans le journal A nação, intitulé "Combate à fome: EUA compram trigo ucraniano para doar a países pobres" (web)? En fait, Bronner (et consors) aurait dû parler de "céréales" au lieu du "blé" comme le suggère son accroche "Le blocus de la mer Noire menace la sécurité alimentaire de nombreux pays qui se fournissent auprès de Kiev en blé, maïs, colza, tournesol, orge…).
Quoi qu'il en soit, le lendemain de la publication de ce post it, sur notre page d'accueil, Inforpress publiait un autre article intitulé "Ucrânia: 17,8 milhões de toneladas de cereais e outros alimentos exportados para 43 países" (web). Cette article rédigé par la rédaction du journal, plus proche de la dépêche que d'un article de fond, est intéressant à plus d'un titre. Il précise que grâce à l'accord du 22 juillet 2022, passé entre l'Ukraine et la Russie, avec l'aide de l'ONU et de la Turquie, l'Ukraine a pu exporter ses céréales et autres denrées alimentaires dans 43 pays différents. Cela confirmerait donc l'importance du "blé" ukrainien pour nourrir la planète et particulièrement les pays pauvres, sujet à une famine certaine. Oui, oui, oui... tout semble parfait, sauf que, ça ne l'est pas, comme le confirme l'extrait suivant:

"Jusqu'à présent, selon le Centre conjoint de coordination de cet accord, la Chine s'est positionnée comme le principal destinataire des exportations, l'Espagne comme deuxième et la Turquie comme troisième. Près de 44 % du blé exporté a été expédié vers des pays à revenu faible ou intermédiaire (64 % vers des économies en développement) et le Programme alimentaire mondial (PAM) a acheté 8 % du total de blé exporté dans le cadre de l'initiative, à l'appui de ses opérations humanitaires contre la faim dans le monde. ("Até ao momento, segundo o Centro de Coordenação Conjunta deste acordo, a China posicionou-se como o principal destinatário das exportações, a Espanha como segundo e a Turquia como o terceiro. Quase 44% do trigo exportado foi enviado para países de baixos e médios rendimentos (64% para economias em desenvolvimento) e o Programa Mundial de Alimentos comprou 8% do total de trigo exportado ao abrigo da iniciativa, em apoio às suas operações humanitárias contra a fome em todo o mundo)."

Or, la Chine est le premier producteur mondial de blé (entre autre), avec plus de 134 millions de tonnes en 2020. La Turquie est la 10e et l'Espagne la 18e. Comment accepter que seulement 44% de l'exportation urkrainienne, soit moins de la moitié, ait été exportés vers des pays pauvres et que le PAM n'en a acquis au final que 8%. En gros... bonjour la spéculation sous couvert de sauver le monde de la faim! Certes, l'article ne parle pas que du blé, mais quand même.

Si on revient maintenant au tableau ci-dessus, dans les faits, en 2020, l'Ukraine est seulement le 8e producteur mondial de blé, avec une production de près de 25 millions de tonnes, derrière la France, 6e avec 30 millions de tonnes. Les trois premiers producteurs mondiaux, à savoir la Chine, la Russie et l'Inde en ont produit en tout, la même année, près de 328 millions. Donc non, l'Ukraine n'est pas le grenier à blé du monde et de très très loin. Et la Chine et l'Inde ne sont pas encore en guerre, sauf erreur...
On rétorquera que la production dans certains pays producteurs a connu des difficultés et que les rendements étaient réduits (d'après les experts dont on va voir l'intérêt de l'expertise ci-dessous). Ok, pourquoi pas! Mais c'étaient des "prévisions". Dans les faits, toujours eux, si on se base sur les statistiques officielles institutionnelles, il n'y avait aucune raison d'alerter le monde comme quoi, sans le blé ukrainien bloqué par les méchants dirigeants russes (ils le sont effectivement mais pas pour cette raison), les pays pauvres allaient connaître la famine. Pour être très clair, la pénurie de blé ou plus exactement l'augmentation du prix du blé sur les marchés mondiaux est UNIQUEMENT LE FAIT DES SPÉCULATEURS, autrement dit des courtiers, des banques, des riches investisseurs, des gouvernements de tous bords. Ceux-ci font main basse sur le blé, le stock et attendent que les prix montent. Les médias, pour l'essentiel, peu scrupuleux de nos jours ou trop pauvres, ne se posent pas de questions, mais rabâchent simplement ce que disent les portes-paroles des gouvernements ou des partis politiques. Ajoutez un ou deux "spécialistes de la question" sur tous les plateaux télé des principales chaînes nationales ou d'information, et hop, le tour est joué.

