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"N'oubliez pas vos doutes... Méfiez-vous! L'esprit de celui qui croit est un esprit qui stagne.  Il ne se développe pas vers l'extérieur, dans un univers infini."

Frank Herbert, Les hérétiques de Dune

 AVERTISSEMENT
Vous pouvez retrouver l'ensemble de nos "post it" antérieurs en cliquant ICI ou sur la page dédiée au Cabo Verde de notre site personnel www.chazalonchristophe.com.
Bonne lecture à toutes et à tous!
Christophe Chazalon

Cabo Verde: le peuple donne une giffle magistrale à son Premier Ministre (2024)

Les statistiques officielles sur la Gouvernance, la paix et la sécurité 2023 (web), au Cabo Verde, ont été délivrées aujourd'hui par l'Instituto nacional de estatistica (INE), et pour dire le vrai, les chiffres sont catastrophiques pour le Premier Ministre, Ulysses Correia e Silva, et son gouvernement. Pire, c'est un total désaveu par le peuple de sa politique menée depuis 2016, ce qui, en fait, ne nous étonne qu'à moitié compte tenu des post it que nous écrivons depuis quelques années déjà à ce sujet. Mais là, Ulysses ne pourra pas dire que ce n'est pas vrai, que ces chiffres sont mal compris ou qu'ils mentent. Enfin, on l'espère.
Petit décorticage pour nos lectrices et lecteurs passionnés à travers 2 ou 3 graphiques de l'INE.

GOUVERNANCE, PAIX et SÉCURITÉ
Est-il besoin de commenter le graphique ci-dessous ? On écrit et on écrit encore est toujours que la liberté de la presse au Cabo Verde est défaillante, pour ne pas dire en chute libre, ce n'est pas qu'une idée de détracteur de la politique d'Ulysses Correia e Silva. Non! C'est un fait et la population cabo-verdienne le confirme: plus de 60% des habitant(e)s de l'archipel, de plus de 18 ans, pensent qu'elle n'est pas respectée dans le pays. Et ils/elles sont encore plus nombreux en ce qui concerne la liberté d'expression.


RÉPONSE AUX BESOINS ET PRÉOCCUPATIONS DE LA POPULATION PAR LES POLITICIEN(NE)S
D'après ces dernières statistiques, la confiance dans les hommes et femmes politiques est quasi... inexistante. Seulement 14,2% de la population estime que politicien(ne)s répondent à leurs besoins et préoccupations. Un désaveu absolu. Et Ulysses ou ses sous-fifres du MpD pourront toujours faire des annonces pour discréditer le PAICV au pouvoir avant 2016. Les chiffres sont pires aujourd'hui. En 2013, on avait 17,1% de la population et en 2016, 15,7%. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie tout simplement que la voie suivie par le Premier ministre ne convient pas au peuple souverain. Pire, elle est moins probante que celle suivie par le PAICV avant. 


CONFIANCE DANS LES INSTITUTIONS PUBLIQUES
Là, c'est la douche froide. À part l'éducation (66,5%), la Santé (53,4%) et la "Sécurité sociale" (51,6%), les Cabo-verdien(ne)s n'ont pas ou peu confiance dans les institutions du pays. Les représentants du Gouvernement ont le pire taux de confiance (30,7%), soit moins d'un tiers de la population. De tels chiffres devraient impliquer, si ce n'est la démission du Gouvernement, du moins une sérieuse remise en cause des personnes en poste et des choix politiques du Premier ministre.


Encore une fois, Ulysses Correia e Silva et ses ministres pourront ergoter tout ce qu'ils voudront, les chiffres sont les chiffres et la comparaison de ceux de 2023 avec ceux de 2013 et 2016 sont sans discussions. Toutes les institutions sont en décrochage, même l'Éducation, la Santé et la Sécurité sociale. Et quant aux chiffres de la période du temps du PAICV, ils sont tous meilleurs en 2016 (date de la prise de poste d'Ulysses), qu'en 2023. Ainsi la confiance dans les représentants du Gouvernement passe de 42,9% à 41,7%, soit une chute de 1,2%. C'est certes peu comparé aux 34.7% de chute des Tribunaux et Procureurs, mais cela reste une baisse qui dit bien ce qu'elle veut dire. La population a encore moins confiance en ce Gouvernement qu'en celui du PAICV d'avant 2016.


CONFIANCE DANS LES DÉPUTÉS ET LE PARLEMENT
Que dire d'un pays démocratique quand à peine 10% de la population estime être entendu par ses représentant(e)s à l'Assemblée nationale ? Peut-on encore parler de représentativité du peuple?

Quoi qu'il en soit, ce rapport statistique contient encore beaucoup d'autres informations utiles pour comprendre le Cabo Verde d'aujourd'hui du point de vue de la population, comme la parité homme - femme, la discrimination sous ses différentes formes, la corruption, la sécurité, etc. Il n'est pas de notre propos de retranscrire l'intégralité de ce rapport. Toute personne intéressée a juste à se connecter au site de l'INE pour y trouver le rapport complet en PDF ou un tableau Excel pour les données.  (web
Autre document utile: la présentation des résultats définitifs du recensement de la population de 2021. (web)

Quoi qu'il en soit, il est désormais clair qu'il y a un fossé de plus en plus grand entre Ulysses Correia e Silva et le peuple souverain du Cabo Verde. Aujourd'hui, le mariage semble bien consommé. Ce qui va être intéressant, ce sont les prochaines élections municipales de novembre et plus encore, les élections présidentielles et législatives qui suivront. Les urnes traduiront-elles la pensée du peuple et son ressenti décrit dans ce rapport 2023 ou, au contraire, le peuple se dédira-t-il en attribuant de nouveau sa confiance à notre cher Ulysses et à sa politique ? Une affaire à suivre...

Christophe Chazalon
Genève, 22/05/2024

Amilcar Cabral: leçons oubliées par nos dirigeant(e)s (2024)

Le Cabo Verde est un petit pays au milieu du monde. Il est aujourd'hui connu grâce à deux personnages emblématiques et véritables icônes nationales et internationales. D'une part, la "diva aux pieds nus", Cesaria Évora, qui a permis au monde entier de placer l'archipel sur la mappemonde, tout en en faisant connaître la culture. D'autre part, le révolutionnaire généreux de la Tricontinentale, Amílcar Cabral, qui en des temps opportuns a permis au peuple cabo-verdien et à d'autres peuples opprimés par l'Occident colonisateur de s'émanciper et de trouver, non sans difficultés, leur propre chemin.

Au Cabo Verde, le nom de ce second personnage est sur toutes les lèvres des politicien(ne)s, qu'ils soient au Gouvernement MpD ou dans l'opposition PAICV - UCID. Pourtant, combien d'entre eux/elles ont réellement lu ses écrits ? Assurément très peu, car s'ils/elles l'avaient fait, ils/elles en auraient peut-être encore les leçons en tête. Ainsi, en un seul texte, nous avons retenu trois petites phrases pour donner un exemple de la richesse de ce patrimoine devenu mondial (web) et qui pourtant est issu des rangs mixtes de la cabo-verdianité et de l'univers bissao-guinéen. Ce texte n'est autre qu'une directive politique pour les membres du PAIGC, datant de 1965 (Basil Davidson, The liberation of Guiné. Aspect of an African revolution, Harmondsworth: Penguin Books, 1969, p. 126-128, traduction française):

  • "Gardez toujours à l'esprit que les gens ne se battent pas pour des idées abstraites, pour des choses dans la tête de quelqu'un. Ils luttent pour obtenir des avantages matériels, pour vivre mieux et en paix, pour voir leur vie progresser, pour garantir l'avenir de leurs enfants."
 