Quant à l'absolu besoin de l'Ukraine (et l'Empire qui la soutient) de vendre sa production céréalière malgré la guerre, il n'a qu'un seul but pour l'Empire: financer la dite guerre en donnant des devises sonnantes et trébuchantes au gouvernement ukrainien pour acquérir des armes et alii. L'inflation exponentielle sur les marchés du prix du blé et des autres céréales, similaire à la crise de 2011 nous dit-on, a aussi en partie le but de rendre la vente plus rentable. Sous couvert de prévisions "dite catastrophique" des institutions internationales telle la FAO, les prix ont été gonflés artificiellement par ricochet. On va le voir ci-après. Donc l'Ukraine a pu empocher encore plus d'argent pour sa défense armée, tout en évitant la perte de sa production. Doublement gagnante!

Heureusement, tous les médias ne sont pas totalement aveugles. La Radio Télévision Suisse romande (RTS), elle, se penchait intelligemment sur la question le 12 janvier 2022, soit le même jour où le Parlement cabo-verdien entrait en ébullition à cause de l'augmentation de 60% du prix du blé. Que nous apprend-elle? Ceci (web):

"L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) annonçait que 2022 avait été une année tristement record: le prix du blé et du maïs ont franchi des sommets, faisant bondir l'indice des produits de base de la FAO.
Du jamais vu depuis 2011, une année tristement marquée par une crise alimentaire et des émeutes liées aux famines dans plusieurs pays d'Afrique.
Mais désormais, la tendance s'inverse: les prix du blé sont en chute. Le marché digère les belles récoltes en Australie ou en Russie comme s'il n’y avait pas de guerre en Ukraine. Un baromètre: le contrat à terme de référence pour le blé tendre d'hiver, qui est tombé cette semaine à son plus bas niveau depuis plus de deux ans à la Bourse de Chicago."

Ce n'est pas une information nouvelle cependant. Le 7 novembre 2022, Expresso das ilhas titrait déjà "Preços da comida estabilizaram a nível mundial em Outubro, revela FAO" (web).

Donc, pour résumé: la guerre en Ukraine a débuté en février 2022, augmentant d'autant l'instabilité des marchés à la sortie de la pandémie de Covid-19 qui avait paralysée littéralement une grande partie de l'économie mondiale (une autre partie a cependant été extrêmement florissante si on en croit l'augmentation inouïe de la fortune des 1% les plus riches de la population mondiale - web). Les spéculateurs en ont profité, suivant des prévisions voulues pessimistes. Et les prix ont explosé. Pour des raisons purement politiques, les État occidentaux (le fameux Empire), sous la houlette des USA, ont accusé la Russie d'être la cause d'une nouvelle famine mondiale. D'après eux, le blé ukrainien était primordial pour la survie de millions d'individus dans le monde. La propagande, de part et d'autre, battait alors son plein. Et puis l'été est arrivé. Surprise (pas tant que ça en fait), la production mondiale n'a jamais été aussi bonne qu'en 2022 et les prix ont chuté lourdement sur les marchés internationaux à l'automne 2022, et donc dans les pays pauvres, dont le Cabo Verde. Est-ce bien cela?
Oops! Alors que les prix du blé s'effondre à la Bourse de Chicago (lieu où se négocie l'essentiel du blé et des autres céréales mondiales), dans le même temps, il augmente de... 60% au Cabo Verde! Incroyable! Vive le néo-libéralisme et la loi du marché!