  • "Créez des écoles et diffusez l'éducation dans toutes les régions libérées. [...] Contestez sans violence toutes les coutumes préjudiciables, les aspects négatifs des croyances et des traditions de notre peuple. Obligez chaque membre responsable et instruit de notre Parti à travailler quotidiennement pour l'amélioration de sa formation culturelle."
 
  • "Exigez des membres responsables du Parti qu'ils se consacrent sérieusement à l'étude, qu'ils s'intéressent aux choses et problèmes fondamentales de notre lutte et vie quotidienne, et pas seulement dans les apparences. Apprenez de la vie, apprenons de notre peuple, apprenons de livres, apprenons de l'expérience d'autres. N'arrêtez-jamais d'apprendre!"

Ce ne sont là que de simples phrases, mais il serait bien que les politicien(ne)s cabo-verdien(ne)s (et du reste du monde) les lisent, les assimilent et ne les oublient pas. Peut-être, alors, arriveront-ils/elles à proposer à leur peuple une politique digne de ce nom, une véritable gouvernance viable et responsable, et non pas les balais idiots de politique politicienne actuelle qui, quelque soit l'alternance, se résument toujours à: "c'est nul ce que vous faites, nous on ferait mieux!". Il suffit de lire les manchettes d'Inforpress, au Cabo Verde, pour voir le spectacle navrant des nos hommes et femmes politiques. Pour le MpD, le message est toujours "on fait tout très bien, y a des petits problèmes, mais ça reste du très bon travail" même quand les événements disent exactement le contraire (TACV, Icelandair, Bestfly, CV interilhas etc.). Pour le PAICV, voire l'UCID, la rengaine est systématiquement la même "Le gouvernement MpD fait n'importe quoi. Ils sont nuls". Mais où sont les propositions concrètes du PAICV et de l'UCID? Où sont les solutions réalistes et fonctionnelles? Nulle part. On a beau lire et relire les articles publiés par les médias locaux et nationaux, c'est toujours le même disque, sempiternellement, de la critique sans suite, juste valable pour elle-même. Et après, on s'étonne que les gens ne votent plus. Et après, on s'étonne que les gens disent de plus en plus souvent "de toute façon, ce sont tous les mêmes, ils/elles ne pensent qu'à s'en mettre plein les poches". Et après, on s'étonne que le populisme augmente et que la violence bête et méchante s'installe dans les rues, que les gens ne discutent plus, non pas parce qu'ils/elles n'ont plus la parole. Non! Mais simplement parce que les gens ne savent plus discuter, débattre, échanger des idées, suivant en cela l'image de leur gouvernant(e)s. L'image renvoyée par le monde politique au Cabo Verde est désolant, semblable à celui qui se généralise sur la planète partout où le peuple peut encore s'exprimer. L'image renvoyée par les politicien(ne)s est vide de sens car il n'apprend rien de nouveau, il n'apporte rien aux préoccupations légitimes de la population, celles dont parle Amílcar Cabral dans les extraits ci-dessus. C'est une image pitoyable rejetée sèchement par le peuple car elle ne répond plus à ses attentes. Le peuple, las, se détourne de la politique et donc, de facto, la démocratie sombre. Un exemple vous est utile? Très bien! C'est simple. Le peuple se fiche de savoir comment le Gouvernement gère les transports aériens et maritimes au Cabo Verde. Ce que veut le peuple, encore une fois, de la manière la plus légitime qui soit, c'est qu'il existe sur le territoire des transports maritimes ou aériens fonctionnels, qui lui permette d'aller d'une île à l'autre, de parcourir le pays pour le travail, les loisirs, la famille. Qu'importe toutes les tractations, les difficultés et écueils rencontrés par le Gouvernement. Qu'importe les critiques de l'opposition qui ne propose absolument rien pour améliorer la situation. Le peuple veut juste pouvoir voyager dans le pays et à un prix raisonnable. C'est tout. Le rôle du Gouvernement et de l'opposition est simplement que cela se réalise. C'est tout. Or, aujourd'hui, au Cabo Verde, force est de constater que les politicien(ne)s de l'archipel, Gouvernement tout autant qu'opposition PAICV - UCID en sont totalement incapables, tous ensembles. Ils/elles sont tous fautifs. Encore une fois, le peuple est las de ces discussions stériles, de ces guéguerres futiles dignes des cours d'école du primaire qu'offrent les hommes et femmes politiques de ce pays, surtout en période d'élection comme aujourd'hui (les municipales sont prévues pour cet automne). Il n'est que de prendre la situation de la camâra municipale de Praia pour laquelle la joute politique MpD / PAICV est d'un ridicule sans fin, ou pire encore celle de Mindelo-São Vicente, ingérable depuis deux ans à cause d'une cohabitation impossible face à un président de câmara obtus et incapable de dialoguer, vivant aux limites de l'autocratie. Ces deux villes, les principales du Cabo Verde, offrent un spectacle pathétique, ridicule et clairement antidémocratique. La solution est pourtant simple: quand on n'est pas capable de gouverner, on démissionne (ou on se fait virer par son parti), ce qui permet la mise en place de nouvelles élections qui offrent légitimement la parole au peuple, le véritable souverain.