Mais en fait, pourquoi cette augmentation vertigineuse du prix du blé au Cabo Verde? Parce que, nous dit-on officiellement, le Gouvernement a supprimé une subvention au PRINCIPAL IMPORTATEUR DE BLÉ DU CABO-VERDE, subvention qui a coûté pas moins d'un million et demi d'euros. Le PRINCIPAL IMPORTATEUR DE BLÉ AU CABO VERDE (qu'on ne nommera pas parce que tout le monde le connaît dans l'archipel) n'a pas eu d'autre choix que d'augmenter ses prix de 60%. Grosso modo: de qui se moque-t-on?
On comprend que l'importateur n'a pas acheté son blé en décembre 2022 pour le vendre en janvier 2023, mais qu'il l'a acquis auprès d'un autre fournisseur, qui lui même l'a acheté à un courtier, qui lui même la racheté à un autre courtier, qui lui même le tenait d'un gouvernement qui le stockait etc. etc. etc.
Plus encore, à peine 5 jours après le début de la guerre en Ukraine, panapress titrait déjà: "Le Cap-Vert craint une aggravation des prix des céréales en raison du conflit russo-ukrainien (Cabo Verde receia agravamento de preços de cereias pelo conflito Rússia-Ucrânia)" (web). Une expertise ultra-rapide de la situation géoeconomique dira-t-on. Et le 25 mars 2022, le Gouvernement cabo-verdien décidait donc de "doubler sa capacité de stockage de céréales (duplicar capacidade de armazenamento de cereais)" (web).

Reprenons l'article de la RTS pour faire taire les imbéciles et expliquer clairement et simplement les choses:

La Russie exporte donc facilement son blé, mais elle n’est pas seule. L'Inde revient en force dans le marché mondial et l'Australie prévoit une saison record. Bref, il y a trop de blé dans le monde en ce moment, jugent les analystes.
D'autant que la concurrence se joue aussi en Europe, où le blé russe est très bon marché face au blé américain, pénalisé par les effets de change. À la manœuvre, on retrouve les quatre grandes maisons de négoces de céréales, ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus, aussi connues sous le nom de "carré ABCD".
Normalement, les niveaux actuels devraient perdurer même si la guerre se poursuit en Ukraine. Car l'Ukraine est un acteur secondaire sur le marché du blé, contrairement à celui du maïs, estime Philippe Chalmin, économiste à [l'Université] Paris Dauphine."

Plus encore (ou pire), la FAO publiait de son côté un article le 02 décembre 2022 (donc le mois dernier), intitulé "Les prévisions concernant la production et les échanges mondiaux de céréales tombent à leur plus bas niveau depuis trois ans" (web). Voilà qui est inquiétant, n'est-il pas? Le début de l'article commence ainsi "Les prévisions de la FAO concernant la production mondiale de céréales en 2022 ont été réduites de 7,2 millions de tonnes ce mois-ci et s’établissent à présent à 2'756 millions de tonnes, soit une baisse de 2,0 pour cent (57 millions de tonnes) en glissement annuel. À titre de comparaison, la production mondiale de céréales a progressé en moyenne de 56 millions de tonnes par an ces trois dernières années. La révision à la baisse apportée ce mois-ci concerne principalement la production de maïs et, quoique dans une moindre mesure, celle de blé". Catastrophe, la production de céréales a baissé de... 2%, mais le prix de la farine a augmenté de 60% au Cabo Verde dans le même temps, oops!
Pour mieux comprendre cet extrait, il faut savoir que la l'Ukraine était le 5e producteur de maïs en 2020 (30 millions de tonnes), très loin derrière les USA (360 millions), la Chine (260 millions) et le Brésil (104 millions). (web)
Mais le rapport de la FAO est encore plus troublant, comme le montre le graphique suivant. Que nous apprend-il?

  1. La production mondiale de céréale a augmentée de près de 500 millions de tonnes entre 2012/2013 et les années 2016/201/ - 2022/2023 pour se fixer plus ou moins à 2'750 millions de tonnes annuelles.
  2. Depuis 2019 environ, l'utilisation suit à peu près la courbe de la production, avec de faibles variations (+ ou -)
  3. Depuis 2017 environ, les stocks de céréales ont augmentés de plus de 140% par rapport à 2012/2013 et qu'ils sont restés stables. La FAO estiment, par ailleurs, que "les prévisions concernant les stocks mondiaux de céréales à la clôture des campagnes de 2023 ont été réduites de près de 1,1 million de tonnes depuis le mois dernier et abaissées à 839 millions de tonnes, ce qui représente un recul de 2,2 pour cent (18,5 millions de tonnes) par rapport à la campagne précédente et le niveau le plus bas enregistré depuis trois ans. À ce niveau, le rapport stocks/utilisation de céréales au niveau mondial serait en recul, puisqu’il passerait de 30,9 pour cent en 2021-2022 à 29,3 pour cent en 2022-2023, son plus bas niveau depuis 2013-2014, mais une situation en matière d’offre encore relativement confortable."