Alors Mesdames et Messieurs les politicien(ne)s du Cabo Verde, retournez aux sources, même si elles sont révolutionnaires, et relisez l'oeuvre généreuse et tournée entièrement vers le peuple, votre supérieur hiérarchique qui vous élit, et par là-même vous accorde sa confiance, enlevez ce qui peut déranger, si vous le souhaitez, de politique communiste dans ces écrits, peu importe. Cabral faisait une révolution en profondeur. Il tendait vers le socialisme car c'est ce qui permettait, à l'époque, d'aider le peuple en opposition aux colonisateurs conservateurs et racistes de droite. Et en relisant simplement les textes quelque peu auto-expurgés par le lecteur ou la lectrice, car les temps changent et le Cabo Verde d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec le Cabo Verde de 1975 ou de 1991, en relisant les textes, retenez-en l'essentiel comme des guidelines qui vous aideront à faire de la "vraie" politique utile au peuple, pas des combats de coqs et de poules qui cherchent juste la réélection en vue d'une vie de privilèges, ce que vous faites actuellement. Il suffit de lire le post it suivant sur le ressenti de la population.
Les trois extraits cités en ce début de post it sont éloquents, exemplaires et emprunts d'une simplicité élémentaire qui montre à quel point l'oeuvre d'Amilcar Cabral peut être riche, qu'il est un exemple si ce n'est à suivre entièrement, du moins à méditer profondément !

Alors bonne lecture à toutes et tous, politicien(ne)s ou gens du peuple. Tout le monde a à gagner à lire les écrits d'Amilcar Cabral. Et au Gouvernement actuel de rééditer et diffuser cette oeuvre quand bien même elle n'est pas néo-libérale dans l'âme. Il ne suffit pas de faire l'éloge d'un grand homme pour dire qu'on connaît sa pensée, qu'on sait de quoi il  parle, et par là-même, essayer de récupérer la force de son image pour son propre profit. Non! Il s'agit d'essayer de (re)découvrir les raisons qui font que la pensée de cet homme, un Cabo-verdien-bissao-guinéen, a eu et a toujours une telle ampleur, une telle envergure, une telle aura.

En septembre de cette année, le Cabo Verde devrait normalement célébrer les 100 ans de la naissance d'Amílcar Cabral.
Et pour sûr, l'année prochaine le Cabo Verde va fêter ses propres 50 ans de liberté et d'indépendance.
Aussi, tou(te)s les politicien(ne)s vont parler d'Amílcar Cabral à tout va, à tout propos. Tou(te)s, sans exception. Il serait peut être bien aussi qu'ils/elles aient réellement (re)lu l'oeuvre de ce Grand Homme!
Ce serait un mensonge de moins offert au peuple!

Christophe Chazalon
Genève, 21/05/2024

Merci à toutes et tous!

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(données Infomaniak)
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