Mais le plus intéressant est le tableau concernant le blé fourni par la FAO dans son article et là, franchement, on reste dubitatif!

Il semblerait que le début de l'article alarmiste ne colle plus avec le marché du blé, car la production ne fait qu'augmenter depuis 2018-2019, même en 2022-2023 (prévisions revues ou non), idem pour sa disponibilité etc. C'est à n'y plus rien comprendre.

Si la production et la disponibilité du blé augmente confortablement depuis 2018/2019, alors pourquoi les prix grimpent-ils sur les marchés et tout particulièrement au Cabo Verde, à niveau de 60%?
Une seule raison peut expliquer cette situation: la SPÉCULATION, vous savez la fameuse "loi du marché" tant adulée par le Gouvernement MpD!


Conclusion
Au final, la hausse du prix du blé est une simple spéculation des 4 grandes maisons de négoces de céréales, des nombres de courtiers et traders intermédiaires, des banques, de certains gouvernements (ou certains de leurs membres), d'importateurs et de grossistes peu scrupuleux qui ont trouvé là le moyen de s'enrichir facilement et... en toute l'égalité.
Alors que dire du Gouvernement de M. Ulisses Correia e Silva? Pas grand chose. Néo-libéral dans les actes, peu attaché au bien être de la population (malgré toutes les affirmations que ses ministres et autres membres du MpD peuvent bien proclamer à corps et à cri dans les médias, ce n'est pas leur priorité), préférant la macro-économie à la micro-économie, l'aide internationale (vitale pour le développement du pays) à la qualité de vie de la population (celle-ci tout aussi vitale pour le développement du pays), aucune décision n'est prise pour freiner la spéculation et les actes du PRINCIPAL IMPORTATEUR DE CÉRÉALES DU CABO VERDE. Ulisses et consorts préfèrent utiliser l'argent des aides internationales pour aider les plus démunis, les plus pauvres, les miséreux, oubliant les autres guère plus chanceux (voir ci-après), plutôt que d'agir en profondeur.  On dira là que c'est colmater les brèches, mais pas curer le mal.

Pour empêcher les spéculateurs de sévir, il faut des lois, au niveau international (tout d'abord), mais aussi au niveau continental et local. Or, les lois sont le fait des politiciens, ou plus précisément du pouvoir législatif, soit l'Assemblée nationale, couplé parfois au pouvoir exécutif, le Gouvernement. Et, au Cabo Verde, depuis 2016 au moins, ces 2 pouvoirs sont aux mains... du MpD. Et donc M. Ulisses Correia e Silva peut très bien changer la donne s'il le souhaite. L'opposition ne pourra pas l'en empêcher. Me trompe-je? Encore faut-il donc qu'il le veuille.
Certes, le 7 décembre 2022, Miryan Vieira, secrétaire d'État aux affaires étrangères et à la coopération, proclamait qu'il "y a une volonté politique du Gouvernement à éradiquer la pauvreté extrême d'ici à 2026" (web). Ce serait fantastique si c'était le cas.
Mais le Président de la République, José Maria Neves, issu du PAICV, avait un autre son de cloche le 13 janvier 2023, à l'occasion de son message à la Nation pour fêter le Jour de la liberté et de la démocratie. La démocratie cabo-verdienne, selon lui, "ne va pas bien". Il justifiait cette assertion car "environ 73'000 Cabo-verdiens vivent dans l'extrême pauvreté, 46'000 dans une crise alimentaire aiguë, dans un pays où le chômage des jeunes est élevé" (web). D'après le dernier recensement démographique de 2021, la population dans l'archipel s'élevait à 491'233 habitants. Donc 15% des habitants sont dans une situation de pauvreté extrême. On peut facilement dire que 50% des autres sont pauvres. Le reste appartient à la nouvelle classe moyenne (fonction publique, banques, assurances, immobilier...) qui croît en même temps que le pays se développe, avec une toute petite fraction de riches qui investissent partout, sauf au Cabo Verde.

Donc non, cette augmentation de 60% du prix du pain ou de la farine n'est pas légitime. Et oui, le Gouvernement doit agir, dans un premier temps, certes en aidant les plus démunis à coup de subventions, pour des questions de rapidité d'action. Mais dans un second temps, il doit légiférer, d'une part, sur l'importation des céréales et des denrées de premières nécessités, leur stockage approprié, éventuellement leur nationalisation afin de sortir les produits de première nécessité du "marché". Et d'autre part, si la nationalisation de la gestion des stocks locaux n'est pas acceptable, ouvrir le marché à plus d'importateurs afin de promouvoir la concurrence si essentielle à la loi du marché qu'affectionne tant le Premier ministre et ses acolytes. Un monopole (ou même un oligopole) n'apportera jamais un prix équilibré, stable, juste, jamais quelques soient les régles sacro-saintes du marché.

Pour conclure, faut-il rappeler le fameux adage du philosophe chinois Lao Tseu: "Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours"? Tout en recourant aux subventions faciles, plus immédiates et calmant plus rapidement les esprits mécontents, le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva n'ignore pas l'importance de développer la formation, ce qui est un bon point pour lui. Mais en favorisant dans le même temps la loi du marché néo-libérale pour l'exploitation des ressources marines (la fameuse "économie azul" qui fait qu'on va pêcher du poisson plus en profondeur ou qu'on exploite maintenant les juvéniles, ces poissons pas encore capables de procréer, donc de régénérer l'espèce, pour les mettre en boîte dans les 2 principales usines industrielles du pays, oubliant de penser au futur), pour plus de profit et de croissance du PIB, cette formation risque bien de devenir inutile. Que pêchera l'homme s'il n'y a plus de poisson à pêcher (ce qui est en train de se produire)? On parle de pêche ici, alors que l'article traite des céréales. Qu'est-ce à dire? 
Eh bien, il en va de même avec les céréales et l'alimentation de première nécessité. Il faut trouver et développer rapidement des céréales compatibles avec le climat et les sols caboverdiens, tels le mil, le sorgho, les légumineuses etc., formé les jeunes et les paysans à la permaculture et l'agro-foresterie, et ouvrir le marché en diminuant les taxes sur ces produits, afin de développer le jeu de la concurrence, sans oublier de légiférer pour éviter des dévoiements et les enrichissements spéculatifs.

On le voit bien, tout est question d'équilibre et le peu que l'on puisse dire, c'est que l'équilibre, aujourd'hui, au Cabo Verde, on n'y est pas. Au Gouvernement donc de le rétablir intelligemment et rapidement afin que le peuple puisse vivre au mieux chaque jour que la vie lui offre!

Christophe Chazalon
Genève, le 18/01/2023, modifié le 20/01/2023

Visiteurs, merci de votre confiance!

Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - décembre 2022
(fréquence moyenne - 471 visiteurs uniques par jour)
Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - octobre 2022
(fréquence moyenne - 449 visiteurs uniques par jour)
Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - août 2022
(fréquence moyenne - 393 visiteurs uniques par jour)
Lire CV stats 2021_11
Statistiques globales des visiteurs du site - juin 2022
(fréquence moyenne - 317 visiteurs uniques par jour)
Vue de Paul Santo Antao

Nouveauté

José Luis Tavares

Uma pedra contra o firmamento

Praia: Livraria Pedro Cardoso

2022

Nouveauté

T.V. da Silva

Flores de amor

Funchal: Rosa de Porcelana

2022

Nouveauté

Tchalé Figueira

O exílio sentimental de Marcus Blum

Funchal: Rosa de Porcelana

2022

LIENS

Partez à la découverte de nos autres sites web:

Et tant d'autres liens sont encore à découvrir au fil des pages de ce site.

Google Analytics

Google Analytics est un service utilisé sur notre site Web qui permet de suivre, de signaler le trafic et de mesurer la manière dont les utilisateurs interagissent avec le contenu de notre site Web afin de l’améliorer et de fournir de meilleurs services.

Facebook

Notre site Web vous permet d’aimer ou de partager son contenu sur le réseau social Facebook. En l'utilisant, vous acceptez les règles de confidentialité de Facebook: https://www.facebook.com/policy/cookies/

Twitter

Les tweets intégrés et les services de partage de Twitter sont utilisés sur notre site Web. En activant et utilisant ceux-ci, vous acceptez la politique de confidentialité de Twitter: https://help.twitter.com/fr/rules-and-policies/twitter-cookies